ALLEMAGNE. - COLOGNE
l’édifice et l’érection de l’église que nous possédons encore en grande partie.
Aujourd’hui, lorsqu’on descend de l’église des Saints-Apôtres vers le centre de la ville, on trouve au bout du nouveau marché la rue Sainte- Cécile qui semble nous guider vers le but de notre pèlerinage et qui débouche sur une place oü se trouvent deux églises, l’une de style ogival, Saint-Pierre, l’autre encore presque toute romane qui est Sainte-Cécile. Nous nous trouvons là devant la façade absidale ou le xne siècle nous a laissé la tribune de droite et la tribune principale; celle de gauche fut démolie pour faire place à la sacristie de la fin du xve siècle. La grande tribune porte, sur un soubassement élevé, sept arcades plein cintre dont trois sont ouvertes pour servir de fenêtres, et, au-dessus, un courant d’élégants arconcelles qui soutiennent la corniche de l’hémicycle.
On pénètre à droite dans une cour souvent fermée par une grille et, après avoir dépassé la sacristie, on s’arrête devant un beau portail ouvert dans le collatéral, et dont le tympan renferme un bas-relief intéressant. On y voit au milieu le buste de sainte Cécile qui étend la main droite en geste de prière et tient de la gauche une palme de métal. Autour de sa tête rayonne un nimbe lobé; elle est coiffée d’une toque d’ou sortent en ondulant deux nattes qui retombent sur la poitrine. Elle porte une première tunique, visible seulement aux poignets, une seconde beaucoup plus large, étoffée, garnie de manches très amples et sur laquelle est jetée une écharpe qui semble faire le tour du cou pour retomber sur l’épaule gauche. Son nom a dû être écrit sur le fond, mais je n’y distingue plus qu’un E lunaire.
A droite de Cécile, non plus en buste, mais en pied et dans une échelle moindre, est figuré Valérien, S. Valerianus, qui porte la tunique, la chlamyde agrafée sur l’épaule droite, de riches chaussures et une palme. A gauche, saint Tiburce, dans le même costume et à peu près la même atti-
tude, S. Tiburtius. Au-dessus de la vierge son ange semble lui parler; autour du tympan on lit cette inscription en l’honneur de la virginité : Vos qui spectatis hec prœmia virginitatis , expectate pari pariter virtute beari1 (pl. LXIY).
A droite en entrant on voit un reste de muraille dont les assises de briques laissent supposer la construction carlovingienne.
L’intérieur de l’église actuelle est encore roman ; si nous faisons abstraction des peintures modernes qui recouvrent le chœur, et des voûtes de la nef
reconstruites plus tard, on y retrouvera l’ancien style partout. Les nefs sont partagées par des piliers carrés qui déterminent cinq travées de voûtes d’arêtes; ces piliers portent des arcs en plein cintre et des moulures d’imposte composées d’un cavet et d’un quart de rond, éléments d’architecture du xn* siècle qui ont peut-être été restitués (pl. LXII et LX11I).
Du côté de l’ouest on descend plusieurs degrés et l’on pénètre dans une crypte2 ouverte sur laquelle
1. J’ai ouï dire que ce bas-relief avait été peint, mais les enduits et badigeons empêchent maintenant de retrouver des traces de couleurs.
2. Nous donnons le plan de cette crypte d’après un dessin des Archives, que nous devons à l’obligeance de l’architecte et de M. le Dr Schnütgen.
Une crypte de ce genre existe à Saint-Pierre de Soest, avant l’entrée. Lübke, Arch. du moyen âge en Westphalie , pl. V.
SAINTE GÉCÎLE.
on a disposé la tribune où l’on vient de l’hôpital entendre la messe. Cette crypte est aussi du xiie siècle et nous montre que cette église, comme on en trouve beaucoup d’exemples en Allemagne, avait deux chœurs. Le mur du bout d’une grosseur considérable semble, avec ses escaliers tournants, désigner l’emplacement de la vieille tour. Dans plusieurs églises de Cologne nous pouvons signaler une tour ainsi placée, notamment dans la belle église romane des Saints-Apôtres.
L’histoire consigne un événement important pour l’église au xn° siècle, la découverte dans ses murs du corps du bienheureux Paulin, disciple de saint Materne. Ce fait, que nous rapporte l’auteur de l’histoire des évêques de Liège, explique peut-être la création d’un nouveau chœur pour honorer ces nouvelles reliques 1 : « In dicta vero ecclesia S. Cecilie novissimis temporibus repertum est corpus gloriosum b. Paulini martyris discipuli S. Materni 2. »
Nous avons à la Bibliothèque nationale 3 un carton rempli d’anciennes chartes relatives à l’histoire de Sainte-Cécile de Cologne ; la plus ancienne, du 9 avril 1224, remonte au pape Honorius etporteson sceau. Elle confirme ses privilèges. La seconde (ier octobre 1 258) est d’Alexandre IV. La troisième ( 1 7 octobre 1 290) contient des indulgences octroyées à l’église par Nicolas IV. Une charte du xivc siècle (6 juillet 1349) devait offrir dans le haut l’image de sainte Cécile qui fait malheureusement défaut. Une charte de 1400 octroie des privilèges. Viennent ensuite des chartes de 1460 et 1461. Cette dernière, contenant des indulgences, possède quatre sceaux de cardinaux dont la cire est bien conservée, un jugement de 1480 avec sceau papal. En 1494, octroi d’indulgence ; ce parchemin est le mieux orné, il est enluminé dans le haut, d’un côté, d’une figure de sainte Cécile dans une initiale et, de l’autre, de l’évêque Evergisile; au milieu est la Véronique et dans les pilastres les armes papales, etc. Sainte Cécile n’a pas encore les attributs de musicienne, elle tient une palme, un livre, elle est coiffée d’une
1. L’auteur des Petits Bollandistes, V, p. 3oi, prétend que l’église reçut aussi le titre de Saint-Paulin.