CHAPITRE H
Kattounda-kannan (Krichna attaché) (fig. 28, A).
« Nous empruntons au Bhâgavata Purâna (traduction de Burnouf) la légende suivante :
« Chap. IX. — I . Un jour, pendant que les servantes étaient occupées à d’autres travaux domesliques, Yaçôdâ, l’épouse de Nanda, battait elle-même le beurre ;
« 5. Elle le prit sur ses genoux, et, lui livrant ses seins d’où le lait s’échappait sous l’influence de la tendresse maternelle, elle regardait son visage souriant, lorsqu’elle se débarrassa soudain de lui avant qu’il fût rassasié, et courut à son lait qui était sur le feu et qui montait.
« 6. L’enfant mordit de colère ses lèvres rouges et frémissantes, brisa la baratte avec un pilon de pierre en faisant semblant de pleurer, et alla manger le beurre frais eu cachette dans la maison.
« 7. Une fois le lait bouilli et retiré du feu, la bergère rentra, et, devinant, à la vue de la baratte brisée, que c’était l’œuvre de son fils, comme elle ne le voyait pas là, elle se mit à rire.
« 8. Perché sur le pied du mortier, il gorgeait un singe avec le beurre frais suspendu dans un filet, tout en trahissant par ses regards la crainte d’être surpris. Dès qu’elle eut aperçu son fils, elle s’approcha tout doucement de lui par derrière.
« 9. Krichna la voyant venir avec une baguette à la main, descendit à la hâte et s’enfuit comme s’il eût été pris de peur ; et la bergère se mita poursuivre Celui que n’atteignent point les Yogis ; alors même que leur cœur est devenu, par la pénitence, capable de s’unir à lui.
« 10. Sa mère le poursuivait, et, quoique retardée dans sa marche par le poids de ses hanches mobiles, dont l’ampleur faisait valoir la finesse de sa taille, et (par son ardeur) à ramasser tout en courant les fleurs qui lombaientde ses cheveux dénoués, elle mit enfin la main sur lui,
« 11 . Le coupable, pleurant et se frottant les yeux, enéta-
Pr ANCHE XXX \"
A. — Krichna terrassant le serpent Kàlinga iKailàsa d : l ua. Vlll stècle).
B. Gopikà-vastrà-apaharanam (enlèvement des habits des bergères).
l'i.ANCIIE X
To.mk II
A. Krichna entre Radha et Roukoumani.
B. — Moghéni (image moderne)
l’iconographie vichnouïte
lait le noir collyre avec la main et jetait sur sa mère des regards craintifs, pendant que celle-ci, le tenant par le bras, le gourmandait d’un ton menaçant.
« 12. Laissant là sa baguette, quand elle vit que son fils avait peur, la tendre mère voulut du moins l’altacber à une corde, ne se doutant pas de ce qu’était sa puissance.
« 15. La corde avec laquelle la bergère attachait le petit coupable, son fils, étant trop courte de deux doigts, elle en ajouta une seconde.
« 16. La nouvelle corde étant aussi trop courte, elle en ajouta encore une autre ; et, à chaque corde qu’elle prenait pour l’attacher, il manquait toujours deux doigts.
« 18. La sueur ruisselait sur ses membres ; les tresses de ses cheveux etsa guirlande flottaient éparses. Krichna voyant sa mère à bout de force, eut pitié d’elle et s’attacha lui-même
« 22. Pendant que sa mère était absorbée par les soins du ménage, le puissant Krichna vit deux arbres ardjunas, deux anciens Huhyakas, fils du Dieu des richesses.
0 22. Que Nârada avait jadis maudits et changés en arbres, en punition de leur ivresse ; on les appelait Nalakûbara et Manigriva ; et ils étaient éblouissants de beauté.
Chap. X. 26. — Krichna s’avança entre les deux ardjunas jumeaux, et Celui qui est l’âme universelle y avait à peine pénétré que le mortier prit une direction oblique.
« 27. Sous l’effort de l’enfant qui le tirait, le mortier suivit net ; les deux arbres, délivrés subitement par Dâmôdara (Krichna) des entraves où leurs pieds étaient attachés, s’abattirent en secouant violemment, au contact de la puissance du Très-Haut, leur tronc, leurs branches et leurs ramilles avec un bruit formidable. »>
Krichna volant du beurre (Navénida cannan)est très fré- I quemment représenté (PL XXXIII, B). Le Dieu, comme un petit enfant, est nu et sa tête est ornée de plumes de paon ; i d’une main il tient un pot (panelle) plein de beurre et il