‹ Archéologie égyptienneChapitre 22 sur 46 · SECOND*: VA HT I F · texte numérisé non relu

SECOND*: VA HT I F

Or, Mi*. Champollion nous dit à la page 332 §. 44, que ,, les caractères figuratifs suffiraient pour rappeler y même avec plus de ,, précision que les mots de la langue la mieux „ faite, le souvenir des êtres purement phy- ,,siques. “ Cela étant, on se demande la nécessité des groupes phonétiques en présence des signes figuratifs , plus expressifs que ces groupes? On se demande d’autre part: la raison possible d'une fonction secondaire, de la part des signes figuratifs qui, par leur précision même, devraient jouer le rôle principal?

J’aborde quelques exemples.

Pour apprécier la vraisemblance de ces assertions de l’Egyptologue, on n’a qu’à faire attention à quelques uns de ses exemples, fournis d’ailleurs au hasard. Mr. Champollion nous dit qu’on trouve,

1 °, le groupe hiéroglyphique , à côté d’un arbre.

2 °. Celui de CO'SO , près d’un épi.

3 °. Celui de CgC , près d’un homme qui chante .

4°. Celui de à côté d’un encadrement destiné à contenir un nom.

Ad 1 m. Mr. Champollion ne dit point qu’on trouve le groupe phonétique î\g\, à côté d’un

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sycomore , mais simplement a côté dun arbre. Or, n’est-ce pas la légende î\g\, qui avertit que l'arbre en question est un sycomore? Jetons les yeux sur limage de cet arbre, figuré sous le No. 244 du tableau général des signes qui accompagne le Précis de Mr. Champollion. Ce signe , mal copié de l’inscription de Rosette, n’olfre-t-il pas, dans cette inscription, la même image que celle d’un pm? et, sans la présence du mot ftgi , (pour ttO'Sgl ,) s’imaginerait-on jamais que ce signe représente un sycomore? D'ailleurs , comme il est question ici expressément des textes hiéroglyphiques, peut-on soutenir le fait de la précision des images dans le courant de ces textes !

Ad 2m. L’Egyptologue ne dit pas non plus que le groupe phonétique COtSO, se trouve près d’un épi de froment , mais simplement près d’un épi. Or, je le demande: aurait-on pu distinguer l'épi en question des épis d'autres blés , sans la présence du mot qui dé-

signe le froment?

Ad 3 m. Il en est de même du groupe phonétique C£C, tracé à côté d’un homme qui chante , a ce que prétend Mr. Champollion. Mais cet homme a-t-il donc des notes a la main pour que l’investigateur ait pu s’assurer qu’il chante ? Et,

SECONOE l'AKTIi:.

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.supposé qu’il soit question d’un homme bien figuré, ayant la bouche ouverte, cela serait-il une preuve que cet homme chante , et non pas qu’il crie , qu’il parte, ou qif il baille ? et comment distinguerait -on l'acte de cet homme dans le courant des textes hiéroglyphiques, sans la légende cgc, pour c&.£U)C, qui exprime un chanteur iJ

J’aborde le dernier exemple.

Ad 4m. Mr. Champollion nous dit, „ qu’on ,, trouve la légende hiéroglyphique pu, à coté ,, d’un encadrement destiné à contenir un }fnotn“ et que c’est là le mot copte p\u, qui signifie nom (Page 120). Bien plus, dans la Notice historique et archéologique sur i obélisque de Jjouqsor , piddiée par Mr. Champollion Figeac, d’après les notes manuscrites de Mr. Champollion le jeune, nous lisons à la page 65 ce qui suit : «

„ La figure seule nu cartouche vide est un ,, signe de 1 écriture égyptienne ; il représente „dans tous les textes l'idée du mot nom, et s'y „ lit phonétiquement Ran , nomen. u

Cette leçon tirée par Mr. Champollion Figeac des notes de son frère , ne peut avoir été suggérée à l’Egyptologue que par le groupe phonétique pu , qu’il a trouvé à côté de la figure d'un

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cartouche, laquelle , d’après ce qu'il enseigne, sert à déterminer le prononce du dit groupe phonétique.

Bien que Mr. Champollion assure, que ce qu'il a appris pendant son voyage en Egypte est prodigieux ,(i) j’aime a espérer, dans l’intérêt des études hiéroglyphiques, que cette nouvelle découverte de V expression phonétique dn cartouche ne fait point partie de ses prodiges; car cette leçon de l’Egyptologue est tellement arbitraire, que j’ai peine à croire qu’elle sorte de ses portefeuilles.

Pour analyser les élémens figuratifs d’un cartouche, il faut nécessairement s’arrêter a la figure la plus complète , telle qu’on la trouve entre autres sur la planche XYI, à la page 262 du Précis. Or, les élémens figuratifs d’un cartouche complet, appliqués a l'alphabet harmonique de Mr. Champollion, nous offrent dans l’ordre de leur combinaison :

1 °. U encadrement elliptique, partie essentielle du cartouche; et cet encadrement est identique au signe donné sous la valeur d’un U , ( M ) No. 63 de l’alphabet harmonique.

(1) Lettres d'Egypte et de Nubie, page 392.

SECOXPE PARTIE.

2 °. Un lien qui rattache le troisième et dernier signe à l'encadrement elliptique. Et la figure de ce lien est donnée sous le No. 31 de l'alphabet harmonique et vaut un £ (gh ou h) selon Mr. Champollion , qui l’appelle provisoirement une chaîne. Comme la fonction de ce second signe est celle de servir de lien intermédiaire, nous trouvons cette idée d’abord dans le mot geiTTn, conjungere , qui nous donne un 2, pour initiale ; ensuite dans le thème gdx&ix, lequel, offrant dans les dictionnaires, les idées opprimere , comprimere, oppressio , angustia , et semblables , prouve qu'il signifiait également lier , serrer , lien , ligature, d’où le mot gXX\ laqueus , fondé sur le dit thème. On nous fera donc grâce des deux bouts linéaires de la dite chaîne de Mr. Champollion No. 63, cette concession ne pouvant altérer le rôle du lien qui figure â la base de cartouche.

3°. Le troisième et dernier signe, que le lien en question rattache â la base de l’encadrement, est un "ns (t) donné sous le No. 28 de l’alphabet de Mr. Champollion, sous le nom de segment de sphère.

Les trois élémens constitutifs d’un cartouche complet, nous donnent ainsi la charpente U , ( M-gh-t ) forme hiéroglyphique du mot

Signes déterminatifs de Champ. 165

(■ Maght ) ou , ( Maghté ) que

les dictionnaires présentent avec 1’ <x préfixe:

et qui signifie, entre autres, continere , cohibere — dominari , regere , potentia , dominât io, et, avec la préposition potens, dominator, rcx. L’affinité de ces idées, commune à toutes les langues, explique à merveille l’office des deux derniers signes, qui seraient tout à fait inutiles à T encadrement , s’ils n’eussent été destinés a l’expression du mot ASlS qui signifie par conséquent, non pas ÇXft, nom , comme le prétend l’Egyptologue, mais cadre royal, comme le donnent les élémens de la figure du dit cartouche.

La variante la moins altérée de cet encadrement ou cartouche, offre, a la place du troisième signe, (le segment de sphère de l’Egyptologue) son équivalent linéaire donné sous le No. 133, colonne seconde de l’alphabet harmonique, et tiré des légendes nominales des souverains égyptiens.

Passant ensuite au tracé hiératique du cartouche, Mr. Champollion dit: ,, dans l’écriture

(t)L’S. préfixe préside à plusieurs thèmes, comme on le voit dans ÎXM.V.UJ, &ASL£-

p\, SA^OVU, etc.

SECONDE PARTIE

„ hiératique cette figure est abrégée par la forme „de nos deux parenthèses, suivies de deux „ traits perpendiculaires qui les complètent. “

Il est singulier d’entendre dire, dans une cpiestion d’analyse, que les parenthèses aient besoin d’être complétées. Avant d’examiner ces deux traits soi-disant perpendiculaires , je ferai remarquer, qu’une inspection superficielle peut seule suggérer ici l’idée de deux parenthèses : mais voyez la forme démotique des Nos. 60 et 63 de l’ alphabet de Mr. Champollion , et vous y reconnaîtrez un O (M) qui répond a 1’ U hiéroglyphique. No. 63, identique par sa forme a l'encadrement hiéroglyphique du cartouche. Quant a la seconde parenthèse à gauche, elle n est qu’un doublement de la lettre, destiné a simuler la fermeture du cadre, lequel doublement de signe se rencontre d’ailleurs dans les légendes mêmes, tantôt comme une charge, et tantôt comme une symétrie de caprice. On ne m’objectera point, je l’espère, que j'indique un signe démotique dans une question de caractères hiératiques ; car alors je renverrais à la page 451 du Précis, article C. 26, où Mr. Champollion enseigne que ,,les signes employés dans „ l’écriture démotique , ne sont que des caractères simples empruntes a l’écriture hiéra -

Signes déterminatifs de Champ» 167

„ tique. “ Les signes sémicirculaires dont je parle, ne sont d’ailleurs que des variantes de l’image de l'oreille ITxtyx, placée également dans la colonne démotique Nos. 62, 65, ce qui ne détruit point son extraction hiératique.

Mr. Champollion prétend que „les deux „ parenthèses en question sont suivies de deux traits perpendiculaires qui les complètent. (( Cette assertion est éminemment arbitraire, et je n’y vois qu'une défaite; car le savant investigateur veut ainsi se défaire du second et dernier signe; qui, loin d’être perpendiculaire, comme il l’assure, représente invariablement la ligure d’un pedum, d’une crosse, équivalent au signe hiéroglyphique qu’il appelle une chaîne ( gh , h) et dont il donne deux variantes (i) dans la colonne hiératique Nos. 31 et 32. Quant au signe qui suit immédiatement la seconde parenthèse, ce trait perpendiculaire est 1’ X ( a ) hiératique , No. 11 de l’alphabet de Mr. Champollion.

Ces déductions nous donnent donc le mot àSlX?, , ( magh ) thème primitif du mot ( inaghté ) ci-dessus, et type radical des mots qui

(l) Voyez aussi les planches VIII — XIII du Cahier qui accompagne la seconde lettre de Mr. Champollion nu Duc de Blacas.

SECONDE PARTIE

expriment la faculté de tenir , de contenir , de renfermer , de posséder, et partant, la capacité, la force, ta puissance. Delà les mots implere, et nidus; ASLOg , plenitudo; & àJkgV, cinctura , cingulum, et cubitus : portion du bras; et brachium , comme je le prouverai ailleurs par les deux bras exprimant un M hiéroglyphique; enfin, on lit à la page 104 de VAlphabetum tibelanum du Père George : \X\g\ f ( maki ) magnum, forlem atque potentem, imo et brachium ipsum désignât, “ analogies communes à toutes les langues.

Les prétendues deux parenthèses hiératiques, complétées par les deux prétendus traits perpendiculaires, nous offrent donc, en dernière analyse, la légende dont le sens est abso-

lument identique à celui de la légende donnée par les élémens figuratifs du cartouche complet, que j’ai analysé préalablement. La critique, éclairée par cette analyse, décidera maintenant s’il est vrai, comme le prétend Ml*. Champollion , que le sens du groupe phonétique , soit détermine par V encadrement ou cartouche à coté duquel il est tracé; et si, au contraire, la présence fallacieuse du dit groupe \sS\, ne démontre pas de la manière la plus palpable la différence entre l’expression vulgaire et celle de la langue

Signes déterminatifs i>e Champ. 169

sacrée , placée sous l’égide des ambages hiéroglyphiques. Si ce n’eut point été ici le cas: pourquoi aurait-on tracé la légende \3î\ , qui signifie un nom , à côté de la figure d’un cartouche qui exprime phonétiquement ou alphabétiquement les mots , et signi-

fiant un cadre royal? Il y a encore cela a remarquer que ,, les inscriptions contiennent toujours deux cartouches accolés ou placés a une „ petite distance l’un de l’autre: que le premier „ cartouche ne contient jamais que des titres ,, honorifiques, et que c'est toujours le second qui „ renferme seul un nom 'propre. i( ( 1 ) Cela étant, il devient absurde d’admettre que la figure d’un cartouche exprime le mot nom, ou que

la légende puisse dûment figurer à côté d’un cartouche vide.

Ces aperçus suffisent, selon moi, pour donner la mesure des prétendus signes déterminatifs dont Mr. Champollion a gratifié le système hié— roglyphique.

Conçoit-on d'ailleurs que la ïexigraphie d’un peuple aussi éclairé que les Egyptiens eût besoin d'un secours aussi fastidieux pour préciser et déterminer l’expression alphabétique des objets

(1) Pages 236 et 237 du Précis.

SECONDE PARTIE

materiels; et s'il eut été vrai, que l’absence des voyelles „ pouvait, dans beaucoup de cas, pro- ,, duire une incertitude extrême dans l’esprit ,, de l’interprète “ n’eut-il pas dépendu des scribes sacrés d’écarter cet inconvénient, en employant les voyelles dans la charpente des mots hiéroglyphiques. D’ailleurs, en donnant des exemples de la suppression totale des voyelles, tirés du dialecte thébain (page 368), Mr. Champollion n’allègue-t-il pas pour motif de cette suppression le son vague des voyelles ? (p. 305) et ne dit-il pas expréssement, que c'est à cause de leurs nuances que l’on a négligé la notation des voyelles dans les textes hiéroglyphiques P (page 366 No. 87.) J'insiste sur ces réflexions, parce que la question des signes déterminatifs indiqués par Mr. Champollion, a acquis entre les mains de ses disciples des développemens et des applications qui semblent de la dernière évidence, et dont le fait, à ce que nous assure Mr. Salvolini, forme un des principes graphiques de la grammaire hiéroglyphique de l’Egyptologue. Faute de posséder cette grammaire, je vais examiner les données de Mr. Rosselini et ensuite celles de Mr. Salvolini, collaborateur et continuateur de Mr. Champollion.

Signes déterminatifs de Rosselinu 171

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