TABLEAUX PROPREMENT DITS
Après avoir signalé la distinction a faire entre les HIÉROGLYPHES PROPREMENT DITS et toutes les autres représentations qui couvrent les monumens de travail égyptien, Mr. Champollion observe que :
,, La première distinction , si importante et „si fondamentale, ayant été négligée, on prit ,, pendant long-temps LES FIGURES ET LES „ DIVERS OBJETS reproduits dans des PEIN- ,,TURES et des BAS-RELIEFS égyptiens, qui „ représentent simplement des scènes histori - „ques , religieuses , civiles ou militaires , pour „de VÉRITABLES HIÉROGLYPHES, et l’on
„ s’épuisa en vaines conjectures sur le sens Je „ ces TABLEAUX, n’ exprimant , pour la plu- „part , que ce qu’ils montraient réellement aux ,,yeux; mais on s’obstinait, ditMr. Champollion, „ à vouloir y reconnaître un . sens occulte et ,, profond; a y voir, sous des apparences prétendues allégoriques, les plus secrètes spéculations de la philosophie égyptienne. Malgré ,, les salutaires avertissemens donnés à cet égard „par les auteurs de la Description de V Egypte , „ qui ont très-bien distingué les SIMPLES BAS- -RELIEFS et TABLEAUX, des légendes et des ,, inscriptions réellement hiéroglyphiques , qui „îes accompagnent, nous avons vu, dit Mr. ,, Champollion, naguère paraître de longs ouvra- ,, ges dont le titre seul se rapportait à l’écriture ,, hiéroglyphique, tout leur contenu présentant „des explications plus ou moins hasardées de „ SIMPLES BAS-RELIEFS ou de TABLEAUX ,, PEINTS, dont on avait même, dit-il, la pré- ,, caution d’élaguer les véritables légendes hiérog typhiques, comme tout-à-fait étrangères au ,, sujet traité. “(i)
J’ignore les longs ouvrages signalés ici par Mr. Champollion. Quant aux auteurs de la
(1) Précis , pages 306, 307. No. 7.
Tableaux proprement dits.
Description de l'Egypte — Mr. Jomard, de l’Académie des Inscriptions et belles lettres, dans ses considérations pleines d’intérêt sur l’écriture des Papyrus égyptiens , a établi d’une manière très -précise la différence qui existe entre les textes hiéroglyphiques et les tableaux. ,, J'exposerai , dit ce savant, pour „ lever toute incertitude, la différence qu'il „y a entre l’écriture hiéroglyphique pro- „prement dite , et les tableaux des bas- „ reliefs et des peintures On a, dit Mr. „Jomard, long-temps appelé hiéroglyphes „ les figures de ces tableaux , sans faire „ attention que ce sont des personnages tou- „ jours en scène ; qu’ils font, l’un a l’égard de ,, l'autre, tel ou tel geste , telle ou telle action ,, déterminée qui tombe sous les sens, et qu’on „peut presque toujours qualifier. De plus, ces „ figures sont toujours animées; enfin elles ont „wne proportion très-grande relativement aux „ colonnes d’écriture. Au contraire, les hiéro- „glyphes sont ces petits caractères d’une multitude de formes différentes, simples ou complexes, rangés en colonnes horizontales ou ,, verticales , un à un, ou deux à deux, jamais ,, en scène , même quand ils ont la ligure d’êtres „vivans, enfin constamment isolés. En un mot,
„ des bas-reliefs ou des peintures modernes (au ,, style près) donnent l'idée des tableaux égyp- , , tiens; mais rien ne correspond aux hiéro- ^glyphes, parce qu’aucune écriture, même ,, symbolique, n’a été créée dans le même ,, système. C’est dans les papyrus hiéroglyphi- „ques, que l’on peut bien voir la différence, qui „fait l’objet de cette remarque. “(1)
On trouve la même distinction dans l’excellent ouvrage de Mr. Ouatremer de Quincy sur T architecture Egyptienne : ,, Il faut, pour être ,, juste, dit ce savant, (2) accorder aux Egyptiens d’avoir employé la sculpture en bas- ,, reliefs et sous le rapport historique. Les ,, voyageurs décrivent des rangées horizontales ,, de figures entières , disposées selon une intention décorative. Le plus souvent elles sont ,, isolées, alignées, et pour la plupart elles ,, manquent d'action entr’elles. D’autres fois ,, aussi ce sont des marches triomphales, des ,, combats, des cérémonies; enfin on y trouve „ des sujets , dont le motif ou le sens n’a besoin, ,,pour être compris, que de la vue même des „ figures. De ce genre sont ceux que Pococke
(1) Description de VEgtjptc , T. III. page 149 — 150.
(2) Page 162, 163.
Tableaux proprement dits. 211
„ a décrits et dessinés dans ce qu’il croit être le „ tombeau du Roi Osymandyas. Or, de telles ,, ligures ne peuvent se considérer que comme ,, des bas-reliefs historiques, et l’on peut affir- ,,mer que, quel que soit le mérite imitatif d’une „ telle sculpture, elle fit partie de la décoration ,, et elle était elle-même une décoration dans les „ édifices. u
Hérodote et Diodore de Sicile fournissent quelques données concernant les tableaux sculptés et peints sur les parois de divers monumens égyptiens ; et le dernier surtout est entré dans des détails propres à nous y faire reconnaître des scènes, qui n’expriment en effet que ce qu’elles montrent réellement aux yeux.
Je commence par les données d’Hérodote.
Euterpe. Chap. 106. En parlant de Sesostris, Hérodote dit: Etal âè y.ai neqi Eœvlrjv âvo xvtcoi èv nézqqoi èyx.£Xoï.afi fiév o i zovzov zov âvâqoç ,
éxax tçwifi âè âvqq èyy éylvnz ai , [xéyaS'oç
ntpjiTrjÇ omd-afxrfi, zfj fièv ôeÇijj /eqi tyaiv atyfirjv,
zfj âè âqiozeqfj zoÇa èx âè zov wuov èç zov è’ze-
qov (i)uov ôïà zœv çrjd'éœv yqàfipaza iqà Aîyvnvia âirjxei èyxEXola^fiéva, Xéyovza zââe: èyèi zrjv âe zrjv yiôqrjv wfioiai zolai èiioïm èxzrjoàfii]V ooziç âè xai oxo9-ev èçi , èvd’avza pèv ov ôrfkoi, éztqw&i âè âeârjlioxe ‘ zà ârj xai fieze^éreçoi züv
d'erjoafiéviov , Mtuvovoç e ix 6 va sixaLovoi fuv tlvai , noXv vijç àlijfhj'/'rjç ànoh-h-tu uh’oi.
Ce passage d’Hérodote donne lien à remarquer,
1°. One les mots vvnoi et eixova désignent chez lui de grandes images sculptées, en opposition aux mots yçccpfiaza iqâ, dont Hérodote se sert toujours pour indiquer les
LETTRES SACREES, par Conséquent LES HIERO- GLYPHES, sculptés en petite dimension.
2°. Ou’Hérodote emploie indistinctement les mots êyyeyXvfiuÉm. et tyxcXoXaufizvu pour les hiéroglyphes comme pour les grandes images, les uns et les autres étant des sculptures en bosse , des bas-reliefs , ou anaglyphes ; ce qui, du reste, ne répond pas rigoureusement aux expressions èyykvnzM , tyxokànzo) , qui supposeraient des sculptures en creux; et cette négligence d’Hérodote, si exact dans ses données, est une preuve de plus de ce fait, que le mot avâylvcpov , anaglypiie, dont il n’a jamais fait usage, était un simple terme d’art et n'avait aucune acception dogmatique dans le système hiéroglyphique des Egyptiens. Les passages suivans du même auteur viennent à l’appui de ces inductions.
Chap. 136. En parlant des propylées du temple de Vulcain, l’historien dit que ; tous ces