CHAPITRE II
de l’iconographie de Krichna : deux légendes se rencontrent souvent dans les temples anciens.
1“ Le héros terrassant le serpent Kâliya.
2“ Soutenant la montagne Gôvardhana.
Toutes les autres légendes de la vie de Krichna semblent i être inconnues des sculpteurs du vu® et du viii® siècle.
Krichna vainqueur du serpent Kâliya est représenté sur le Dharmarâja à Mavalipuram (côté sud, 1®’’ étage) (remarquons que le serpent a le haut du corps d’un homme), et dans le temple de Vaïkuntha Perumal, à Kànchîpuram (A. Hea, PaUava Architecture^ pl. LXXXlll, tîg. 3) (1). i
Un grand has-relief de Mavalipuram représente Krichna supportant la montagne Gôvardhana au-dessus des bergers J et des troupeaux ^fig. 30) (2). j
Fig. 30. — Bas-relief de Mavalipuram (vu' siècle) représentant Krichna supportant la montagne Gôvardhana (Dessin de Babington).
(1) C’est de la même manière que ce sujet est sculpté dans le Kaïlâsa d’Ellora (pl. XXXV, A) ; mais dans ce dernier endroit le héros a quatre bras dont l'un porte « sankha », ce qui prouve qu’à cette époque (vni® siècle) il était identifié avec Vichnou.
(2) « Krichna est ordinairement représenté jouant de la flûte etchar- « mant toute la création par ses accents divins. Un des personnages « est justement figuré avec cet instrument aux lèvres ; il faudrait donc « supposer que le Dieu est représenté deux fois dans le même tableau. « Il est plus simple de penser que le joueur de flûte que nous avons
l’iconogbaphie vighnouïte
Le même sujet se trouve dans le temple de Vaïkuntha Perumal,à Kàùchipiiram (A.Rea,Pa//ar«ArcAz7ec^wre,pl.LXXVllI, fig. 3) (1).
Nous serions tenté de croire qu’au vu® siècle les deux exploits se rapportant au serpent Kâliya et à la montagne Gôvardhana n’étaient pas encore attribués au héros du Mahàbhârata (2),
Un fait incontestable, c’est que les légendes poétiques et gaies du petit Krichna (Krichna volant du beurre, Krichnaet les baigneuses. Krichna flûtiste, Krichnaet ses femmes) sont totalement absentes de l’iconographie hindouiste avant le xii- siècle.
Draupadi et les Pdndavas. — Les cinq frères Pândavas (pancha Pândava) ; UDharmarâja ou Yudhisthira ; 2°Bhîma (le terrible) ; 3° Arjounin (en sanscrit Arjuna, le blanc) ; 4“ Nakulà ; 5° Sagadévin (en sanscrit, Sâhadôva),lous les cinq, époux de la belle Krichnâ ou Draupadî (fille de Oraupada), et qui combattirent lesKurus (dont le chef était Duryôdhana) sont vénérés dans le Sud de l’Inde. Arjounin est le plus célèbre ; il est représenté tenant à la main son arc Gândîva.
Dans les mois de Chitteré, de ’Vayassi et d’Ani, on célèbre la fête de Nerpou-tirumal (fête du feu) en l’honneur de Draupadî qui se purifiait en marchant sur le feu, chaque fois qu’elle changeait d’époux.
Le soir de la fête, les Hindous qui, pour obtenir une faveur, ont fait le vœu de marcher sur le feu, se couvrent le corps de safran, s’ornent de fleurs, et aux sons de la musique, traversent nu-pieds un espace rectangulaire couvert de charbons ardents.
< sous les yeux est un vacher quelconque. » Le tour du monde. Huit jours aux Indes, par Emile Guimet, 1889, p. 96, LVI, 1440" livraison.
(1) Et aussi dans le Kaïlâsa d’Ellora.
(2) Krichna le Yaduide est identifié à Gôvinda, dieu pastoral, Râma, le Raghuide est identifié à un dieu populaire, le vainqueur des démons, Ràma (Chantepie de la Saussaye, Histoire des religions, p. 404).
Io8 CHAPITRE II
Historique. — - L’épisode de Siva poursuivant sous la forme d’un chasseur un sanglier afin d’éprouver le courage d’Arjuna (Mahàbarata : Vana-Parva, 1516-1713) se voit sur le temple de Kaïlâsanâlha, à Kârichîpuram (A. Rea, Architecture^ pl. XXXIV, image de droite).
10“ Kalki. — L’incarnation de Vichnou en géant à tête de cheval blanc portant un sabre et un bouclier n’a pas encore eu lieu ; elle se produira à la fin du monde. Rarement représenté et seulement sur les temples modernes, cet avatar, le dixième et dernier, porte le nom de Kalki (fig. 27) (1).
Moghénî ou Môhinî. — Quand nous avons cité la traduction du Bhâgavâta Purâna au sujet du baraltement de la mer de lait, nous avons dit que Vichnou prit la forme d’une belle femme afin de séduire les géants et leur enlever l’amourdon (sanscrit: amrla) (pl. XXXVl, B). Cette image ne se voit que dans les temples modernes.
Venkatésa Pérumal. — Certains docteurs vichnouïstes sont considérés comme des incarnations de Vichnou. Le plus célèbre est Venkatésa (Vênkadâchala-mùrti ou Vênkadêsvara-Pérumal), Dieu de Vênkada (Tirupali).On le représente généralement comme dans la figure 20, entre Srîdevi et Bhûmi-dêvî.
§ 2. — Lakchmi (en sanscrit, Lak ml).
Epouse de Vichnou (qui est appelé Lakchmîpati, époux de Lakchmî), elle est née de la mer de lait (d’où son nom de Jaladhijâ). Elle est appelée aussi Sridêvi et elle est considérée comme déesse du ciel et de la fortune.
Elle se tient à la droite de Vichnou et porte de la main gauche une fleur de lotus (padma, kamala ou tàmarasa).
Lorsque Vichnou s’incarna en Rama, Lakchmî s’incarna
(1) Selon Lassen, l’idée d’une descente de Vichnou sous la forme d’un cheval n’apparut dans l’Inde qii'après que Mahmoud de Ghazni eut triomphé des Hindous à l'aide de sa cavalerie.
l’iconographie vichnouïte
en Sîtâ, et quand Vichnou s’incarna en Krichna, Lakchmî s’incarna en Koukoumani.
Gadja-Lakchoiî. — Dans l’iconographie moderne on représente souvent (pl. XXXVII, A) la déesse Lakchmî assise, les jamhes croisées, sur un trône de lotus. Elle a quatre bras. Deux de ses mains font le geste Ahhaya-hastam. Les deux mains d’arrière portent chacune une fleur de lotus.
De chaque côté de Lakchmî, un éléphant soulevant un vase d’eau avec sa trompe arrose la fleur que la déesse tient devant lui.
Historique. — Ce sujet est extrêmement ancien. Deux cents ans avant notre ère, les sculpteurs bouddhiques représentaient une déesse entre deux éléphants.
A .\1 aval! pu ram (vil® siècle), dans la cave de Varâgha, un bas-relief (pl. XXXVII, B) montre comment celte scène était traitée par les artistes Pallavas (1).
On la trouve dans le temple de Kaïlâsanàtha à Kahchîpuram (A. Rea, Pallava Architecture, plate XXX).
Si l’on compare les motifs anciens avec ceux de l’iconographie moderne, on remarquera qu’autrefois ce sujet représentait le bain de la déesse. Elle était assise dans le costume le plus simple au milieu d’un étang, et c’est elle qu’arrosaient les éléphants.
Aujourd’hui la déesse, magnifiquement habillée et ornée de bijoux, ne se baigne pas, et les éléphants versent de l’eau, non plus sur ses épaules, mais sur les fleurs qu’elle tient à la main.
§ 3. — Manmadan.
Manmadan (du sanscrit, Manmalha, celui qui agile le cœur), appelé aussi Kâma (désir), Abhi-rôpa (le joli), fils de Vichnou et de Lakchmî, est l’Eros des Hindous.
(1) Deux bas-reliefs analogues existent dans' le Kailàsa d'Ellora.
L’un d’eux se trouve à l'entrée de ce temple, et c’est la première chose que voit le visiteur qui pénètre dans le monument.