FRANCE. — MINIATURES
Nous avons gravé (pl. XIII) deux miniatures qui font partie des manuscrits latins de la Bibliothèque nationale. La première, n° to52, représente la vierge couverte d’un manteau de cheveux blonds, un livre à la main droite, une palme à la gauche; elle est accompagnée de l’agneau qui chemine près d’elle et dont le nimbe est marqué d’une croix. La seconde, n“ 1 023, figure, dans une capitale, l’apparition d’Agnès à un évêque endormi, saint Martin, je crois. Les manuscrits appartiennent l’un et l’autre au xive siècle. Un S majuscule, dans ce même codex, est orné d’une sainte Agnès, précédée par l’agneau et suivie d’une troupe de vierges portant des palmes (f° 16 v°).
Le riche manuscrit français (n° 242, f° 38) nous offre une image de sainte Agnès. Nous y trouvons la vierge discutant avec le juge, qui tient un glaive de la main gauche. Les personnages sont en grisaille, le fond pourpre avec ornements d'or. Une autre légende dorée (Fr. 414, f° 55) rappelle le colloque avec le fils du préfet. Celui-
Sainte Agnès et le fils du préfet.
Bibl. nat. Légende dorée. Fr., 414, f° 55.
ci porte les ridicules habits du xivc siècle, mais la sainte a une pose simple et gracieuse. Les figures sont en grisaille, le fond est noir orné d’or.
Nous avons gravé (pl. XIV), d’après un manuscrit français (241), la vierge repoussant les proposition de mariage et, d’après le manuscrit du même fonds 5i (1° 199), la vision de saint Martin.
Le manuscrit français 3 10 nous offre une charmante grisaille d’une finesse admirable. A l’extérieur de l’édifice le préfet objurgue vainement la sainte, pendant qu’à l’intérieur son fils est frappé de mort et qu’un ange apporte une tunique à Agnès.
Un des plus beaux manuscrits latins (n° 757, p. 191), dont je crois les miniatures de main italienne, nous montre la vierge au milieu des flammes et percée à la gorge (pl. XXII).
Il faut rappeler surtout, à la Bibliothèque nationale, l’éblouissant manuscrit fait pour le duc de Bedfort (14.35) (Latin, 17294), où nous trouvons les magnificences de la miniature réunies au meilleur dessin et au goût le plus exquis. Ces peintures, encore empreintes de la naïveté du moyen âge, ont déjà la suavité et la correction des débuts de la Renaissance, âge d’or de l’art, âge trop rapide comme les heures de perfection en ce monde, et qui nous vaut ici une des plus riches pages de l’iconographie de sainte Agnès.
Au f° 397 v°, dans une majuscule, la vierge est en prière et agenouillée ; deux livres sont ouverts sous ses yeux, son agneau est couché à ses pieds et ses regards tombent plus souvent sur lui que sur les textes sacrés. Au même folio le Christ lui apparaît, il est dans le haut du cadre au milieu d’un arc-en-ciel. Plus loin, un saint nimbé entre dans sa chambre, le Christ probablement, quoique le nimbe ne soit pas crucifère ; il lui passe un anneau d’or au doigt; elle le reçoit agenouillée, elle vient de quitter le fauteuil drapé qu’on voit derrière elle.
Nous suivons l’ordre des faits, quoique le peintre ne l’ait pas observé dans ses compositions. Au folio 398 v°, un enfant de chœur interrompt sa lecture pour lui tendre une légende inscrite de ces mots : Diem festum , qui ont peut-être trait à l’union de l’époux mystique. Après ces joies de l’amour pur vont venir les épreuves. L’artiste nous montre la jeune fille assise par terre dans une prairie fleurie; elle lit, pendant que son agneau l’interrompt par ses caresses et en sautant sur les pages du livre; voici que le fils du préfet se présente, il lui déclare son amour et se jette à ses genoux, tandis qu’Agnès lève les bras et détourne la tête. Dans un autre tableau se répète la même scène, qu’elle clôt par cette véhémente apostrophe que nous ont conservée les actes : Discede a me sordes. Le jeune homme s’est retiré, on voit Agnès joyeuse et de nouveau seule avec son agneau; elle s’est assise et lui sourit pendant qu’il sautille près d’elle.
Un des tableaux rappelle une autre épreuve; comptant sur la vanité ordinaire des jeunes filles,
iqo
SAINTE AGNÈS
le prétendant lui a envoyé une robe d’or richement brodée, mais elle la repousse avec dédain.
Le moment des grandes épreuves arrive. Agnès arrêtée est en prison ; on l’aperçoit en compagnie d’un ange sur la grande peinture du folio 3 98 . Devant, le fils du préfet est étouffé par le démon; il est jeté sans vie aux pieds de son père, pendant que la sainte prie et qu’elle va le ressusciter. Sa figure, encadrée de boucles blondes, est d’une grâce céleste. Ces miracles, ces bienfaits ne désarment pas la fureur des bourreaux; dans le haut,
Agnès devant le juge. Bibl. nat. Fr., 242, f° 38.
on la voit dépouillée de sa tunique qu’a remplacée aussitôt le voile de cheveux, on la jette dans le bûcher dont les flammes s’écartent, on la perce d’une lance; enfin des anges portent son âme, sous la forme d’un enfant, vers le trône du Christ, qui laisse tomber sur elle ces douces paroles : « Veni electa mea! » (pl. XIV).
Reims (Marne). — Dans un ancien plan topographique de Reims 1 nous recueillons cette notice : Beguinœ S. Agnetis ; elles avaient été fondées à Liège en r 170, s’établirent à Nivelles en 1266 et se répandirent dans toute la Flandre et même en France; il y en avait encore à Reims en 162 5.
Rouen (Seine-Inférieure). — Saint-Ouen de Rouen se glorifiait jusqu’au xvie siècle de garder le chef de sainte Agnès; mais, en i5Ô2, les hérétiques pillèrent une châsse d’argent qui le renfermait et onze bras reliquaires dont celui de sainte Agnès. Le culte de notre sainte était déjà en grand honneur au xie siècle dans l’abbaye; l’abbé Nico-
las. à cette époque, professait pour elle une dévotion particulière et Dom Pommefaie 1 nous dit y avoir vu un manuscrit qui contenait la vie d’Agnès et qu’il avait fait composer par un de ses religieux. De si grandes richesses, l’église ne conserve plus rien aujourd’hui.
Elle avait une chapelle dédiée à sainte Agnès dont nous avons un dessin dans la collection Gaignières (IV, 28).
Soissons (Aisne). — Il y avait en 1227 à l’abbaye de Longpont des reliques de sainte Agnès, Agathe et Cécile. Dans un inventaire de i652 les deux dernières subsistaient seules2.
Saint-Claude (Jura). — Vincent (Chaumergy). — Le culte de sainte Agnès paraît avoir fleuri au moyen âge dans le Jura ; ainsi, nous écrit M. l’abbé Thorel, ancien curé de Vincent, « cette paroisse est très ancienne; l’église primitive, démolie en 1845, servait de paroisse à plusieurs villages des environs; le culte de sainte Agnès y existait depuis longtemps. J’ai encore vu sur deux des panneaux de l’ancienne chaire à prêcher, sculptés en ronde bosse, une figure de cette sainte avec l’agneau. La nouvelle église, construite en i8q5 dans une position plus centrale, n’offre aucun caractère d’architecture. Un tableau y représente Agnès devant le bourreau et ses juges. Un autre tableau du siècle dernier, qui a un peu plus de valeur, figure devant les monuments de Rome, Agnès, avec son agneau, sur le bûcher et le glaive enfoncé dans la poitrine3. »
Sainte-Agnès. — Nous donnons (pl. XI) un croquis de l’église de Sainte-Agnès, à 10 kilomètres de Lons-le-Saunier, qui est fort ancienne. La tour appartient au commencement du xme siècle; elle a des baies ogivales dans le bas et des arcs en plein cintre dans la zone des cloches ; au-dessus de l’entrée un corbeau entaillé semble rappeler la présence d’une lambourde pour un