D. Guéranger, p
SAINTE CECILE
tissait à l’Eglise, sous la garde d’un nom nouveau, la jouissance de ce palais. On ne peut douter que les pieuses mains auxquelles elle le confiait ainsi ne s’empressèrent, autant que la persécution le permettait, d’accomplir ses derniers souhaits et qu’elles transformèrent d’abord en oratoire le glorieux caldarium. On ne peut douter surtout que l’époque constantinienne n’y vit ouvrir une basilique publique et magnifique. M. de Rossi rapporte une inscription qui peut dater de 1 et qu’on trouva sous le pavé de l’église, authentique certaine de son existence dès le iv° siècle. Bondini2 la fait descendre à 464. Elle rappelle une jeune fille nommée Apollonia, morte à l’âge de douze ans, une merveille de bonté et de pureté, que ses parents désolés confièrent à la vierge Cécile en lui élevant un monument dans sa basilique.
Le plan de l’antique basilique ne devait pas être fort différent de celui que nous avons vu au commencement de ce siècle et qui conservait le caractère primitif. Le narthex est à peu près tourné vers l’Orient, comme pour beaucoup d’églises constantiniennes, le portique conserve encore de belles colonnes qui durent être employées avant le ix° siècle, ou ces matériaux précieux devenaient déjà plus rares qu’au ive. Les chapiteaux ne semblent appartenir ni à l’époque classique, ni à l’époque carlovingienne, ni au moyen âge; par leur facture, qui rappelle de bonnes traditions soumises à des mains barbares, ils semblent un ouvrage du ive siècle. L’empâtement de leurs feuillages, le tracé maladroit des volutes sont des caractéristiques de la décadence romaine. Sur un des jambages de la porte, j’ai estampé un tracé de flambeau antique qui doit être de cette époque.
L histoire nous a conservé quelques souvenirs relatifs à cette église. Déjà, en 499, elle était un des tituli.
Le pape Vigile (540) semble l’avoir eue en grande vénération ; il la visitait le jour de la fête patronale, comme le prouve le récit de son enlèvement : « Anthemius Scribo veniens Romam invenit eum in ecclesia S. Cæciliæ x calendas decembris. »
1. Elle peut dater aussi de 379» 38i, 38a, 3go, 464 (D. Rossi, Inscript., I, p. 359).