DES CARACTERES SYMBOLIQUES
DE
Mr. Champollion.
„I1 résulte, dit le savant archéologue, (i) ,, des différentes assertions de Clément d’Àlex- ,, andrie , de Diodore de Sicile et du livre ,, entier d' Horapollon , que les Egyptiens, dans ,,leur écriture sacrée, procédaient souvent par ,, une méthode symbolique ou Énigmatique. “ ,,Nous avons observé, en effet, poursuit „ l’investigateur, dans l’analyse des diverses in- „ scriptions hiéroglyphiques , tentée dans nos ,,précédens chapitres, des caractères dont chacun
(1) Page 332. No. 43.
,, exprimait ( idée d'un objet , dont ces memes „ caractères ne représentaient cependant point „ (a forme par eux-mêmes . Ces signes, dit ..Mr.Champollion , sont évidemment du nombre ,,de ceux que les anciens ont appelés hiérogfy- „phes(i) symboliques, tropiques ou énigma - ,, tiques. (i
Mr. Champollion indique en note le liv. V. chap. 4. des Stromales de Clément qui renferme le texte en question. Ouant a l’indication du Liv. 1. ch. 81. de Diodore, elle n’a absolument rien de commun avec la question des symboles. En effet, les premières lignes de ce chapitre portent : Uaiâevovoi ât tovç viovç ot uiv teqeïç y o à u il a t a âirv à, tu ve ie.Q à xalovp iva , xai ru xoivoréqav ° vt a t tjv pûihjmv. Vers la fin du même chapitre, on lit: y q apparu ô èri
(1) Ou lit dans cette seconde édition du Précis, hiéroglyphiques an lien (Y hiéroglyphes ; mais ce ne peut être qu’une faute d'impression, qui n’existe point d'ailleurs dans la première. Ouant au mot hiéroglyphe, employé ici par Mr. Cliampollion à propos de symboles, ce n’est que par distraction qu’il invoque l’autorité des anciens à l’égard de ce mot; et nous allons voir tout à l’lieiire que, dans la doctrine de l'Egyptologue, les signes symboliques ne sont point des hiéro-
glyphes.
Caractères symboliques de Cii. 259
nh'yov diàaOY.ovoiv ovy ünuvTtç , a)l ' oi taç Tt%vaç /nzTa%ciQiÇ6tUcVoi fiâXiOTa. Ce qui signifie, comme on voit, qu’en Egypte tons n’apprenaient point les lettres, mais principalement ceux qui exerçaient les arts. Or, dans la distinction établie au commencement du chapitre entre les lettres sacrées et les vulgaires, Mr. Champollion croyait -il de bonne foi avec Diodore, que les mots lettres sacrées, tu re ieçù, indiquaient exclusivement ce qu’il entend par symboles et par énigmes ? C’est dans le liv. III. ch. 4. que Diodore donne quelques détails sur les caractères sacrés des Egyptiens, dont il n’avait du reste aucune idée, puisqu’il les signale comme étant tous indistinctement, des caractères ESSENTIELLEMENT IDEOGRAPHIQUES.
,, Les notions les plus étendues que F antiquité nous ait transmises sur les caractères „ tropiques des Egyptiens, sont, dit Mr. Cham- „ pollion , renfermées dans le célèbre ouvrage „ d’Horapollon , intitulé IEP OFAY <P l K A , tra- ,, duit de l’Egyptien en grec par un certain Philippe. «
„ On a jusqu’ici considéré cet ouvrage „ comme devant jeter une grande lumière „sur la marche et les principes de l’ecri-
,, TURE HIEROGLYPHIQUE PROPREMENT DITE j
„ et. cependant l'étude de cet auteur n’a donné ,, naissance qu’a de vaines théories; et l’exa- ,, men des inscriptions égyptiennes, son livre ,,a la main, n’a produit que de bien faibles „ résultats. i( ( 1 )
Mr. Champollion ayant modifié, dans la seconde édition de son Précis , la conclusion qui va suivre, je vais rapprocher et placer en regard les variantes de ce passage , afin que le lecteur attentif ait la mesure des certitudes de l'Egyptologue dans ses déductions archéologiques:
,, Cela ne prouverait-il pas, que la plupart ,, des signes décrits et expliqués par Horapollon,
„ ne faisaient point re- „ ellement partie de „ ce que nous appelons „ l Écriture hiÉro- „ glypliique , et tonnaient primordiale- , ment à un tout autre système de représentation de la , ensée?“
,, ne fai s aient p oint ex- ,, clusivement partie ,, de ce que nous appe- „ Ions l’écriture hiéroglyphique, et ie- ,, naient primordiale- ,,ment à quelque au- ,, tre système de ren présentation de la ,, pensée ?“ (2)
(1) Page 347 No. 61 de la seconde édition.
(2) Première édition du Précis , page 299 et suiv.
Caractères symboliques de Ch. 26 î
Ces variantes remarquables, apportées dans la seconde édition du Précis , mettent en relief l'attitude de l’Egyptologue en présence des applications que Mi*. Klaproth fit de mon mode de déchiffrement , (1) et de celles que j’ai publiées moi- même dans mon esssai sur les hiéroglyphes d’Horapollon.
Ouoi qu’il en soit de ces variantes obligées, Mr. Champollion déclare pour la deuxième fois ce qui suit:
,,Je n’ai, dit -il, reconnu, en effet, jusqu’ici „daus les textes hiéroglyphiques , que trente „ seulement des soixante -dix objets physiques „ indiqués par* Horapollon dans son livre pre- ,,mier comme signes symboliques (2) de certaines idées; et sur ces trente caractères, il en ,,est, dit -il, treize seulement , savoir; le crois- ,, sauf de la lune renversé , le scarabée, levau - „tour , les parties antérieures du lion, les trois „ vases, le lièvre , l'Ibis, V encrier, le roseau, „le taureau, l'oie chcnalopex , la tête de Cou - „coupha et l'abeille, qui paraissent réellement
(1) Lettre sur la découverte des hiéroglyphes «nologiques , adressée à Mr. de Gouliauof.
(2) Ici, comme ailleurs, symboliques signifie riiez l’auteur tropiques , allégoriques et énigmatiques.
„ avoir dans ces textes le sens, qu'Horapollon „ leur attribue. u (Voyez page 348 de la seconde édition et 300 de la première.)
Il faut remarquer ici que Mr. Champollion n’affirme point que les treize signes qu’il indique, aient réellement le sens qu’Horapollon leur attribue, mais seulement que ces signes ,,p«- ,, missent réellement avoir, u le sens en question; il est donc évident pour la critique, que l’Egyptologue n’a aucune idée arrêtée sur les hiéroglyphes d 'Horapollon , puisqu’il se retranche à déclarer que les signes d’Horapollon tenaient À çuelçue autre représentation de la pensée. Quoi qu’il en soit, l’Egyptologue nous avertit que :
,, j La plupart des images symboliques indi- ,, quées dans tout le livre premier d’Horapol- „ Ion , et dans la partie du second , qui semble, „ dit -il, la plus authentique, se retrouvent „dans des tableaux sculptés ou peints, soit sur „les murs des temples et des palais, sur les „ parois des tombeaux, soit dans les manuscrits „ sur les enveloppes et cercueils des momies, sur „ les amulettes etc. , peintures et tableaux sculp- „tés, qui ne retracent point, ditMr. Champollion, „des scènes de la vie publique ou privée, ni des „ cérémonies religieuses, mais qui sont des
Caractères symboliques de Ch. 263
,, compositions extraordinaires , où des êtres „ fantastiques , soit même des êtres réels, qui „ n’ont entre eux aucune relation dans la na- ,, tare , sont cependant unis , rapprochés et mis ,, en action. Ces bas-reliefs, purement allé- „ goriques ou symboliques, qui abondent sur ,, les constructions égyptiennes, furent, dit Mr. „ Champollion , particulièrement désignés par ,, les anciens sous le nom d’anaglypiies, que ,, nous adopterons , dit - il , désormais. (e
Le lecteur sait déjà , par ce qui précède :
1 , Que les anciens de Mr. Champollion se réduisent dans la personne de St. Clément d’Alexandrie.
2 , Que cet auteur , pour donner un exemple de l’usage des Tropes, a fait mention des louanges des souverains, rédigées en hiéroglyphes tropiques, et gravées sur les monumens en anaglypïies.
3, Que, ce passage de Clément d’Alexandrie est le seul où le mot anaglyphes trouve occasionnellement son application aux Tropes, et que l’auteur des Stromates n’a employé le mot uvâylvya , que dans le sens qui lui est propre , ce mot ne signifiant autre chose que bas -