FRANGE. — ALBI
Le chœur était probablement livré déjà au culte eu 1298, puisque les documents désignent déjà la première sous le nom «d’ancienne1 ». M. de Rivières nous prouve péremptoirement que les constructions de Bernard s’arrêtèrent à l’abside; il a observé en effet que la travée qui suit porte les armoiries de Bérauld de Fargués, son deuxième successeur. Du reste, Bernard ne tarda pas à quitter Albi pour l’évêché du Puy, ou il fut promu en i3o8; il y laissa non seulement le fondement d’une cathédrale majestueuse, mais aussi, suivant plusieurs historiens, la renommée d’un homme vénérable et d’une probité sans exemple2.
Les travaux durèrent fort longtemps après son départ et les voûtes ne furent achevées que vers 1 383, sous l’épiscopat de Guillaume de la Voulte 3. I ls ne finirent pas avec le xive siècle ; ce fut l’évêque Louis d’Amboise 4, digne neveu de Georges d’Amboise, l’ami de Louis XII, le Mécène du xve siècle, qui eut la gloire d’en célébrer la dédicace, le 23 avril 1480.
Le xvie siècle lui-même devait intervenir. On est frappé de la différence de style que le changement d’ouvriers amenait dans ces constructions; au lieu des terribles murailles de Bernard de Castagnet que traversent de rares moulures et que percent d’étroites fenêtres, voici une exubérance de sculptures, de clochetons, de feuillage découpés à l’infini; au lieu des créneaux, qui sans doute marquaient les sommets de cette forteresse religieuse, le nouvel architecte les environne de balustrades à jour comme des ceintures de dentelle; il semble avoir honte de l'œuvre massive, digne d’une main gantée de fer, qu’il trouve devant lui; ne pouvant la refaire, il l’orne de fleurs, il jette comme une sorte de bouquet devant l’entrée méridionale, ce portail merveilleux, où la pierre par un prodige est chargée de tiges épanouies en tous sens et ou la sève d’un art nouveau se répand en mille branches. L’histoire offre peu de contrastes plus singuliers.