HIÉROGLYPHIQUES
APERÇU GÉNÉRAL
En abordant le chapitre qui précède, nous avons vu Mr. Champollion signaler l’erreur de ceux qui ont pris pendant long-temps pour de véritables hiéroglyphes , LES FIGURES et LES DIVERS OBJETS reproduits dans des peintures et des bas-reliefs égyptiens qui forment les
TABLEAUX PROPREMENT DITS, (l)
Il demeure donc constant, qne, dans la doctrine de Mr. Champollion, LES FIGURES et LES DIVERS OBJETS, qui forment les TABLEAUX PROPREMENT DITS, HC SOnl point de véritables hiéroglyphes , parce que, selon la remarque de Mr. Champollion, les dites figures et divers objets n’expriment que ce qu'ils montrent réellement aux yeux. (2),
Quant aux signes HIÉROGLYPHIQUES, Mr.
Champollion enseigne que:
(l) Suprà, page 20 7. (2) Supra, page 208.
„I1 faut entendre par HIEROGLYPHES, „des caractères qui, dans leur ensemble ou ,, dans leurs parties, étant des imitations plus ,,ou moins exactes d’objets naturels, furent ,, destinés, non pas à une vaine décoration , ,,mais À exprimer la pensée de ceux qui en ,, réglèrent l'arrangement et l’emploi. “(1)
„Les caractères HIEROGLYPHIQUES ou
,, SACHES, considérés sous V uni que rapport de „ leurs formes, dit Mr. Champollion, appar- „ tiennent en quelque sorte à une seule espèce, „ puisqu’ils représentent tous, dit-il, des objets ,, physiques , plus ou moins bien figurés, plus „ ou moins reconnaissables pour nous qui som- „mes étrangers aux moeurs et aux usages du „ peuple qui les traça. “(2)
„Les TEXTES HIÉROGLYPHIQUES offrent „en effet, poursuit l’Egyptologue, limage de „ toutes les classes d’êtres que renferme la „ Création . “ (3)
Abordant ensuite la question, du Nombre des caractères hiéroglyphiques , sur lequel les voyageurs modernes se trouvent plus ou moins d'accord , Mr. Champollion dit :
(1) Précis, page 305 el suiv. No. 6.
(2) Précis , page 302 et suiv. (2) Ibid, page 303.
Hiéroglyphes proprement dits ? 233
,, L’Écriture sacrée des Egyptiens, identi- „fiée en quelque sorte avec la peinture, s'em- „para du domaine entier des formes physiques , ,,et ses caractères se multiplièrent progressivement au point de former ces riches ,, tableaux, dont les élémens variés offrent un „ intérêt si piquant, même a la plus simple ,, curiosité. (i)“
x\près avoir discuté la question du nombre
DES CARACTERES HIÉROGLYPHIQUES , Mr. CliaUl-
pollion en donne, pour sa part, rénumération qui lui semble la plus approximative.
,, Voici, dit-il, le résultat approximatif que 9, j’ai obtenu jusqu’ici, en distinguant avec „ soin les signes hiéroglyphiques différens de ,, forme, sur le très-grand nombre de monu- ,, mens qu’il m’a été possible, dit-il, d’étudier. ,,Dans cette rapide énumération, je divise les ,, signes d’après la nature de l’objet dont chacun ,, d’eux est l’image. “ (2)
,, 1 , Corps célestes . . . .10
„ 2, L'homme de tout sexe, à tout âge, de tout rang, et dans toutes les positions que son corps est susceptible de prendre, soit
(1) Page 312.
(2) Page 316 e< suiv.
dans l’action, soit dans le repos ( i ) 120
„ 3 , Membres humains ... 60
,, 4, Quadrupèdes sauvages . . 24
„ 5, Quadrupèdes domestiques . . 10
,, (3 , Membres d' animaux ... 22
„ 7, Oiseaux et membres d'oiseaux . 50
,, 8, Poissons ..... 10
„ 9 , Reptiles et portions de reptiles . 30
„10, Insectes ..... 14
,, 11 , Végétaux , plantes , fleurs et fruits 60
,, 12, Edifices et constructions . . 24
,,13, Meubles et objets d'art . .100
,,14, Chaussures, armes , coejfures ,
sceptres , enseignes , ornemens 80
„ 15, Ustensiles et instrumens de divers états . . . .150
,,16, Vases, coupes, etc. ... 30
„17, Figures et formes géométriques . 20
„18, Formes fantastiques ... 50
„ Total des signes . . . 864
Ce sommaire de Mr. Champollion embrasse comme on voit, toutes les catégories imaginables du monde physique , tontes les productions de la
(1) Je copie ces détails de la page 303, dont cette énumération n'est que le résumé.
Hiéroglyphes proprement dits? 235
Nature et de l'Art. Et le savant Egyptologue l’a dit lui-même :
,, L’écriture sacrée des Egyptiens s’empara ,, du domaine entier des formes physiques. (( (1) Mr. Champollion a dit d’ailleurs que: „les
,, CARACTERES IIIÉrOGLYPPIIQUES OU SACRES, C0I1-
,, sidérés sous Tunique rapport de leurs formes, ,, appartiennent, en quelque sorte, a une seule „ espèce, puisqu’ils représentent tous, dit-il, ,, des objets physiques. “ (2)
Et la rubrique même, sous laquelle le célèbre investigateur spécifie ces objets physiques, prouve qu’il est question du ,, Nombre des „ CARACTERES HIEROGLYPHIQUES. i6 Enfin, en
nous donnant le résultat approximatif de son calcul, Mr. Champollion nous a dit, qu’il l’a obtenu ,, en distinguant avec soin les signes ,, hiéroglyphiques différens de forme , sur le ,, très-grand nombre de monumens qu’il lui a ,, été possible d’étudier. (( (3)
Si l’on parcourt maintenant des yeux les mots que j’ai eu soin de distinguer pour faire ressortir leur identité avec ceux de la rubrique, l’on sera convaincu que Mr. Champollion reconnaît
(1) Suprà , page 233- (2) Suprà, page 232.
(3) Suprà, page 233.
les caractères qu’il vient de spécifier, pour de VERITABLES HIEROGLYPHES, quel que soit l’objet de leur expression. J’insiste sur cette induction, parce qu’elle résulte rigoureusement des données qui précèdent et qui toutes se réfèrent à la légende de la rubrique: nombre
DES CARACTERES HIEROGLYPHIQUES.
Or si, de l’aveu de Mr. Champollion, ,,1’écri- „ture hiéroglyphique ou sacrée embrasse le ,, domaine entier des formes physiques “(i) il se présente la question de savoir :
Ce qu i l reste pour les élémens des peintures et bas-reliefs qui forment les tableaux proprement dits ? Et quels sont „ les figures et „ les divers objets des tableaux proprement „dits, que Mr. Champollion déclare n’être point
,, de VERITABLES HIEROGLYPHES P ie
Cette question est trop grave pour ne point devoir rappeler ici la leçon de Mr. Champollion, qui s’attache à nous avertir que ,, le premier „pas a faire dans l’étude raisonnée du système ,, d’écriture dont les caractères hiéroglyphiques sont les élémens , c’est de distinguer „ d’abord les hiéroglyphes proprement dits, ,, de toutes les autres représentations qui couvrent
(t) Supra, page 233.
Hiéroglyphes proprement dits? 237
,, les anciens monumens de travail égyptien , et, „ en second lieu, de se bien familiariser avec „ les formes memes de ces nombreux carac- „ tères. “(i)
Or, les 18 numéros des signes hiéroglyphiques, diffèrens de formes et offrant 864 caractères d’après le calcul approximatif de Mr. Champollion , présentent dans leur série toutes les productions de la nature et de l’art, voire même les formes fantastiques, que le savant Egyptologue reconnaît pour des caractères
HIEROGLYPHIQUES ! (2)
Quels sont donc, je le demande encore une fois, les figures et les divers objets servant a former des tableaux proprement dits, et à l’égard desquels Mr. Champollion a signalé l’erreur de ceux qui les ont pris pour de véritables hiéroglyphes. (3)
Nous avons vu d’ailleurs que les figures et les divers objets reproduits dans des peintures et des bas-reliefs , qui forment les tableaux proprement dits, représentent selon Mr. Champollion, des scènes historiques , religieuses , civiles ou militaires. (4) Or, des scènes de ce
(l) Suprà, page 205. (2) Suprà, page 234. (3) Suprà , page 207. (4) Suprà, page 207.
genre ne supposent-elles pas rigoureusement la représentation „ de l'homme de tout sexe , a ,, tout âge, de tout rang , et dans toutes les „ positions que son corps est susceptible de „ prendre , soit dans l'action , soit dans le „ repos ?“(i)
Mais cet homme , reproduit ainsi dans toutes ses conditions et situations possibles , ne formet-il point le No. 2 de la liste des signes ou caractères , donnés par Mr. Champollion pour
des HIEROGLYPHES PROPREMENT DITS?
Il y a plus. Le dernier No., 18, présente 50 formes fantastiques, (2) que Mr. Champollion signale comme „les produits du plus ,, extravagant délire, tels que : des corps humains „ unis aux têtes de divers animaux , des ser- „pens , des vases même , montés sur des jambes „ d'homme, des oiseaux et des reptiles à tête ,, humaine , des quadrupèdes à tête doi- 9f seaux. tf( 3) Or, ces formes fantastiques sont celles des caractères anaglyphiques , que Mr. Champollion ne reconnaît point pour des hiéroglyphes ; et nous avons vu, en effet, que les
(1) Supra , page 233. (2) Supra , page 234.
(3) Précis , §. I. Formes des signes hiéroglyphiques ou sacrés No. 4. page 305.
Hiéroglyphes proprement dits? 239
caractères anaglypiiiques forment chez lui un système à part, essentiellement distinct de celui des hiéroglyphes. (1) Comment se fait-il donc que Mr. Champollion place ces formes fantastiques des anaglyphes dans la liste des hiéroglyphes proprement dits, lui, qui nous avertit d’ailleurs d’un accent si dogmatique, que ,, le premier pas à faire dans l’étude raisonnée ,, du système d’écriture dont les caractères „ hiéroglyphiques sont les élémens , était de „ distinguer d’abord les hiéroglyphes propre- ,, ment dits de toutes les autres représentations „ qui couvrent les anciens monumens de travail „ égyptien. “(2)
Cet avertissement préliminaire , consigné sous la rubrique des formes des signes , n’admet-il point une distinction absolue entre les hiéroglyphes proprement dits et toutes les autres représentations qui couvrent les monumens Egy ptiens P
Or, toutes ces autres représentations monumentales , se réduisent à deux catégories essentiellement distinctes :
1 , Celle des tableaux proprement dits,
(1) Supra, page 197.
(2) Page 205 el siiiv., supra.
ri exprimant que ce quils montrent réellement aux yeux .
2, Celle des tableaux allégoriques, aux quels Mr. Champollion donne le nom J’Ainaglyphes.
Restent donc les tableaux phonétiques et les textes hiéroglyphiques, que Mr. Champollion semble vouloir distinguer de toutes les autres représentations qui couvrent les anciens monumens de travail égyptien , et dont, par des motifs que je cherche en vain à deviner, il se plait a confondre les élémens, d’une part, avec les figures et les divers objets des tableaux proprement dits, et d’autre part, avec les formes fantastiques des anaglyphes!
On essaiera peut-être d’atténuer ces singulières contradictions , en rappelant l’observation de l’Egyptologue, qui sert de début à la rubrique du §. 1. formes des signes, et dans laquelle Mr. Champollion dit que: „les caractères hiéroglyphiques ou sacres des anciens Egyptiens, considérés sous l'unique rapport de ,, leurs formes, appartiennent en quelque ,, sorte À une seule espece, puisqu ils représentent tous, dit-il, DES OBJETS PHYSIQUES, „plus ou moins bien figurés, plus ou moins „ reconnaissables pour nous, qui sommes
Hiéroglyphes proprement dits. 241
„ étrangers aux moeurs et aux usages du peuple ,,qui les traça. <f(i)
Cette objection n’eût été d’aucun poids; car Mr. Champollion comprend tous les caractères monumentaux sous une seule espèce , en tant que tous ces caractères représentent des objets physiques; or, ce motif 11e saurait s’étendre jusqu’aux anaglyphes, dont les images monstrueuses 11e sauraient jamais être assimilées aux formes des objets physiques.
La contradiction de l’Egyptologue est d’autant plus grave que, dans son système, les anaglyphes n’ont, quant à leur origine, rien de commun avec les hiéroglyphes.
Mr. Champollion, en traitant de la forme des signes , dont il nous a donné l’énumération, aurait pu sans inconvénient, les présenter dans la même liste, à l’aide de la succession des numéros, si, au lieu de qualifier ces signes du titre de caractères hiéroglyphiques ou sacrés, il les eût réunis sous le nom de signes ou caractères monumentaux. Alors seulement il eût été d’accord avec lui-même, en divisant les caractères monumentaux (qu’il appelle hiéroglyphiques) en trois catégories bien distinctes :
(1) Supra, page 232.
La 'première , qui comprend les textes hiéroglyphiques,
La seconde , qu’il appelle des anaolyfhes,
Et la troisième, enfin, qui est celle des tableaux PROPREMENT DITS.
C’est, je le répète, sous le nom de caractères ou signes monumentaux que Mr. Champollion aurait pu réunir sous son paragraphe du nombre des signes , les élémens de ces trois grandes catégories , sauf à les distinguer ensuite selon leurs espèces respectives, comme il le fait dans le chapitre X de son Précis , où il traite particulièrement des élémens premiers du système d'écriture hiéroglyphique.
C’est a l’examen de ce chapitre que je consacre cette Seconde Section de mon travail , ayant pour objet la distinction des divers signes ou caractères , spécifiés par Mr. Champollion dans la question de leurs formes (§. 1.) et dans celle de leur nombre approximatif (§. 3.)
En abordant la question de Y expression des signes et de leurs differentes espèces , Mr. Champollion fait ù leur égard, les observations suivantes :
„ Il existe, dit-il, nécessairement parmi les ,, caractères qui forment ces textes pittoresques, „ et, pour ainsi dire, animés par des images fidèles
Hiéroglyphes proprement dits. 243
„ des productions principales de la nature et de „ l'art, differens modes décompression , qui tous, ,, mais par un chemin plus ou moins direct, „ concourent à un même but, la représentation „ des idées. u
„I1 est facile, en effet, poursuit Mr. Cham- ,,pollion, de comprendre que tontes ces images ,, si diverses , ne peuvent être prises au propre , ,, surtout celles qui, dans leur composition, „ violent les règles immuables de la Nature. „ D’un autre côté, dit-il, on conçoit difficilement „ l’existence d’une écriture formée de signes re- ,,présentatifs des choses , qui, dédaignant toujours „ l'expression propre des signes qu’elle emploie, ,, procéderait toujours par des tropes , des sym- ,, botes et des méthodes énigmatiques , a la représentation des idées et de leurs objets, même ,,les plus matériels. On ne comprendrait point „ d’avantage , ajoute le savant Egyptologue, ,, qu’un peuple, arrivé a un si haut degré de „ développement moral, eût sanctionné et perpétué l’usage d’une écriture absolument indé- „ pendante de sa langue parlée. “( 1 )
Aussi Mr. Champollion enseigne-t-il dans le chapitre de sa Conclusion , que:
(1) Précis , page 320.
,, L’écriture hiéroglyphique ou sacrée consistait dans l’emploi simultané de signes de ,, trois espèces bien distinctes:
,, 1 * De caractères figuratifs,
,, 2, De caractères symboliques, tropiques ,, ou Énigmatiques , et
,, 3 , De caractères phonétiques. 6( (î )