Ce manuscrit passa depuis dans les archives des Albani
tions. A cette époque, le cardinal, pour préserver les fameuses reliques et les soustraire aux corsaires turcs, les déposa dans la cathédrale de Veroli qui ne les rendit jamais. On accorda au prieur de Casamari de conserver une des clefs du reliquaire et, comme dédommagement, on institua une procession dans laquelle intervenaient l’évêque et les chanoines de Veroli, afin de porter, le jour de l’Ascension, les reliques à Casamari, leur première demeure. Cette procession, à la suite de quelques désordres, fut supprimée en iy83.
Des noms illustres figurent parmi les commendataires, notamment ceux de Scipion Borghèse, Francesco Barberini, Gian-Francesco Albani, etc.
Après deux siècles le régime commendataire prit heureusement fin. Giovanni-Battista Felce (1714) fut le dernier abbé, et le cardinal Annibal Albani, commendataire perpétuel, eut la gloire d’introduire lesTrappistesdanslemonastère. Plein d’admiration pour l’abbé de Rancé, il obtint de Clément XI ce changement (1717). Le cardinal dépensa plusieurs milliers d’écus pour mettre les bâtiments en état de recevoir leurs nouveaux hôtes; il fit refaire les dortoirs, les offices, il restaura le cloître, moderna seize autels dans l’église.
On peut se rendre compte de la restauration nécessaire à ce moment par la description des ruines que nous a laissée Rondinini en 1707 :
« Le monastère a bien perdu son ancienne splendeur; de tous côtés ce ne sont que ruines, pans de murs, voûtes à demi détruites ou écroulées; on dirait les vestiges non d’un monastère, mais d’une véritable ville; ce n’est pas sans un sentiment de profonde tristesse qu’au mois de mai, envoyé à Casamari par Sa Sainteté Clément XI, j’explorai ces restes d’une antiquité sacrée et que je dus lui rendre compte; l’infirmerie (nosocomium) et les autres parties du monastère sont presque renversées; deux dortoirs, entre lesquels s’élève un élégant cloître ruiné lui-même, subsistent seuls maintenant. L’un sert encore aux moines, l’autre est converti en grenier. Les offices, l’antique logement de l’abbé régulier sont livrés à des usages domestiques. »
Nous n'avons plus que quelques mots à ajouter pour l’histoire moderne qui n’est pas moins traversée d’épreuves que l’ancienne.
Pendant la Révolution française, beaucoup de prêtres et de religieux français se réfugièrent à
SAINTS JEAN ET PAUL
Casamari, s’y firent trappistes et y moururent saintement. En 1797, l’armée républicaine y commit des dégâts considérables ; six religieux furent massacrés. Des religieux, qui s’étaient enfuis, revinrent après le départ des troupes révolutionnaires ; ils ensevelirent leurs martyrs, dont les tombes, dit-on, furent illustrées par de nombreux miracles.
En 1811, le gouvernement français supprima le monastère de Casamari, expulsa les moines, transféra la bibliothèque et les archives à Veroli et loua les bâtiments à des séculiers.
Pie VU, en revenant à Rome, rendit Casamari âux Trappistes qui retrouvèrent le monastère tout à fait dépouillé ; on avait enlevé jusqu'aux toiles qui fermaient les fenêtres; les toits tombaient. L’abbé Pirelli (f 1822) et sa sœur, la princesse Carpino di Maggio, entreprirent la restauration à leurs frais.
Le couvent n’eut pas tant à souffrir de la guerre de 1849 que de celle de 1861. A cette époque, sous prétexte de rechercher les volontaires combattant pour les Bourbons, on saccagea tout et Bon dépouilla les moines. Les moines qui purent s’enfuir retrouvèrent, à leur retour, les édifices livrés aux flammes. Ils éteignirent l’incendie avec l’aide de deux cents paysans accourus à leur aide. Pie IX, en apprenant ces tristes nouvelles, remplaça généreusement tous les objets d’autel qu’on avait volés.
Description. — Malgré tant de vicissitudes, de pillages, d'incendies, l’illustre abbaye nous offre encore un ensemble majestueux qui mérite de la placer au premier rang des édifices consacrés à nos saints martyrs; nous devons donc ajouter à cette notice historique quelques lignes de description :
Lorsqu’on sort de Veroli par la porte S. Martino, on voit ouvert devant soi un magnifique amphithéâtre de collines couvertes d’oliviers, de châtaigniers et de vignes derrière lesquels se profilent les chaînes neigeuses des Abruzzes. Au fond de la vallée serpente la claire rivière l’Amaseno qui baigne le coteau sur la pente duquel s’élève l’abbaye. Cette illustre abbaye est assise au milieu des ruines de ses anciens bâtiments dont la moitié est démantelée et privée de toits. Malgré ces mutilations, il y a dans l’ensemble une majesté singu-
lière que M. Hemans, quoique protestant, ne put s’empêcher de vénérer; il y a aussi des restes assez complets pour que nous puissions relever par la pensée ce que le temps a détruit et refaire cette cité monacale qui jetait tant d’éclat au moyen âge. C’est ce que nous essayerons à l’aide des choses actuelles décrites par de Persiis, à l’aide des descriptions de Rondinini et de Batelli, et d’un plan que nous devons au Père Paniccia, l’abbé de Casamari.
Après avoir franchi les arcs de l’aqueduc, on arrive devant le premier édifice qui appartienne à l’abbaye et qui servait jadis de logement à l’abbé. Un arc en plein cintre, en travertin, large de 7 mètres, s’ouvre sur l’entrée. A 2 mètres environ au-dessus, une petite corniche soutient une loge à grandes fenêtres doubles, ornée d’élégantes colonnettes, et enfin une seconde corniche de pierre avec consoles termine l’édifice et soutient le toit.
Le grand arc du rez-de-chaussée introduit dans un beau portique large de 3 mètres et qui est un chef-d'œuvre de construction. Il y a encore un autre portique plus grand que le premier et qui n’a pas moins de 12 mètres de long. On sort du logement abbatial par deux arcades ogivales, à peu près égales, séparées par un grospilastre de iœ,25. On trouvait alors deux allées devant soi, l’une conduisant au perron de la basilique, l’autre inclinant à droite et visant la seconde entrée du monastère.
Lorsqu’on suivait la première, on laissait à gauche le cimetière garni de croix de bois à demi cachées sous des bouquets de myrtes. De ce côté, si je ne me trompe, était l’église Sainte-Croix dont Batelli nous a laissé la description; elle s’élevait à environ dix pas de la basilique, n’avait qu’une nef de quinze pas de longueur sur huit de large et qu’un seul autel en pierre, sous une petite niche ornée de peintures que la pluie avait altérées au point de les rendre méconnaissables. Le pavage, façonné d’un genre qu’on appelle astricum , contient deux sépultures, l’une près de l’autel destinée seulement aux moines, l’autre contiguë à l'entrée, réservée aux laïques qui meurent à Casamari L
Le perron de l’église abbatiale qu’on a beau-