AN AGLY PH ES PROPREMENT DITS
DE
Mr. Champollion.
„ Confondre un anaglypiie avec un texte hié- ,, roglyphique , ce serait, dit Mr. Champollion, „ tomber dans l’erreur trop commune, que nous „ avons signalée dans notre paragraphe premier „ (supra 7). On peut bien , jusqu’à un certain „ point, considérer les ANAGLYPHES comme „une espèce d’écriture, et ce sera, si l’on veut, ,, 1’éoriture symbolique; mais sous aucun rap- „ port on ne saurait les assimiler à l’écriture
Tableaux anaglypliiçues de Ch. 217
„hiéroglyphi que pure, qui en fut essentiellement ,, distincte: il suffit, en effet, de dire, pour le ,, prouver, ajoute Mr. Champollion, que la ,, plupart des figures qui composent les ANA- ,, GLYPHES, sont accompagnées de petites légendes explicatives en véritable écriture hié- „ roglyphique. (( (1 )
En avançant cette dernière preuve comme la plus concluante, l’Egyptologue oublie entièrement que les petites légendes explicatives , loin d’être exclusivement affectées aux ANA- GLYPHES, accompagnent également et les tableaux, qu’il appelle des ANAGLYPHES, et les tableaux proprement dits, qui représentent ce qu'ils montrent réellement aux yeux.
Du reste, la distinction que veut établir ici l’Egyptologue , n’est qu’un emprunt fait a Zoéga et calqué sur la théorie symbolique de Warburton. C’est en puisant à ces deux sources et en ajustant cette théorie à un mot de St. Clément, mal compris, que Mr. Champollion a créé sa doctrine des A N A GLYPHES.
Le savant Danois, voulant signaler la différence qui existe entre les hiéroglyphes et les tableaux a grandes dimensions, dit: ,,Sed
(l) Précis , page 349 No- 63.
,, sufficit contulisse quae de hieroglyphicis habet „ üiodorus libri tertii capite quarto, cum iis ,, quae tradit de scalpturis in monumento Os y- „ mandyae libro primo, capite quadragesimo „ septimo et sequentibus, in utroque secutus „ antiquos scriptores: ut pateat quam accuraté „omni tempore piieroglyphica a pictüris „ Aegyptiis discriminaverunt veleres, quae nos „hodie plerumque aut male conjimgimus aut „ male distinguimus. “
Et a la page 438. „Neque scalpturae pictu- „ raeçue Aegyptiae , quae Jîgurts actione aut „ dispositione inter se lundis et connexis factum ,,aliquod exprnnunt , sive iiistoricum sive my- „ thicum sive aleegoricum, magis sunt scrip- „tiu*a appellandae, quam Graecorum ANAGLY- „PHAetTABlLAE PIC’TAE, a quibus nulla alia „ re differunt quam ea quae est Aegyptiam inter „et Graecam artem diversitas. Ideocpie quae „hujusmodi figiu*ae cermmtur in obeliscorum „ smmnilatibus et circapedem cormn inscalp tae,
„ NON SATIS RECtÉ DICUIVTUR HI KROGLYPHIGA,
,, nisi dum brevitatis gratia et pro recepta vulgo „ consuetudine omnia ea quae in templis sacris- „que monumentis pinxerunt Aegyptii, sub hiero-
(l) De origine et usu obelisconiin |>. 428.
Tableaux anaglyphiques de Ch. 219
„glyphicorum Domine complectamur. Herodo- „ tum Diodorumque Aegyptias htteras accu- ,, raté distinxisse ab ANAGLYPHIS supra anim- „ adverti : i(
L’auteur que je cite distingue partout les hiéroglyphes d’avec les anaglyphes. En parlant des stèles Egyptiennes page 582, il dit : ,, Quae ,,nullo modo obstant quo minus et parviores „ tabulas Aegyptias , anaglypticis Jrguris et Hile- ,, ris h ieroghypliicis inscalptas inter stelas refe- „ramus, modo ita factae sint ut recté statui
„possint Possent et lmc trahi anaglypha
,,quaedam e' lapide calcareo, ipiibus adjectae „sunt inscriptiones hieroglyphicae , supra me- ,, morata , nisi potins parietibus vestiendis inser- ,, visse viderentiu* , quam recte statuta fuisse. „ Stele autem bifrons e granité rubro , alta cir- ,, citer palmas duodecim, lata sex, crassitudine ,,palmari, lateribus planis et cacumine convexo, ,,prostat in hortis Barberinis , hieroglyphicbs ,, qiiidem litteris destituta , anaglyphis autem „ in utroque latere décora. “
Ces aperçus de Zoéga établissent d’une manière non équivoque la distinction qu’il faisait entre les BAS-RELIEFS formant des scènes et tableaux, et les textes et légendes hiéroglyphiques. Et il résulte de ces mêmes
aperçus que, tout en distinguant les tableaux ou scènes historiques des scènes mythiques ou allégoriques , (sive i ïistoricum , sive mythicum , sive allegoricum ) Zoéga les comprenait toutes également, lorsqu’elles étaient sculptées , sous le nom D’ANAGLYPIIES ou BAS-RELIEFS; bien différent en cela de Mr. Champollion, qui, gratifiant le mot ANAGLYPIIE d’une acception allégorique qu’il n’a jamais eue, confond sous ce mot doctrinaire les bas-reliefs et les peintures, qu’il appelle tropiques ou allégoriques , de manière que là ou Zoéga parle d’ANACLYPHEs et de tableaux peints (Anaglyplm et tabulae pictae) Mr. Champollion parle D’AIVAGLYPHES peints ou sculptésl C’est en prenant le mot ANAGLY- PHES dans son véritable sens, celui de BAS- IlELIEFS , que le savant Danois rappelle l’indication qn’il a faite de maints passages d'Hérodote et de Diodore, qui ont distingué les tableaux peints ou sculptes d’avec les caractères hiéroglyphiques: „Herodotum Diodorumque „ Aegyptias lifteras accuraté distinxisse supra „ animadverti. “ Or, cette observation se réfère à la page 429 où Zoéga fait la remarque suivante: „Fortasse Herodotus hieroglypliicas notas, ,, quarum vocabulum apud euin non legitur, ,, litteras appellare noluit, sed typorum
Tatîlf.aux anaglyphtques de Cli. 221
^nglypiiorumque Domine complexus est, qui- ,, bus Aegyptia aedifîcia decorata fuisse plus ,,uno loco cidveriit.(i Et Zoega, ne, parlant ici cpie sous le rapport de la distinction admise par Hérodote entre les caractères hiéroglyphiques et les tableaux, quel que soit le sujet de ces derniers, cite en Note les Chapitres de YEuterpe: 124, 136, 138, 148 et 153 pour les tableaux sculptes, qu’il appelle ici typorum englypliorumque , en se servant des expressions d'Hérodote; et les chapitres 46 et 73, pour les tableaux sculptes et peints.
Les chapitres 136, 138, 148 et 153 n’offrant que des indications vagues, j’ai cru devoir les rapporter avec ceux de Diodore, dans l’examen des tableaux proprement dits. Il me reste donc à citer ici les chapitres 46, 73, 124 et 148 bis , où il est fait mention d’ images tropiques ou
ALLEGORIQUES.
Ch. 46. j Fyâcpovoi ie ât) xai yXvcpovoi oi Ç(oy ç âqoi xai oi a y aX par on o loi xov H avoç xtoyuXua , xa/àâmo C'EXX rjveç , aiyoTinôoamov xai tçayooxeXéa. Peinte ou scxüptée , cette image zùomorphique du dieu Pan, est un ANAGLYPIIE de Mr. Champollion.
Au Ch. 73 Hérodote décrit le Phénix, oiseau sacre , qu’il n’a vu qu’en peinture : *Eçi dt xai
tclhoç oovlç içoç, T(ù ovvofia (foîrtt;' èyo) inv fuv ovx elâov , ü /u) onov yQcupfj. Or , cet oiseau consacré au soleil , est également un ANAGLV- PHE , dans la doctrine de l’Egyptologue.
Dans le Ch. 124, Hérodote parle de la fameuse chaussée de Chéops , couvertes de pierres polies et ornée de figures d’animaux sculptes. Aifrov i? Çtoiov y.cù Çwiov tyyeylvuu tv ov.
Ch. 148. Dans la description du labyrinthe, que j’ai citée plus haut(i), Hérodote fait mention d’une piramide, située à l’angle extrême du dit labyrinthe, et sur la quelle étaient insculptées également des Jigures de grands animaux : èv rij a u e y â À a èyyèykvniai.
J’ignore pourquoi MMr. Wesseling et ]\liot traduisent toujours le mot L,ûa par Jigures et dessins ! jamais ce mot grec n’a eu cette signification. Diodore, qui est plus précis, parle nommément des animaux consacrés en Egypte : Kvy.ho ô'k tovtov n/Sjikoç oixtjuârwv xaveoxEVccod-ai, yçcxprjv èyovziov èvnQETiij nâvvcov tüv xad'ieç 0) u t v o) v èv Aiyvnuo Lojmv. (2)
Ce Panzôon des Egyptiens, représenté dans l’un des appartenons du tombeau d’Osymandyas,
(1) Supra , page 214.
(2) Biblioth. histor. 1. I. ch. 49.
Tableaux anaglypiiiçues de Ch. 223
faisait le pendant de leur Panthéon: xüv xav Aïyvnvov & e w v ânccvviov etxôvaç ,(i) images de rhiérarcliie de leurs dieux, représentés dans les appartemens contigus a ceux de la Bibliothèque, et faisant partie du monument en question.
Mr. Champollion déclare lui même que les caractères zoomorphiques ne furent, au fond, que „la représentation des animaux vivons , „ qui, dans les sanctuaires des temples égyptiens, „ tenaient la place des dieux , dont ils étaient „des images symboliques. “ (2)
Voilà donc les ANAGLYPHES de 31r. Champolliou, qui enseigne, (3) que „0n doit prin- ,, cipalement comprendre parmi les signes sym- „boliques-enigmatiques, ceux qui, dans les „ textes égyptiens, tiennent la place des noms ,, propres des differentes divinités , caractères „dont la valeur est déjà connue, dit-il, d’une „ manière certaine. “
On peut voir dans les cahiers du Panthéon , publié par Mr. Champollion le jeune, ces monstruosités mythiques tirées des monumens Egyptiens et confirmant les données de St. Clément
(l) Ibid, nu peu avant. (2) Précis page 343. (3) Précis , page 341.
d’Alexandrie, d'Eusèbe,(i) de Plutarque (2) et d’autres anciens écrivains, monstruosités dont Mr. Cliampollion a formé sa doctrine des ANA- GLYPIIES, ainsi qu'on l'a vu par les passages que j’ai rapportés ci-dessus. Mais, si les tableaux dont parle Diodore, sont ceux que Mr. Cliampollion appelle des ANAGLYPHES, la donnée de cet historien n’en demeure pas moins nulle pour la doctrine; car jamais Diodore n’a fait de ces tableaux une classe distincte , sous le nom D’AIN AGLYPHES.
Strabon et St. Clément d’Alexandrie sont les seids auteurs anciens (3) qui, A ma connaissance, se soient servis du mot ANAGLYPHES, enparlant des monumens Egyptiens. Mais la donnée de Strabon, qui renferme cette expression toute technique , n’est guère plus favorable aux ana- GLïriiES de Mr. Cliampollion. E11 effet, ce Géographe 11’a fait qu’une simple mention de grandes idoles sculptées en Anaglyphes sur les parois des ptères du pronaos des temples Egyptiens: AvayXvyàç déyovatv 01 ioc/^ol oviol pteyâ- Iùjv sidwXiov. (4)
(1) Préparation Evangélique. L. 1.
(2) ü’Isis et d’Osiris. (3) Pline page 97 supra. (4) Voyez page 100, suprà.
Tableaux anaglyphiques de Ch.
Jamais d’ailleurs on ne pourra prouver (fue Strabon ait voulu dire autre chose, si non que l’on voyait sur les murs de grandes idoles ou ÜgUreS EN RELIEF.
En analysant la question des anaglyphes, j’ai déjà cité le passage de Pline qui dit (1. 33. ch. 11.) ,, Vasa .... nunc dnaglypta in ASPE- ,, RITATEMQUE excisa, circa linearum picturas „ quaerimus. “ Prouvera-t-on que vasa anaglypta signifie VASES SYMBOLIQUES représentant les images des dieux ... ?
J’ai épuisé toutes les ressources de l’analyse et invoqué tous les faits existans pour mettre la Critique en état de prononcer si le passage de Clément d’Alexandrie, ou tout autre quelconque peut justifier le moins du monde le système que Mr. Champollion a créé sous le nom d’ANAGLY- PHES, et si jamais un autre auteur, Mr. Letronne excepté, a entendu par ce mot autre chose qu’une SCULPTURE EN RELIEF?
Persuadés que nous sommes maintenant des divagations arbitraires de l’Egyptologue au sujet du mot anaglyphe, et de la nullité des frais qu’il a faits pour établir sa nouvelle théorie, nous pouvons, en quittant cette controverse, dire avec Shakspeare : much ado about nolhing ! —
Je passe aux tableaux phonétioues.
§. IV