‹ Archéologie égyptienne (volume 2)Chapitre 4 sur 68 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

ne sauraient être mis en ligne de compte. Il faut observer d’ailleurs que, dans le nombre des signes et groupes du tableau général dont nous parlons, il s’en trouve qui appartiennent aux découvertes du Docteur Young; ces emprunts, numérotés dans les deux» éditions du Précis de Mr. Champollion, offrent la série de 76 signes et groupes; et en y ajoutant ceux dont l’indication a été omise, savoir les Nos. 10, 64, 72, 80, 83, 119, 129, 140, 155, bis, on obtiendra la somme de 86 signes et groupes expliqués par l’auteur anglais et admis dans le tableau de Mr. Champollion.

Croira- 1- on maintenant que, dans les 450 signes et groupes formant les séries que je viens d’indiquer et qui, pris avec leurs variantes, se montent à plus de 550 articles, l’Egyptologue ne nous ait fourni que DOUZE MOTS de la langue égyptienne écrits en caractères phonétiques ? On conçoit d’autant moins cette parcimonie, que l’Egyptologue se disait être en possession „ d'une foule im- „mense de mots exprimés phonétiquement, qu’il lisait „au moyen de son Alphabet „ mais qu’il gardait comme un fonds perdu dans ses portefeuilles. Serait-ce peut-être parce que les groupes phonétiques , exprimant des mots proprement dits, sont les seuls faits susceptibles de contrôle? Mais la Critique avait droit d’y compter en faveur des textes hiéroglyphiques, dont l’intelligence, faute de ce secours, est demeurée à-peu-près aussi nulle qu’elle l’était avant les travaux de Mr. Champollion. Mais il y a plus: Si l’Egyptologue a jugé superflu, pour la solidité de ses principes, de nous fournir une plus grande portion de groupes phonétiques de mots dont une foule

PlŒl ACK.

immense (i) se trouvait dans ses p o rlel'eu illcs, 11’ auraitil pas dû, au moins dans le Tableau général qui accompagne la seconde édition de son Précis, offrir un supplément d hiéroglyphes phonétiques ou alphabétiques , et venir ainsi au devant de ceux qui étudiaient son système? Au lieu de cette offrande, que les archéologues avaient lieu d’espérer de ses lumières, Mr. Champollion — qui nous avertit dans les deux éditions de son Pkécis ,, d’avoir déjà assuré la valeur „d un très- „ grand nombre de ces hiéroglyphes phonétiques ou „ signes de sons „ (2) — se contenta de quelques amendemens, et supprima quelques signes phonétiques pour faire place à des hiéroglyphes empruntés ailleurs! El ce que l’on a peine à concevoir, c’est l’idée des réformes de tout genre, que l’Egyptologue a apportées à la seconde édition de sa Lettre à Mr. Dacier. Dans la Préface qui précède celte édition, il dit: „ L’alphabet des „ hiéroglyphes phonétiques, pour l’époque grecque et ro- „ maine, exposé dans ma Lettre a Mr. Dacier, publiée „ en 1822, étant une véritable introduction à l'élude „ générale du Système graphique des Egyptiens, j’ai dû „ comprendre celle Lettre dans mon Précis; elle est le „ chapitre II de cette nouvelle édition.,, On voit dans cet avis que Mr. Champollion, loin de motiver les amendcmens et les réformes dont nous parlons, ou d’en faire la plus légère mention, ne parle rigoureusement que de l’Alphabet qu’il publia en 1822 dans sa Lettre à. 3Ïk. Dacier, et considère cet Alphabet comme une véritable

( 1 ) Supra , page 21.

(2) 1 Edition page 395 c( 2. Edit, page 460.

introduction à l’élude générale du Système graphique des Egyptiens. Mais en incorporant cette Lettre dans sou Pkécis sous la date originaire du 22 Septembre 1822, Mr. Champollion pouvait- il, en conscience, y apporter des amendemens et des réformes ? ne devait- il point, au contraire, reproduire cette introduction dans son état primitif et réserver les amendemens textuels pour son Pkécis, et les additions de signes pour son Tableau général? Or, indépendamment des corrections fondamentales qu’il a faites à sa Lettre, à la suite de notre Analyse, (i) son Tableau des signes phonétiques ou alphabétiques nous présente d’abord des déplacemens et des suppressions de signes; en suite: Quatre vingt signes ! ajoutés aux cinquante six caractères démotiques ou populaires de la première édition; et cinquante caractères hiéroglyphiques , parmi lesquels il en est que Mr. Champollion n’a pas même jugé à propos de donner dans l’Alphabet harmonique de son Tableau général! Il est à remarquer d’ailleurs que les deux tiers des signes démotiques , admis dans la première édition de la Lettre à Mr. Dacier, appartiennent aux analyses que feu Mr. Akerblad a faites en 1802 sur le texte démotique de l’Inscription de Rosette (2); qu’ enfin un certain nombre de signes hiéroglyphiques sont dûs aux découvertes antérieures du Docteur Young et aux recherches subséquentes de Mr. Sait. (3) En voyant tous

(1) Supra, pag. 17.

(2) Lettre sur l' inscription égyptienne de Rosette , &c.

(3) Essay on Dr. Young’s and 3fr. Ciiampollion’s P/10 nette System of hiéroglyphies , wil/i somc additionnai discoveries , &c.

Préface.

ces emprunts confondus parmi les signes que Mr. Chainpollion appelle toujours ., mon Alphabet ,, on se persuadera que cet Egyptologue les envisageait sérieusement comme son propre bien, et, qu’à ce titre, il s’accommodait paisiblement des découvertes de chaque explorateur qui venait fouiller dans son terrain. Cependant le travail de Mr. Akerblad sur le texte démotique de l' Inscription de Rosette, a été publié vingt ans avant la Lettre de Mr. Champollion à Mr. Dacier; et X Essai de Mr. Young est également antérieur de quelques années à la Lettre de Mr. Champollion.

Quant à l’exécution des planches du Tableau général de la Seconde édition, on est frappé de la négligence peu commune que présente le tracé des signes et groupes dont les traits défectueux dégradent complètement la forme des caractères hiératiques et démotiques et n’ offrent que des images empâtées dans les colonnes hiéroglyphiques ! Malgré celle négligence qui saute aux yeux, Mr. Champollion s’est plu à nous avertir dans sa nouvelle Préface (p. XIII) que ses planches ont été fidèlement raccordées avec ses nouveaux résultats. Celte assertion de l’auteur s’appliquerait tout au plus aux planches qui accompagnent ses deux Lettres à Mr. le Duc de Llacas, et dont l’exécution est probablement plus soignée que ne l’est celle des originaux dont elles offrent les Copies.

Pour aborder maintenant la question des origines, nous rappellerons que l’application que nous avons faite des résultats de nos analyses aux variantes paléographiques de toutes les langues, ainsi qu’aux diverses écritures

Préface.

égyptiennes, nous ont acquis la conviction que les élémens de ces écritures tirent leur origine des variantes des alphabets Sémitiques, et qu’ils ne sont autre chose qu’une compilation de caractères Phénico-Samaritains , travestis selon l’image que chaque lettre était susceptible de revêtir pour servir d initiale au nom de l'objet dont elle offrait les formes plus ou moins correctes, plus ou moins complètes ou abrégées.

Cet avertissement, que nous renouvelons ici pour la troisième fois (i) n’a pu qu’avoir et aura encore un très -mauvais accueil de la part de la doctrine qui croit, à n’ en pas douter, que c’ est au dépouillement des hiéroglyphes que l’ écriture alphabétique doit son existence, et elle prendra pour un pur aveuglement notre persévérance à soutenir une opinion aussi hétérodoxe à l’égard des origines de l’ écriture hiéroglyphique „ de la grave et „ docte Egypte, qui écrivit partout ses actions et son nom, „ comme si la postérité eut été présente à sa pensée; et „qui, incessamment jalouse de l’éclairer, s’est proposé de „ lui laisser sur chacun de ses ouvrages quelque utile

„ précepte, et sur chaque pierre une leçon (1 2 3)-„

La pierre de Rosette nous a fourni en effet, de précieuses leçons , et nous avons tâché d’en profiter. Quelle que soit du reste notre conviction personnelle à l’égard des ruses sacerdotales, l’expérience que nous avons faite de la tendance rationnelle des érudits (3) est trop récente

(1) Essai sur les Hiéroglyphes cT Horapollon ; Observations sur le Zodiaque de Dendérah.

(2) Première Lettre à Mr. le Duc de Blacas d' Aulp s page 2.

(3) Notre méthode de déchiffrement, appliquée aux Hiéro-

PltKFACE.

pour nous imaginer, que les faits que nous publions aujourd’hui pourront les distraire de leur préoccupation idéographique et les rendre attentifs à ce genre de mystères, dont la profondeur est au niveau des initiales et des paronymes allégoriques.

Dans la première partie de nos Opuscules Archéographiques ?, nous avons analysé la version que Mr. Lett onne a donnée du fameux texte de Si. Clément d’Alexandrie, et les points principaux des deux commentaires de ce savant Académicien. Nous avons essayé de prouver, eu suite, la dissidence entre le Système de Mr. Champollion et le texte Alexandrin; et, finalement, nous avons examiné la théorie de l’ Egyptologue dans ses rapports intrinsèques; et, (ainsi que nous l’avons déjà dit) nous avons établi textuellement l’ identité de celte théorie avec celle de l’Archevêque Warburton.

Mr. Champollion Figcac, dans sa Cjutioue contre notre Analyse „nous invite, dans V intérêt seul de .,la vérité, de démontrer autrement que nous n'avons „pu faire jusqu’ici, la dissidence radicale des systèmes „de Clément d’Alexandrie et de Mr. Champollion le jeune, „ relatifs aux écritures égyptiennes.,, Nous nous rendons avec d’autant plus d’empressement à cette honorable in-

glyphes d’Horapollon, a été qualifiée, tour à tour, de burlesque , de bizarre, d'absurde et de souverainement absurde, par des autorités bien entendues en ces matières, c’est-à-dire par les Echos de Mr. Champollion. D'autres Représentons de l’esprit du Siècle, certains, par oui - dire de l’absurdité de notre méthode, n’ont eu garde de s’en occuper. La prévention de ces derniers ajoute ainsi à la suffisance de nos détracteurs.

Préface.

vilation, faite comme on le voit, dans l’intérêt seul de la vérité, que l’autorité du savant helléniste qui a discuté pour la troisième fois le texte de Clément, et les développemens pleins d’érudition dont il a appuyé son nouveau Commentaire, sont des motifs trop imposans pour nous permettre de renoncer à l’examen de ces développemens qui semblent avoir épuisé la question. Nous devons néanmoins prévenir Mr. Champollion-Figeac que les démonstrations qu’il réclame de notre part, ne seront point, comme il le désire, conçues „ autrement que vnous n'avons pu le faire „ dans notre première Analyse ; elles seront seulement plus étendues et plus rigoureuses dans leurs détails.

Mr. Klaproth, dans son Examen critique dont nous avons déjà parlé, tout en rendant justice à l’explication lumineuse que Mr. Letronne a faite, en dernière analyse, du passage des Stromates, observe très -judicieusement „ qu’on ne saurait toutefois assurer que celte explication „ ait levé toutes les difficultés que le passage présentait, „et qu’il n’ait même, après le travail du célèbre helléniste, besoin d’être encore repris et discuté à l’aide „de la connaissance que l’on aura acquise du sujet „ auquel il se rapporte. Loin de servir à l’explication „des hiéroglyphes, on peut dire, ajoute Mr. Klaproth, „que ce fragment de St. Clément d’Alexandrie ne sera „ lui -même complètement éclairci, qu’ après que les hiéroglyphes auront été parfaitement connus, s’il est possible d’espérer que cette découverte puisse jamais s’ef- „ fectuer. “ (1) Ces réflexions d’une saine critique feront

(1) L. c. page 11.

Préface.

sentir aux archéologues que l’analyse de ce passage, pour être à l'abri de toute objection, doit désormais être L' expression des faits hiéroglyphiques dont ce texte renferme un Aperçu: c’est ce qui nous a déterminé à nous en occuper encore une fois: nous examinerons donc le passage dans nos Prolégomènes , et nous en ferons l’application dans nos analyses hiéroglyphiques.

Les témoignages des anciens écrivains, originaires de l’Egypte, ou qui l’ont visitée, sont, sans contredit, d’un très -grand poids dans la question des origines égyptiennes; et il importe de les interroger d’autant plus que, si nous en exceptons St. Clément d’Alexandrie, Mr. Charnpollion les invoque et les accuse, tour à tour, sans prendre la peine de les citer. Cette réticence de l’investigateur, jointe à l’accent toujours dogmatique de ses assertions, nous a fait perdre un lems infini à chercher inutilement les témoignages de ses anonymes; et n’en ayant trouvé aucune trace dans le corps des citations textuelles de Zoega (1) nous avons dû lire en pure perte tout ce que les écrivains, plus ou moins anciens, ont écrit sur les monumens de l’Egypte.

Des considérations générales étant indispensables dans une question aussi obscure que celle de l' archéologie égyptienne , on conçoit de quelle importance peut être, pour cette étude, l’appréciation des termes techniques qui s’y rapportent, l’intelligence de ces termes pouvant seule jeter quelque jour sur les données incomplètes et plus ou moins vagues des Anciens: leur terminologie formera donc l’objet principal de nos discussions analytiques.

( 1 ) De Origine et Usu Obeliscorum.

Préface.

Champollion ayant soutenu le fait de la connaissance vulgaire des Hiéroglyphes , et considéré les Anaglyphes comme un système particulier d’écriture dont l’intelligence était, selon lui, la seule exclusivement réservée au Sacerdoce , nous nous arrêterons à l’examen de ces deux assertions, empruntées l’une et l’autre à Warburton, et démenties par les anciens écrivains.

Dans notre Essai sur Horapollon , nous avons parlé des révélations consignées dans l’Opuscule arabe de Wahscldyyèh , publié par le savant Orientaliste Mr. de Hammer. On sait que l’authenticité de cet écrit a été contestée par l’illustre Orientaliste français dans une dissertation insérée dans le Magazin Encyclopédique (1). Toutefois, l’examen des révélations de T auteur Nabathéen, nous ayant fourni les conditions requises par Mr. Sylvestre de Sacy pour la réintégration de cet Opuscule, nous les ferons valoir dans nos considérations générales, et nous fournirons quelques exemples dans le cours de nos analyses hiéroglyphiques.

Le nouveau Commentaire, inséré par Mr. Letronne dans la seconde édition du Précis de l’Egyptologue, revenant sur la question de V alphabet primitif , appelle notre attention sur les développemens qui semblent fortifier plus encore la doctrine, que le savant helléniste partage d’ailleurs avec tous les philologues qui ont écrit sur T origine des langues et les alphabets paléographiques.

Manéthon le Sébennyte, Hérodote, et autres auteurs anciens ont fait mention d’un langage sacré , réservé à

( 1 ) Novembre 1810. page 145 et suivantes.

l’RtrACi:.

la caste Sacerdotale. Des auteurs modernes en ont parlé, à leur tour, avec plus ou moins d’étendue et de gravité. Nous citerons les données et les opinions respectives, et nous examinerons une multitude de légendes qui constatent la duplicité de ce langage mystique, composé de paronomases ou mots à double sens, (x) dont les élémens nous fourniront les matériaux d’un Vocabulaire de la langue sacrée,

La langue vulgaire des Egyptiens réclame aussi quelques considérations: Organe fidèle de Mr. Warburlon. 31 r. Champollion en a développé les origines, et, de concert avec Mr. E. Qualremère, la donne pour une langue qui n'a rien de commun avec aucune autre. La formation des langues étant l’objet principal de nos études, nous devons quelques développemens à la langue Egyptienne, dont les élémens équivoques sont d’ailleurs du domaine hiéroglyphique.

Si ces questions préliminaires 11e sont pas de nature à consacrer au système hiéroglyphique les prérogatives d’une théorie rationelle, les faits qui résulteront de nos analyses, suffiront peut-être pour rendre à l’archéologie égyptienne l’espoir dont la philosophie de notre siècle s’efforce de la dépouiller sans retour. Et, pour écarter, dès ce moment, la prétention que l’on pourrait nous attribuer à l’égard de V étendue des résultats de notre méthode de déchiffrement , nous nous hâtons d’avertir que nous nous proposons, dans ce travail, de répondre à la question qui a le plus occupé les savons dans ces derniers

( 1 ) Les exemples de ces Paronomases forment la Première section de notre Essai sur les hiéroglyphes d' Horapollon.

Préface.

lems, et qui (à leurs yeux) était encore complètement indécise dans les dernières recherches de Mr. Champollion: c’est la question de savoir si les hiéroglyphes devaient être considérés comme des signes idéographiques, ou bien comme des signes alphabétiques? Voyez page 2 supra.

En essayant de réduire les hiéroglyphes à leur juste valeur, nous avons acquis la certitude qu’il ne faut pas être un Oedipe pour en démêler les mystères; attendu que la profondeur de ces mystères se réduit, comme nous l’avons dit, à l’artifice des ambages, associés à la méthode des initiales. Tout le mérite de T investigation consiste donc à s’abstenir d’imiter ceux qui ont le talent de sanctifier tout ce qu’ils touchent, et y trouvent d’ailleurs, à l’exemple de Mr. Salvolini, tout ce qu’ils veulent y chercher. L’investigateur qui se contente de ce qu’il trouve, ne verra dans l’écriture hiéroglyphique autre chose que des ruses plus ou moins raffinées d’un CHIFFRE. Convaincu de ce fait, nous avons dû nous borner à en étudier les élémens fictifs et leurs différentes combinaisons ; et, au lieu d’exercer notre imagination à créer des théories et des systèmes, nous avons essayé d’établir les rapports qui existent entre les trois genres d’ écritures : l'hiéroglyphique ou fictive, l'hiératique ou sacerdotale, et la démotique ou vulgaire, et de ramener les élémens de ces écritures à leur ORIGINE SEMITIQUE.

Des réflexions critiques, suggérées par les travaux de Mr. Champollion le jeune, et fondées, d’une part, sur le vague et les contradictions perpétuelles de son Système, et d’autre part, sur l’opinion universellement admise de

Préface.

la nature idéographique des Symboles, CCS réflexions oui prodigieusement exagéré les difficultés attachées à l’ investigation de ces Symboles , et les inconvéniens qui résultent de T insuffisance de la langue Copte et des vicissitudes que les formes de cette langue ont pu subir depuis l’invention des hiéroglyphes jusqu’à l’époque où la religion Chrétienne est venue dépouiller la langue originaire des expressions qui se rattachaient au culte des idoles, dont les représentations mystiques se reproduisent d’ailleurs sur tous les monumens de l'Egypte. Ces inconvéniens, plus ou moins incontestables dans l’état actuel de l’archéologie égyptienne, n’autorisent point à préjuger défavorablement du résultat des études hiéroglyphiques. Ces études, circonscrites dans les bornes qui conviennent à toute élude élémentaire , doivent avoir pour objet l’appréciation de la valeur des hiéroglyphes , abstraction faite de toute théorie. Mais si Mr. Champollion a eu tort de vouloir rappeler à la vie l'Egypte ensevelie dans le silence de ses piramides (1), il faut que la Critique mette aussi des bornes à ses prétentions, et qu’en assistant à l’aurore à peine naissante de la Science, elle n’ajoute point aux nuages qui l’environnent.

L’investigation des ruses hiéroglyphiques est suffisamment épineuse par elle même, pour qu’il soit équitable de l’ hérisser de nouvelles entraves. Pour revenir donc à la langue Copte, qui n’offre, dit- on, que les débris de la langue égyptienne , les monumens de tout genre qui en sont les dépositaires présentent assez de signes

(1) Le mot piramides n’étant pas grec, je ne saurais, dans une question égyptienne , admettre son orthographe accoutumée.

Préface.

pour offrir à l'investigation les moyens de remplir quelques lacunes et de persuader les Savans, qu’avec de la persévérance et un peu de bonheur, il ne sera pas impossible de rappeler de l’oubli et de restituer à la langue égyptienne des mots qui manquent dans les Dictionnaires de la langue Copte ; qu’à l’aide d’une analyse régulière, on pourra même donner la mesure des rapports qui existent entre les formes idiomatiques de cette dernière et celles de la langue égyptienne dont les signes hiéroglyphiques renferment l’expression secrète et monumentale.

Notre méthode de déchiffrement, appliquable à toutes les catégories du système hiéroglyphique de l’Egyptologue, offre des résultats trop uniformes pour redouter les armes du Scepticisme; et les espérances des Archéologues cesseront d’être illusoires s’ils abjurent enfin le culte ingrat des Symboles idéographiques pour ne s’attacher désormais qu’à l’étude de Y expression phonétique ( i ) des hiéroglyphes.

Le gage le plus certain de la dignité rationnelle de l’homme, c’est le charme qu’il éprouve à contempler les mystères qui l’environnent; mais c’est déroger à sa vocation, que de confondre, dans sa croyance, les mystères avec les prestiges. L’archéologie égyptienne demeurera toujours stationnaire, tant qu’elle ne cessera pas de se faire illusion sur la nature prétendue idéographique des Symboles: Qu’elle s’arrache une fois à l’ascendant im-

(1) Nous prenons ici le terme phonétique à la fois dans ses rapports aux élémens exprimés par les lettres, et aux mots tout entiers exprimés par le mot cpumi.

Pkkfacf.

périeux du Siècle, et tous ces hochets de Sycomore (1) qui en imposent aujourd’hui à ses lumières, parleront tour à tour à scs yeux comme autre fois la statue de Mémnon, frappée des rayons du Soleil. Familiarisée avec les ruses sacerdotales, l’archéologie ne se laissera plus séduire par les signes figuratifs, dont le célèbre Warburton emprunta l’idée dans le texte de Clément d’Alexandrie, et dont Mr. Champollion a formé ses origines Symboliques. En voyant le disque du Soleil et le croissant de la Lune , le Ciel et ses Etoiles , les Champs et leurs trésors — V Homme, enfin, avec tous les objets qui l’environnent, elle prendra ces SYMBOLES pour ce qu’ils sont, et ne s’attachera désormais qu’à V élément initial de leurs noms respectifs, et aux prototypes alphabétiques de ces images, toujours mensongères et toujours calquées sur ces prototypes. Les preuves matérielles de cette assertion formeront la dernière question de nos Prolégomènes. Quelques indications physiologiques viendront à l’appui de nos inductions.

L’astucieuse combinaison des signes, offrant aux yeux des images complexes de tout genre, et qui ne sont, au fond, que des diagrammes phonétiques , feront aussi l’objet de nos analyses. Nous y joindrons quelques exemples pris parmi les Symboles des Gnostiques. On y trouvera d’ailleurs le dépouillement alphabétique de quelques divinités égyptiennes , et de quelques autres Symboles, y compris la grande Couronne , illustrée sous le nom de PSCHENT dans les travaux de Mr. Champollion

(1) Dans le Tableau général «le la seconde édition de son Pkécis, No. 244 Mr. Champollion reconnaît que l’Egypte portait ,, le nom mystique «le région du Sycomore. „

Préface. 37

le jeune, et perpétuée dans Y Encyclopédie portative de Mr. Champollion -Figeac.

Pour résumer la profession de foi qui résulte de ces indications préliminaires, nous déclarons que nos Analyses auront pour objet la Cause de Mr. Champollion le jeune considérée dans ses rapports à la partie alphabétique de son Système , et que nous défendrons jusqu’au bout cette partie de ses découvertes, contre laquelle le scepticisme de la philosophie moderne élève ses protestations arbitraires, pour ne s’attacher qu’ à la théorie contemplative des Symboles idéographiques , auxquels cette philosophie veut, à toute force, ramener le Système des Hiéroglyphes.

Si le conflit des contradictions de principe et l’incohérence des faits enseignés par Mr. Champollion, donnent prise aux attaques du scepticisme, et ne permettent point à la critique judicieuse de livrer toute sa confiance à la doctrine de cet Archéologue, moins encore à la totalité des applications très-souvent arbitraires qu’il fait de cette doctrine aux fastes hiéroglyphiques qu’il embrasse, — ces inconvéniens, quels qu’ils puissent être, ne justifient en aucune façon 1’ opinion de ceux qui protestent contre le principe phonétique de sa théorie, sans avoir fait une élude réfléchie de ses travaux et des élémens qui en sont l'objet.

En faisant la part à la condition humaine, on concevra aisément que les suffrages qu’enlevèrent ses premières découvertes, étaient plus propres à l’abuser sur ses facultés qu’à éclairer ses pas dans les ténèbres où l’entraînait sa glorieuse vocation. Et pour ne point dégénérer dans l’esprit de ceux qui l’ exaltaient, le célèbre

Pkéface.

investigateur fournissait largement sa carrière, jaloux d’entretenir les illusions, tranchant les difficultés inhérentes à la chose, et s’abusant avec complaisance sur la facilité d’entasser des découvertes autour de ses prémices hiéroglyphiques.

Quoi qu’il en soit de ces imperfections humaines, elles n’autorisent point, je le répète, le désaveu qui s’élève de toutes parts à la charge de la partie la plus intéressante de sa doctrine; et ce désaveu, aussi gratuit qu’arbitraire, ne portera jamais atteinte aux données heureuses qui constatent l’assertion dominante de Mr. Champollion.

Si une théorie , mise en vogue par les talens distingués d’un auteur, a toujours été considérée comme l' expression rationnelle de son siècle, le siècle où nous vivons peut revendiquer sa théorie sans atténuer le moins du monde les services que Mr. Champollion a rendus à la cause archéologique. Enfant chéri d’un siècle de prestiges, l’Egyptologue français s’est présenté devant lui avec des idées qui ne lui coûtèrent aucun travail. En rajeunissant une vieille théorie, si conforme à l’esprit du siècle, et si propre à subjuguer sa croyance, Mr. Champollion était tenu d’en démontrer la rectitude; et il s’en acquitta le mieux qu’il pût dai^ ses applications hiéroglyphiques. Mais, par une conséquence nécessaire de ses études, plus il avançait dans la carrière, et plus il laissait loin derrière lui la théorie contemplative de Warburton, et trompait les espérances d’un Siècle, qui, préoccupé de mythes et de symboles, s’indignait d’assister « un cours cl' archéologie alphabétique. Celte attitude de Mr. Champollion explique à la fois la fluctua-

Préface.

tion de ses principes, et l’incohérence de ses données. En effet, il était humainement impossible que la sagacité de l’auteur pût justifier, en si peu de tems, les transports de la société éclairée; et sa contrainte devenait d’autant plus gênante, que l’ ccvvoç è'cpa frappait tous les jours ses oreilles et lui décernait les honneurs de Pythagore. Que devait-il faire? Il affecta l’assurance la plus séante à ses attributs, et se créa un langage d’hiérophante qui imposait par sa gravité dogmatique.

La théorie des hiéroglyphes n’est donc que la partie forcée des travaux de Mr. Champollion le jeune, vu qu’il lui était impossible de refuser son tribut à l’impérieuse philosophie du Siècle, laquelle ne veut point de faits sans liaison, sans principes. Nous répétons ici ce que nous avons dit dans notre Analyse de la théorie de Mr. Champollion. (1) C’est donc dans l’intérêt de sa conviction dominante, que nous essaierons de démontrer ses nullités théorétiques , en signalant les contradictions perpétuelles où s’égare le principe de ses découvertes: quiconque aime la science pour la science, doit protester hautement contre les erreurs qui la dénaturent, dût-il même passer pour un Zoïle. Mais en combattant les erreurs du célèbre Egyptologue, nous tâcherons de prouver que s’il a, par le fait de ses applications, bien souvent violé sa théorie , cette violation, préjudiciable à son autorité, ne porte aucune atteinte à l’évidence du principe phonétique établi dans ses Ouvrages; et néanmoins, comme si l’autorité de ce fait était susceptible de contrôle, les juges intolérans de l’Egyptologue confon-

(1) Opuscules Archéograpkiques , page 31

Préface.

déni cc fait avec ses divagations, el substituent des opinions oiseuses à la place de scs heureuses découvertes.

1! nous reste à parler de la Grammaire égyptienne. de Mr. Champollion, qui y expose „les principes génnéraux de l'écriture sacrée égyptienne , appliquée „à la représentation de la langue parlée . „

La Grammaire égyptienne est, sans contredit, le monument le plus gigantesque de l’habileté humaine; et si nous n’avions point les deux premières Parties sous nos yeux, nous demanderions encore aujourd’hui s'il est permis de s’imaginer qu’il soit possible de réduire en principes, bien plus, de soumettre à des formules Grammaticales un système d’écriture dont les élémens, loin d’offrir des valeurs fixes el positives, flottent encore au gré de chaque légende, ou plutôt au gré de la science dont Mr. Champollion vient d'inventer les fondemens.

Mr. Champollion- Figeac éditeur du monument hiéroglyphique dont nous parlons, a pris soin d’avertir luimême, dès la première page de la Préface, que: „ il ne „faut pas oublier, qu’il s’agit ici de la théorie d'une „ écriture , et non pas de la Grammaire d'une langue ; „ la première exprimant les idées par des signes écrits, „ qui peuvent être de nature différente et procéder „ à cette expression par une voie directe ou indirecte; la seconde n’usant que cl articulations orales, „qui se prêtent uniformément à la composition des mots , „ signes immédiats de ces idées.,,

Les Volumes que nous publions étant destinés à l’examen des divers modes cl' expression des signes hiéroglyphiques, nous nous contenterons de demander ici, si un système quelconque cl' écriture, pour être un

Préface.

système Grammatical , peut admettre, pour la même époque, toutes sortes de variantes dans les mêmes thèmes, les mêmes préfixes, affixes et désinences, — bien plus, des variantes dans les noms propres des mêmes personnages? Si le système Grammatical d’une langue quelconque, le langage mystique excepté, peut souffrir l’arbitraire dans la présence ou dans l’absence des voyelles, pour les mêmes noms propres, pour les mêmes mots et les mêmes formes grammaticales? Ou, l’archéologie serait- elle dupe, par hasard, de l’assertion bénévole de l’Egyptologue, qui s’est plu à identifier cet arbitraire (1) avec la présence et l’absence régulières et grammaticales des voyelles dans les idiomes sémitiques? Toutes ces ruses hiéroglyphiques ne trahissent -elles pas, de la manière la plus évidente, les ambages hie'ruphantiques , dont Mr. Champollion a cru pouvoir réduire l’expression à des formules purement grammaticales ?

Nous avons dit, et nous le répétons: la Grammaire de Mr. Champollion est le monument le plus gigantesque de l’habileté humaine, et elle est toute de son invention. Nous en appelons à cet égard au témoignage de Mr. Champollion -Figeac qui, à la page VI de la Préface de la Grammaire égyptienne , déclare que „ce travail, „ tout d’ invention, fut, pour l'Auteur, le sujet d'une „ prédilection marquée. „ Or, le mot invention , pris dans son acception usuelle, caractérise des faits tirés de son propre fonds : inventer, c'est imaginer ce qui n'existe pas. Aussi, après l’étude que nous avons

(1) Il en est également ainsi flans les écritures phénicienne, hébraïque et arabe. Précis, § 86. page 365 de la II de édit.

Préface.

faite des légendes hiéroglyphiques que Mr. Champollion traduit, dans sa Grammaire, avec une si admirable facilité, pouvons -nous dire que ces versions de l’Egyptologue ont toutes pour elles le mérite de L' invention. Nous pouvons en dire autant de certains hiéroglyphes phonétiques qui offrent dans la Grammaire des valeurs tout opposées à celles que ce savant leur avait assignées dans • X Alphabet harmonique de son Précis.

Quant à la double valeur , reconnue par Mr. Champollion à certains caractères hiéroglyphiques, Mr. Salvolini, héritier de la doctrine de son illustre Maître, qu’il corrige et rectifie à son gré, Mr. Salvolini, à la page 79 de son Analyse Grammaticale et Raisonnée de différens textes anciens égyptiens, proteste formellement contre „ l' existence imaginée , selon lui , par Cham- „pollion, d\me écriture secrète en Egypte, écriture composée de signes choisis parmi la foule des caractères „ hiéroglyphiques ordinairement employés dans les textes „ civils et religieux.,, En indiquant au lecteur la page où Mr. Salvolini développe ses raisons contre l’existence possible d’une écriture secrète en Egypte, nous devons remarquer ici, que le savant dont nous parlons, ramène le prétendu secret de cette écriture „au principe qu'il ^prétend avoir découvert dans le symbolisme égyptien (1), principe qui établit l' existence des signes „ hiéroglyphiques, représentai accidentels des mots „ dans les écritures égyptiennes ( 2 ) — des signes ,, idéographiques servant uniquement à rappeler cer-

(1) L. c. page 231.

(2) L. c. page 229.

Préface.

„ tains sons (i)„ 'principe nouveau appuyé de maintes preuves, et au sujet duquel le savant investigateur fait la déclaration suivante:

„Dans mon intime conviction de la réalité du prin- „ cipe que j’ai cherché ici à établir, conviction qui se „ fonde sur les résultats obtenus de l’application de ce „ principe à l’interprétation d’un très-grand nombre de „ textes, je dois avouer franchement que, depuis le mo- „ ment où j ai pu soupçonner son existence , la par- „ tie symbolique des écritures égyptiennes , partie que „ Champollion a laissée, on peut dire, intacte, et qui pourtant, j’ose le dire, est la plus nécessaire à connaître, „m’a paru enfin dans son véritable jour (i).„

Le lecteur est sans doute impatient d’apprendre quel peut être ce nouveau principe des représentans accidentels qui constituent la partie symbolique de /’ écriture égyptienne ? Le voici, tel qu’on le lit à la page 226 de l’Analyse raisonnée:

„ Comme toute image hiéroglyphique a son terme „ correspondant dans la langue parlée, il en est un „ certain nombre qui ont été prises, comme signes ,, des sons, auxquels elles répondaient , abstraction v fai te de leur signification primitive. „

Il nous importait de fixer l'attention de la Critique sur ce „ principe des signes idéographiques servant „ uniquement à rappeler certains sons,, et si le lecteur a saisi le sens de ces trois singulières définitions du principe dont Mr. Salvolini s’attribue la découverte en

(1) L. c. page 224.

(2) L c. page 233, sq.

Préface.

1836, nous simplifierons l’énoncé de ce principe, en rappelant au lecteur que la découverte de Mr. Salvolini a pour objet les PAR0N031ASES dont les développemens forment la lrc Section de notre Essai sur les hiéroglyphes d' Horapollon, publié au commencement de l’année 1827. La dillérence essentielle à noter entre la découverte de Mr. Salvolini et la notre, c’est que nous considérons l’ usage des paronymes ou paronomases, comme un mystère de la langue Sacrée, tandis que l’investigateur prétend que ce fait symbolique était à la portée de tous les gens quelque peu instruits (page 79).

En général, Mr. Salvolini, doué d’une sagacité peu commune, a employé son talent à mouler les faits sur le type de ses intelligences, à compliquer sans nécessité les origines hiéroglyphiques et à les rendre ainsi inaccessibles à ses adeptes. Cet Archéologue doutait si peu du succès de ses créations , qu’ il donnait pour des découvertes , il en doutait si peu, qu’à la fin de sa Préface il crut pouvoir énoncer sa conviction ( i ) en ces termes: „Puissé-je, dit- il, obtenir, pour fruit de mes •

(1) Mr. Salvolini s’est plu d’ailleurs à persuader ses lecteurs que: ,, familiarisé comme il l’était de longue main ,,avec les signes des deux écritures, l’ hiéroglyphique „et l’hiératique, une application préalable de dioc ans „lni ayant gravé dans la mémoire leurs formes variées, „ dès la première inspection du texte intermédiaire de „ Rosette, il se reconnut, dit -il, à sa grande satislacliou ,, maître du fil conducteur qui pouvait diriger ses pas.,, ( page XXIV. )

Or, les planches qui accompagnent T Analyse Raisonnée de Mr. Salvolini, offrent, d’un bout à l’autre, des signes hiéroglyphiques tellement défectueux et tellement négligés dans leur tracé, que ces planches sont au dessous de toute critique.

Préface.

efforts, quune seule opinion soit propagée et irré- „ voc.vblement établie, celle que nous pouvons enfin réellement lire et expliquer un texte quelconque égyp- „ tien ! „ ITollol pèv vaçO'i^xocpoqoi, navçoi âè Bâxyoi!

Une critique foudroyante a été lancée contre cette Analyse raisonnée de Mr. Salvolini par un expert habile à signaler les erreurs et à réintégrer les faits dénaturés. Dans cet Examen critique plusieurs découvertes sont restituées tour à tour à Mr. Champollion et à Mr. Rosellini, que l’Auteur de X Analyse raisonnée attaque sans réserve dans ses écrits. Mais, nous osons le dire, les travaux de Mr. Rosellini sont bien autrement utiles que ceux de son antagoniste: ils sont d’une utilité réelle pour la Science, qui y puisera des notions précieuses dûes à de vastes connaissances et à une sagacité dépouillée de toute prévention (1); ces travaux sont d’ailleurs prodigieux par leur étendue et impérissables par leur intégrité.

Nous nous empressons de payer le tribut de notre reconnaissance à Mr. Peyron dont le Dictionnaire a été d’une utilité immense pour nos études. Sans atténuer le mérite des travaux de ce genre et des recherches colossales qu’ ils attestent, nous pouvons dire que le Lexicon Linguae Copticae de Mr. Peyron est un chef- d’oeuvre

(1) Il nous importe de prévenir le lecteur que les réflexions consignées à la page 178 de notre Second Volume, à la suite de notre Examen des Caractères déterminatifs, regarde nécessairement le Maître de l’école auquel appartient le principe que nous combattons. Mr. Rosellini voudra bien nous pardonner Y erratum qui s’est glissé dans l’orthographe de son nom, durant l’examen en question.

Préface.

de méthode: lin livre dont chaque page est un tableau de l’ Intelligence, où l’affinité des acceptions acquiert une lumière nouvelle de l’homogénéité des formes variées qui constituent les dialectes de cette langue et qui se trouvent réunies sous leurs thèmes respectifs.

Le Lexicon Aegyptiaco - Lalinum de Mr. Henri Tattam nous a été également utile, tant par l’indication de quelques termes ou variantes lexiques qui manquent chez Mr. Peyron, que par les citations variées des passages de l’Ecriture, où l’Auteur a puisé les élémcns de son Dictionnaire. Le soin qu’il a pris de réunir sous chaque lettre, les valeurs reconnues des trois espèces d’ écritures égyptiennes, ce soin est une preuve non équivoque des services qu’il veut rendre à la scie^e, qui lui doit d’ailleurs une Grammaire Copte et une belle édition de la version Copte des Petits Prophètes, que l’Auteur a promis de faire suivre d’une édition complète de la version Copte de l’Ancien Testament.

Quant aux travaux de Mr. le Professeur Gusl. Scylfarth de Leipsic, tout admirateur que nous sommes de ses Rudimenta lingucie Copticae , et des Recherches astronomiques qui en font suite, nous n’avons que des regrets à exprimer de n’avoir pas pu profiter des trésors dont il est en mesure d’enrichir les dictionnaires de la langue égyptienne, et que Mr. Barlh, éditeur de ses Ouvrages, pourrait seul appeler à la vie.

Comme il est dans les formules d’une Préface de la terminer par un court épilogue sur son Moi , et de former des voeux pour la cause qu’on embrasse, je dirai au Lecteur, que la première de ces conditions a été

Préface.

remplie dans mon Avant-Propos , où j’ai dû rendre compte des vicissitudes qui ont retardé la publication de mes Recherches. Et quant à mes voeux , l’expérience du passé — les huées de l’Ecole qui ont accompagné ma Méthode jusqu’à sa tombe, — et d’autre part, l’apothéose littéraire de Mr. Champollion — et l’autorité des Noms illustres, gravés sur la base de son obélisque — tous ces faits positifs laissent si peu d’illusion à mes voeux , qu’ après tant de veilles laborieuses, je le devrai à la Providence, si je n’ai point prêché dans le Désert.

Dresde

, 6 . A le — Août 1839.

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