I. Evangile, PL XXXIV
SAINT JEAN-BAPTISTE
cercle céleste ; à droite deux anges accourent à tire d’ailes pour servir le divin Maître ; au lieu, comme chez les Grecs, d’être debout sur la rive, ils sont dans l’air. Le fleuve est rempli de poissons, ses bords semés de fleurs rouges et d’arbres qui rappellent plus le Nil que le Jourdain.
XII® siècle. — Nous citerons pour la dernière période romane l’évangéliaire du Vatican (1128), Tévangéliaire de Paris (grec 75). Dans le cercle céleste, nous reconnaissons le trône divin entouré d’anges et de chérubins en adoration, et les portes du paradis ouvertes qui laissent entrevoir le mystère divin.
Dans Tévangéliaire de Goslar, ce que nous n’avions pas encore vu, saint Jean a derrière lui des assistants armés de hallebardes. A Darmstadt (ms. 1640) le cercle a une grande importance.
Dans les images du xii® siècle, la Colombe n’est plus nimbée, elle est auréolée, ce qui ajoute à son importance.
Du reste, depuis les petites peintures des manuscrits jusqu’aux vastes compositions de Saint-Marc de Venise, de Monreale,de Païenne, les mains des artistes byzantins répètent le même thème avec une infatigable persévérance. On verra des preuves de cette uniformité dans quelques manuscrits rapportés sur nos planches gravées.
XIII® siècle. — Les données iconographiques de l’Orient qui exercent leur influence chez nous se retrouvent dans la plupart des œuvres que le XIII® siècle nous met sous les yeux. Nous citerons pour qu’on puisse en connaître l’histoire, la mosaïque du baptistère de Florence, les psautiers de Stuttgard, de Berlin, de Bamberg, de Munich, de Leyde.
Notre-Seigneur qui, dans les images romanes, avait les bras inactifs, commence alors à bénir. On peut en citer plusieurs exemples.
On conserve à Copenhague un psautier qui mérite d’être mentionné ; au-dessus de la scène baptismale, dans le cercle supérieur une figure triomphante ouvre largement les bras, tenant de la
I. C)ii pourrn trouver pour l’iconographie du baptême une multitude de détails dans l’ouvrage suivant ;
I)’' Josef Stuzygowski, Iconographie der Tanfe Christi (169 représentations). Munich 885, in-f’.
main gauche le globe de l’univers et bénissant de la droite, figure du Père éternel qui, cependant, porte le nimbe crucifère '.
Captivité (PL X et XI). — Cependant l’heure des grandes épreuves arrivait pour Jean. Hérode Antipas, un des fils du meurtrier des saints Innocents, prit la femme de son frère Philippe, Hérodiade, et renvoya sa femme, la fille d’Arétas, roi de l’Arabie. Comme les prophètes de l’Ancien Testament, Jean n’hésita pas à lui reprocher son crime. Avec un courage dont on trouve peu d’exemples dans l’histoire des royautés asiatiques et une hardiesse qui marque l’aurore de la liberté sur le monde, il quitta le désert, alla trouver Hérode, l’aborda sur la place publique et lui jeta cette apostrophe à la tête : « Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère ! »
Cédant aux conseils d’Hérodiade, le roi le fit saisir et jeter en prison. Cependant, par un reste de justice, il n’écoutait pas les perfides conseils de la vengeance, il allait même le consulter et l’écoutait volontiers ; il permettait à ses disciples de le visiter. C’est du lieu de sa captivité qu’il envoya une députation au Sauveur pour lui demander s’il était celui qui devait venir.
Ses disciples se rendirent à Capharnaüm, où était Notre-Seigneur, et firent la commission de Jean ; alors Jésus, après avoir accompli quelques miracles devant eux, leur répondit : « Allez, rap- « portez à Jean ce que vous avez vu, dites-lui que « les aveugles voient, que les boiteux marchent, « que les lépreux sont purifiés, que les sourds « entendent, que les morts ressuscitent et que « l’Evangile est annoncé aux pauvres. »
Puis quand les disciples furent repartis, le Sauveur entoura Jean de magnifiques éloges :«Q.u’ê- « tes-vous allé voir dans le désert.'’ un roseau agité « par le vent! Q.u’êtes-vous allé voir.î* un homme « vêtu mollement.'’ ceux qui portent de tels vête- « ments habitent la maison des rois. Q,u’êtes-vous « allé voir .'’ un prophète.? Oui, vous dis-je, et plus « qu’un prophète, celui dont il est écrit: J’envoie « mon ange devant ta face qui préparera la voie « devant toi. Oui, vous dis-je, il ne s’est pas élevé « parmi les enfants des femmes d’homme plus « grand que Jean-Baptiste. »