Aspire le soleil sur le monticule
SAINTE CECILE
l’ouest, lequel est occupé par le grand mur des cloches : elle s’ouvre sous un petit porche refait d’une main moderne, mais qui recouvre un cintre ogival. Ce mur campanaire regarde le couchant et le village qu’il couvre de son ombre. Il a om,75 d’épaisseur et s’élève d’environ 4 mètres au-dessus de la voûte; il est percé de quatre arcades et surmonté d’un petit pignon percé lui-même d’une arcade plein cintre pour la cloche.
La façade principale, celle du midi, possède non seulement l’entrée, mais toutes les fenêtres qui éclairent l’église dont la nef est complètement fermée du côté du nord. Des tilleuls séculaires, qui n’ont pas été figurés sur notre gravure, l’ombragent et défendent les fidèles contre le soleil. Derrière l’abside s’étend le cimetière fermé par une porte de fer.
A droite de l’entrée, à l’extérieur, un petit bénitier, taillé dans une pierre circulaire, est fixé au mur. A l’angle du clocher, il y a quarante ans, on voyait un puits profond que le propriétaire du champ a fait combler.
L’église Sainte-Cécile a la forme d’un rectangle terminé par une abside circulaire et voûtée. Ses murs, excepté les angles qui sont en pierre de taille, se composent de silex, de granit et de morceaux de tuiles. Ils sont d’une épaisseur considérable qui atteint presque 1 mètre, et portent dans le soubassement des assises de moyen appareil, souvent employées dans ce temps. Les fenêtres sont longues, étroites au dehors et fort évasées à l’intérieur. Le seul ornement que l’architecte ail adopté, les arconcelles romanes, forme une-ceinture autour de la tribune, à 1 mètre sous la corniche, et ne se répète pas sur la façade de la nef (pl. XLVI).
Cette poétique église est d’un caractère franchement roman, et les souvenirs qu’on a pu recueillir sur son histoire s’accordent avec les indications chronologiques de son style. Selon M. Casimir Pont1, auquel nous empruntons la plupart des détails que nous offrons ici, elle forme, après le château de Pendel qui remonte
r. Casimir Pont, Histoire de la terre privilégiée du pays des Kercorb, canton de Chalabre (Aude). Déposé en 1873. (L. K., 22645).
Nous en devons les dessins à l’obligeance de M. l’abbé Blancard, curé de la paroisse.
peut-être à l’époque romaine, l’édifice le plus ancien du pays.
En 104, Raymond de Trencavel, vicomte de Carcassonne et de Béziers, donna par testament tout le pays de Kercorb à sa fille Cécile, qui épousa Roger Bernard, comte de Foix. Bientôt, pour subvenir aux frais de la guerre que son père soutenait contre le comte de Toulouse, elle dut engager une partie de son héritage. La mort de Trencavel (1167), jetant la confusion dans la maison de Carcassonne, servit à l’agrandissement de celle de Foix. Cette même année, Raymond, comte de Toulouse, donna en fief à Roger Bernard et à sa femme les terres de Carcassez et du Rasez et les réintégra dans la possession de Kercorb.
C’est alors que Cécile put revenir dans cette terre qu’elle aimait tant, qu’elle la combla de bienfaits et que sans doute elle éleva l’église que nous étudions. L’histoire ne dit pas si elle releva un ancien sanctuaire déjà dédié à sainte Cécile ou si elle choisit sa propre patronne pour celle d’une église toute nouvelle. La question importe peu pour l’ancienneté du culte de notre chère sainte dans le pays, puisque le fait seul de voir son nom porté et vénéré par la fille d’une des plus grandes familles du Languedoc prouve combien il était déjà en honneur.
La vénération pour cette église a traversé tous les siècles qui nous séparent de sa fondation. Lorsqu’on construisit l’église Saint-Jean-Baptiste, celle de Sainte-Cécile conserva sa primauté. Les terres environnantes lui appartenaient et constituaient les bénéfices de l’archiprêtre et de ses vica.res.
Dès le xme siècle, on vit s’ouvrir le 22 novembre une foire annuelle fort célèbre et qui s’appelait « foire de Sainte-Cécile ».
On enterrait dans l’église les prêtres et les nobles du pays, comme nous le prouvent encore des épitaphes.
Elle subit les épreuves révolutionnaires de la fin du dernier siècle. On voulut alors briser ses cloches; mais, dans la foule amassée au pied du campanile et consternée, on ne trouvait personne pour porter les coups. Le misérable qui présidait à cette œuvre sacrilège offrit une poignée d’assignats. Un ouvrier se présenta, monta sur le toit et à coups de marteau rompit les bronzes de l’étage inférieur; mais, lorsqu’il voulut attaquer