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Chapitre Second

DES

DOXXEES DE Mr. SaLVOLIXI COXCERNJXT L'EXPRESSIOX DES SIGXES HIÉROGLYPHIQUES.

Mi*. Salvolini, dans sa ,, Seconde Lettre concernant tes principales expressions qui servent ,, à la notation des dates sur les monumens de „ l’ancienne Egypte 66 déclare formellement que: „ il est démontré dans la grammaire hié- „roglyphique de Champollion, qu’un certain „ nombre de caractères sacrés étant susceptibles ,, d'être pris, suivant le cas , dans une acception ,, figurative ou dans une acception phonétique, et d’autres pouvant être employés ,, tantôt comme phonétiques et tantôt comme ,, symboliques , le s Egyptiens avaient soin „ d'indiquer ce changement de nature par „l' adjonction de certains signes. Ainsi, par ,, exemple, poursuit Mr. Salvolini , on observe, „soit daus les textes hiéroglyphiques, soit dans ,,les textes hiératiques, que des caractères „ ordinairement phonétiques ou symboliques,

„ deviennent figuratifs par l’union à leur suite

SECONDE PARTIE

„du segment de sphère, et de la petite ligne „ perpendiculaire. ic (Page 50.)

Nous trouvons la même assertion à la page 23 de la Première Lettre de Mr. Salvolini, àl’occasion du disque Solaire affecté d’une petite ligne perpendiculaire.

,, D'abord , quant au cas le plus général , dit „ fauteur , il résidte de l’analyse rigoureuse des „ textes qu'un certain nombre de caractères „ sacrés, étant susceptibles d’être pris dans une „ acception Jigurative, ou dans une acception ,, phonétique ; et d’autres pouvant être employés ,, tantôt comme phonétiques et tantôt cornxme „ symboliques , on indiquait ce changement de „ nature par le moyen de certains signes, dont „il est, dit-il, inutile de faire ici l’énumération. „On trouve, par exemple, poursuit le savant ,, disciple, que plusieurs caractères mimiques (1) „ ou tropiques, sont habituellement affectés „ d'une marque qui consiste dans la petite ligne „ perpendiculaire : soit, pour indiquer leur pas- „sage de l'état phonétique ri V état mimique,

(1) Ce terme, admis probablement dans la grammaire de Mr. Cbampollion , est le: xaiù fiifirimv de St. Clément, ce qui, dans le texte du Précis, est traduit par figuratifs.

Salv. sur l’expression des signes hier. 151

„soit pour avertir d'une transition de l’état „ phonétique à un état tropico-phonetiçue, soit „ enfin pour d'autres motifs, qu’il ne nous est „ point encore donné de bien apprécier/1 2 * 4 J’invite le lecteur a faire attention a ce que ces motifs non encore appréciés regardent l’emploi de la petite ligne perpendiculaire et non pas le changement de nature des signes phonétiques , qui passent tour-a-tour a l’état mimique ou Jiguratif et à l’etat tropique ou symbolique. Car Mr. Salvolini nous a déclaré (1) que ce changement de nature des caractères phonétiques ,, est démontré dans la grammaire hiérogly- „ phique de Mr. Champollion. “

Cette transition des caractères phonétiques tantôt à l'état mimique ou Jiguratif, tantôt a l’état tropique ou symbolique , transition que Mr. Salvolini dit être démontrée dans la grammaire hiéroglyphique de son illustre hiérogrammate(2) — donne lieu à des questions trop graves pour devoir être négligées dans cette analyse.

Faute d’avoir sous les yeux les démonstrations de l’Egyptologue, démonstrations puisées.

(1) Supra , page 149.

(2) C’est le titre que Mr. Salvolini donne constam-

ment à Mr. Champollion dau» ses IJeu.r Lettres

en question.

SECONDE PARTIE

sans doute dans les faits, je vais examiner si ces faits — quelque démonstratifs qu’ils puissent être — peuvent s’appliquer aux préceptes de sa théorie. À ces lins , je vais aborder les développemens que Mr. Champollion retrace à ce sujet, pages 140, 141 de son Précis, (i)

„Le témoignage formel de l’antiquité classique ne permet point de douter, dit l’Egyp- ,, tologue , que le dieu représenté sur les mo- „ numeus égyptiens avec une tête d’épervier „ surmonté d’un disque rouge, ne soit bien cer- ,, tainement 1’ 'Hhoç égyptien , le soleil, dont le

„nom propre en langue égyptienne fut RE, „ RA ou RI, d’après la traduction de plusieurs ,, noms propres égyptiens de rois de Thèbes, „ donnée par Eratosthènes. Le nom du Dieu

soleil , RI ou RE se lit d’ailleurs en lettres „ grecques sur ces pierres gravées qu'on désigne „ habituellement par le titre de pierres gtios- „ tiques ou Basilidiennes. “

Comme Mr. Champollion passe outre sans nous dire à quel genre de caractères appartient ce nom du Dieu soleil, je dois suppléer à ce silence et indiquer la page 12 du texte explicatif du tableau général des signes et groupes

(l) Seconde édition.

Salv. sur l’expression des signes hier. 153

hiéroglypliiques , page, en tête de laquelle on lit sous le ,, No. 69 : Image du dieu RÊ ou Plirê ,, ( le soleil ) à tête d'épervier avec un disque , „ accompagnant les noms phonétiques , Nos. 46 „ et 47, ou en tenant la place. (i

Je ferai remarquer d’abord, que cette image se trouve indiquée sous la rubrique des „noms figuratifs des dieux. (i Renvoyés aux Nos 46 et 47, placés sous la rubrique des noms divins phonétiques, nous lisons : ,,No. 46: Ph- „(KOVSE,) RÊ ou Ri dieu (le soleil); copte „ Ph , HpH , (i ) *J>QH ; grec aHhog. “

„No. 47 : Ph, le soleil, copte ÇtH, — groupe ,, phonétique, souvent accompagné de l’image ,, même du dieu. “

Ayant ces données sous les yeux, nous pouvons aborder maintenant les considérations de l’Egyptologue, concernant la notation du dieu Soleil.

„Le plus simple des noms hiéroglyphiques „de cette divinité est formé du disque, peint en „ rouge dans les inscriptions , et accompagné de

(1) Cette forme ri\H\ , qui est Saliidique , manque de son article FI dans ia seconde édition. De manière qu’on y lit deux fois Ph , \h\ i mais

c’est une faute d’impression.

SECONDE PARTIE

„ la petite ligne perpendiculaire. Noos sommes ,,ici les maîtres, observe Mr. Chanipollion, „de considérer ce nom ou comme figuratif, ,, puisqu’il olFre limage même du soleil, pu , „{Rê) en langue Egyptienne , ou comme pho- „ n Étique, puisque, d’après cette méthode, „ limage du soleil, en langue copte pu, (-Ré, „Ri,) ou p^, (Ré) représentant le p (il) et „ la ligne perpendiculaire, serait ici comme ,, partout ailleurs, la voyelle V, \ , ou u, ce „ qui donnerait indifféremment pv., (-Ré) qui est „la forme copte baschmourique, ou pu forme „mémphitique et thébaine, que les Coptes prononçaient habituellement Pt.(i) Mais, ajoute „le célèbre investigateur, je préfère, au lieu ,,de décider cette question, passer a l’analyse „ d’un second nom , etc. “ (2)

C’est donc dans sa grammaire hiéroglyphique que Mr. Champollion a décidé cette question concernant l'emploi de la petite ligne perpendiculaire, et qu’il déclarait être ici, comme partout ailleurs, le signe des voyelles U, U, \ , et qui, au dire de Mr. Salvolini, est donnée

(1) C'est-à-dire le H comme les grecs modernes.

(2) Pages 140, 141.

Salv. sur l’expression des signes hier. 155

dans la dite grammaire hiéroglyphique de l’Egyptologue, pour un signe diacritique, destiné a marquer la transition des hiéroglyphes d ’ une nature à une autre. Mais quelque démonstratives que puissent paraître les preuves que Mr. Champollion aura fournies a cet égard , ces preuves pourront-elles jamais détruire le fait de ï expression alphabétique de cette petite ligne perpendiculaire et du segment de sphère , dont les valeurs, puisées dans les noms propres, sont consacrées dans son alphabet harmonique ? Et remarquez ici l’étrange inconséquence de cette nouvelle doctrine de complications,qui enseignant la transition réciproque des signes, selon lui, de trois natures essentiellement distinctes entre elles: les figuratifs , les symboliques et les phonétiques, signale comme signes diacritiques de cette transition, des caractères qui, d’après le principe fondamental (1) de Mr. Champollion, conservent partout leur valeur phonétique ! Et pour revenir a l'image du soleil , affectée de la petite ligne perpendiculaire , image, que Mr. Champollion se dit le maître de considérer comme figurative ou comme phonétique: (2) je demande le moyen de prouver, d’une manière

(l) Supra, page 144. (2) Page précédente.

SECONDE PARTIE

soutenable, le fait de la valeur d un signe phonétique, employé à marquer la transition d’un autre signe phonétique à l étal d’un signe figuratif?

Empressé, dans l’absence des preuves (pie j’ignore, à imaginer moi-meme quelque hypothèse favorable à cette étrange doctrine, j’admets que la ligne perpendiculaire , de meme que le segment de sphère ( et tels autres signes que Mr. Salvolini a jugé inutile d’indiquer) — tout en faisant l’office de signes diacritiques, seraient, eu même temps, les initiales ou (dj revint ions ( j ) des mots exprimant la transition dont il s’agit. En abondonnant a Mr. Salvolini le soin d’appliquer à ce fait que j'inveute ad hoc, tous ses signes de transition, je demande si ce fait, ou tel autre plus plausible encore, pourrait forcer les consciences à renoncer à l'expression alphabétique des deux signes dont le concours forme les variantes Fy , Pu , (Ré, Ré) le soleil, et à y voir sans nécessité, l'image figurative de cet astre, affectée d'un signe de transition! Ne serait-il pas plus judicieux de croire que, si l’intention de rhiérogrammate égy ptien eut été d’employer le caractère soleil

ft) Supra , page 1 0 1 ef suiv.

Saly. sur l’expression des signes hier. 157

comme un signe figuratif, il l’eût figure tout seul, par cela même que ce caractère en offre l'image convenue, et qu’il se serait abstenu d’associer à cette image le prétendu signe de transition , dont valeur alphabétique ne fait que compléter V expression du mot soleil , rendu par le concours des deux signes en question ?

One l’on calcule maintenant la tendance de cette nom elle théorie qui, au lieu de reconnaître, dans les signes isoles, les initiales des mots exprimant les objets d’une manière soit directe , soit énigmatique , désavoue l’existence de ce fait, établi en principe par Mr. Champollion, (pages 64 — 68, supra,) et admet, en dépit de ce principe, le réalité des signes figuratifs et idéographiques , et la réciprocité de leur transition avec les signes phonétiques.

Ces inconséquences ne sont encore que des préludes. Mr. Salvolini, à la fois disciple et collègue de l’Egyptologue, a consigné dans ses premiers Essais un genre de découvertes dont la complication semble n'être faite que pour donner la mesure de ses ressources dans le maniement des questions hiéroglyphiques, mises en avant pour Mr. Champollion. Telle est la question que nous allons examiner.

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