‹ Archéologie égyptienne (volume 2)Chapitre 37 sur 68 · DIGRESSION SUR LES HYKSOS · texte numérisé non relu

DIGRESSION SUR LES HYKSOS

,, C’est ici, dit le savant investigateur, le lieu d’in- ,, diquer mon opinion par rapport à un passage de „ Manéthon, qui n'a pas encore été expliqué dans le ,, système des écritures égyptiennes, tel que Mr. Cham- ,, poilion Va établi. J’ai déjà eu occasion de trans- „ crire ce passage ; c’est celui qui nous a donné l’e'ty- „moIogie du nom des Hikschos. Le mot Yk, roi , „ appartenait, selon le prêtre de Se'bennyte, à la ,, langue sacrée, leyàv ylwaaav ; tandis que , pa-

,, sieur, appartenait à la langue vulgaire, xoivtjv <W-

,, hxTOV. “ (Page 91.)

Digression sur les Hyksos. 151

C’est a la page 16 que Mr. Salvolini cite le passage en question, et assure que „le mot „vyü)C, qui nous reste dans le copte, confirme ,, pleinement la tradition de Manéthon. u Quant au mot Yx, l’investigateur remarque en note que ,,les textes hiéroglyphiques ollrent A chaque ,,pas l’idée de roi , ou plus exactement celle de ^modérateur , exprimée par le Yx dont parle ,, Mauéthon ; qu’il est toujours orthographié „ £Vv , ^VVv ; et que le pedum , symbole de la ,>modéralion , par un procédé tout-A-fait dans ,,le génie des écritures égyptiennes, sert A exprimer aussi V initiale du mot gvU , modéra- „tcur.‘6 Le pedum désigne en effet l’aspiration y dans l’alphabet de Mr. Champollion ; et dans le cartouche de Néron (tabl. gén. No. 144) le meme signe répété est donné par Mr. Champollion pour symbole de l’idée modérateur. Quoi qu’il en soit, Mr. Salvolini prétend, quant ,,aumot £VU, rex , moderator , qu’il n’en reste ,, pas de trace dans la langue copte , et que cette „ circonstance se rattache a un fait général qu’il „ expliquera plus tard. “ En me réservant d’examiner ce fait, (page 164 et sq. infrà ) je remarquerai ici que l’assertion de Mr. Salvolini: que la langue copte ri offre point de trace du mot y\Y , est tout-A-fait gratuite. Si le mot

gYU'v ou gXK , selon la transcription grecque Yx, n’est point donné tel quel par les dictionnaires coptes, on y trouve des traces palpitantes de son existence, et ces traces nous ramènent aux idées de captivité, d'oppression , de tyrannie , qui s’appliquent parfaitement à la domination barbare des Hyksos.

D’abord, les mots et

perditor , dcstrnctor , exterminai or , ne sont-ils pas formés sur le thème &.KO, accru du préfixe 'h t sous la forme '"XJXYVÜ/ perdere , destmere , desolare, d’où ^U)VvV.ÂX , eripere , VYMvVJ^. , pour ^g^YVGÀSL, avcilere , etc. Mais ce thème &.K0 n’est, comme on le voit par le mot VY&.weÂSi, qu’une variante des formes radicales &&.K, gHK, ^OOYx, tliébains, et V)M\, <y,YYK, VjUDV'v, mémpbitiques. En effet, gU)K. signifie, entre autres, ligare , vincere , V)\\K, (Sc. M. 352) ligatus , re v inclus , conlenlus , dependens à . . . g(A)K\ chez Lacroze stranguïare , ay/av, et chez Mr. Peyron, excruciare, torturer, et jlagris caedcre, fustiger, d’où ^OYvC , jlagrum, fouet, verge, et ses variantes désaspirées OYx£ et signifiant ;o«c, canne, comme le mot mpocmb, jonc, canne à sucre et bdlon: preuve certaine que le mot £OY\C, ou ses variantes £XY\ ou £0Y\r

Digression sur les Hyksos.

signifiaient également virga , bacuïus et pedüm. C’est ainsi que chez Hésychius, le mot jLzrjuvyov signifie proprement une baguette , une canne , un bâton , une verge quelconque: Kvquoç i.itv ndna PAB/IO-l, et désigne métaphoriquement le symbole de la souveraineté : xcd ro ftaoihxov ov/ifioXov. De même en hébreu ID3TI7, virga , baculus , sceptrum , regnum , dominium, et castigatio, poena , identique à ,

virga, baculus, sceptrum{i ) et pedum.

Ce n’est donc que faute d'attention , que Mr. Salvolini prétend que „dans la langue copte il ,, ne reste aucune trace du mot gK ou giK „ signifiant rex , moderator. “ Ou se persuadera au contraire, que le thème g -K, quelle qu’en ait été la voyelle médiale, avait absolument les mêmes acceptions que le mot rvqavvoç, qui désignait tour-n-tour un prince, un roi et un tyran. — Du reste , s’il est hors de doute que le pedum, le sceptre ou la verge, entre les mains d'un roi, désignaient le pouvoir de réprimer les vices, de comprimer les factions, de châtier

(1) En supprimant la finale ov du mot —xïjmov, on reconnaîtra l’identité du thème 2KHIIT avec mu; — les consonnes —K répondant au 1X7, Il au 3 et T au 12 ■ Voir Gcsenii Lexic. Hebr ■ Chald.

le crime, il n’en est pas moins certain, que le pedum hiéroglyphique devait avoir symbolisé la tyrannie , l’oppression , plutôt (pie les idées de roi ou modérateur , comme le prétend Mr. Champollion et Mr. Salvolini après lui; autrement le pedum en question n’aurait point figuré parmi les épithètes de Néron, et le mot qu’il exprime, n’eût point été employé comme partie intégrante du nom des soi-disant Roispasteurs, IluJt-schos , qui n’étaient , selon Manéthon lui-même, que de vils oppresseurs. Or, le pedum désignait un tyran a la faveur de l'homophonie de son nom avec les mots qui exprimaient cette idée et toutes celles qui s’y rapportent.

Je passe à l’examen de l’assertion de Mr. Salvolini que „le mot ipOüC, berger, conservé „ dans le Copte , confirme pleinement la tradi- „ tion de Manéthon. “ Que cet hiérogrammate ait rendu le mot UJü)C ou UJUOUJ par noiutveç je le conçois, car, ce n'est point a un prêtre égyptien à parler clair et à compromettre les ambages de la langue sacrée, exclusivement réservée au sacerdoce. Or, les mêmes mots U)U)C et vpcovy signifient également dedecus, opprobrium, ignominia , reprobaiio , etc. et c’est pour donner le change à l’attention des

Digression sur les Hyksos. 155

profanes, que Manéthon a sauvé le véritable sens du mot composé 'YK^lSIJY, en faisant valoir une ineptie, perpétuée ensuite par les Chronographes. En effet, dans les extraits de Georges leSyncelle, les YK^£22 sont également appelés IJoLfLiiveç, ce qui répond au mot ujuouj, pasteurs; ainsi, selon ce chronographe , la XY dynastie des rois Egyptiens était celle des Pasteurs : llevTEâtxctTr] IIOIMENQN. Pour que cette épithète ne soit point absurde , il faudrait pouvoir la prendre dans le sens qu’elle offre chez Homère, Hésiode, etc. où JUoLfiijv Xaiov signifie souverain des peuples. En effet, la variante U)\U}\ signifie polens, puissant, et dans la Seal. Mag. (105) est rendu par

le mot arabe el- Sultan , prince , souverain. Mais le mot UJU)U) peut-il avoir cette signification a la suite du mot Yx, qui signifie également roi , au dire de Manéthon?

Rappelons d'ailleurs la remarque de Historien , que toute la race de ces conquérans s’appelait YKOYZZQZ ou YKZQZ: ' Exalta o âè t 6 ovpnav amüv tfrvoç Yxovoo ojç. Ou’est-ce donc qu'une race , qu'un peuple entier de rois pasteurs? Pour nôtre point dupe de l’étymologie de Manéthon , il faut donc essayer de concilier les acceptions du nom soi-disant hybride

des Huk-schôs, avec les faits historiques qui s’y rattachent. Or, Manéthon nous apprend lui-même, que les 'YKJZI2JS étaient des étrangers obscurs: avd'QiojiOL v 6 yévoç ào ij u o i , y.araUaooijoavveç ènl vt)v /ojqav è^çâvsvoav, y.ai oaôîioç àfia%rpl vavvijv y.arà yqâvoç elXov. Kai rovç iflefiovzûoavTaç iv avvij %eiQ(i)oauevoi , zo Xoirtov ràç rt nôXuç oituoç èvt,nQr[Oav , y.ai ienà vwv Ot.Lov y.aTknyMyav. Les Hylxscliôs avaient donc envahi l'Egypte, l’avaient opprimée, ravagée , tyrannisée en vrais barbares ; — et toutes ces idées nous sont offertes par les mots coptes identiques à YK-Xl.QXE, et que j’ai déduits dans cet examen. D’où il résulte, en dernière analyse, que le mot composé YKXYS22 ne signifie ni Roi-pasleurs , comme le prétend Manéthon, ni Bergers-captifs , comme l’insinue Flavius Joseph, mais vils oppresseurs, ce qui répond parfaitement à l’épithète üm]txoi, dont Manéthon qualifie cette race de vainqueurs.

Je reprends l’examen des développemens de Mr. Salvolini sur la langue sacrée.

,,On se demande, dit Mr. Salvolini, en quoi consistait cette langue sacrée, diverse de la langue ,, vulgaire. Du moment où l’on admet, que les tex- ,, tes hiéroglyphiques sont conçus dans lu meme ,, langue que celle qu’on appelle aujourd'hui Copte , et

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,, qu’on sait avoir été la langue vulgairement parlée ,,en Egypte, dans quels textes, sur quels monumens ,, faudrait-il la chercher? Toujours dans les textes en ,, ÉCRITURE SACRÉE. “ (L. C. page 91.)

D’abord , quiconque a lu le passage de Manétlion, que j’ai cité a la page 139 supra , ne concevra pas a quel titre Mr. Salvolini enseigne sans restriction: ,, que les textes liiÉrogly- ,, pliiçues sont conçus dans la même langue ,, que celle qu’on appelle aujourd'hui copte , et ,, quon sait avoir été la langue vulgairement ,, parlée en Egypte. i( Et ici, pour ne pas s’y méprendre, il faut avoir présent a l’esprit le fait indubitable , que tous les mots de la langue dite sacrée appartiennent à la langue vulgaire; mais avec cette condition sine qud non, que les mots de la langue vulgaire, employés dans la langue sacrée, expriment nécessairement d ’autres idées que celles qui leur sont propres , savoir, celles des mots qu'ils remplacent par homonymie. Mais, du moment que ces faits seront reconnus, on ne pourra plus, sans inconséquence, admettre avec Mr. Salvolini que les textes hiéroglyphiques soient conçus dans la même langue qu'on appelle copte, et qu’on sait avoir été la langue vulgairement parlée en Egypte. Pour parler sans confusion, on dira que les textes hiéroglyphiques sont composés,

et non pas conçus avec les mois de la langue vulgaire ; attendu que ce n’est que le materiel des mois qui appartient à la langue vulgaire , et que le sens des mois variera dans les textes (1) selon qu’il aura été reconnu que tel ou tel mot y est employé dans son acception propre , vulgaire ou directe , ou bien dans une acception figurée, par conséquent indirecte , ou sacree, tels que corne pour travail, étoile pour cinq, chat pour soleil. (Page 140, supra.)

Il importe de relever ici une autre contradiction dans les données du savant archéologue, contradiction qui n’est sauvée que par l’intervalle qui sépare la page 91 de la page 92. Mr. Salvolini prétend que : ,, Du moment où l'on admet ,, que les textes hiéroglyphiques sont conçus ,, dans la même langue que celle qu'on appelle ,, aujourd'hui copte, et (pi on sait avoir été la ,, langue vulgairement parlée en Egypte — il sera ,, toujours inutile de cherche r ces mots dans les „ dictionnaires coptes. 66 Cette assertion de Mr. Salvolini serait inconcevable, si je ne devinais pas sa pensée mal énoncée. Le savant auteur

(l) Mr. Salvolini ne lient aucun compte de ces tableaux si multipliés dans les hypogées, et qui doivent avoir été conçus exclusivement dans la langue dite sacrée.

Mr. Salvolini sur la langue sacrée. 159

voulait dire que : du moment où l’on admet que la langue sacrée employait les mots de la langue vulgaire dans un sens factice et détourné, il sera toujours inutile de chercher ce sens dans les dictionnaires coptes. Telle a été, je n’en doute point, la pensée de l’auteur; mais, je le répète, il ne s’ensuit nullement quefos textes hiéroglyphiques aient été conçus comme le prétend Mr. Salvolini, dans la langue vulgairement parlée en Egypte ; car ce serait vouloir identifier la langue vulgaire avec la langue sacrée — les mots propres avec les mots que Mr. Salvolini appelle lui-méme symboliques; et quiconque se rappelle la donnée de Manéthon relative aux stèles , ienâ â laXtxz co xai le noyXv rp ixoï ç yqâp,p,aoi re^aQayxrjQio/Litvwv, n’admettra jamais que les textes hiéroglyphiques fussent conçus dans la langue vulgaire. Ce savant aurait donc pu dire , que les textes hiéroglyphiques sont un compose de mots vulgaires et de mots sacrés ou symboliques. Au lieu de reconnaître ce mélange de mots des deux langues, vulgaire et sacree, dans les textes hiéroglyphiques , Mr. Salvolini, par une méprise singulière, a transporté ce mélange dans la langue sacrée, dont une partie seulement est, selon lui, formée de mots symboliques!

Je signale cette méprise à la critique; car il s’en suivrait, que, selon la doctrine de ce savant, la langue sacrée des Egyptiens était composée de mots hybrides; témoin, sans doute .... Manétlion , qui a cité le mot Y K ^S2 JS, dont TA" appartient, au dire de rhiérogrammate , à la langue sacrée , et a la langue vulgaire, (i) Mais en admettant meme, que le mot YK^Q.2 soit effectivement

(l) L'observation que Mr. Letronne fait au sujet du mot , mérite également d’être discutée.

Manéthon dit ’ExaXt'n o ôt r b avfmuv uirrùtv i'drng cTKJSfL2, toÙto ôt tan fjuàû.tïç TTot/uivsç • t b yùo Vx xuü hqnv ylwaauv (juadiu aryiulvn , to ôè 2J1J2 noif.n\v tau y.ui noiyivtç , y. ut a Tijv xoivrtv ôiûkey.Tov, xui ovtù) avvTi&igtvov yivnuL c T K 2112. ( Maneth. ap.

Joseph, contr. yippion. pag. 445. ) Le savant helléniste assure que : ,,/Z est évident, d’après ce ,, passage , que la langue sacrée 11e se composait ,,pas seulement d’images , mais qu'elle comprenait ,, aussi des signes représentant des articulations, „tels que ceux des hiéroglyphes phonétiques . e( Cette induction du Commentateur est tout- à- fait arbitraire; car le passage , tel qu’il est, n’a rien de commun ni avec les images, ni avec les hiéroglyphes phonétiques. „On apprend aussi par -là, ,, ajoute Mr. Letronne, que certains mots égyptiens composés, étaient hybrides , c’est-à-dire, ,, dit-il, formés de deux mots tirés, l’un de la „ langue vulgaire, l'autre de l 'expression phoné- ,, tique. a Ici Mr. Letronne, omettant les images.

Mr. Salvolini sur la langue sacrée. 161

hybride , s’en suit -il que la langue sacree l’est aussi? Manéthon ne distingue- 1- il point entre les deux langues ? ou bien aura- 1- il dit quelque part que le mot Y K iY fl appartient à la langue sacrée, bien qu’il soit hybride ? ceci prouverait sans aucun doute que la langue sacrée renferme des expressions mixtes et que dèslors, une partie seulement de cette langue aura été formée de mots symboliques. Or jamais Manéthon n’a dit pareille chose; et toutefois, si le passage, tel qu’il est, n’est point la source de l’erreur de Mr. Salvolini, on ne la trouvera nulle part ailleurs, car aucun ancien, ni aucun moderne n’a dit, avant lui, qu’ une partie seulement de la langue sacrée des Egyptiens était composée de mots symboliques ; et Mr. Salvolini n’aura pu déduire son assertion que du dit passage de Manéthon. Mais de ce que les textes hiéroglyphiques sont susceptibles d'offrir à l’in-

réduit la langue sacrée à l’expression des hiéroglyphes phonétiques! et il assure cju’om apprend ce fait du passage de Manéthon ! Cette seconde assertion du Commentateur, toute gratuite qu’elle est, offre un côté trop grave pour être passée sous silence; et je ne puis qu'être agréablement surpris de le voir substituer, dans les signes de la langue sacrée, les hiéroglyphes phonétiques aux symboles idéographiques !

vestigation des phrases et des mots hybrides , c’est-à-dire, de ce que les dits textes auront pu être composés , selon les convenances du sujet, d’expressions vulgaires et de mots de la langue sacrée , s'ensuit-il le moins du monde, que le même mélange pût avoir eu lieu dans la formation de la langue sacrée, par la raison, peut être, que la langue sacerdotale , et i écriture hiéroglyphique, étant sacrées l’une à l’égal de l’autre, il est naturel de supposer que I’Écriture sacrée n'aura servi qu à l expression de la langue sacrée? Si l’on admettait une telle induction, on en tirerait une conséquence diamétralement opposée à celle de Mr. Salvoliui; car, la langue sacrée, étant toute autre que la langue vulgaire, (i) et ne pouvant être dès -lors que la langue symbolique , il serait très -conséquent de supposer que I ecriture sacrée n’est et ne peut être que l'expression de la langue symbolique. Dans ce cas, les mots que Mr. Champollion etMr. Salvoliui après lui, ont pris dans leur acception vulgaire, seront autant de termes

(i) Nous avons vu à la page 140. ci dessus que les textes conçus dans la langue sacrée ont été traduits dans la langue vulgaire ; ce qui veut dire que les termes symboliques out été reudus en eæpressions usuelles.

Mr. Salyolini sur LA LANGUE SACREE. 163

symboliques cachés sous le voile de l’allégorie : vno TcaqazakvuiiaxL xrj âXlrjyoQ'ia. Tels sont, en effet les qualifications et les titres mythiques qui forment les légendes des cartouches royaux et dont Mr. Champollion a donné l’analyse dans le chap. VIII. de son Précis , (1) sans faire attention à ce que , dans le texte de Clément d’Alexandrie , qu’il invoque à l’appui de son système, les louanges mythiques des souverains servent précisément d’exemples à la méthode tropique ou figurée , et que ces louanges, tracées d’ailleurs en anaglyphes, (2) doivent, conformément à sa doctrine sur ces signes de sa création, renfermer nécessairement les plus profonds mystères du Sacerdoce.

Je passe à l’observation que Mr. Salvolini semble avoir consignée en forme d’épisode, et à l’examen de laquelle la critique n’en est pas moins tenue de s’arrêter.

Après avoir fourni des exemples de mots symboliques appartenant à la langue dite sacrée, et que Mr. Salvolini croit avoir découverts le

(1) Pages 184 — 224 de la 2. édit.

(2) Toiiç yoïiv TÛiv /? a ailé w v ènaivovç &soloyovu ivoi ç ij.vfïoiç nuo(/.ôiôüvTtç, uvuyQacpovac S lu tûv « v uykvq>ùv. Suprà, page 87.

Il*

premier, ( 1 ) le savant investigateur observe que : „ On sera certainement étonné de voir que, „ quoiqu'il existe dans les textes anciens égyp- ,, tiens un certain nombre de mots symboliques , „tels que ceux qu’il a indiqués, la langue copte ,, n'en conserve presque pas de trace. “ (2)

Bientôt après, Mr. Salvolini remarque cependant que: ,, il est naturel que la langue vui- ,, gaire , c’est- A-dire parlee, n’a pu admettre ,, pour tel ou tel mot une seconde signification, ,, dont les motifs ne se rattachaient, dit-il, qu'à „ une circonstance dérivée de la nature du sys - ,,tème graphique. (3)

Comme il est a supposer que Mr. Salvolini s’adresse a une classe de lecteurs exercés dans les questions archéologiques, 011 a lieu d’être un peu surpris de l'entendre dire ,, qu’on sera certainement étonné d’un fait qui lui parait, a lui, tout naturel ! 31ais si l’on fait attention aux deux passages que je viens de rapprocher, on sera bien autrement surpris , et du soin que le savant investigateur a pris de justifier/oôsencectas mots symboliques dans la langue Copte, qui 11'en conserve, dit- il, presque pas de trace, — et

(1) Supra , page 148.

(3) Supra, page 151.

(2) Supra, page 150.

Mr. Salvolini SUR LA LANGUE SACREE. 165

de la manière dont Mr. Salvolini explique cette absence dans la dite langue vulgaire des Egyptiens, qu’il identifie avec leur langue parlée !

Je ferai observer avant tout , que c’est se méprendre sur les faits que de considérer comme une seule et meme chose la langue vulgaire et la langue parlée chez quelque nation que ce puisse être qui possède une écriture, a plus forte raison chez les Egyptiens. En effet, chaque langue vulgaire étant écrite et parlée , il est incorrect d identifier exclusivement la langue vulgaire d’une nation avec sa langue parlée. Cette méprise de l’auteur devient beaucoup plus grave dans les questions égyptiennes, car tout le monde sait qu’en Egypte, il y avait deux langues : l’une vulgaire et l’autre sacrée :

La langue vulgaire , reconnue identique avec la langue Copte , se servait de l’écriture appelée indistinctement enchoriale , démotique , et épistolograpkique.

La langue sacrée , exclusivement réservée aux transactions du sacerdoce, était une langue mystique , artificielle , qui se servait des deux méthodes, dites tropique et énigmatique, et dont les prêtres égyptiens faisaient usage entre eux dans les cérémonies publiques, sans crainte d’être compris par les profanes.

Il y a eu donc chez les Egyptiens ,

1° Une langue vulgaire, — écrite et parlée. 2° Une langue sacrée, — Écrite et parlée. Par conséquent :

Deux langues écrites,

Et deux langues parlées.

Ces faits, dis-je, étant connus de tous ceux qui s’occupent d’archéologie, Mr. Salvolini a tort d’identilier exclusivement lalangue vulgaire égyptienne avec la langue parlée, comme s’il n’y avait point de langue vulgaire écrite, et comme s il n’y avait d’ailleurs qu'une seule langue parlée !

Ensuite Mr. Salvolini dit: „ qu’il est naturel ,, que la langue vulgaire, c’est-à-dire, par- ,, lee , n’a pu admettre pour tel ou tel mot une „ seconde signification , dont les motifs ne se ,, rattachaient, dit-il, qu'à une circonstance dé- „rivée de la nature du Système graphique. “ (î) Quelque vague que soit l’exposé de ces motifs, sa gravité patente ne sera d’aucun poids aux yeux de ceux qui savent, du moins par traditiou , qu’il n’y a rien de commun entre la langue vulgaire et la langue sacrée des Egyptiens, dont l’intelligence était, comme on le sait fort bien, exclusivement réservée au Sacer-

(l) Suprh, page 151.

Mr. Salvolini sur la langue sacrée. 167

doce; témoin Manéthon le Sébennyte qui, dans son Epître a Ptolémée Philadelphe, fait mention des livres conçus dans la langue sacrée, et écrits en caractères hiéroglyphiques par le premier Hermès, lesquels livres ont été traduits en langue vulgaire, non par un lettré profane, mais par Agathodaimon , père de That, et fils du second Hermès. Comment donc la langue vulgaire, c'est-à-dire la langue usuelle des profanes, eut -elle pu admettre l’acception de tel mot quelconque de la langue sacrée , dont le vulgaire n’avait aucune idée?! Oui donc, au fait de ces données, pourrait „s étonner66 de voir que la langue cor te ou égyptienne vulgaire, ne conserve presque pas de trace des mots symboliques de la langue sacrée? La langue nationale des Egyptiens, c'est-à-dire la langue Copte, n’en offre aucune trace, car elle n’a jamais eu, quant à l'emploi de ses termes, rien de commun avec la langue dite sacrée, qui était, comme je l’ai dit tout-à-l'heure, une langue mystique employant les mots vulgaires dans une acception toujours artificielle, convenue entre les liiérogrammates, et ignorée de ceux mêmes qui se croyaient initiés à leurs mystères, et qui n'en avaient qu’une connaissance superficielle.

Comme chaque induction, chaque donnée de Mr. Salvolini a les dehors d'un précepte , je dois maintenant appeler l’attention des archéologues sur l’assertion de ce savant qui prétend avoir observé: ,,que l'expression plionclique „du nom propre d'un objet , tel qu’il était usité „ dans la langue parlée , représentait quelquefois tropiquement dans la langue écrite la „ même idée, dont l image isolée (1) de T objet „ ETAIT AUTREFOIS le symbole. “ (2) Deux pages plus bas , la même assertion est exprimée en ces termes: ,, Pour moi, dit Mr. Salvolini, „ j'appelle des mots appartenant a la langue „ sacrée, ceux qui, comme q^œTtiq,

„etc. ont pu être détournés de leur signification „au propre, à une signification au figure „d après le sens tropioue qu'avait sei'vi à ,, exprimer PRIMITIVEMENT dans les textes ,, l’image de l'objet que ces mots indiquent dans „ la langue parlée. “ (3) Je rapproche ces deux

(1) J’ignore ce que Mr. Salvolini entend par une image isolée dans un texte, lui qui reconnaît un, deux et jusqu’ à trois signes déterminatifs de diverses espèces , groupés à côté d’autres signes et concourant à l’expression d’une setde idée! Que signifie donc une image isolée ?

(2) L. c. page 89, 90. et supra, page 148.

(3) Ibid, page 91. 92. et supra, page 151.

Mr. Salvolini sur la langue sacrée. 169

passages pour fixer l’attention des lecteurs sur les mots que je distingue en grandes capitales.

D’après les faits exprimés par ces mots, il s’en suivrait,

1 0 Que la création de la langue sacrée des Egyptiens est POSTERIEURE à celle de leur écriture sacrée !

2 0 Que les images des objets , employés AUTREFOIS dans un sens tropique , n’avaient ce plus sens, et, par conséquent, n’étaient plus des symboles idéographiques à 1 époque où le nom de ces objets a été détourné de sa signification au propre ù une signification au figuré , d’après le sens tropique que l’image des dits objets exprimait PRIMITIVEMENT dans les textes hiéroglyphiques !

Ainsi donc, d’après Mr. Salvolini, DANS L’ORIGINE, cest l’image seule des objets qui était tropique ou symbolique ; et le nom de quelques-uns de ces objets n’affecta le sens symbolique de leur image que long-temps apres l’Époque où telles images cessèrent d'avoir une valeur symbolique !

D'où il résulte, en résumé, cette alternative:

1 0 Que, lorsque les images de tels objets étaient symboliques , leurs noms ne Vêtaient point encore!

2° Que, lorsque les noms de ces mêmes objets affectèrent le sens symbolique de leurs images, celles-ci ne V avaient plus depuis LONG -temps!

3 0 De manière que le sens symbolique , tropique ou figuré appartenait PRIMITIVEMENT

aux seules images des objets — et POSTERIEU- REMENT aux seuls noms des mêmes objets!

Voila ce qui résulte de l'assertion de Mr. Salvolini qui enseigne que le nom d'un objet physique rendu par un hiéroglyphe , représentait QUELQUEFOIS la même idée dont le dit hiéroglyphe ETAIT AUTREFOIS le symbole!

Je laisse aux plus habiles à concevoir cette assertion de Mr. Salvolini et à se rendre raison de la possibilité de faire deux questions distinctes et separees, d'une part, avec les idées tropiques, exprimées par les images de tels objets , et d’autre part avec les mêmes idées exprimées par les N03is de ces objets; d’ad-

mettre, par conséquent, une DIFFERENCE D’ÉPOQUE entre les idées exprimées par les mots de la langue sacrée , et les idées exprimées par LES SYMBOLES OU SIGNES TROPIQUES de l'écriture sacrée !

L’importance de cette question m’oblige de la discuter dans ses détails.

Mr. Salvolini sur la langue sacrée. 171

Un symbole, (i) c’est à - dire , un signe employé dans un sens détourné , tropique ou figuré, doit nécessairement avoir son expression dans la langue , écrite en caractères sacrés.

Or , quelle peut être cette expression P

A moins de dénaturer les faits, on reconnaîtra que ce doit être nécessairement une expression tropique on figurée, c’est-à-dire, une expression identique à celle que le symbole désigne dans la langue écrite , et détournée de celle de l'image de l objet qui représente ce symbole.

Une expression symbolique : c’est donc le nom d'un hiéroglyphe exprimant conventionnellement Vidée d'un objet cadre que celui dont cet hiéroglyphe est T image . Quelque simple que paraisse cette définition, on peut fort bien s’y méprendre. Et pour revenir à la donnée de Mr. Salvolini, on pourrait croire que, dans la langue sacrée, on employait quelçuefois le nom de T objet même dont on figurait l’image, de manière qu’on disait cuisse de boeuf pour force, vautour pour victoire ; mais que d’autrefois on employait au contraire V expression tropique

(1) J’emploie ce terme dans !e sens que lui prête la doctrine moderne , et non dans l’acception qui lui est propre; j’emploie de même le mot tropique, quoiqu’il soit ici exclusivement question des énigmes.

du symbole, île manière qu’on lisait et disait force, envoyant l’image d’un //on; roi du peuple obéissant, en voyant l'image de l' abeille avec la plante*, et ainsi des autres. Je dis que ce serait la une méprise, attendu que l’expression

TROPIQUE d’un SYMBOLE, C’est LE NOM DE L OBJET MÊME DONT LIMAGE REPRESENTE CE SYMBOLE,

puisque c’est le nom propre d'un objet qui devient tropique ou figure, en remplaçant le nom d’un autre objet — de même que c’est l’image propre d’un objet qui devient tropique ou symbolique, en remplaçant l’image d'un autre objet. Ainsi donc, dans la langue écrite , on nommait toujours l'objet patent, l'objet représenté par son image directe, et les initiés entendaient sous ce nom patent, le nom latent de l'objet dont l'image en question était le symbole tropique ou figuré.

C’est donc toujours le nom propre d’un objet qui sert d’expression directe ou indirecte dans un texte hiéroglyphique, de même que c’est toujours l’image propre (i) d’un objet qui sert

(1) Mr. Salvolini ne fait aucune mention des images tropiques définies par St. Clément, et que Mr. Cliampollion appelle des Anaglyphes; et bien que Mr. Salvolini ne puisse exclure l’expression de ces images monstrueuses du domaine de la

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de signe direct ou indirect dans un texte hiéroglyphique. Et pour revenir à Warburton, ses considérations, d’ailleurs toutes théoriques, prouvent ù n’en pas douter que l'acception des symboles idéographiques et l'acception des mots de la langue sacrée étaient, dans son esprit, une seule et même chose ; et, par une conséquence immédiate, les noms des objets physiques rendus en hiéroglyphes, étaient pour lui nécessairement identiques aux expressions de la langue sacrée, par cela môme que les expressions delà langue sacrée ne sont autre chose que les noms des objets physiques destinés à exprimer des idées tropiques ou figurées: c’est dans ce sens que W arburton a dit que ,, les hiéroglyphes devinèrent un fonds pour une nouvelle langue toute ,, entière. Cette observation de l’archéologue anglais ne pouvait être ignorée de Mr. Salvolini; cependant il assure qu’avant lui: „ personne „ n'a encore fait observer, qu'il sache, que ,, l’expression phonétique du nom propre d’un ,, objet, tel qu’il était usité dans la langue „ parlée, représentait quelquefois tropiquement

langue sacrée , je m’abstiendrai de toute application hypothétique dans le sens de sa doctrine, et me borne à signaler cette omission.

„ dans la langue écrite la même idée dont l’image „ isolée de l’objet était autrefois le symbole. “ Mr. Salvolini croit ce lait tellement neuf qu’il appréhende même qu’on ne le prenne pour un paradoxe. En conséquence, tout en s’attribuant la priorité de la découverte, il a soin d’avertir „ qu'un pareil fait n'a rien d'extraordinaire „ dans sa nature. u Or, cet avertissement prouve d’une manière non -équivoque que, loin de s’apercevoir de l'universalité du lait énoncé par Warburton, et dy reconnaître, comme lui, le seul principe générateur de la langue dite sacrée des Egyptiens, Mr. Salvolini admet dans sa pensée le fait de l’existence dans la langue sacree de mots indépendans de l'expression des symboles , de mots qui ne seraient pas, par conséquent, les noms respectifs des images d’objets qui servent de signes tropiques ou f gurcs ! En admettant ainsi la possibilité d'un fonds de la langue sacrée, autre que celui des noms des objets représentés par les symboles , Mr. Salvolini croit pouvoir, à volonté, séparer les images des objets nu nom de ces objets , et le nom de ces objets de l’idee qu'ils expriment! Si le savant investigateur, affranchi des entraves de la doctrine, eût pris la peine de faire une étude spéciale des Symboles d’Horapollon, loin

Mr. Salvolini sur la LANGUE SACREE. 175

d’avancer de pareils paradoxes , il aurait eu lieu de se convaincre que toutes les données du Commentateur niliaque se réduisent à des homonymes (1). Il eût reconnu jusqu’à l’évidence que LES MOTS DE LA LANGUE SACREE lie sont, en dernière analyse, que des expressions symboliques ; et il aurait entendu par expressions symboliques non, comme on entend aujourd’hui : des mots tnis en contact par quelque motif rationnel, mais des noms d’objets physiques , exprimant d’autres objets , soit physiques , soit rationnels , à ta faveur de l’homophonie entre Je nom patent de l'image symbolique et le nom de l'objet latent symbolisé par cette image ; il eût apprécié alors les liens indissolubles qui unissent l’Écriture sacrée à la langue sacrée, et eût reconnu en même temps ce fait nécessaire et indubitable, que c'est la langue sacrée qui a servi de type à l’Écriture symbolique. (2)

Mais les expressions de la langue sacrée, de

(1) Zoega a pressenti ce fait. Supra, page 143.

(2) Quant aux exemples que Mr. Salvolini a fournis à l’appui de sa doctrine, leur examen n’appartient point aux limites de ce paragraphe: Nous les examinerons dans nos analyses des symboles tropiques ou allégoriques.

môme que les symboles ne devaient-ils point être soumis à un principe? Ce principe, dira -t- on, est fondé sur ,, les rapports plus ou moins

,, REELS, PLUS OU MOINS ELOIGNES, avec l objet

„de Vidée qu'il s'agissait de noter (i)u ou d’exprimer. Or, l’énoncé môme de ce principe , adopté par Mr. Champollion , n’en démontre-t-il point tout le vague ? et en admettant même que les inepties débitées par Horapollon , pour motiver le choix de chaque symbole , offrent en effet des rapports plus ou moins réels , plus ou moins éloignés entre les objets et les signes qui les représentent , ou les mots qui les expriment dans la langue sacrée, l'aveu de ce plus ou moins de réalité et d'éloignement entre les objets et leurs signes ou leurs noms symboliques, ne fait -il point pressentir l'obscurité qui devait exister dans l’appréciation de ces rapports ? Et pour que ces rapports, avoués factices, ne livrassent point les initiés aux tourmens de la confusion, ne durent- ils point être soumis à un type identique et universel , propre à faciliter leur application? Or, quel pouvait être ce type dans

la LANGUE SACREE si Ce lVest L HOMOPHONIE DES

mots, par conséquent l’emploi des Homonymes ?

(1) Précis 2me édil. page 338.

Mr. Salvoltni sur la langue SACRÉE. 177

Mais ici ce n’est plus une question à priori. Le fait (les homonymes de la langue sacrée des Egyptiens a été établi dans mon Essai sur les hiéroglyphes d'HorapoUon ; et le silence de Mi*. Champollion prouve qu’il n’avait rien à opposer à cette découverte. En vain la gravité de certains érudits se révolte -t-el le contre les homonymes, et voudrait - elle les proscrire des fastes de l’antique Egypte: leur défaveur n'est qu’une prévention — leur prévention qu’une méprise : absorbés dans la méditation des Symboles , ils ne s’indignent contre les homonymes que parce qu’ils les confondent avec les jeux de mots et les calembours. C’eût été, en elîèt, jeter du ridicule sur la question la plus grave que de chercher des jeux de mots dans le Sanctuaire, des calembours dans la langue sacrée des Egyptiens! Mais pourquoi mettre sur la même ligne la frivolité de ces pointes fugitives , avec la nécessité impérieuse des homonymes dont l ambiguïté respective servait de voile aux mystères de la langue sacrée? Le langage des Oracles n’était -il point pétri d’eçuivoçues ? et dira -t- on que les Oracles faisaient des jeux de mots et des calembours? Que les érudits se dépouillent donc des préventions de V école: la langue sacrée

des Egyptiens n’est qu’un CHIFFRE: les homonymes en sont les élémens, et forment le matériel des allégories.

En analysant les données d'Horapollon , j’essaierai de prouver que , non seulement chaque caractère hiéroglyphique symbolise un objet à la faveur de l'homonymie entre le symbole et son objet, mais bien plus: que l' étiologie du système symbolique des Egyptiens roule ellemême sur des expressions plus ou moins AssoNNANTEsavec le thème, quelque naturel que puisse être d’ailleurs le motif patent du symbole. Et comme la plupart des motifs symboliques sont ineptes et absurdes, l’étiologie captieuse de chaque symbole trouvera sa solution dans l’homophonie des mots qui s’y rapportent. Une masse imposante de faits puisés dans les données éparses des Anciens et ramenés aux deux principes des HOMONYMES et des INITIALES, prouvera, au grand scandale de la doctrine, que la langue sacrée des Egyptiens n’est qu’un système d’allusions et d’equivooues, servant de bases à leur édifice symbolique; que c'est dans les élémens de ce système qu’il faut chercher les origines de tous leurs mythes , et par conséquent, le principe de leur idolâtrie , la raison de tous les attributs des dieux , et la

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source de l'astrologie. En résumé : les ambages de la langue sacree offriront d’une manière constante les types symboliques du monde physique, intellectuel et moral, créés par les Prêtres égyptiens dans le but de soustraire à la connaissance des profanes l'intelligence des doctrines dont ils étaient les dépositaires, le sens de leurs manifestations publiques dans les cérémonies de leur culte, et les faits qu’ils consignaient sur les monumens sous le double voile des symboles et de leur expression ALLEGORIQUE: Ô l à jU, (3 6 X W V VTIO TZCCQCiXCl-

Xvuuavi t fi à X X i]yoQ L a.

,, L’ancienne physiologie, dit Plutarque (de ,, Isid. et Osirid.) n’était autre chose qu’une explication de la nature, enveloppée de fables, ,, une théologie mystérieuse, cachée sous des ,, Énigmes et des allégories , de telle manière ,,que la multitude sans instruction saisissait plus ,, facilement ce qu’on lui disait, que ce qui était ,, caché , tandis que les esprits clairvoyans soupçonnaient quelque chose d'important sous le ,, voile qu’on leur montrait. “

Macrobe in Somn. Scip. (lib. I. cap. 2.) dit: ,, On ne parvient à l’intelligence des mystères ,,que par les routes obscures de l’allégorie. „ La nature ne se montre point à découvert aux

„ initiés eux-mêmes : c’est seulement aux liom- „ mes éminens par leur sagesse , qu’il appartient „ d’être les interprètes de ses secrets; il doit „ suffire aux autres d'être conduits à la véné- „ ration des choses saintes par des images „ symboliques. (i

J’emprunte ces citations à Mr. Emeric-David qui les rapporte dans sa savante Introduction à V étude de la Mythologie , placée à la tête de ses Recherches sur Jupiter.

En terminant ce chapitre je rappelerai ici l’invocation mystique au dieu Pan, que Vossius rapporte dans son traité sur l’idolâtrie (page 721.) et qu’il traduit par o universum! tu Pan! Cette invocation, citée par le scholiaste anonyme de Théocrite, est conçue ainsi:

o) vo nâv ! ov (6 Uav!

Or, ce n’est, â mes yeux, qu’un mot d'ordre , qui avertissait les initiés qu’il fallait être tout oreilles — et se taire :

iota nàv — ouoîiàv.

Théorie symbolique de Ch. 185

Résumant ces considérations, le savant Egyptologue pose en fait que :

,,Le principe des langues, comme celui des „ écritures VERITABLEMENT IDEOGRAPIII- „ QUES , est un et identique ; c’est L’IMITA- „TION; et ce principe, donné par la nature, ,,est, dit Mr. Champollion, appliqué d'une „ manière PLUS OU MOINS DIRECTE, et dans ,,les langues parlées et DANS LES ECRITURES „ IDÉOGRAPHIQUES. “

Ces préceptes, empruntés à Warburton, sont également erronés; et il n’est point vrai que L’IMITATION soit le principe d’une écriture véritablement IDEOGRAPHIQUE, attendu que limitation s’exerce sur les formes , sur les images des objets matériels , et qu’une écriture IDEOGRAPHIQUE, ayant pour objet les idées abstraites et immatérielles , n’offre par cela même aucune prise a L’IMITATION ; et dès lors il est absurde d’admettre que limitation puisse s’appliquer d’une manière plus ou moins directe à l’expression des idées abstraites dans une écriture idéographique. Le propre d’une écriture idéographique , telle qu’on suppose la portion de l’écriture égyptienne, formée des tropes et des énigmes, c’est d’exprimer les idées d’une manière plus ou moins indirecte.

J’insiste sur ce fait, en priant le lecteur de faire attention, que Mr. Champollion parle ici de „ procède suivi dans l'écriture sacrée pour ,, exprimer ceux des objets de nos idées qui se

,, TOM DES T POIS T SOUS LES S ES S (( ( 1 ) objets

que l’auteur assimile ,, aux signes oraux des

„ IDÉES ISTELLECTl ELLES. (e

En jetant les yeux sur les exemples des signes oraux , donnés a la page 333. et suivante, et qui présentent deux séries d'onomatopées, on objectera sans doute que le principe D’IMI- TATION, admis par l’Egyptologue, se rapporte exclusivement à cette classe de mots imitatifs , mots auxquels Mr. Champollion a voulu assimiler les caractères Fiai rat ifs , désignant au propre les objets matériels dont ils sont les images. Mais la présence de ces osomatopées , assimilés aux signes figuratifs , autorise-t-elle, je le demande, l’assertion de l’Egyptologue qui enseigne que ,, le principe des langues , comme ,, celui des écritures véritablemest idéogra - „ PHiquES , c’est L’IMITATION ? “ Les écritures VÉRITABLEMEST IVÉOGRAPHiqUES lie SOIlt-elleS

pas, de l’aveu de Mr. Champollion, celles

(1) Suprù , page 184. ligne 12.

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