‹ Archéologie chrétienne. Les saints de la messe et leurs monuments (volume 3)Chapitre 231 sur 343 · Voy. Barbosa, Dict. geogr. du Portugal · texte numérisé non relu

Voy. Barbosa, Dict. geogr. du Portugal

ORIENT

de sainte Cécile, nous est fourni par le ménologe du Vatican fait pour l’empereur Basile, et par la peinture signée Pantaléon qui en orne le texte. Ce peintre n’est pas malheureusement un des meilleurs de ceux qui furent chargés d’enluminer le manuscrit, et l’œuvre qu’il nous a laissée ici est fort médiocre. Néanmoins, elle témoigne non seulement de l’importance de la fête, mais elle nous montre aussi sous quels traits les Grecs la représentaient. Tiburce et Valérien sont figurés à gauche gisants et décapités; le moment d’être frappée est venu pour Cécile; elle ne porte qu’une jupe assez courte bleu clair, qui ne lui descend qu’aux genoux et qui composait sans doute, à Constantinople, la tenue pour les bains. Le souvenir du caldarium était ainsi rappelé. Elle s’incline devant le bourreau qui lève le glaive. Dans le fond est un édifice recouvert d’une coupole et de tuiles rouges.

Les jeunes gens ont une riche tunique, Valérien bleue, Tiburce lilas, ornée de bandes de broderie sur la poitrine, les poignets et dans le bas; ils sont nu-pieds. Le bourreau porte une tunique rouge bordée de passementeries bleues à la jupe et aux manches, des chausses bleues, des brodequins gris. Derrière cette scène un paysage se détache sur un fond d’or (pl. LXXV).

Ce type n’était pas le seul connu des Byzantins et nous devons rappeler la porte de Monte-San- Angelo pour montrer comme ils entendaient le couronnement de Cécile et de Valérien par l’ange; c’est à peu près la donnée du moyen âge, mais avec la manière de représenter les anges sans jambes et à mi-corps. Ce bronze, tout à fait dans le style de Saint-Paul-hors-les-Murs, avec damasquinures d’argent, a la même origine, et fut commandé aussi par Pantaleone et exécuté à Constantinople en 1076, c’est-à-dire six ans après le premier. Les panneaux représentent les apparitions angéliques les plus célèbres dans l’histoire, et celle de sainte Cécile fut considérée comme digne d’en faire partie. Les deux époux y sont debout en riche costume byzantin, séparés par cette

inscription : « -f- Ubi angélus Domini optulit enrouas beate Cecilie et Valeriano 1. »

Une inscription plus générale rappelle l’ordonnateur et le lieu de l’exécution : « -(- Hoc opus complétant est in regiam urbem Constantinopolitani adjubante domino Pantaleone, qui eas fieri jussit anno ab Incarnatione Domini millesimo septuagesimo sexto... » (pl. LXXV).

L’église de Constantinople 2 dans les Ménées, qui sont comme le propre des saints de la liturgie grecque, employait ses habiles hymnographes en l’honneur de la vierge romaine et les chargeait de célébrer ses louanges. D. Guéranger en a traduit quelques strophes, dont nous extrayons les suivantes :

« Tu as su conserver ton corps sans souillure et affranchir ton cœur de tout amour sensuel, ô Cécile, digne de toute louange ! Tu t’es présentée à ton Créateur comme une épouse immaculée, dont le martyre a comblé la félicité; il t’a admise aux honneurs d’épouse, comme une vierge sans tache.

« Eprise de la beauté du Christ, fortifiée par l’amour du Christ, soupirant après les délices du Christ, tu parus morte au monde et à tout ce qui est dans le monde, et tu fus trouvée digne de la vie éternelle.

« Les trois jeunes hommes changèrent en rosée les flammes de la fournaise, et toi, ô Cécile ! par la vertu delà rosée baptismale, du milieu des ardeurs de ton bain enflammé, tu chantas comme eux; soyez béni, ô le Dieu de nos pères !

« Tu es le jardin fermé, la fontaine scellée, la beauté réservée, l’épouse glorieuse qui brille sous le diadème, le paradis fleuri et divin du Roi des armées, ô Cécile, pleine de Dieu ! »

Il existait au commencement du xni° siècle à Constantinople des reliques de sainte Cécile. Le monastère de Pairis possédait alors, en effet, un abondant trésor de reliques que l’abbé Martin avait rapportées de cette ville et dans lequel Günther mentionne celles de sainte Cécile 3.

1. Schulz, Monuments de l'Italie méridionale, pl. XXXIX et LXXXV.

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