MÉPRISES DOCTRINAIRES
de Warburton et de Champollion au sujet du vint
2 Y MB O A A, SYMBOLES.
Le célèbre Warburton , en traitant son sujet tout-a-fait à priori, déclare (i) que „ Clément „ d’Alexandrie se trompa grossièrement, quand ,, il dit que l’écriture hiérogly phique s'exprimait „par des symboles; car, poursuit l’auteur an- ,,glais, il fait le mot symbolique , (qui est ici un „ terme spécifique ) équivalent a celui d’mÉRO- „ gl yphique , qu’il emploie dans un sens géné- ,, rique. Voyons en, dit-il, la conséquence : Il ,,(St. Clément) continue, et donnant une explication de Y écriture symbolique , il la divise „en trois espèces : en Curiologique , en Tro- „pique et en Allégorique , ce qui forme, dit „ Warburton, une contradiction manifeste : zijç „ âè ov/ifiohxrjç , rj ul v xvntoXoyeïzcu v.azà ui/irjoiv : „la première sorte d écriture symbolique con- ,,siste a imiter simplement la figure de la chose Représentée. Cela est, dit Warburton, contraire „a la nature d’un symbole , dont V essence est de „ représenter une Chose par la figure d une
(1) Essai sur les hiéroglyphes T. I. p. 112, et suiv.
„ autre. Par exemple, ajoute l’auteur anglais, ,, c’était le boeuf stpis, et non pas la peinture „ou l'image d'Osiris <pii était le symbole île ce „ prince. Nous croyons donc, conclut cet auteur, „que Clément aurait dû dire : les hiéroglyphes ,,s’ écrivent Cvrwlociqlemest el symroluile- ,, mest. Les hiéroglyphes Curiololiuues sont ,, une imitation de la chose , et les hiéroglyphes ,, symboliques sont un changement de la chose. ,, Ce changement est de deux espèces : tropiçle „et allégorique. Alors, dit Warhurton, tout „ aurait répondu à sa division/* Séduit par ces spécieux raisonnemens, Mr. Champollion a cru devoir se mettre en garde contre les prétendues contradictions de St. Clément ; en corrigeant l’auteur des Stromates , sous la dictée du philosophe dont il copiait la théorie , il crut mettre l’archéologue grec d’accord avec lui -même à l'aide de déplacemens arbitraires, et, fort de cette présomption, l’Egyptologue assure sans scrupule: „ que l’analyse que Mr. Letronne a donnée du ,, texte de Clément, relatif aux élémens de l é- ,, criture hiéroglyphique, est entièrement con- „ forme à celle qui est résultée de ses recher ^ „ ches. “ ( 1 )
(1) Précis 1. édit, page 332. et 2. edit. page 399.
Si j’ai cherché a suppléer par les inductions c{iii précèdent, au motif inconcevable qui porta Mr. Champollion a préférer les méditations d’un philosophe du 18e siècle aux données de Clément d’Alexandrie, instruit dans les études égyptiennes — le rôle de l’archéologue français n’en demeure pas moins équivoque lorsque, en appelant si solennellement a l’autorité de l’écrivain grec(i) et aux lumières de Mr. Letronne, il les abandonne l’un et l’autre , pour adopter les leçons d’un maître qu’il n’a jamais avoué dans son précis. Cependant, avant de se rendre aux avis de Warburton, Mr. Champollion n’aurait-il pas dû consulter au moins un dictionnaire grec à l’égard des acceptions du mot symbole ? Hésychius, lexicographe d’Alexandrie, qui vivait dans le 4e siècle, explique le mot JZvufîolov , de même
(1) En parlant de l’invention des caractères tropiçues Mr. Champollion dit : „Les signes créés d’après „cette méthode enrichirent l’écriture hiéroglyphique d’un nouvel ordre de caractères, que nous ,, nommerons , dit-il, avec les anciens: Caractères „ SYMBOLIQUES ou TROPIQUES. “ (*) Ici comme ailleurs, les Anciens de Mr. Champollion se résument dans la personne de Warburton, son Ancien, par excellence, et son Doyen en théorie .
(*) Précis, page 290. de la 1. édition et 338 de la seconde.
que le mot uoàç , dont j’ai déjà en occasion de parler (1) par le mot AiijiicTov signe, marque, et JZvfifiola par Sijuda. C’est là effectivement /déception première et le sens direct de ce mot ; et c'est dans ce sens cpi’il se trouve employé par St. Clément pour désigner la première des trois espèces de la Méthode symbolique : rfjç ô't^YM- BOAIKHUE, rj ut p rvqioloytJrai y.arà u (prjfnv. Ainsi la méthode symbolique s’emploie d’ahord au propre par imitation ; c’est-à-dire (pie les symboles de la première espèce représentent les images mêmes des objets (physiques) qu'il s’agit d’indiquer. Hésychius, qui savait le grec probablement mieux que Warburton , ne s’attachant qu’au sens propre et direct du mot JSTM- BOAON , symbole, l’a expliqué par son équivalent JSqpeïov, signe ou similitude d’un objet. Et c’est encore en envisageant le mot symbole au propre, c’est-à-dire dans son acception directe, que Clément d’Alexandrie s’en est servi pour indiquer en premier lieu, l’espece ou categorie des signes hiéroglyphiques, employés également au propre. Ce fait ne souffrant aucune objection, laisse à découvert l’étrange aberration de l’Egyptologue qui se servait des mots
(l) Supra, page 32. noie.
symboles et symboliques pour désigner exclusivement les signes qu’il considérait comme idéographiques; et sa conviction était si formelle à cet égard , que les épithètes figuratifs et représentatifs , dont il se sert tour-a-tour pour désigner les signes de la première catégorie des symboles de Clément j n’avaient point a ses yeux d’équivalens dans le texte de cet auteur.
,, J’ai donné à ces signes, ditMr. Champollion, ,,la qualification de figuratifs , en abandonnant le terme de caractères Cyriologiques , em- „ ployé par divers auteurs , parce que j’ai conçu ,,des doutes assez fondés, comme on le verra ,, plus tard, dit -il, sur l'acception dans laquelle ,, on prend ordinairement le mot rvQioloyixrj dans ,,le passage si connu de Clément d’Alexandrie „ sur les écritures égyptiennes. “(1)
J’ignore, pour ma part, quels sont les auteurs (pii ont employé l’expression : Caractères Cyriologiques pour désigner les symboles Kyriologiques (2) de St. Clément, mais je pense que, comme fondateur des études hiéroglyphiques, Mr. Champollion le jeune aurait pu et dû, sans
(1) Précis, page 322. 11° 30. et page 327. u° 37.
(2) Je préfère d’écrire ce mot par un K, comme en grec, parce que la forme Cyriologique sonne mal à mon oreille.
préjudice des mots signes figuratifs , se servir de cette épithète de St. Clément : symboles Kyrioiogiqucs avec d’autant plus de raison quelle est conforme au texte qu'il invoque et que l’Egyptologue se sert indistinctement de mots grecs et français dans la terminologie de son système hiéroglyphique. Quant aux ,, doutes assez fondés “ qu’il dit avoir conçus à l’égard du sens qu’on attache à l’épithète y.vQioloyc/.i) dans le passage de Clément — je dois remarquer que Mr. Champollion fait ici allusion à la méthode hiéroglyphique : rj içi âià ziîiv ttoùtmv çor/cUnv KYPlOAOriKH , ce qui n’a rien de commun avec la méthode symbolique : rj xvQioloyetrca razà ulyipiv. — Ce n’est qu’a cette dernière indication que pourrait se rapporter la qualification de „ Caractères Cy biologiques u que l’Egyptologue prétend avoir été employée par divers auteurs et qui, le cas échéant, répondrait exclusivement aux mots : Symboles Kyriologiques.
Qr il n'y aurait lieu ici à aucun doute , ni suspicion quelconque, le mot Kvqioloym) , Iyy biologique , n’étant susceptible d’aucune équivoque.
J’ai dit, il y a un instant, que Mr. Champollion se servait indistinctement des termes grecs et français ; et dans ce cas les mots : signes ou caractères figuratifs ou représentatifs ,
admis par l’auteur, avaient droit d’être consacrés, puisqu’ils répondent parfaitement à la dénomination: JZvjLiftofoxrj-KvQioXoyixr] y.arà pipqoiv de Clément d’Alexandrie; mais cela ne l’autorisait en aucune façon à dénaturer le texte de cet auteur, et d’autant moins que, „dans la ,, crainte, comme il le dit, de se livrer à une ,, illusion, ayant recouru aux lumières de Mr. ,, Letronne,“ (1) ce savant helléniste l’avertit que ,, la première de ces espèces (Jj KYPIO- ,fylOriKH y.aià iiîinjoiv) est indiquée avec pré- ,, cision, tant par ces mots eux-mêmes, que par ,, les deux exemples que donne l'auteur. u
Cependant le savant helléniste ajoute ici un développement qui a besoin d’être examiné.
,, On voit, dit Mr. Letronne, qu’elle (7) xvqio- ,, Xoyiy.)) yavà uiiiTjOiv) consiste «représenter au ,, propre (xvqioXoyeïad'cu) un objet , en imitant ,, (y.aià uliUjOLv) sa forme. Cette forme, poursuit le Commentateur, n’étant qu’un des atlri- ,fbuls de l’objet, en est une soi'te de symbole : ,, c'est donc avec raison , dit-il, que Clément ,, d’Alexandrie range ce genre d'expression dans „la SYMBOLIQUE. (( (2)
(l) Pkècis 1. édit. page 328. pt 2. édit. page 376. (2} Pfltcis i. édit, page 331. et 2. édit, page 381.
Mi*. Letronne, tout en admettant l'exactitude du mot 2m \ufîohxij indiquant chez St. Clément la méthode qui comprend les images directes des objets matériels y trahit la valeur métaphorique qu’il attache à ce mot, par la manière même dont il essaie d’en justifier l’emploi dans le passage dont nous parlons. En effet, si telle n'eût point été la pensée de l’helléniste, aurait-il compliqué la question la plus simple par une dialectique de cette nature P Cette question n’était-elle pas claire, lorsqu’il dit que la première espèce de la méthode symbolique ,, consiste a représenter au propre un objet, en imitant sa ,, forme ?“ Mais Mr. Letroune ajoute que „ cette ,, forme, n'étant qu'un des attributs de l’objet, en ,, est une sorte de symbole. (( Alors qu’il n’est question que de l image même d’un objet, quelle nécessité de considérer cette image comme un des attributs de l’objet? et comme une sorte de symbole de cet objet? L'idée d'une sorte jette l’esprit dans le vague, et celle des attributs le ramène aux métaphores, c’est-à-dire, aux sy .1/-
BOLES INDIRECTS OU IDÉOGRAPHIQUES , doilt il
n'est nullement question dans la première espece de la méthode symbolique , où le sy mbole est employé au propre, et représente l'image même de l'objet que l’on veut désigner.
La clarté étant de rigueur en analyse , je dois faire ici une autre observation. A la fin de son développement, Mr. Letronne dit que : ,, c’est ,, avec raison que Clément d’Alexandrie range ce ,, genre d expression dans la symbolique Or, le terme expression ne fait qu’augmenter l’embarras, car un symbole direct n’est point une expression : il n’exprime rien, il représente. On dira bien que la balance exprime la justice ; par ce que la balance est le symbole tropique ou indirect de la justice; et par la même raison, que le lion exprime la force et la puissance. Mais il serait impropre de dire que la balance exprime la balance , que le lion exprime le lion. Cependant, selon que la méthode symbolique est directe ou indirecte : la figure d’une balance représente une balance , ou exprime la justice: l’image d'un lion représente un lion, ou exprime la force et la puisance. Cela posé , il est incorrect de dire avec Mr. Letronne, que l’image directe d’un objet est un genre d'expression ; et c’est jeter du louche que d’ajouter ,, qu’on peut avec „ raison ranger ce genre d' expression dans la ,, méthode symbolique ;ii car c’est dire qu’on peut ranger les symboles dans les symboles’, ce qui, pour n’être point dérisoire, doit signifier qu’on peut ranger avec raison les symboles
KY BIOLOGIQUES OU DIRECTS (lailS fcs 81/mbofcS TROPIQUES OU l\ DIRECTS .* C’est là, (‘Il eflet , le sens qui résulte du développement que je \ieus d'examiner, et qui fausse la nature des symboles
KYRIOLOGIQUES.
Revenons a l’Egyptologue. A la page 357.
n° 74. de son Précis (î) Mr. Champollion dit: ,,Si l’on considère que les caractères sy.v poétiques, étant dans leur forme , plus éloignés
,, (piO les CARACTERES FIGURATIFS des cllOSOS
,, qu’ils expriment, ils le sont encore infiniment „ plus des mots. “
Quelle confusion dans ce peu de lignes ! Les caractères figuratifs sont ils donc, dans leur forme, éloignés des objets dont iis sont les images ? ! Et les caractères symboliques , considérés comme signes idéographiques , ont-ils, peuventils avoir dans leur forme rien de commun avec ces idées, pour autoriser le parallèle de l'auteur qui les trouve, dans leur forme , plus éloignés encore des idées que des objets qu’ils représentent, et biex plus éloignés encore des mots que des idées? !
J’aborde l’indication tracée par l’Egyptologue des trois espèces d’écritures hiéroglyphiques.
(1) Seconde édition : même n° dans la première.
A la page 447. de son Précis Ml*. Champollion pose en fait que : „ L’écriture hiéroglyphique „ ou sacrée consistait dans l’emploi simultané „ de signes de trois espèces bien distinctes:
„ a. De Caractères figuratifs , ou représentant l objet même qu’ils servaient à exprimer: u
„ b. De Caractères symboliques , tropiques ou „ énigmatiques , exprimant une idée par l’image ,,d’un objet physique qui avait une analogie „ vraie ou fausse, directe ou indirecte, prochaine „ou très - éloignée avec l’idée à exprimer. “ „c. De Caractères phonétiques exprimant „ les sons encore par le moyen d’images d’ob- „jets physiques. {i
Je 11e conçois vraiment pas la nécessité de recourir aux lumières d’autrui, (1) lorsqu’on eu profite de cette manière! Je conçois moins encore l’apathie de Mr. Letronne qui a la patience de reproduire dans son nouvel examen des considérations consignées dans la première édition du Précis de l’Egyptologue, sans relever le moins du monde les inconséquences de ce dernier et les développemens arbitraires de sa doctrine symbolique , répétée mot pour mot dans la seconde édition de son Précis! Si, comme
(1) Supra, page 49. ligne 8.
l’observe Mr. Letronne, Clément d’Alexandrie avait raison de ranger les signes fguralijs dans la méthode symbolique , Mr. Champollion , qui en appelle à l’autorité de cet auteur, n’a-t-il pas tort de placer les signes figuratifs hors de cette méthode P Comment expliquerons-nous donc le silence de Mr. Letronne, lui qui signale d’une manière si austère l’ignorance de 1 auteur de la vie de Pythagoro, attribuée à Porphyre, pour avoir divisé les Caractères égyptiens en trois espèces, savoir : en épistolocraphique , en hiéroglyphique et en symbolique? ,, Cette division, dit l’helléniste français, annonce évidem- ,,ment que l’auteur n’a rien su de ce qu'il vou- ,, lait dire , et c’est, ajoute-t-il, fort inutilement ,, que plusieurs critiques habiles ont pris la peine ,, de lui prêter une apparence de raison, à l'aide ,,de corrections fort arbitraires. A quoi bon, ,, dit-il, tant d’efforts? Un auteur n’est -il pas „jugé quand il fait de l’écriture symbolique une „ classe séparée de Y hiéroglyphique ?“ (1) Et, après une critique aussi péremptoire, le savant Commentateur passe pour la seconde fois sous silence l'arbitraire de Mr. Champollion qui a fait de la méthode symbolique une classe séparée
(1) Précis 1. édit, page 403. et 2. édit page 386.
des symboles ?! Cette question qui parait singulière, exprime pourtant rigoureusement le fait de l’Egyptologue. Car je reviens à ce que j’ai dit plus haut : lé mot grec ^v/jfîolov symbole , n’ équivaut -il point aux mots français figure , image , représentation? Mr. Champollion luimême 11e qualifie-t-il point la première espèce des symboles propres par les expressions : signes figuratifs , signes représentatifs , caractères-images? Cela étant, serait -il soutenable si cet auteur eût dit en français que les figures ou images directes n’appartiennent point à la méthode figurative ou représentative ? Mais ne dit -il pas la même chose, en enseignant dans sa théorie que les figures ou images directes n’appartiennent point a la méthode symbolique , dont les signes figuratifs forment la première espèce dans le texte de Clément d’Alexandrie?
Je me résume : Le mot IEYMBOAON , symbole, par lequel les savans entendent exclusivement un signe tropique ou figuré , n'a jamais eu chez les auteurs grecs cette signification exclusive. Soir acception directe a toujours été celle de signe , de note, de marque quelconque ; et c’est en raison de cette valeur générique du mot Zvpfiolov, que St. Clément a compris sous la méthode symbolique , d’abord les images
propres des objets, ensuite les signes tropiques et enfin, les signes énigmatiques. Si les choses eussent été autrement, je veux dire, si le mot iEYMBOAON eût été , en effet, l’expression exclusive des signes tropiques et énigmatiques, l’auteur des Stromates aurait-il donné pour première espèce de la méthode symbolique, celle qui emploie les images des objets au propre par imitation : H ME N KYPIOAO - TEITAI K AT A MIMH2IN? Et c’est en plaçant cette première espèce de symboles hors de la méthode symbolique , que Mr. Champollion prétend être d’accord avec le texte des Stromates !