‹ Archéologie égyptienne (volume 2)Chapitre 40 sur 68 · PEUVENT NOUS PORTER „À LE SUPPOSER · texte numérisé non relu

PEUVENT NOUS PORTER „À LE SUPPOSER

Théorie des Anaglyphes de Ch. 197

„ un système réservé à la caste sacerdotale et A ,, ceux-là seuls qu’elle initiait a ses mystères , ce „ dut être nécessairement la méthode , qui présidait au tracé des ANAGLYPHES ( Supra 62.) „ Ces bcis-reliefs ou tableaux , composés d’êtres „ fantastiques , ne procédant que par symboles, ,, contiennent évidemment , dit l'Egyptologue, ,,les plus secrets mystères de la théologie , ,, l'histoire de la naissance , des combats et des ,, diverses actions des personnages mythiques de ,,tous les ordres , êtres fictifs , qui exprimaient , „ dit-il, les uns des qualités morales , soit pro- ,,prcs à Dieu, le principe de toutes choses, soit „ communiquées à l'homme par la divinité ,, même , et les autres des qualités ou des phe- „nomènes physiques . On peut dire, observe ,,le savant archéologue, que les images des „ dieux exposées dans les sanctuaires des tem- ,,ples, et ces personnages humains A têtes d’ani- ,, mal, ou ces animaux avec des membres „ humains, ne sont que des lettres de cette „ écriture cachée des anaglyphes, si l’on peut „ tout-A-fait , dit-il, donner le nom d’ecritçke ,, A des tableaux qui n'expriment que des ,, ensembles d'idées sans une liaison bien ,, suivie. C’est probablement dans ce sens que „les prêtres d’Egypte donnaient A l'ibis , A

épervier et au schacal , dont ils portaient le» ,, images dans certaines cérémonies sacrées, le ,,nom de lettres r^ccppava, comme étaut de „ véritables élémens d’une sorte d’ écriture allé- „gorique. “

Dans la donnée que nous venons de lire, l’Egyptologue nous renvoie a celle qu’on lit sous le No. 62, où il signale ,, les images sym - „boliques , qui se retrouvent dans DES TA- ,, BLE AUX sculptés ou peints, soit sur les murs „des temples et des palais, sur les parois des „ tombeaux, soit dans les manuscrits, sur les „ enveloppes et cercueils des momies, sur les ,, amulettes, etc., peintures et tableaux sculp- „tés, qui ne retracent point, dit-il, des scènes ,,de la vie publique ou privée, ni des cérérno- „ nies religieuses, mais qui sont des compositions „ extraordinaires, où des êtres fantastiques, soit ,,même des êtres réels, qui n’ont entre eux „ aucune relation dans la nature, sont cependant „ unis , rapprochés et mis en action. Ces bas - „ reliefs purement ALLEGORIQUES ouSYMBO- „ LIQUES , qui abondent sur les constructions ,, égyptiennes, furent, ditMr. Champollion, par- „ ticulièrement désignés par les anciens sous le „nom d’ANAGLYPHES , que nous adopterons, „ dit-il , désormais. “

Théorie des anaglïphes de Ch. 199

Ç)uoi qu’il en soit de ces assertions si positives , le lecteur qui fera attention aux variantes, que j’ai placées en regard (page 196), aura lamesure des certitudes de l’Egyptologue et de l’autorité de ses données: „ Les témoignages trèsmultipliés des anciens i6 par conséquent, les témoignages certains , sont devenus de „ cer- ,, tains témoignages .... et ces témoignages qui ,, permettaient à peine d'en douter .. peuvent „ (dans la seconde édition) nous porter à le sup- ,, poser ... Ceux qui pèsent les mots, appré- „eieront aisément la gravité de cette espèce „ de certains témoignages très-multipliés. i(

Je ferai remarquer toutefois que ces assertions équivoques de l’investigateur lui auront été suggérées par les laborieuses citations des auteurs anciens, dont les noms et les passages remplissent les pages 458 et 459 du célèbre ouvrage de Zoéga de origine et usu obeliscorum. Ou lit, en effet, au haut de la page 459, les noms de Théon de Smyrne , de Diodore , de Martianus Capclla , de Plutarque , de Proclus , de Lucain, de Pline , de Macrobe , de St. Cyrille contre Julien, d'Hermès , de Jamblique et d 'Apulée y qui tous traitent plus ou moins amplement de sciences sublimes, de la nature des choses, DES DIEUX, DES DEMONS et DES HEROS, DE

theurgie et de mystères. Maïs il résulte îles données de ces auteurs „ très-multipliés 44 que toutes ces sublimes et profondes questions ont été traitées en C ARACTERES HIÉROGLYPHI- QUES: „ Sublimiores quoque scientias do rerum ,,natura, de diis, daemonibus et heroibus, de „theurgîa et mysteriis, eodem ciiaracterüm ,, genere scriptas fuisse tradunt Théo Smyr- „naeus, etc.44 Or, je le répète, ce genre de caractères est indiqué à la page 45S de l’ouvrage de Zoega ou il est question d’HIERO- GLYPHES, ( vavii generis argumenta iiieroglypiiice scripla ) et non d'ÂXAGLYPHES, dont Mr. Champollion a fait le dépôt des spéculations symboliques, et qu’il distingue rigoureusement d’avec un texte hiéroglyphique.

Je passe à la question principale.

„On conçoit, dit le célèbre investigateur, j, (page 427) comment ces images, ou plutôt ces „ symboles, élémens combinés et rapprochés ,, selon certaines règles, produisaient une série ,, de scènes, et cachaient, sous les apparences ,,les plus bizarres. Je système cosmogonique, ,, ta psychologie et les principes fondamentaux ,,de la croyance et. de la philosophie des ,, Egyptiens. 44

L’Egyptologue nous assure avec une facilité

Exemple anaglyphique de Ch. 201

admirable que Ton conçoit comment des sujets aussi profonds pouvaient être conçus dans des „ tableaux , «’ exprimant que des ensembles ,, d'idées, sans une liaison bien suivie! “(i) Moins habile que Mr. Cliampollion, j’avouerai pour ma part, que — nous laisser à deviner comment des tableaux incoiierçns pouvaient exprimer les principes fondamentaux de la croyance et de la philosophie des Egyptiens — c’est vouloir nous proposer des énigmes qui renchérissent sur les Anaglypiies .... !

Ouant aux tableaux symboliques d’un genre moins profond, a ce qu’il parait, l’EgyptoIogue nous en fournit un exemple a la page 230 de ses Lettres écrites d Egypte et de Nubie , exemple que je rapporterai ici avec d’autant plus de plaisir, que Mr. Champollion l’avait déjà indiqué dans la première édition de son Précis (1), par conséquent bien avant son voyage en Egypte.

C’est une scène mythique, figurée près le battant d’une porte du tombeau du roi Piamsès- Méïamoun à Biban-el-Molouk, laquelle scène

(1) Supra, au bas de la page 197.

(2) -Antiquités vol. II. pl. 83. indiqué en Note à la page 349 de la 2me édition du Précis.

mythique , se passe à la troisième heure du jour, a laquelle, dit Mr. Champollion „le dieu soleil „ arrive dans la zone céleste, où se décide le „ sort des âmes , relativement aux corps, qu’elles ,, doivent habiter dans leur nouvelle transmigra- „tion. On y voit, dit le célèbre voyageur , le „ dieu Atmou,assis sur son tribunal, pesant dans „ sa balance les âmes humaines, qui se présentent ,, successivement : l’une d’elles vient d’être con- „ damnée; on la voit ramenée sur terre dans „ une bar i^ qui s’avance vers la porte gardée par „ Anubis , et conduite à grands coups de verges ,, par des Cynocéphales , emblèmes de la justice „ céleste; le coupable est sous la forme d'une énorme truie , au dessus de laquelle on a „ gravé, en grands caractères, gourmandise ou ,, gloutonnerie, sans doute, observe Mr. Cham- ,, pollion , le péché capital du délinquant, quel- „ que glouton de l’époque. (e

Quoique les détails descriptifs de cette scène mythique ne soient point trop exacts, je ne saurais douter néanmoins de l’identité de cette scène avec celle du No. 83 de la grande description de V Egypte que Mr. Champollion a indiquée dans son Précis, (1) et que j’ai d’ailleurs

(1) Suprà, page 201, Note.

Exemple anaglyphique de Ch. 203

sous les yeux. Le glouton, dont l’Egyptologue vient de nous décrire la métempsy chose, se présente sur la planche citée, sous la forme d’un gros porc et non d'une truie , lequel porc occupe la moitié de la barque ; on voit derrière lui un seul cynocéphale, debout, tenant dans ses mains étendues une verge recourbée par le bout et dans un sens vertical tout au dessus de la queue du glouton , ce qui indique plutôt un acte de menace pour faire avancer, que „ faction de fouetter à grands coups. (( Cette barque est précédée par un autre cynocéphale tenant également une verge dans ses mains; ce qui ne veut pas dire que la truie dont parle Mr. Champollion , soit conduite à grands coups par des cynocéphales. L’Egyptologue dit d’ailleurs que ,,on la voit ramenée sur terre dans une ,, bari ; “ c’est encore inexact : on voit le porc voguant vers ce que Mr. Champollion appelle la porte, qu’il dit être gardée par Anubis , qui, par parenthèse , ne s’y trouve point. Je ferai remarquer de plus, que le dieu assis sur son tribunal (et que l’Egyptologue appelle Atmou, bien que ce soit Osiris) ne pèse pas lui-même dans sa balance les âmes humaines, comme le prétend Mr. Champollion, mais qu'il les fait peser par un autre , qui soutient la balance sur

son épaule. Je me suis arrêté à ces remarques pour faire voir le peu d’exactitude, que le savant interprête apporte dans ses indications. Pour la légende a grands caractères, je n’en puis rien dire, vu quelle manque dans la planche de la Description de l’Egypte , omission assez surprenante dans un tableau où l’on voit tant d’autres petits caractères moins importans que ceux du sujet principal! Et quant a l’exégèse d-e la métempsychose du glouton, si l’Egyptologue n’improvise point, Horapollon aura tort devant la légende omise par les auteurs de la grande Description — si tant est, dis-je, qu’elle existe sur le monument.

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