RELIEFS
Mr. Champollion divague donc tout-à-fait
gratuitement en invoquant l’autorité des anciens à l’appui de ses créations anaglypiiiques, et en soutenant que les bas-reliefs symboliques, tropiques ou allégoriques furent partie ullerement désignés par les anciens sous le nom D’ANAGLYPHES.
Mais le côté le plus étrange de ces divagations , c’est l’accent dogmatique avec lequel Mr. Champolliou le jeune, dépouillant la seconde espèce des hiéroglyphes des signes tropiques qui les forment dans le texte des Stromates, invoque l’autorité des anciens pour faire de ces tropes une question essentiellement distincte du système hiéroglyphique.
„ Cette distinction Établie, dit l’Egyptolo- „gue, (i) il est aisé de voir que l’ouvrage d’IIor- „ apollon se rapporte bien plus spécialement à ,, l’explication des images dont se composaient ,,les anaglyphes, qu’aux élémens ou caractères de l’écriture hiéroglyphique proprement ,, dite : le titre si vague de ce livre, hqoyXvcpixà „ ( sculptures sacrées ou gravures sacrées) est, ,, dit Mr. Champollion , la seule cause de la ,, méprise. 6i
(1) Page 349 de la seconde édition et 301 de la première.
Caractères symboliques de Ch. 265
Mais u’est-ce pas ajouter la contradiction à l’arbitraire , que de prétendre que le titre 7 sçoylvcpixc t est vague ? Ce mot, qui signifie sculptures sacrées, n’a-t-il pas été de tout temps consacré à la désignation des signes gravés sur les monumens égyptiens? Et peut-on sérieusement soutenir que l’expression IeQoyXvyixà, sculptures sacrées, soit plus vague que le mot ’AvayXv (pa qui signifie sculptures en relief, et qui est composé, comme personne n’en doute, d’ àva - yXvfpio , je sculpte en bosse , en relief ? En un mot, peut -on admettre que le mot ’AvâyXvcpa , qui n’exprime qu’ux procède de sculpture, quel qu’en puisse être le sujet, soit plus précis que le terme IsçoyXv cp ixà , exprimant le système des caractères dits sacres, sculptés sur les monumens égyptiens?
C’est de cette manière que le célèbre Egyptologue dénature les faits selon ses convenances et, déversant le blâme sur les modernes, en appelle aux anciens qu’il contredit!
La conséquence rigoureuse qui résulte pour la théorie des symboles, enseignée par Mr. Champollion le jeune, c’est que les caractères qu’il appelle indistinctement symboliques , tropif/ucs , allégoriques ou énigmatiques , cest-àdire, les caractères qui représentent des idées
qui ne tombent point sous les sens , « appartiennent point, quant à leur essence, au système des HIEROGLYPHES PROPREMENT DITS. A l’ap-
pui de cette conséquence, très-grave dans la question actuelle de la distinction des signes monumentaux, je rappellerai l’observation de l’Egyptologue qui, à la suite des rapprochemens qu’il a faits des élémens „ des bas-reliefs purement allé - „goriques ou symboliques qui abondent sur les ,, constructions égyptiennes 6< et des signes expliqués par Horapollon — déclare formellement que : ,, l’ouvrage d’Horapollon se rapporte ,,bien plus spécialement aux images dont se „ composaient les dits bas-reliefs ou anagly- ,, phes, qu’aux élémens ou caractères de l’écri- ,, türe hiéroglyphique proprement dile.i6{ 1)
Après avoir ainsi tracé une ligne de démarcation entre les hiéroglyphes proprement
DITS et LES SYMBOLES IDEOGRAPHIQUES, Ml*.
Champollion ajoute que :
„I1 résulte seulement de toutes ces observa- „ tious qu’une grande partie des images symbo- ,, liques employées dans les anaglyphes pas- „saient dans les textes hiéroglyphiques , non „pour s’y combiner et former des scènes et des
(1) Supra , page 265.
Caractères symboliques de Ch. 267
„ tableaux, mais comme simples signes tropiques „ d'une idée , comme caractères d’une véritable ,, écriture; ils étaient, dit Mr. Champollion, ,, mêlés et mis en ligne avec d’autres caractères „ d'une nature toute différente quant et leur „ mode d ’ expression. i( ( i )
Mr. Champollion observe d’ailleurs que : „Les caractères symboliques ou tropiques ,, ne sont point dans l’Écriture hiéroglyphique „ aussi multipliés qu’on se l’était persuadé ; la ,, plus grande partie de ceux qui s’y rencontrent ,, y tiennent, dit- il, la place des noms propres ,, des dieux et des déesses , dont ils rappelaient „ symboliquement l’idée. “(2)
Aux images des divinités, dont parle ici Mr. Champollion , il faut ajouter nécessairement les signes symboliques admis dans les textes hiéroglyphiques pour exprimer , comme il l’enseigne lui-même, les idées qui ne tombent point sous les sens , c’est-a-dire , des idées, soit intellectuelles soit morales ; telles que la domination , la force, la justice , l’adoration , la vie divine , etc. On doit enfin reconnaître au nombre des symboles tropiques, définis par Mr. Champollion, ceux qui désignent des objets physiques , mais
(1) Page 349 et siitv.
(2) Page 350 No. 65.
d’une manière indirecte comme, le serpent pour la bouche, les guepes pour le cadavre d'un cheval , et autres semblables qu’on trouve expliqués, par Horapollon.
Or, les caractères qui avaient cette propriété symbolique, et qui, comme l’a dit Mr. Champollion, ,, passaient dans les texïcs hiéroglyphi- ,, ques comme simples signes d ’ une idée u doivent, conformément a sa doctrine, être considérés, de même que les signes figuratifs , comme autant d’élémens hétérogènes, „ mêlés et mis en ligne avec ,, des caractères d’une nature toute diffé- „ rente quant à leur mode d expression u ( 1 ) c’esta - dire , avec les caractères hiéroglyphiques.
Je vais énumérer, dans leur ordre successif, les symboles d’Horapollon, qui, en tant que complexes, peuvent être rapportés a la catégorie des signes tropiques de St. Clément , bien que les symboles de l’écrivain niliaque n’olfrent point les monstruosités qui caractérisent les anaglyfhes de Mr. Champollion.
Dans le livre premier d’Horapollon (2) nous indiquerons,
Au No. 15, Le Cynocéphale debout, portant
(t) Supra , page 267 ligue 5 et 6.
(2) Edition de C. Paie.
Caractères symboliques de Ch. 269
sur la tête une couronne et ayant les mains levées vers le ciel.
Ait No. 21, Les trois grandes cruches , que les monumens présentent avec une espèce de lien qui passe dans leur anse.
Au No. 22, L’encensoir qui brûle avec un coeur au - dessus.
Au No. 27, La langue avec un coeur au-dessous.
Au No. 38, L'encrier , le jonc et le crible , qu’Horapollon donne séparément, mais que les monumens offrent constamment sous la forme d'un diagramme.
Au No. 58, Les pieds d 'un homme , marchant dans Veau.
Ibidem , L'homme sans tête qui marche.
Et dans le livre deuxième:
Au No. 4, Le coeur de l'homme pendu à son cou.
Au No. 5, Les deux mains dont Vune tient un bouclier et Vautre un arc.
Au No. 19, La figure représentée jusqu'au nombril , avec une épée.
Au No. 46, La colombe tenant dans son bec une feuille de laurier.
Au No. 81, Le crocodile ayant une plume d'ibis sur la tête.
Or, je le demande, ces exemples, les mieux choisis en faveur des anaglyphes de l’Egyptologue , peuvent-ils tous également s’appliquer à sa définition des symboles qu’il comprend sous ce nom, en enseignant que les anaglyphes étaient composés d’êtres fantastiques, ou d’êtres reels , qui ri ont entre eux aucune relation dans la nature ? Et peut -on, en forçant avec les bras d’Hercule la lettre du passage de Clément, où il est fait mention d’ anaglyphes , soutenir que les exemples ci-dessus, et tels autres qu’on voudrait chercher dans Horapollon , admettent la définition des signes tropiques de l’auteur des Stromates, lesquels se forment: fieuàyovxeç xcd pexuxtd'évxeç — - xà â ’ iÇalldxxovxeç , xà âè tioXIcc/ioç /j ex ao xi] /Lt axiÇovxsç?
Ajoutez a cela 1 °, l’autorité de l’Egyptologue lui -même qui enseigne (i) que:
„// était de V essence des anaglyphes de se „ former presque toujours par la combinaison „ de plusieurs images tropiques. “ Et 2°} son aveu formel, que ces combinaisons produisaient ,, des êtres fantastiques eï fictifs , des allian- „ ces monstrueuses (i — et voyez si les symboles
(1) Page 350 No. 64.
Caractères symboliques de Ch. 271
d’Horapollon peuvent s’accommoder de pareilles indications.
Notez bien que Mr. Cbampollion oppose ces alliances monstrueuses des tableaux anaglyphiques à la simplicité des symboles, qui font partie des tartes hiéroglyphiques ; et il enseigne formellement à la page 347 No. 60. que:
,, Il faut reconnaître que, dans l’écriture „ égyptienne, les caractères tropiques ou symboliques étaient simples , s’employaient pres- „que toujours isolément , et ne se combinaient „ point habituellement entre eux , comme les „ caractères simples chinois, pour former des „ caractères composés , signes de nouvelles „ idées. “ Cest ainsi qu’il oppose la simplicité des symboles de l’écriture sacrée, a la monstruosité des anaglyphes , en enseignant, comme nous venons de le voir ,, qu’il était de leur ,, essence de se former presque toujours par la ,, combinaison de plusieurs images tropiques, (( et qu’il déclare, en conséquence, „ n’avoir ,, trouvé jusqu’ici dans les textes en hiérogly - ,, plies purs (î) que deux des quarante groupes
(1) Mr. Cliampollion appelle hiéroglyphes purs ceux qui olfrent une représentation complette et détaillée d’objets physiques.
,, symboliques décrits par Horapollon : le signe ,, complexe de l'idée lettre ^ et les trois vases „ qui exprimaient l inondation du Nil. “(1)
Je ferai remarquer d’abord que, parmi les quarante groupes admis par Mr. Champollion, il n’en est pas un , qui soit plus compliqué que les douze , que j’ai spécifiés ci-dessus, et qui, ainsi que je l'ai déjà dit, ne peuvent s’appliquer ni à la définition que Mr. Champollion nous donne des monstruosités anaglyphi ques , ni à celle des tropes indiquée dans le texte des Stromates.
Le célèbre Egyptologue déclare d’ailleurs „ n’avoir reconnu dans les textes hiéroglyphi- „ ques que trente seulement des soixante-dix ,, objets physiques indiqués par Horapollon dans „ son livre premier, comme signes symboliques „ de certaines idées; et que, sur ces trente, il „ en est treize seulement qui lui paraissent „ réellement avoir, dans ces textes, le sens ,, qu’Horapollon leur attribue. “(2)
Les treize objets physiques reconnus par Mr. Champollion, sont: 1, Le croissant de la lune renversé 9 — 2, le scarabée , — 3, le vautour,
(1) Page 350 an liaul.
(2) Précis, page 305 el supra , page 261 et suiv.
Caractères symboliques de Ch. 273
— 4, les parties antérieures du lion, — 5, les trois vases , — 6, le lièvre , — 7, l’Ibis, — 8, l'encrier, — 9, le roseau, — 1 0, le taureau,
— 11, Voie cliénalopeoc , — 12, la tête dcCoucoupha, — et 13, V abeille.
Il faut y ajouter Y Epervier que Mr. Champollion a omis dans les deux éditions.
Telles sont les images qui rentrent dans la catégorie des êtres réels que, Mr. Champollion admet également parmi les élémens de son système des ANAGLYPHES !
Mais, dans une question de calcul, la critique peut-elle tolérer le silence, que l’Egyptologue garde au sujet des signes traités dans le second livre d’Horapollon, dont une partie du moins lui semble authentique ?
Je dois m’arrêter ici un instant.
§. II