‹ Archéologie chrétienne. Les saints de la messe et leurs monuments (volume 3)Chapitre 175 sur 343 · Arch. Trcvir., 1884, p · texte numérisé non relu

Arch. Trcvir., 1884, p

dium qui sert encore et qui nous montre sainte Cécile touchant les pédales de l’orgue et levant un regard contemplatif vers le Ciel. A cette époque se réfère la construction du chœur et de la tour.

Ce frère Abraham paraît avoir eu la grâce d’une dévotion toute spéciale envers notre sainte, car, chargé de décorer la voûte de la grande église d’Orval, il peignit au-dessus du buffet d’orgue une fresque représentant sainte Cécile, entourée d’un chœur d’anges et chantant les louanges de Dieu. Dans l’arc de gauche de la grande porte, on voyait aussi le médaillon de sainte Cécile, couronnée de fleurs et entourée d’instruments de musique, travail singulier en fer forgé et ciselé.

Notre église de Sainte-Cécile avait un ouvrage de ferronnerie remarquable, la table de communion datée de 1747 et portant le nom de M. Gringovie , curé de Sainte-Cécile. Cet ouvrage sortait des ateliers d’Orval.

Malgré les reconstructions notables qu’a subies le sanctuaire, je ne suppose pas que son plan ait été beaucoup modifié, et c’est dans cette pensée que nous l’avons reproduit sur nos planches gravées. La nef paraît la partie la plus ancienne ; elle est percée sur sa face latérale de trois fenêtres et ornée d’autant de niches avec statues de pierre, dont trois ont été détruites en 1797 (pl. LXI).

A Conques, il y avait une petite chapelle dédiée à sainte Cécile.

A Sainte-Cécile même, les anciens du pays conservent le souvenir d’une chapelle sous son vocable, qui était distincte de la vieille église ; dans une situation poétique elle dominait une fontaine ou l’on va encore, aujourd’hui, en pèlerinage et ou l’on conduit à la sainte les enfants qui souffrent de la gorge pour implorer leur guérison.

Anloy (près Neufchâteau). — Église dédiée à sainte Cécile de date immémoriale. — Archives. — Fondations de messes. — Restauration. — Maître autel du xviie siècle. — Bancs et petits autels du xvm° siècle. — (i83o) Démolition du clocher. — (1840) Démolition de l’église et reconstruction de la nouvelle. — Description de l’ancienne.

Le Luxembourg belge possède encore un autre sanctuaire, sous le patronage de notre glorieuse vierge, l’église d’Anloy, par Neufchâteau, but

PAYS-BAS

d’un pèlerinage assez suivi ; nous n’avons pu découvrir exactement son origine, nous savons seulement qu’elle est de date immémoriale. L'érection du village d’Anloy en chapellenie ou vicecure remonte à une époque reculée *. Le grand nombre de messes fondées dans l’église au xvme siècle et jusque dans le milieu du siècle ne laisse aucun doute à cet égard. Les titres originaux n’existent plus ; on possède seulement dans les archives des registres-sommaires, sans date, mais fort anciens, abrégés, et indiquant le nom du fondateur, les charges, biens et rentes de l’église. Le style de ces documents et les détails qu’ils renferment sont curieux. Voici des expressionsqui s’y répètent souvent : legati pour légués, — hoirs pour héritiers ; les honoraires se payent en paiards , petite monnaie ancienne de la principauté de Liège ; ils étaient très modiques, de 5o à 7 5 centimes de notre monnaie.

Ces documents nous révèlent que, dans la première moitié du xvme siècle, soixante écus de France furent employés « au bien-être » ou à la restauration de l’église; au Concordat, elle devint simple succursale.

Vers i83o, on dut abattre le clocher qui tombait de vétusté. La charpente était entièrement pourrie et ne pouvait plus résister malgré ses fortes dimensions. L’église eut le même sort quelques années après et fut remplacée par celle actuelle qui est spacieuse, mais qui n’offre plus rien de remarquable.

D’après le témoignage des personnes âgées de la paroisse et à la suite d’une enquête minutieuse faite par M. l’abbé Colaux, curé d’Anloy, nous sommes parvenus à recueillir des données et des mesures suffisantes pour tenter la restauration du vénérable édifice que nous reproduisons dans nos planches. Nous y joignons la description qu’on va lire et qui présente de véritables garanties (pl. LXI).

Si nous ne faisions qu’une histoire de l’art cécilien, nous pourrions ne pas nous arrêter devant ce modeste édifice; mais notre ambition est de glorifier notre vierge, et le plus humble monument qui rappelle l’amour d’une population et d’un temps reculé envers elle nous semble aussi

i. Elle fut réduite en succursale par le Concordat.

Nous devons les documents que nous rapportons à M. l’abbé Colaux, curé d’Anloy.

intéressant que les plus somptueuses basiliques. Elle regarde, sans doute, d’un œil non moins favorable les pauvres chapelles des bûcherons, au fond des forêts des Ardennes, que les riches constructions d’Albi, sur les collines du Tarn. L’église d’Anloy n’avait à l’extérieur aucun ornement. Sa façade se composait d’un pignon aigu, très élevé, le long duquel se dressait un porche fort élevé aussi, couvert d’un toit à deux versants. Chose singulière, ce porche était fermé en avant pour garantir des vents du couchant les fidèles qui s’y abritaient avant d’entrer dans l’église; il avait 4 mètres carrés et s’ouvrait par deux portes latérales. Au milieu était la porte ellemême de l’église dont la menuiserie nous a été conservée. Cette porte, haute de 2m,3o, est partagée en panneaux par six croix de Saint-André et ferrée de deux cents clous, peut-être, à têtes taillées en facettes, longs de om, 10.

Les murs inclinés en talus avaient près de 2m,io à la base et seulement 1 mètre dans le haut, c’est-à-dire à 5 mètres du sol. Ils étaient percés de chaque côté de la nef de trois petites fenêtres hautes de im,70. Construits en moellons du pays, ils offraient une solidité capable de braver les siècles et qui seule suffirait à montrer la faute qu’on faisait de les démolir. Les ouvriers encore vivants qui furent employés à cette triste besogne se rappellent les efforts qu’ils durent y apporter ; ils brisaient les pierres plutôt que de rompre le mortier qui les reliait entre elles. La nef avait environ 8 mètres de largeur, 17 mètres de longueur et se continuait par une partie absidale de 6 mètres où se trouvaient le chœur et la sacristie. Le chœur était éclairé par deux fenêtres et tourné vers l’Orient.

L’église n’avait pas de clocher, mais un simple beffroi dressé sur le faîtage à om,3o du pignon. Élevé à sa base sur un plan carré, recouvert d’ardoises de 4 mètres de haut, percé sur chaque face d’une baie qui laissait sortir le son des cloches, il se transformait ensuite en une flèche qu’interrompaient deux boules de grosseurs inégales. On voit dans les environs des renflements analogues sur une très vieille église du village et sur les flèches de la célèbre abbaye de Saint-Hubert l. La pointe se terminait par une croix ornée de fleurs

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