‹ Archéologie égyptienne (volume 2)Chapitre 45 sur 68 · SCÈNES ET TABLEAUX PHONETIQUES · texte numérisé non relu

SCÈNES ET TABLEAUX PHONETIQUES

Après avoir parlé des tableaux énigmatiques que Mr. Champollion appelle (les anaglyphes et ,, qui se distinguent, dit-il, sans peine des „ bas-reliefs et des peintures représentant ,, des scènes historiques ou civiles et des céré- „ montes du culte (1) l'investigateur nous avertit que : ,, Il ne faut point toutefois prendre ,,pour des anaglyphes certaines décorations ,, architecturales, formées d’images d’objets „ physiques groupés d'une manière singulière ,, et répétés successivement un grand nombre de ,,fois dans certaines frises, dans des soubasse- „mens, dans des anneaux de colonnes: ce ne ,,sont souvent, dit-il, que de véritables

„ LEGENDES HIEROGLYPHIQUES PURES, disposées

„de manière A produire pour l’oeil un effet ,, régulier, sans perdre pour cela leur valeur ,, d'expression. “(2) A l’appui de cette assertion l'Egyptologue nous fournit plusieurs exemples.

„ Telle est, dit-il, par exemple, une des frises „du grand temple du sud, A Karnac, publiée par

(1) Au haut de la page 428.

(2) Page 428 No. 127.

Tableaux phonétiques de Ch. 227

5, la Commission d’Egypte, et gravée sous le No. 1 ,, de la planche mise en regard de cette page. Cette „ frise est composée de deux groupes de caractè- „ res (A et B), qui présentent alternativement le „ prénom royal et le nom propre du Pharaon „ Ramsès, lils de Ramsès le Grand, le Phéron „ d’Hérodote et le Sésoosis Second de Diodore. Ce „ n’est en réalité qu’une variante, développée et ,, ramenée pour ainsi dire à des formes piltores- ,,ques, de la légende royale ordinaire de ce „ prince. (Tableau général, No. 115, et plan- „ che XX, No. 2, A et B). u

,, Le prénom royal ordinaire (No. 2, A) peut ,, se traduire par Soleil modérateur de la justice , „ approuvé par Ammon ; le groupe (A) de ,,la frise exprime les mêmes idées; le disque ,,de Ré ou du Soleil, y est reproduit, mais „ enrichi de deux Uraeus; le sceptre et la déesse „ Vérité ou Justice sont entre les mains de l’i- „ mage même du roi agenouillé ; enfin le groupe „ approuvé par Ammon (No. 2, A, d, e, f, g), 5, a été répété tout entier dans la frise (No. 1, ,,A, d, e, f, g), sauf que la coiffure ornée du 9,liluus de l’un, est remplacée dans l’autre par ,, son homophone habituel , la ligne brisée. (i

„ Le groupe (No. 1 , B) de la frise contient, ,, comme le second cartouche de la légende

„ ordinaire No. 2 B, les mots le chéri d'Ammon, „ Ramsès. Le titre ( Amonmai ),

,, chéri d'Ammon , est formé, dans l’un et ,,dans l’autre, par le caractère figuratif du dieu ,, et le piédestal, asl, abréviation de ÀXM. Dans „ la frise, le nom propre du roi qui est de nouveau „figuré en personne, dans le groupe, agenouillé ,, et tenant dans ses mains l’emblème et l’image de „la déesse Justice , est exprimé, 1 0 par le disque ,,du soleil, p vi (No. 1, B, h); 2° par le piédestal ASl, qui est ici un signe à double emploi; „ 3 0 enfin par le signe de la consonne c, répété ,,deux fois CC, ce qui produit pvi&SiCC Ramsès, „ comme porte le cartouche ordinaire, qui ,, exprime séparément I’&Sl du titre

et celle du nom propre ^h&SlCC „ Ramsès. “

,, Les frises hiéroglyphiques de cette espèce „ ne sont point rares dans les grands édifices de „ l’Egypte; Mr. Huyot en a dessiné plusieurs, „et entre autres une à Ibsamboul, renfermant ,,la légende royale de Rarnscs le Grand , père „du Ramsès auquel se rapporte la frise du „ temple du sud, à Karnac, que nous venons „ d’analyser. “

Ainsi donc les décorations architecturales susceptibles de lecture , ne doivent point être

Confusions anaglypiiiques de Ch. 229

prises pour des anaglyphes. Ouvrez maintenant la page 216 (1), et Mr. Champollion vous apprendra que : „ Le bas-relief d’Edfou représentant Evergète II, ,,est un véritable anaglyphe, ,, pour parler 9 dit-il, le langage des Anciens. „ Que le titre seigneur des panégyries y est ex- ,, primé d’après une méthode particulière d’écri- ,,ture monumentale, mélange de signes piionÉ- ,, tiques, représentatifs et symboliques , disposes „ d’apres toutes les convenances de la dÉco- „ ration architecturale, sans eesser pour cela „de présenter un sens suivi. “ (2)

En lisant avec attention les détails de ce dernier modèle des ANAGLYPHES, formé du mélange des signes phonétiques, représentatifs et symboliques , et persuadés que nous sommes que, dans la doctrine de l’Egyptologue, ces trois espèces de signes forment les élémens de chaque texte hiéroglyphique , pourrons-nous nous convaincre que cette identité d’élémens de part et d’autre ne détruise en aucune façon la différence si tranchante, que Mr. Champollion a établie entre les dits textes hiéroglyphiques

(1) Page 164 de la première édition.

(2) O11 lit dans la première édition : „cela d'être une écriture. “

,, sans cesser pour

et les tableaux allÉgoriçues, qu'il appelle des ANAGLYPHES, et qu’il dit êti*e formés de signes exclusivement tropiques ou Énigmatiques P Ce qui ajoute a cette divagation manifeste, c’est que Mr. Champollion nous assure qu’il parle le langage des Anciens et que c’est a ce titre qu’il considère les tableaux phonétiques comme de VERITABLES ANAGLYPHES !

Comment ferons-nous donc maintenant pour trouver la différence caractéristique,

1 , Entre les décorations architecturales que, selon la leçon de Mr. Champollion „il „ ne faut pas prendre pour des anaglypiies te vu qu’elles 11e sont que des légendes hiéroglyphiques (Supra, page 226) — Et

2, les décorations architecturales, qui sont de VERITABLES ANAGLYPHES, bien quelles ne soient également que des légendes hiéroglyphiques !

Mr. Champollion ne se contente donc point d'en appeler aux Anciens pour les charger de ses erreurs — il lègue à son école le privilège d’une doctrine qui cimente les contradictions les plus étranges, pour les faire concourir à la démonstration des faits qu’il déduit de sa nouvelle théorie!

Ht EROGLÏPIIES proprement dits ? 231

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