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Chapitre Second

TiiÉorie des Signes symboliques.

„Les caractères figuratifs suffisaient, dit „ plus loin Mr. Champollion, (1) pour rappeler, „ même avec plus de précision que les mots de ,, la langue la mieux faite, le souvenir des ,, êtres purement physiques ; mais aucune idée „ abstraite ne pouvait, dit-il, être directe - „ment représentée par cette méthode. 44 Cette dernière assertion porte à faux; car on pourrait en conclure qu’ime idée abstraite

(1) L. c. page 332. No. 44.

peut être directement représentée par une autre méthode. Mais y a-t-il une méthode au monde qui puisse représenter directement des formes qui n’existent pas P Or, les idées abstraites n’ayant point de formes 'matérielles , par cela même qu’elles sont abstraites , est-il nécessaire de prouver l’impossibilité où se trouve la méthode figurative de représenter directement ces idées?

,,Le procédé suivi dans l’écriture sacrée pour ,, exprimer ceux des objets de nos idées oui ne

„ TOMBENT POINT SOUS LES SENS, poursuit Mr.

,,Champollion, (1) fut et devait être forcément „ semblable a celui qu’on mit primitivement en ,, pratique pour la création des mots, signes „ oraux des idees intellectuelles. Il est „ évident en effet, observe l’Egyptologue, que „tout système matériel de signes , ayant pour

„bllt LA REPRESENTATION DIRECTE DES IDEES,

,,ne saurait prendre d’autre route que celle ,, qu’adopta primordialement l'esprit humain ,,dans la formation des langues, lesquelles, „ après le geste, furent pour l’homme le pre- ,,mier, et bien long -temps le seul moyen de ,, communication de la pensée. “

(1) L. c. page 332. suite du No. 44.

Théorie symbolique de Cii. 189

,,de symboliques ou de symboles, mot qui, ,, radicalement, exprime, dit-il, une assimilation, une comparaison. u (1)

Est-ce à bon escient, ou par pure distraction que l'archéologue attribue ici l’origine des signes symboliques ou des symboles a V impuissance où se trouvèrent les écritures hiéroglyphiques ou idéographiques, (2) de donner aux signes de certains objets les formes mêmes de ces objets? Comme il est ici rigoureusement question de symboles: les objets dont parle T Egyptologue 11e sont-ils pas ceux dont les idées ne tombent point sous les sens? Et peut -011 admettre l’existence des formes dans les objets dont les idées ne tombent point sous les sens? Quel idée devons-nous donc attacher a la leçon de 1 Egyptologue, qui nous dit que ,,les écritures „ idéographiques 11'avaient plus le pouvoir de ,, donner aux signes de certains objets les „ formes mêmes de ces objets ?i( Ce langage vicieux et paradoxal n’est -il pas fait pour jeter la confusion dans les esprits les plus

^ (1) Page 335. No. 49.

(2) Ce terme, dont l’auteur s’est servi dans ses leçons précédentes, se trouve, dans la première édition, à la place du mot hiéroglyphiques , qu’on lit dans cette seconde.

attentifs P La suite de la leçon qui précède va nous prouver que Mr. Cliampollion avait en vue

LES OBJETS Ç)UI N’ONT POINT DE FORMES. Or,

n’est-il pas dérisoire de signaler T impossibilité de donne r aux signes de tels objets les formes mêmes de ces objets? Voici les développemens qui se rattachent a cette leçon.

,, Dans la partie PUREMENT IDEOGRAPIII- ,, QUE de leur écriture sacrée, les Egyptiens, ,, dit Mr. Cliampollion, ne purent éviter de ,, recourir aussi à cette méthode symbolique ou ,, comparative ; ils cherchèrent donc naturelle- „inent a exprimer les idées d’ohjets TOUT À ..FAIT INTELLECTUELS ET SANS FOR- „MES SENSIBLES par des images corporelles „ présentant des rapports plus ou moins réels , „plus ou moins éloignés avec l'objet de l'idée „ qu'il s’agissait de noter. Les signes créés d’a- ,,près CETTE METHODE enrichirent l'écriture ,, hiéroglyphique d'un nouvel ordre de caractères, que nous nommerons avec les Anciens, „ caractères symboliques ou tropiques. <((i)

Avant d’exposer les procédés de cette ME- THODE, retracés par Mr. Cliampollion, je dois m’arrêter ici à une autre inconséquence.

(1) Page 338. No. 51.

Théorie symbolique de Ch.

A la page 462 et suiv. de son Précis , le célèbre investigateur, renouvelant les voeux qu’il formait dans la première édition de cet ouvTage , répète que :

,, Il ne resterait plus qu’a trouver UNE ME- ,, T1IODE pour reconnaître ta valeur des carac- ,,tères SYMBOLIQUES; et que c’est là l’obstacle „qui semble devoir retarder le plus l’intelligence „ pleine et entière des textes hiéroglyphiques. „Mais, poursuit Mr. Champollion, heureuse- ,,ment pour notre curiosité, je dirai même, „ pour l’intérêt de l’histoire, cette troisième „ classe de caractères parait être, dans un sens ,

,, LA MOINS NOMBREUSE DE TOUTES, et C’est

„ précisément celle, observe -t- il, dont les „ auteurs grecs se sont le plus occupés. Nous ,, trouvons, poursuit lEgyptologue , dans les ,, anciens des détails précieux sur les signes de „cet ordre qui ont le plus particulièrement „fixé leur attention, parce qu'ils tenaient à ,,une méthode graphique toute particulière. „ Clément d’Alexandrie , Eusèbe , Diodore de „ Sicile, Plutarque et Horapollon nous fout „ connaître la valeur d’un grand nombre d’entre „ eux.

Ce dernier fait est superficiellement vrai, les auteurs cités par Mr. Champollion nous ayant

effectivement fait connaître la valeur <fun assez bon nombre Me signes hiéroglyphioues, en alléguant pour chacun d’eux des raisons plus ou moins fallacieuses, des impostures plus on moins ruminées dans l’esprit narquois des hiérogrammates égyptiens. Mais un disciple, attentif aux préceptes de l’Egyptologue, concevra -t- il le désir que son maître témoigne ,, de trouver une ,, méthode pour reconnaître la valeur des ca- ,, racler es SYMBOLIQUES? “ Cette méthode, empruntée à Warburton, ne se trouve -t- elle pas exposée dans le Précis , pages 290 — 292 de la première édition , et pages 338 — 341 de la seconde? Mr. Champollion n’y expose- 1- il pas, sous le §. VII. article 52. cette méthode dans tous ses détails ? „ Dans fa détermination „des signes SYMBOLIQUES ou TROPIQUES, ,, les Egyptiens , dit Mr. Champollion , procédè- ,, rent principalement :

„ 1 °. Par Synecdoche, en se contentant de „ peindre ta partie pour exprimer un tout. „ Ainsi, dit -il, deux bras tenant un trait ,, et un arc, signifiaient une bataille ; deux ,, bras Élevés vers le ciel, une offrande;

„ UN VASE DU QUEL S’ÉCHAPPE DE l’eAU, Une

„ libation ; une cassolette et des grains „ d’encens, une adoration ; un homme lançant

THÉORIE symbolique de Cii. 193

„des flèches , un tumulte, un attroupement „populaire.ie

,, 2 °. Par Métonymie , en peignant la cause „ pour l'effet. C’est ainsi que, dans l’inscription ,,de Rosette, nous voyons l’idée mois ,, mensis, exprimée, comme le dit Hor-

„apollon, par l’image du croissant de la ,, lune , les cornes tournées en bas : ^thjvrjv ,, èniSQccupévrjv xiç x 6 xüvw. Ce même signe se ,, montre, en effet, comme signe d’espèce dans ,, les groupes hiéroglyphiques exprimant les „noms des mois égyptiens. u

,, Nous trouvons également sur la stèle de „ Rosette, l’idée écrire, et par suite, celles ,, d'écriture , caractère ou lettre , rendues métonymiquement par l’image du pinceau ou „du roseau, au moyen duquel on traçait les „ signes, groupé avec la palette, qui portait la ,, couleur noire et rouge, et souvent même on ,, joignait à ces objets la figure du petit vase ,, dans lequel on trempait le pinceau pour dé- „layer la couleur, ou qui contenait V encre, si „ l’on se servait du roseau pour tracer les lettres. „J’ai réuni dans le tableau général des signes ,, cités dans cet ouvrage, le caractère symboli- „ que écriture avec toutes ses variations. Hor- „apollon cite, en effet, le roseau, o%oïvov, et

„ l’encre, iiélav, parmi les objets qu’on peignait pour exprimer SYMBOLIQUEMENT les lettres „ égyptiennes. ((

,, 3 °. Par métaphore (ce qui rentre au fond ,, dans l’esprit général des procédés indiqués „ jusqu’ici), en employant V image d'un objet ,,pour exprimer autre chose que cet objet lui - ,,meme. Ainsi, l’abeille signifiait un peuple ,, obéissant à son roi; les parties anterieures ,, d’un lion, la force; le yol de l’epervier, ,, le vent ; un aspic , la puissance de vie et de yimort; le crocodile, la rapacité. “

,, 4°. Enfin, une foule de signes SYMBOLI- ,, QUE S étaient, a proprement parler , de véritables énigmes , les objets dont ces caractères ,, présentaient les formes n’ayant que des rapports excessivement éloignés et presque de ,, pure convention avec l’objet de l’idée, qu’on ,,leur faisait exprimer. C’est ainsi que le sca- ,, rabee était le symbole du monde , de là nature ,, mule ou de la paternité; le vautour, celui „ de la nature femelle et de la maternité; un ,, serpent tortueux figurait le cours des astres ; „et l’on peut, dit l'Egyptologue, voir dans Hor- ,, apollon et dans Clément d’Alexandrie, les „ raisons qui déterminèrent les Egyptiens à ,, choisir ces êtres physiques pour signes de

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,,ces idées si différentes et si éloignées de leur „ nature. “

Déterminer avec autant de précision et de détails, les divers procédés des signes TROPI- QUES, destinés à exprimer les objets d’une manière plus ou moins indirecte , n’est-ce point retracer les bases de la METHODE, propre a faire reconnaître les signes ou caractères , que Mr. Champollion appelle tropiques ou symboliques? L’Egyptologue a donc mal rendu sa pensée: il s’agit, en effet, non de V investigation d’une méthode, propre a faire reconnaître la valeur des caractères symboliques, mais de T application de cette méthode, toute faite, aux signes symboliques, dont il importe de reconaître la valeur. Or, cette application a été et sera toujours stérile, en raison de l’inanité de la méthode , dont Mr. Champollion nous a donné lui-même la mesure, en cherchant la compensation de ses nullités dans St. Clément d’Alexandrie, dans Eusèbe, Diodore de Sicile, Plutarque etHorapollon, qui nous ont fait connaître, dit-il, un grand nombre de ces signes tropiques ou symboliques ; et l’on ne se dissimulera point combien peu ces révélations ont profité a l’Egyptologue , lors qu’on sera persuadé que — malgré ses longues études et sa sagacité peu

commune — sur plus de 190 hiéroglyphes , qu’on trouve dans le texte d’Horapollon , il déclare n’en avoir reconnu que 13 qui lui paraissent avoir réellement le sens que cet ancien leur attribue; et que, sur ces 13, il en est 6 qu’il faut retrancher de rigueur, puisqu’on les trouve dans son Alphabet Harmonique.

Le livre d’Horapollon dont je viens de parler, appelle enfin notre attention sur la théorie des signes, dont Mr. Champollion a formé son système des ANAGLYPHES.

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