Id., p. 1072. Ex codice Falkensteinense
ORIENT
Orient. — Les Grecs paraissent avoir reçu avec plus de ferveur encore que les Latins le culte de saint Chrysogone. Ils nous en ont laissé une image dans le ménologe du Vatican.
Cette miniature du peintre Nestor est d’un bon parti pour l’ensemble; mais l’exécution médiocre n’est pas rachetée par l’abondance d’or que l’artiste a dépensé. La scène est celle du martyre, au moment oü le bourreau vient de faire tomber la tête et où il remet le glaive dans le fourreau. Celui-ci est vêtu d’une tunique verte avec ceinture jaune et d’un manteau rouge que le vent agite au-dessus de ses épaules. Ce tableau est placé au 24 décembre, parce que les Grecs célébraient la fête de saint Chrysogone en même temps que celle de sainte Anastasie, tandis qu’à Rome et dans tout l’Occident elle avait lieu le 24 novembre (pl. III).
Dans le ménologe de Moscou cette fête est ainsi annoncée : « Passio sanctæ et magnæ martyris
Anastasiæ vinculorum solutricis et Chrysogoni magistri ejus et Theodotes aliorumque qui cum ea passi sunt. »
Dans le calendrier de Mistislas, duc de Novgorod, qui remonte à l’année 1 1 17 : « Passio sanctæ martyris Anastasiæ. »
Dans un calendrier du xnT siècle au 22 décembre : « Passio sanctæ martyris Anastasiæ et S. Antistitis Capitonis et Chrysogoni1. »
Les Grecs, comme le prouvent de très vieux manuscrits, avaient coutume de l’appeler le grand martyr (megalomartyr).
Constantin Porphyrogénète (891-897) rapporte que l’on conservait à Diadora la chaîne dont fut chargé saint Chrysogone.
1. P. Martinov, Annus ecclesiasticus græco-slavicus , inséré dans les Bollandistes.
Ferrari, p. 94.
Id; P- 71 •
Statue de saint Chrysogone à Moltrup (p. 218), d’après M. Haupt.
SAINTS JEAN ET PAUL
NOTICE BIOGRAPHIQUE
t Jean et saint Paul étaient frères, Romains, et, quoique leur histoire ne le dise pas, sans doute chrétiens depuis leur enfance. Après le triomphe de l’Église, ils furent attachés comme officiers à la maison de la fille de Constantin, la vierge Constance. Leur vertu brilla dans ces hauts emplois de la cour et leur attira une vénération générale.
Un événement révéla encore plus leur mérite et leur crédit auprès de Dieu. Les Scythes, s’étant jetés sur la Thrace avec une armée formidable, pouvaient menacer Constantinople même, la nouvelle capitale de l’empire que l’on construisait. L’empereur rassembla des troupes et en offrit le commandement à Gallicanus, un officier dont on avait reconnu les talents militaires dans la guerre des Perses. Celui-ci mit deux conditions au service qu’on lui demandait : s’il revenait victorieux, on devait lui donner le consulat pour la seconde fois, et lui accorder Constance en mariage, de façon qu’il devînt gendre de l’empereur. Constantin consentit facilement à la première condition, mais il hésitait pour la seconde, sachant que sa fille avait fait vœu de virginité. Constance dit à son père de ne pas s’en préoccuper, demandant seulement qu’il emmenât avec lui ses deux fidèles serviteurs, Jean et Paul, et qu’il lui laissât deux filles que Gallicanus avait eues d’un premier mariage, Attique et Artémie.
Les choses réglées de la sorte, Constance se prosterna devant Dieu et lui demanda avec ferveur d’ouvrir à la foi les yeux du général et de ses filles qui étaient encore dans les ténèbres païennes. Sa prière fut exaucée ; elle eut avec les jeunes filles un entretien si efficace qu’elles renoncèrent aux idoles et embrassèrent en même temps le christianisme et la profession .de la chasteté, et elle obtint la victoire à l’armée romaine.
Voici le miracle qu’on lit dans les actes : « L’action était engagée avec les barbares et tour-
SAINTS JEAN ET PAUL
nait à leur avantage, une partie des troupes romaines était taillée en pièces et plusieurs des officiers s’étaient déjà rendus. Gallicanus s’efforcait de ramener la fortune de son côté en offrant des victimes aux idoles-, alors Jean et Paul vinrent le trouver et lui dirent : « Quoique tout paraisse désespéré et qu’il ne semble pas y avoir d’autre remède pour sauver sa vie qu’une fuite honteuse qui va attirer de grands maux sur l’État, nous sommes sûrs néanmoins que, si vous promettiez au Dieu du ciel de vous faire chrétien et de l’adorer comme l’unique Seigneur de toutes choses, vous remporteriez encore la victoire et vous vous rendriez maître de vos ennemis. » Gallicanus dans sa détresse écouta la proposition et fit aussitôt le vœu d’embrasser le christianisme s’il retournait victorieux. A l’heure même, il vit auprès de lui. un jeune homme de belle taille, qui avait une croix sur l’épaule et qui lui ordonna de prendre son épée et de le suivre vers l’ennemi; une armée de soldats célestes apparut aussi, combattant pour lui et jetant la terreur chez les barbares, les forçant à déposer les armes. Gallicanus, après ce succès, n’hésita pas à se convertir, comme il l’avait promis. Il revint vers Constantin, non plus dans le dessein de prendre la robe consulaire ni d’épouser Constance, mais dans l’intention de se retirer du monde et d’embrasser les conseils de l’Évangile. Il ne reçut que malgré lui l’honneur du triomphe et du consulat. Il affranchit ses cinq mille esclaves, vendit une partie de ses héritages pour en distribuer l’argent aux pauvres. Après son consulat, il se retira à Ostie où il fit bâtir un grand hôpital et se consacra avec saint Hilarion au service des pauvres et des pèlerins. On fut dans l’admiration de voir un homme si illustre laver humblement les pieds des pauvres, panser leurs plaies et leur rendre tous les devoirs que l’humilité et la charité chrétiennes peuvent inspirer.
Le premier consulat de Gallicanus dans les fastes est marqué à 3 1 7 et il l’exerça depuis le Ier février seulement avec Bassus; le second, dont parle cette histoire, est de 33o et il y eut Symmachus pour collègue.
Cependant Jean et Paul reprirent leur charge dans le palais de Constance et profitaient des libéralités impériales pour verser de larges aumônes sur les pauvres; ils restèrent dans ce service après la mort même de Constance; mais, quand Julien monta sur le trône, ils ne voulurent plus avoir de rapports avec l’Apostat. Celui-ci, blessé de cette retraite et surtout convoitant les richesses des saints frères, leur envoya Térentien, capitaine d’une de ses compagnies de gardes, et leur fit demander hypocritement de reprendre à sa cour le rang qu’ils y tenaient sous Constantin et ses enfants. Jean et Paul répondirent dédaigneusement, disant qu’ils ne pouvaient rendre les mêmes services à un prince qui avait abandonné la véritable religion et renié son baptême.
Julien, enflammé de colère, leur fit dire qu'il se vengerait de leur mépris, mais qu’il leur accordait toutefois un délai de dix jours pour revenir à leur devoir.
Les saints répliquèrent qu’ils n’avaient pas besoin de ce délai ; cependant ils l'utilisèrent, non pour s’échapper, mais pour se préparer au martyre; ils vendirent ce qu’ils purent de leurs biens, distribuèrent aux pauvres leurs trésors et leurs meubles précieux et passèrent une partie du temps en oraison.
Enfin, le terme étant expiré, Térentien revint à leur maison du Cœlius, apportant avec lui une petite idole de Jupiter pour les obliger de l’adorer. Il les trouva en prière et résignés à la mort; il renouvela ses sollicitations et, voyant qu’il ne pouvait ébranler leur courage invincible», il fit creuser une fosse dans le jardin et, à la troisième heure de la nuit, il les fit décapiter en sa présence et enterrer secrètement dans cette fosse.
Julien, malgré sa haine, redoutait le titre de persécuteur et craignait, sans doute par poli-
NOTICE BIOGRAPHIQUE
tique, de faire des martyrs. De peur de l’irritation que cette cruauté aurait inspirée contre lui, on fit courir le bruit que les saints avaient été exilés, mais la nouvelle de leur martyre fut divulguée miraculeusement. Les démons qui étaient dans le corps des possédés la publièrent de tous côtés et confessaient qu’ils étaient tourmentés par leurs mérites. Le fils de Térentien luimême tomba dans une horrible possession et n’en put être délivré que lorsque son père, le cruel exécuteur de la sentence impériale, se fut humilié devant la tombe des martyrs en demandant leur intercession h
i. Bollandistes, 26 juin, V, p. i5g.
Petits Bollandistes.
Venise. — S. Giovanni e Paolo, d'après une ancienne estampe.
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