‹ Archéologie égyptienneChapitre 23 sur 46 · IL · texte numérisé non relu

IL

EXAMEN

DES

D O X NÉES VE 31 R. RoSSELTXl SIR LES CARACTÈRES D É T E R M I X A T I F S.

En abordant l’examen des tableaux figurant la chasse aux oiseaux et peints dans les hypogées de Béni-Hassan (1), Mr. Rosselini, après quelques dévcloppemens, fait remarquer que les figures d'hommes du tableau qu'il examine, sont, comme dans presque toutes les représentations égyptiennes , accompagnées de courtes légendes hiéroglyphiques. En donnant le prononcé de celle que l'on voit affrontée à la jambe du chasseur à droite, l’auteur observe au sujet de l’absence du signe figuratif , que c’est chose aussi rare que singulière que de ne point trouver ici, à côté de la dite légende, le caractère Jiguralif qui détermine le sens du mot hiéro-

glyphique, et exclut toute autre signification, hormis celle qui convient à la scène du tableau, savoir: l’idée d’envelopper dans les filets, de tirer les filets. (2)

(1) Monument i delV Egf/to et délia Nubia Mokumenti civili. Tomo T.

(2) „Le figure degli uoirtini sono accompagnate, corne

SECONDE PARTIE

Suit maintenant l'énoncé de la régie générale:

„Negli scritti di tutti i popoli apparliene al contesto il determinare il vero scnso dette j, parole : nella scrittura dell’ Egitto era anche ,jiin altro mezzo piiîpronto et più sicuro, quello j, dei caratteri determinatiyi j che rapprejjsentano idéograficumenle (1) il seuso délia j, voce; e, posti in line délia voce stessa, ne jj deliniscono tosto e con évidente certezza il

,, quasi sempre avvieime nelle rappresentazioni egizi- ,, ane, da brevi inscrizioni geroglifiei. Dinanzi aile j, gambe dei primo tirator délia corda si trovano icarat- „teri f clie significan l’atto d’inviluppare, di

,, tirare la relie E anzi cosa piultoslo

„ siugolare clie rara non trovar qui apposto questo ,jcaraflere figurativo, die détermina il senso délia ,, yoce t e die esclude ogni altro signifîca-

„mentoj fuori di quello die convieue a questa „scena, vale a dire, d’inviluppar colla rete, tirai- ,, la rete.“ (Pag-e 153, 154.)

(1) Il importe de faire observer ici que l’expression ideograjicamente est employée par Mr. Rosselini dans un autre sens que celui qu’il olfre dans la théorie de Mr. Chainpollion. Chez ce dernier, un caractère idéographique offre un sens détourné, et il’ exprime point l’objet même qu’il représente. Mr. Rosselini, au contraire, confond, je ne sais pourquoi, les caractères idéografhujues ou détournés, avec les caractères figuratifs ou propresy que St. Clément appelle : Kyriologiques par imitation.

Signes déterminatifs de Rosselini. 173

,, preciso significamento. Questi caratteri de- ,, terminativi rarissimcimente omettevansi, al- ,, lorquando erano necessari. “(1)

,,Dans les écrits de tous les peuples, dit Mr. „ Rosselini, cest le contexte qui détermine le ,, vrai sens des mots. Dans récriture égyptienne ,, on fesait concuremment usage d’un autre moyen „plus prompt et plus sûr: celui des caractères ,, déterminatifs qui représentent idéographi- ,,'juemenl(2 ) le sens du mot; placés a la fin ,, du mot lui-même, ces caractères définissent ,, avec une certitude évidente , la signification y, précise du mot en question. Ces caractères „ déterminatifs étaient, dit Mr. Rosselini, ,, fort rarement omis, alors qu’ils étaient nécessaires. Et dans le cas présent où le mot „ cgyx est privé , dit-il , de son caractère de- ,, TERMiNATiF , on y reconnaît aisément le pour- „ quoi: ce mot étant écrit a côté des hommes ,, qui tirent les filets , la circonstance en déter- ,, mine le sens d’une manière suffisante pour ,, exclure celui de tisser, qu’offre également le ,, mot OCX j cest pourquoi l’artiste a jugé in- „ utile d’y joindre le caractère figuratif du petit

(1) Page 154. L. c.

(2) Voyez la noie qui précède.

SECONDE PARTIE

„ filet, d’autant plus que l’espace lui manquait ,,dans cette occasion. f‘(i)

Je suis fâché de dire que les deux raisons alléguées par Mr. Rosselini sont également intolérables. Et d’abord, quant à l’insuffisance de l’espace , ce motif est d’autant plus illusoire que les signes du groupe hiéroglyphique, qui répond au mot c sont plus grands que ceux des deux autres groupes affrontés à la tête du premier et du quatrième ou dernier chasseur. (2) Et si les proportions respectives, données par Mr. Rosselini , sont exactes , il dépendait du peintre de raccourcir un peu les signes au lieu de les alonger, comme il l’a fait pour empiéter comme à dessein sur l’espace donné, verticalement entre la corde tendue et la terre, et horizontalement entre la jambe du

(1) „E nel caso présente ove la voce r n’ è

,, priva, se ne vede di leggieri il perche: questa „voce è scritta presso ad nomini che tirano lu „rete ; la circostanza è snfliciente a determinarne „ il senso, e ad esclndere l'altro di tessere , del „ (piale (piella voce è capace. Perciô l'artista non ,, gindicô necessario di apporvi il carattere de- ,, terminativo , la picola rete , tanto pin che non ,,aveva abbondanza di spazio. “ (Page 154.)

(2) Planches. Quatrième livraison, pl. IV, tableau inférieur.

Signes déterminatifs de Rosselini. 175

chasseur et le pied des joncs ou papyrus ; car, notez bien que l’espèce de crosse, qui tient le milieu du groupe hiéroglyphique, est plus longue que la moitié de la jambe du chasseur! (1) Je le demande donc: est-ce manque d'espace ou bien plutôt disproportion de signes hiéroglyphiques ?

J’ai dit d’ailleurs que les signes de la légende en question sont plus grands que ceux des légendes affrontées à la tête des chasseurs. Or, ici l'espace est libre; et cependant, on n’y voit pas non plus de caractère figuratif , destiné À déterminer le sens de ces deux légendes.

Il résulte de cet examen, que le manque d'espace, allégué par l’auteur comme un des motifs de l’absence du caractère déterminatif , est une démonstration tout-à-fait illusoire et inadmissible sous aucun rapport dans des tableaux à grandes dimensions.

(i) La jambe du chasseur est longue d’un ponce et de deux lignes ou de 14 lignes, et la crosse en question en a neuf; enfin l’espèce de piramide qu’on voit à gauche, est longue de la moitié de la jambe: que l’on se figure donc ta longueur de ces signes hiéroglyphiques dans les proportions originales du grand tableau, peint sur les murs des hypogées , et que l’on se dise franchement si le peintre manquait d’espace pour représenter un caractère de plus, ,,le petit filet <e mentionné par l’investigateur.

SECONDE PAKTIE.

Mais le motif principal de l’absence du caractère déterminatif, c’est, dit Mr. Rosselini, „ que le mot étant tracé à côté des hom-

,,mes qui tirent les filets , cette circonstance „ suffit pour déterminer le sens du mot en question et pour exclure celui de tisser qu’il offre ,, également. u

Or , ceux qui ont eu sous les yeux les scènes de la vie civile, représentées dans tous leurs détails et copiées avec tant de soin et d’exactitude dans la grande description d’Egypte et dans celle de Mr. Rosselini, (1) pourront-ils sérieusement admettre, pour leur intelligence , la nécessité des courtes légendes que l’on y trouve, et l’urgence des caractères figuratifs destinés à déterminer le sens précis du mot de chaque légende? Mais, dira-t-on, ces légendes existent, et la plupart d’entre elles, offrent un caractère figuratif à côté. Oui, elles existent par le bon plaisir des hiérogrammates et nullement pour l'intelligence du sujet de ces tableaux, que la seule inspection nous suffit à nous pour les

(1) ,,La caccia rappreseutata nella parte inferiore di ,, questa tavola IV, c pur ricavata cou quel/a fe- „ delta scrupulosa, cou die sono si ali eseguiti „ tutti i nostri disegni , da una pittura délia „ tomba, “ etc. L. c. page 152.

Signes déterminatifs de Rosseuni. 177

comprendre dans tous leurs détails, combien plus ces détails n'étaient -ils pas clairs aux yeux des Egyptiens? C'est donc compliquer d’une manière bien étrange le système des représentations égyptiennes, que d’admettre, pour / intelligence primitive de ces tableaux , la nécessité de légendes spécifcalives d'un objet , et le secours d’un caractère figuratif , destiné A déterminer le sens de la légende qui accompagnait l’image de chaque objet. On répugne A s’appesantir sur de pareilles objections. Et si l’autorité du chef de la doctrine, consacrée dans les recherches méthodiques de Mr. Rosselini, préoccupe encore l'esprit de quelques uns de mes lecteurs dans la question présente, je les invite A jeter les yeux sur les planches renfermant le règne animal. En y trouvant des légendes nominales , tracées en petits caractères hiéroglyphiques au-dessus de grandes images de quadrupèdes, d'oiseaux, de reptiles et de poissons, quel lecteur pourra consciencieusement persister A soutenir, que ce sont ces grandes images d’individu du règne animal, qui servent A déterminer le sens des petites légendes qui les surmontent, et non pas : que ce sont ces petites légendes qui serA^ent, je ne dis point, A déterminer , ni A spécifier , mais simplement

SECONDE l’ARTï E.

à nommer les individus au dessus desquels elles sont tracées. Ne voit-on pas cela sur nos planches d’histoire naturelle, où le nom des individus se trouve écrit «au has de chaque planche , ou Lien indiqué dans le texte qui s’y rapporte? Or, le cas étant absolument le même de part et d’autre , et les hiéroglyphes phonétiques ayant été aussi intelligibles pour les initiés, (pie le sont pour nous nos alphabets — est-il conséquent de soutenir, pour les représentations égyptiennes, un fait monumental qu’on rejetterait comme absurde, si quelqu’un s’avisait de rappliquer aux représentations de nos jours? Et cependant Mr. Rosselini en fait une application constante aux monumens de l'antique Egypte.

C’est une chose digne de remarque, que la destinée d’une nom elle découv erte. La vérité à peine est-elle entrevue, qu’on se hâte de l’envelopper de mille erreurs. C’est que les érudits de tous les âges improvisent des systèmes entés sur les préjugés de leur école. Ennemis du doute, une inspection superficielle leur suffit pour discuter les faits et déduire des principes. Mais que l’on nous dise, si c'est l’intelligence de ces faits, ou bien la prévention qui les guide dans la carrière de leurs découvertes?

Je passe aux développemens de Mr. Salvoliui.

SlGNES DETERMINATIFS DE SaLVOLINI. 179

§. III

EXAMEN

DES

DONNÉES DE 31 R. S ALV OLIN l SV R LES CARACTERES DETERMINATIFS .

Mr. Salvolini, dans son Traité sur la Notalion des dates égyptiennes ,( i) en parlant du disque solaire , qu’il dit être, dans l’exemple qu’il cite, un signe symbolique , aborde la question en ces termes :

„ Je ne disconviens pas, dit-il, qu’au premier „ aperçu, cette alliance de deux caractères , de „ nature si différente pour exprimer une seule „et même idée, peut sembler assez extraordinaire. Cependant, on aura déjà remarqué ,, dans les divers écrits de Champollion, qu’il „ avait, depids huit ou dix ans, entrevu dans „les textes égyptiens l’existence de certains ,, signes, de l'emploi desquels il a pu ensuite „ développer la théorie entière dans sa Gram- „ maire hiéroglyphique. Ces signes ne consistent „que dans la représentation de limage de l’ob-

(1) Des Principales expressions qui servent à la notation des dates sur les momtmens de Vancienne Egypte , etc. Première Lettre à Mr. l’AbLé C. Gazzera. Pages 15 — 18.

180 SECOADE PARTIE.

„jet exprimé par ce mot, placée à colé de ce mot même , ou tout au moins de V image d 'un „ objet physique en rapport plus ou moin s direct „avec l'idée exprimée par le mot; de sorte que ,, maintenant il est constaté que, pour exprimer „ies idées, les Egyptiens employèrent à -la-fois ,,les mots et les images. Tl parait (pie les Egyp- „ liens aimaient à exprimer un grand nombre ^ d'idées par la combinaison simultanée de ces deux genres de caractères y les uns employés ,,au propre, les autres phonétiquement, soit y y par attachement à leur plus antique écriyyfure, primitivement figurative y soit dans Fin- ,, lérél de la clarté, qui aurait beaucoup „ souffert par F omission habituelle des voyelles „ médiales , et des voyelles V! ou î, qui ter- ,, minent les mots. Vous concevrez , qu’en effet „un très-grand nombre d’expressions, formées ,,des mêmes consonnes disposées dans un même ,, ordre, et qui cependant servent à noter des ,, idées très-éloignées les unes des autres ne différant que par les voyelles, pouvaient, dans ,, beaucoup de cas, produire une incertitude ,, extrême dans l'esprit de l'interprète. “

„0n atteignit le but d'obvier à un défaut „ aussi capital , par l’emploi simultané des ca- ,, rarferes-images. Ces caractères ont reçu de

Signes d Éterm i natifs de Salvolini. i SI

„Champollion le nom de déterminatifs; ils ,, jouent le vole le plus important dans le sys- „ tème des hiéroglyphes, et peuvent être regarnies comme de deux sortes, c’est-à-dire, les ,, déterminatifs mimiques, qui sont le* repré- ,, senlation même de l objet dont le mot est le „ signe oral , et les déterminatifs tropiques ou ,, symboliques , qui , d’après certaines idées „ abstraites que leur forme servait à rappeler , ,, déterminent indirectement la nature de l objet ,, exprimé phonétiquement. Ainsi, par exemple, „ limage dune charrue, placée à la suite des ,, signes phonétiques g, X, Ça, \, est un dé- ,, terminatif mimique , parce que le mot £yÇaY „ signifie charrue dans la langue copte ; l image „ dune faucille , tracée à la suite des caractères „ phonétiques LU, C, V,, est un déterminatif ,, tropique , puisque CUCV) signifie moisson. “ „Ce îéest pas tout: cet emploi obligé des ,, signes-images , à la suite des groupes phonétiques, permettait aux Egyptiens d’abréger „sans inconvénient certains mots , ceux surtout ,, qui sont employés le plus habituellement, de ,, manière à conserver le caractère phonétique „ initial seul, combiné immédiatement avec le ,, de terminatif. C est ainsi «pie, par exemple, „ un des mots les plus communs roi.

182 SECONDE PARTIE

„ne se trouve presque toujours représenté que „par la plante, c, jointe immédiatement au „ déterminai if tropioue , V abeille. u

Ces développemens de Mr. Salvolini sur l’emploi de divers signes déterminatifs sont beaucoup plus graves que ceux que je viens d’examiner. Cet emploi semble reposer, en effet, sur deux motifs plus ou moins imposans.

Pour bien apprécier ces motifs, il faut aborder les questions auxquelles ils se rattachent.

Ad 1 ,n. Le motif principal de l’emploi des signes déterminatifs , a été, au dire de Mr. Salvolini, „ l’intérêt de la clarté qui aurait , dit— ,,il, beaucoup souffert par l'omission habituelle „ des voyelles médiales, et des voyelles V, \ , „ qui terminent les mois. Tous concevrez, poursuit Mr. Salvolini, qu’en effet un très-grand „ nombre d'expressions , formées des mêmes „ consonnes disposées dans un même ordre, et „ qui cependant servent a, noter des idées très- „ éloignées les unes des autres , ne différant ,, çue par les voyelles, pouvaient, dans „ beaucoup de cas , produire une incertitude „ extrême dans l'esprit de V interprète. i6

Ce premier motif, si plausible en apparence, repose néanmoins sur une erreur d’observation que Mr. Salvolini partage avec son maître, en

Sigaes determiaaties oe Sa l vouai. 183

assimilant tout-ù-fait gratuitement uu système mystique d’écriture, pétrie de ruses et d’artifices, avec celui des langues sémitiques, où chaque forme graphique est soumise ù son principe grammatical. Et pour nous en tenir à la question présente de 1 omission des voyelles médiales, et des finales v., dont l’absence dans les mots, identiques quant ù leur charpente, produit ,,une incertitude extrême dans V esprit ,,dc l 'interprète ie c’est précisément pour dépayser les scrutateurs que les hiérogrammates égyptiens ont ajouté cette ruse ù mille autres. Quant aux inter prèles mentionnés par Mr. Salvolini, j ignore de quels interprètes il veut parler; et il est tout aussi intolérable de supposer, ù propos de l omission des voyelles , la moindre incertitude dans l’esprit de ceux qui pQssédaient la clef des mystères hiéroglyphiques, qu’il est singulier d’assimiler cette omission tout- à- fait arbitraire, ù celle que présente l’écriture des langues sémitiques où l'absence des voyelles est assujettie ù des règles fixées par leur système grammatical. Hé quoi ! je pourrais me persuader que Mr. Champollion qui a écrit une grammaire hiéroglyphique , et Mr. Salvolini, son savant continuateur, ne se sont aperçus, ni î un ni l’autre, de la différence

SECONDE PARTIE

frappante qui existe entre les formes graphiques des langues sémitiques, toujours les mêmes quant à l’emploi des voyelles, et 1 irrégularité de ces formes dans l’écriture hiéroglyphique, où les voyelles paraissent et disparaissent dans les mêmes mots au gré du scribe et selon le concours des signes dans un espace donné ? Et s’il en est quelques uns où l'absence des voyelles est constante, comme le nom de Plithagh écrit Phtligh dans l’épithète Plithagh mai (aimé par Plithagh) Mr. Salvoiini croit-il sérieusement, et s’il le croit, pourra-t-il prouver que la forme constante de ce nom propre ou de tel autre nom ou mot quelconque, tient A une raison grammaticale , et non pas a une raison secrète, a une convenance astucieuse de son expression? Peut-on, en présence d’un système mystique d’écriture, se laisser séduire par de pareils prestiges et s’arrêter à la surface des mots, soumis A l'artilice de la langue dite sacrée , de cette langue mystérieuse , qu'ou cherche encore A deviner, et dont personne jusqu'ici n’a étudié les élémens? Mr. Salvoiini n'assigne A l’emploi des caractères déterminatifs l'absence des voyelles pour cause , que parce qu'il s'arrête à la surface des mots, écrits en caractères hiéroglyphiques. Et ici je rappellerai l’observation judicieuse de Mr.

Signes déterminatifs de Salvolini. 185

d’Ouvaroff qui, dans son Essai sur les mystères d'Eleusis , conseille sagement aux archéologues de ne point s'arrêter à la première explication „ qui se présente ; et les engage à voir si Vidée ,, expliquée nesl pas elle-même l enveloppe „ d'une autre idée. Sans cette précaution, dit „le savant auteur, les erreurs les plus graves „et les systèmes les plus incohérens se multi- „ plient promptement. ic ( i )

Eu étudiant donc sans préoccupation le fait de T omission des voyelles dans le système hiéroglyphique des anciens Egyptiens, et en voyant V irrégularité de leur absence, on ne se permettra plus d’assimiler cette écriture à celle des langues sémitiques ; et, loin de partager l’opinion de Mr. Salvolini qui considère la dite omission comme un défaut capital du système, on reconnaîtra que c'est dans l'intérêt des ambages de la langue sacrée qu'a lieu l’omission constante des voyelles dans certains mots et l'emploi des caractères auxquels Mr. Champollion attribue le rôle de signes dé ter mi natifs. Tel est aussi le motif de l'emploi isolé des initiales destinées à l’expression mystique des mots et que l’on a, sur

(1) L. c. pag'e 110 fin de la note 2 à la troisième Section.

SECONDE PARTIE

la loi de quelques anciens écrivains, considérés jusqu'ici comme autant de signes idéographiques.

Mr. Salvolini, désavouant rintelligence secrète de ces symboles , et séduit par la découverte de l’expression d’un petit nombre d'entre eux, a poussé ses applications au point d’admettre „des signes dÉterminatifs-tropioues ou sra- ,, BOLiouES , qui, d’après certaines idées abstrai- ,,les que leur forme servait à rappeler, déier- „ minent , dit -il, indirectement la nature de „ l’objet exprimé phonétiquement. Ainsi, par „ exemple, limage dune faucille, tracée à la „ suite des caractères phonétiques U), c, V), ,, est, dit Mr. Salvolini, un déterminatif tro- „pique, puisque signifie moisson. “

Laissant à d’autres le soin de décider si la faucille détermine indirectement l'idée de la moisson , je ferai remarquer ici que le mot Ü)CL signifie également moisson et faucille , et que l’image de cet instrument représente un œ dans l’alphabet de Mr. Champollion ; (i) qu’ainsi la faucille , que Mr. Salvolini a citée pour

(l) Colonne hiératique No. 35. Ce signe est identique à ceux qu’on voit sur la pl. XXXIII. Prem. et Sec. tableaux des Mon. Civ. de Mr. Rosselini.

Signes déterminatifs de Salvoeini. 187

exemple d’un déterminatif tropique, n’est que l’initiale du mot iDcy, qui signifie moisson, et qui n’est qu’un homonyme du mot CDCy,, qui signifie faucille. One l’on juge maintenant de ces prétendus signes déterminatif. s-tropiques ou symboliques !

Je doute pour ma part que l’on puisse cumuler plus d’inconséquences dans un seul exemple. — Envisager l’image de l’instrument direct et immédiat de la moisson comme un signe tropique ou symbolique exprimant indirectement la moisson; — prendre l'image de la faucille pour un signe tropique ou symbolique, tandis que le nom égyptien de la faucille, IDC Y , exprime également la moisson ; et que l’image elle-même exprime la voyelle il) dans l'alphabet de Mr. Champollion et offre ainsi l’initiale du mot U)CV>; — motiver T emploi obligé des signes déterminatifs sur l’omission des voyelles dans les groupes phonétiques — et fournir pour exemple le groupe phonétique CûCV), où il ne manque aucun élément, (i) — en vérité c’est trop pour un exemple !

(1) C’est ainsi que, dans les dix-neuf exemples des signes figuratifs, cités par Sir. Cliampoltion à côté des groupes phonétiques , ces signes figu-

SECONDE PARTIE

„Ce n’est pas tout, poursuit Mr. Salvolini,

cet emploi oblige de signes-i mages à la suite 3, des groupes phonétiques, permettait auxEgyp- ,3 tiens d'abréger sans inconvénient certains 3, mots , ceux surtout qui sont employés le plus ,3 habituellement 3 de manière à conserver le caractère phonétique initial seul , combiné im- ,3 médiatement avec le déterminatif. C’est ainsi, ,, dit-il, que, par exemple, un des mots les 3, plus communs, COV’XCC, roi , ne se trouve „ presque toujours représenté que par la plante , „ C, jointe immédiatement au déterminai if tro- 3, pipuE l'abeille. (i

En citant cet exemple des signes détermina- Jj/a-tropiques , je regrette de ne pouvoir m'y arrêter dans la question présente : T abeille précédée d'une plante et surmontant les cartouches de certains souverains , et les signes qui donnent la légende CO , et qui, surmontant d’autres cartouches royaux, font ainsi le pendant

rat fs servent, selon lui, à oétekminek le sens de ces groupes , dont dix sont écrits eu toutes lettres ; et telle est la préoccupation de P Egyptologue , qu’il observe lui-même à propos du groupe hiéroglyphique \XCtA>(>', / que ce groupe ,, est ,, lettre pour lettre le mot copte tliébain qui sig - „nifie crocodile. u (Page lo9 suprà .)

Signes déterminatifs de Salyolini. 189

de l abeille, ces signes, admis trop facilement pour des expressions du mot et de l’idée roi, subiront plus tard l'examen cpie j'ai promis a la page 23 de mon Essai sur les hiéroglyphes dliorapollon. La question relative a la valeur de ces signes est trop importante pour l’aborder dans une question étrangère à leur objet. Je passe donc à l’examen d’une autre circonstance qui, au dire de Mr. Salvolini , a motivé l'emploi des signes déterminatifs qui , selon lui, jouent d’ailleurs le rôle le plus important dans le système des hiéroglyphes : (i) — c'est „Tatta~ „chement des Egyptiens « leur plus antique „ écriture, laquelle, dit Mr. Salvolini, était ,, primitivement Jigurali ve.

Ad 2m. Mr. Salvolini admet donc l’existence de l’écriture primitivement figurative comme un fait hors de doute, tandis que son illustre maître ne l'a présenté que sous les formes d’une hypothèse. Mr. Champollion, en abordant la question des origines phonétiques , dit que „les Egyptiens usèrent d'abord des caractères ,, figuratifs et des caractères symboliques selon „loute apparence. “ (2) Or, l’apparence n’e-st

(1) Première Lettre, page 17, et suprà, ISi.

(2) Précis , page 358.

SECONDE PARTIE

pas un fait; et la preuve qu’aux yeux (le Mr. Charapollion cette apparence n’était (pie présomptive, c'est qu’à la page 362, il nous dit que : ,, Tl serait fort intéressant de savoir si les „ Egyptiens ont use d'abord d'une écriture

,, SEULEMENT FIGURATIVE Cl SYMBOLIQUE. (( Et

il ajoute que ,, les plus anciens monumens con- ,,nus nous montrent déjà les signes phonétiques ,, mêlés, dans toutes les inscriptions, avec les „ signes fguratifs et les signes symboliques.(i Or puisqu’aucun monument égyptien ne nous offre d’inscriptions purement figuratives ou symboliques, il demeure impossible d’établir par le fait , la priorité des caractères de ces deux genres graphiques des Egyptiens. C'est donc tout-à-fait gratuitement que Mr. Salvolini prétend que la plus antique écriture était primitivement figurative, et qu’il se plait à attribuer l’emploi des signes déterminai //à-figuratifs , à V attachement des Egyptiens pour cette espèce d’écriture. Je dis d’abord, qu’il est inconséquent de motiver l’emploi d’un signe sur l’attachement pour les signes de son espèce, taudis qu’on attribue à ce signe le rôle important d’im caractère déterminatif. Je dis ensuite, que l’assertion de Mr. Salvolini qui considère ces signes déterminatifs comme étant exclusivement mi-

Signes déterminatifs de Salvolini. 191

truques ou figuratifs , est une assertion erronnée par la raison qu’il n’existe point un seul signe figuratif, qui ne rentre dans le système phonétique, Et, pour nous en tenir ici aux exemples cités par l'investigateur : ,, L’image d'une char - „rue placée à la suite des signes phonétiques „ (formant le mot) gySxï, est, selon Mr. Salvo- ,,lini, un déterminatif- mimique , parce que, 5, dit-il, le mot signifie charrue dans la

„ langue copte, “(1) Mais la charrue dont parle Mr. Salvolini, exprime un M dans l’alphabet hiéroglyphique de Mr. Champollion; et cet M est l’initiale du mot Uo^&(2) traduit dans la Sc.El. par khaedidèt èl kharith, fer d’agriculteur; donc la charrue en question, considérée dans l'image qui lui est propre, ne s’appelle point , mais , en dépit du groupe phonétique , mot qui répond d’ailleurs à jugum

(t) Suprà , page 181.

(2) Ce mot est rendu à la page 440 du dit vocabulaire sous la forme f vomer ( le

hoyau ou charrue de Mr. Cliampollion.) En dépouillant la forme / de son préfixe

fi et de son article indéfini 0^4 f on obtient où le A pour n’est qu’une faute

d’impression , rar ce mot se trouve parmi ceux rangés sous la finale .

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