‹ Archéologie égyptienne (volume 2)Chapitre 20 sur 68 · DE PROCÉDÉS FIGURATIFS DES TROPES · texte numérisé non relu

DE PROCÉDÉS FIGURATIFS DES TROPES

Mr. Letronne, en relevant ma méprise au sujet des deux premiers mots sans régime : perâyovzeç et fierai id-tvreç , qui précèdent les deux derniers tÇaXXar z ovr eç et fier an yi] fiai L- 'Qovreq — s’arrête au nombre des opérations qui en résultent:

„ Mr. de Goulianof voit ici trois opérations ^1° fierdyovreç xai fierazid'évzeç, 2° éÇaX- ^Xarrovreç, 3° peraoy^pecrii^ovreç. Je ne „puis, dit le savant helléniste, être de son „ avis, “(i)

Mr. Letronne n’admet donc que deux opérations : l’une partielle (èÇaXXazzovreç) l'autre totale ( peraopjpariL,ovreç.)

Je prouverai dans le §. V. que ma méprise consistait, non dans le nombre des opérations

(1) page 379, note 2.

ÇUESTIONS SU K LES TROUES.

qui pourraient résulter de l'indication de Clément, mais dans son objet archéologique . Quant au nombre d' opérations que Mr. Letronne réduit à deux seulement, je ne pense point que le mot n ollaydiç permette une pareille induction, surtout dans la nouvelle version du Commentateur (1) qui a rendu le mot en question par divers genres. Notez d’ailleurs que la leçon : divers genres de transformations , répondant a X ojç fjf,TaoyjiparÂLovThç , ne comprend, d’après le calcul de Mr. Letronne, qu'une seule opération qui est la dernière en ordre. On se demande donc s’il est possible de concevoir que les divers genres de transformations , données par St. Clément d’Alexandrie, n’offrissent qu’uNE seule opération? Ne doit -on pas admettre au contraire que les divers genres de transformations des signes tropiques étaient le résultat de divers genres d' opérations ou de procédés tropiques?

On objectera peut-être que les deux opérations , admises par Mr. Letronne, embrassent

(1) Dans sa première version, Mr. Letronne ayant rendu le mot n olla/fç par plus souvent, j’observai, dans mes Opuscules page G : que le inot nol’kaxM? exprime la variété et non ta fréquence : de - là la leçon actuelle : divers genres répondant à multis tnodis dit traducteur latin.

les deux grandes divisions des signes tropiques , savoir celle des signes qui offrent une transposition simple et celle des signes compliqués. Mais cette explication, bonne en elle -même, ne répondra pas au fait consigné dans le passage où les mots 7toXkci)(üjç pcio.o/ >]uu i iÇpvitç exprimeront toujours divers genres de transformations. Ce fait résulte d’ailleurs de Inspection des monurq^ns Egyptiens.

Et d’abord, Mr. Champollion lui- même, tout en confondant les signes tropiques avec les énigmes qui, contradictoirement au texte de St. Clément, tiennent, selon lui, la place des noms propres des divinités Egyptiennes^ i)-a reconnu deux especes de ces noms divins qu’il appelle symboliques - énigmatiques :

,, 1° Les uns se forment, dit -il, d’un corps „ humain, avec ou sans bras, assis, mais dont „la tête est remplacée par celle d'un quadru- „pède , d'un oiseau ou d'un reptile. “(2)

„2° La seconde espèce de caractères symbo- „liques- énigmatiques consiste, dit Mr. Charn- ,, polliou , simplement dans la représentation en- „tière de Y animal, consacré ù chaque dieu ou

(1) Précis , page 341. seconde édition.

(2) I. c. page 341. n" 53.

QUESTIONS SUR LES ÏROPES. 73

„ déesse — les animaux portent alors les in- „ signes propres à la divinité dont ils sont les ,, emblèmes. 66 ( 1 )

Or, les monumens Egyptiens nous offrent des symboles dont la représentation compliquée n’appartient à aucune de ces deux espèces. Tels sont, par exemple:

1° Le sphinx formé d'un lion à tête de femme capuchonnée.

L’epervier à visage humain , image de dieu.

Le serpent barbu à pieds humains — image du dieu Kneph .

2° L’epervier avec le fouet sur le dos — image d'Horus.

L’ibis, perché sur une enseigne — image de Tholh.

3° Le vase Canope à tête humaine capuchonnée , avec ou sans pied humain. *"

4° La barque à baldaquin, symbole des grandes panêgyries.

La barque sans baldaquin , image du cours des planètes , etc.

Ces divers exemples, ajoutés aux deux espèces de Mr. Champollion , nous offrent donc cinq catégories distinctes; et, sans m’astreindre à les

(1) page 342. n° 54.

multiplier, je demande si ce n’est point à leur diversité que se rapporte le mot n olXa/wç que le savant helléniste a traduit par divers genres ? Si Mr. Letronne insistait encore a soutenir que ces genres , quoique divers , se réduisent néanmoins à deux opérations : l une siMPLe è^aXXâzzovztç , l’autre compliquée : pezaaxrjuaziÇo vzzq — alors, m’attachant à l’idée que présente le mot opération , je serais obligé de rappeler:

1° Que les deux mots grec, tÇaXXârrovzeç et pczaoyrjuaziiiovztç, considérés dans leur acception directe , et dans leur application au passage que nous examinons, n expriment aucune operation, mais en déterminent les limites.

2° Que l opération , c’est-a-dire , les procédés représentatifs des signes tropiques, sont indiquées rigoureusement par les deux mots fia zâyovzi-ç et pexaxid'évztç, qui, loin d'être synonymes, obscurs et difficiles , comme l'avance Mr. Letronne, (î) expriment deux opérations conséquentes, et sont aussi clairs que faciles dans leur application.

En effet. Assistons un instant, par la pensée, a ï oeuvre tropique des hiérogrammates : Nous les verrons, ruminant sur les images naturelles

(1) Suprà, page 60.

Questions sur les tropes.

des objets, placées sous leurs yeux, les combiner astucieusement ; nous les verrons, le roseau ou le pinceau à la main , enlever une ou plusieurs images directes d’objets physiques, soit en fraction , soit dans leur intégrité, et les placer sur une autre image , selon qu'il convient a l’objet qu’ils veulent figurer d’une manière occulte. Or , n’est-ce pas là ce que nous apprend St. Clément d’Alexandrie, en nous disant : Tqoiuwoç âè, vmx oixeiôx’rjza p ezàyovzeç y.al pezazifi-fcV zeç — ? N’est-ce pas là, en peu de mots, T oeuvre tropique que je viens d’énoncer ?

§. IV

Page 1