CHAPITRE PREMIER
du Ivaïlùsa. Voici l'explication que les sculpteurs modernes du pays tamoul donnent de ce sujet :
Le pieux Râvana, afin de se rapprocher de Siva, eut le désir de faire venir le Kaïlàsa auprès de lui. Dans ce but, il pria longtemps mais vainement ; et puisque la montagne ne venait pas à lui, il résolut d’aller vers la montagne, et de la rapporter chez lui. Comme il commençait à soulever le Kaïlàsa, Pârvatî remarqua que la montagne s’ébranlait et elle avertit son mari. Alors Siva appuyant son pied sur le Kaïlàsa, lui rendit son équilibre. Ràvana, qui était au-dessous, demeura prisonnier, et craignant d’avoir offensé Dieu, il resta immobile et se mit à prier. Alors Siva le délivra, lui donna l’épée « ayoudam '> et le combla de bénédictions (1).
Historique. — Ce sujet ne se voit nulle part dans les rathas et les caves de xMavalipuram et de Trichinopoly.Mais il existe en bas-relief sur la face nord du petit temple (moins ancien que les rathas) qui se trouvent au sommet des rochers de Mavalipuram à côté du phare, au-dessus de la cave de Dourgâ.
On le trouve à Kanchîpuram dans le temple He Kaïlàsanâtha (A. Rea, Pallava Architecture, plate CXXIIl, lig. 5, et celui de Tripurànkêsvara (plate CIX, fig. 2) (2).
Le géant qui est au-dessous du Kaïlàsa est toujours repré-
(t) Eu dehors du Sud de l’Inde la légende est sensiblement différente. Nous empruntons à M. Cœdès le passage suivant :
« Un jour, parcourant le Garavana sur son char merveilleux, Râvana « vit subitement le Puspaka s’arrêter, car il était arrivé au pied d’une « montagne sur laquelle Siva prenait ses ébats. Irrité, le Ràksbasa saisit « le mont dans ses bras et secoua le roc. A cet ébranlement, les Ganas « tremblèrent et Pârvatî embrassa Maheçvara.
« Alors Mahâdeva, le premier des Dieux, de son orteil écrasa le mont comme en se jouant ; et il écrasa en même temps les bras de Râvana. » (2) A Ellora c’est un des sujets les plus fréquemment répétés. On le trouve dans toutes les caves brahmaniques : Cendres de Ràvana, Kaïlâsa, Ramesvaram, Doumar-Léna. Le bas-relief de celte dernière cave (Pl. XIV, A), situé à droite en entrant, est un des plus grands et des plus beaux d’Ellora.
l’iconographie SIVAÏTE 37
sente avec dix têtes et vingt bras ; dans les bas-reliefs anciens il est vu de dos.
§ 2. — Pârvatî.
Pârvatî-Kalyâna. — Le mariage de Siva et de Pàrvatî est fréquemment représenté de nos jours. La fig. B, PL XIV montre le mariage de Pârvatî sous la forme de Minakchi (la déesse aux yeux de poisson), divinité protectrice de Madûra.
On commémore le mariage de Siva et de Pàrvatî par la fête de Tiru-Kalyàna (le divin mariage).
Historique. — Ce sujet se trouve dans le Kaïlâsanâtha de Kanchîpuram (viii' siècle) (A. Rea, Pallava Architecture., plate XLlRfig. 2) (1).
Ardhanârîsouara ou Parângadâ. — Siva et Pârvatî se trouvent quelquefois réunis sous la forme d’une même divinité androgine. La partie de droite de la divinité (qui est à la gauche de l’observateur) représente Siva et la partie gauche Pârvatî. C’est Siva, femme (nàrî) à moitié (ardha). Cette divinité est facile à reconnaître: du côté mâle on voit la hache ou le tambour (oudoukaï), des serpents ; du côté femelle, la poitrine est proéminente, la taille est amincie, les hanches sont élargies et couvertes d’un pagne (podévè), la main porte une fleur, le bras et le pied sont ornés de bracelets.
Historique {V}. — Ardha-nari se trouve à Mavalipuram sur le
(1) Il est surtout représenté à Ellora ; on le trouve sculpté en grands hauts-reliefs dans toutes les caves brahmaniques.
Le dieu et la déesse se tiennent par la main, et Brahmâ, le Dieu brahme, verse l’eau lustrale pour la consécration en présence de toutes les autres divinités.
(2) Cette image est peut-être la plus anciennement connue si on s’en rapporte à l’histoire de l’ambassadeur hindou à Bardisanes (220 après J.-C environ) qui décrivit une cave du nord de l'Inde contenant une image d un Dieu moitié homme, moitié femme (Sloboeus, Physique, Gaisford, éd., p. î)4, et Priaulx, l Inde et Rome, p. 133).
Elle constitue un grand bas-relief dans la cave n" 1 à Bêdâmi (PI. III, B).