DES DEUX MÉTHODES D’ÉCRITURES
ÉPISTOLOGRAPHIQUE n HIÉRATIQUE.
Théorie de W arburton .
Parmi les auteurs qui ont commenté le texte si fameux <le Clément d’Alexandrie, Warburton, étant le plus ancien, réclame la première place dans cet examen. Or, le savant archevêque anglais prétend que, selon l'auteur des Stromates, les écritures epistolographiques et hiératiques étaient, l’une et l’autre, alphabétiques. Yoici ses paroles : ,, Quand Clément explique ensuite la nature de ces écritures, il dit: „ Tepistolique et la sacerdotale , sont formées „avec les lettres d'un alphabet. “(i) Q«e Clément d’Alexandrie ait considéré ces deux genres d’écriture comme alphabétiques , c’est ce dont je ne doute point , d’abord par ce que j’ai moi-même acquis la conviction de ce fait, en suite par ce qu’il est certain que l’auteur des
(1) Essai sur tes hiéroglyphes des Egyptiens , T. i. page 1*11. de la traduction; voyez aussi page 93.
ÉcRTTURES EPISTOLOGRAPH. ET HIERAT. 7
Stromates parlait avec connaissance de cause. Mais s'il entendait ainsi le l'ait, il ne dit point que ces deux écritures aient été alphabétiques ; il se borne a les spécifier par leur noms respectifs , en nommant la première epistolographique et la seconde hiératique , dont se servent, dit -il, les liiêrogrummates. L’induction de Warburton, telle qu’il nous la donne, est donc tout-à-fait arbitraire.
L’on croirait, au premier instant, que l’archéologue anglais, en pressentant un fait positif quoique non-exprimé par St. Clément, s’autoriserait du témoignage qu’il improvise et adopterait ce fait en principe — point du tout. Warburton déserte aussitôt son auteur pour se livrer A ses propres spéculations et crée une théorie, compliquée de chances et de labeurs et destinée, en dernier résidtat, a donner de l’ensemble aux élémens incobérens du texte grec , et à fournir les bases d’un système d’autant plus spécieux qu’il fixe a chaque genre d’écriture son origine , sa place et ses rapports. Ecoutons le :
„Lorsque l’étude de la philosophie (1), qui „ avait occasionné l’écriture symbolique, eut
(1) 1. c. §. 26. page 138 et suiv.
„ porté les savans (l’Egypte à écrire beaucoup et „ sur divers sujets, ce dessin exact multipliant ,,trop les volumes, leur parut ennuyeux. Ils „se servirent donc par degré dun autre ca- „raclère, que nous pouvons appeler Yecri- ,, tv re courante des hiéroglyphes. Il ressemblait aux caractères chinois; et après „ avoir été d'abord formé d'un seul con- ,, tour de chaque figure , il devint à la longue ,, une sorte de marque. Je ne dois pas, continue l’auteur, omettre ici de parler d’un effet ,, naturel que ce caractère de l'écriture cousante produisit avec le tems: je veux dire „que son usage diminua beaucoup de l'attention que l’on donnait au symbole, et la fixa ,,a la chose signifiée. Par ce moyen l'étude ,, de l’écriture symbolique se trouva fort abré- ,,gée; n’y ayant alors presqu’ autre chose à ,, faire, qu’a se rappeler le pouvoir de la ,, marque symbolique, aulieu qu’auparavant il ,, fallait être instruit des propriétés de la chose, „ ou de l’animal qui était employé comme sym- „bole. En un mot, dit fauteur, cela réduisit ,, cette sorte d’écriture à l'état où est présente- ,,ment celle des Chinois. “
,, Ce caractère courant, poursuit l'auteur, est „ proprement celui que les Anciens ont appelé
Écritures epistolograph. et hierat. 9
„ hiérographiqjje , et que l’on a employé par „ succession de tems dans les ouvrages qui trai- „ taient des mêmes sujets que les anciens hiéro- „glyphes. “
Après avoir ainsi improvisé l’origine de l’écriture hiératique , l’auteur anglais passe a l’invention de l’écriture ép isto lograph iq ue : ,, Cette „ sorte d’écriture abrégée que l'on appelait ,, hiérographique , nous conduira, dit-il, (i) par „ une gradation aisée, à la troisième espèce „ d’écriture que Porphyre et Clément appellent „ épislolique ; car nous avons montré, ajoute- ,,t-il, commentées caractères cour ans (de l’é— „ criture hiératique) ont conduit naturellement ,, à la méthode abrégée des lettres par le moyen „d’un alphabet: invention sublime d’après la- „ quelle l’écriture épistolique a été formée. (i
Fort de la solidité de ces improvisations, l’auteur conclut avec l’accent de la plus parfaite conviction que: ,, Le lecteur s’aperçoit „ enfin que l’opinion commune qui veut que ce „soit la première écriture hiéroglyphique et „non pas la première écriture en lettres , qui ait „été inventée pour le secret, est précisément ,, opposée à la vérité; ce qui n’empêche pas,
(1) $. 27. page 147 et suiv.
,, dit-il, que, dans la suite , elles n'aient changé ,, natiu*ellement leur usage : les lettres sont devenues l’écriture commune, et les hiérogly- „ plies, une écriture secrète et mystérieuse. “
,, Cet alphabet ( 1 ) que nous pouvons appeler „ politique , occasionna bientôt l’invention d’un ,, alphabet sacré. Car les prêtres Egyptiens, „ ayant part au gouvernement, connurent de „ bonne heure sans doute le secret ; et, étant alors ,, plongés dans l’étude de la philosophie et dans ,, des spéculations profondes, ils s’en servirent „ naturellement pour leurs doctrines cachées. ,, Mais les divers usages aux quels cet alphabet „ se trouva employé dans le civil , ne lui per- ,, mirent pas longtems d’être un secret; et „ quand il fut connu, les prêtres, naturellement „ encore, en inventèrent un autre, etc. On ,,1’a appelé hier ograminati que, a cause de ceux „ qui l’ont inventé , et de l'usage auquel ils l'ont ,, approprié. 66
Quelque fastidieux que puissent paraître ces méditations de l’auteur qui semble raconter des faits historiques , j’ai dû le suivre jusqu’au bout à lin de faire Aroir au lecteur comment, après avoir* parcouru ce méandre d’origines , il arrive
(1) §. 28. page 153. et suiv.
Écritures hiératique et démotique. 1 1
enfin à l’indication de Clément d’Alexandrie: „A l’occasion du passage de Clément rapporté „ plus haut, nous avons déjà remarqué, dit-il, „ qu’il avait entendu par le caractère qu'il ap- ,, pelle IEPATIKHN , sacerdotal, un caractère