I. De Rossi, Bull., i888-8y
SAINT CHRYS0G0NE
Anastasic, on l’a vu, comme il arrive souvent aux jeunes filles qui ne sont plus protégées par leur mère, fit un mariage indigne d’elle et dans lequel elle trouva mille vexations. Pour surcroît de peine, son protecteur fut saisi et mis en prison en sa qualité de chrétien. La persécution commença en 284. Dioclétien, aux débuts de son règne, s’était montré facile pour les chrétiens qu’il admettait aux charges publiques. Sa fille Valérie et plusieurs grands de sfi cour l’étaient ouvertement. Mais, à l’instigation de Galère, dit-on, il changea de sentiments et décréta la sanglante persécution que les historiens ecclésiastiques appellent Yère des martyrs.
Anastasie était elle-même en prison par le fait de la tyrannie de son mari et sa seule consolation était de correspondre avec son saint maître. Une dame chrétienne pleine de prudence parvint à transmettre les lettres. Une des lettres de Chrysogone nous a été conservée par Suidas et, en latin, par Adon, dans son martyrologe, au 14 septembre. Il y console la jeune femme en lui montrant la vie comme le passage d’une mer orageuse pendant lequel la tempête ballotte notre nef, mais qui doit se terminer par l’entrée au port et le repos éternel1.
On dit que Chrysogone resta deux ans enfermé dans les prisons de Rome où il continuait avec ardeur la propagande religieuse. Ce prosélytisme parvint aux oreilles de Dioclétien qui avait quitté Milan pour se rendre à Aquilée. Au printemps de l’année 289, il donna l’ordre au préfet de Rome de faire exécuter les prisonniers chrétiens et de lui envoyer Chrysogone dont il se réservait de juger la cause.
Les actes rapportent l’interrogatoire :
« Chrysogone, dit Dioclétien, je t’ai fait appeler par désir de te voir, et pour t’élever aux premières dignités sous la seule condition que tu te résoudras une seule fois à adorer les divinités qui nous ont tant de fois donné la victoire et que tu offriras un sacrifice à Jupiter pour le salut de l’empire. r>
La grandeur des promesses, l’éclat qui environnait l’empereur ne firent pas hésiter un seul instant le cœur éprouvé du confesseur : « Sachez encore, seigneur, lui répondit-il, qu’au dedans et au dehors, je n’adore que le Dieu unique qui a fait le ciel et la terre et qui est le seul vrai. Voilà celui que j’adore, celui que j’invoque, celui que je prie, celui que seul je crains. Les autres divinités, dont vous me parlez et qui ne sont que les simulacres inertes d’impurs démons, je les déteste, je les rejette, je les foule aux pieds : Ego eum qui vere est Deus mente et oratione veneror ; deos autem qui nihil sunt nisi dæmonum simulacra , odi et execror. »
Dioclétien, peu habitué à la contradiction, ne put souffrir un si fier langage : « Or sus, s’écriat-il, mettons un terme à une telle obstination; » puis, faisant un signe aux licteurs : « Qu’on fasse tomber cette tête altière qui ne sait pas se plier devant la volonté de son maître ! »
Le confesseur, sorti de la présence du tyran, fut conduit sur le bord de la mer, près de la ville de Grado, à l’embouchure de l’Isonzo, ad aquas Gradatas , pendant la nuit, sans que le peuple le sût. Ce lieu appelé S. Canziano, à cinq quarts de lieue d’Aquilée, vit exécuter la sentence. Le bourreau coupa la tête de Chrysogone et la jeta ainsi que son corps dans les flots (calendes de décembre 289).
La mer ne conserva pas le précieux dépôt qu’on lui avait livré et les vagues semblèrent respectueusement le rendre au rivage. C’est là que le saint prêtre Zoïle le trouva, le recueillit pour le cacher dans son humble demeure.
Sainte Anastasie, à la nouvelle du voyage de Chrysogone à Aquilée, y était accourue pour lui dire adieu et pour rendre honneur à ses reliques ; elle y rencontra parmi les plus fervents