‹ Archéologie égyptienneChapitre 25 sur 46 · LES SIGNES DÉTERMINATIFS · texte numérisé non relu

LES SIGNES DÉTERMINATIFS

Après avoir examiné les données du chef de l’école et celles de ses disciples sur la nature des signes déterminatifs , et démontré l'inconséquence du principe qui motive l’urgence de ces signes sur le vague de l’expression des groupes phonétiques — je vais m’arrêter maintenant à l’examen des groupes composés pour la plupart de deux signes de diverses espèces, et dont l’un semble effectivement destiné à déterminer la valeur du caractère qu’il accompagne.

J’ai déjà fait observer que , selon Mr. Champollion, ,, les caractères figuratifs suffisaient ,,pour rappeler même avec plus de précision „que les mots de la langue la mieux faite le „ souvenir des êtres purement physiques. “ (1 ) Cette observation, si simple eu apparence, est aussi inconséquente qu'illusoire dans son application au système hiéroglyphique, dont beau-

( I ) Précis, page 3.52 No. 44.

Question sur tes signes déterminatifs. 195

coup d’élémens ont été reconnus par l’Egyptologue comme ayant tour -à- tour une valeur figurative , symbolique ou phonétique.

La précision de l’image d’un objet physique, fort utile pour la reconnaissance de cet objet, ne décide donc rien en faveur de l'expression de son image, puisqu'il est reconnu, dis-je, qu’elle peut également — faire partie intégrante d’un groupe phonétique — servir de signe abrégé à un mot dont elle offrirait V initiale — représenter l'objet dont elle est l’image — ou servir, enfui, de signe énigmatique , en représentant un objet, soit physique, soit intellectuel, d’une manière indirecte ou figurée. Et pour offrir ici un exemple de cette espèce de protées, je citerai les deux bras , levés depuis le coude , et qui servent tantôt de signe figuratif et direct d’une . coudée : K'JO\, {Koi) — tantôt d’image symbolique-énigmatique de l'offrande 'fi) IvoplkSwft, (. Korbane ) — tantôt enfin de signe de la lettre K/ fesant partie intégrante d’un groupe phonétique.

Ces diverses valeurs de certains caractères hiéroglyphiques pouvaient par fois être déterminées par la place même que ces caractères

(1) Supra , page 124 et sq.

SECONDE PARTIE

jyes

occupent dans la série des signes qui les environnent; mais par lois aussi ces valeurs pouvaient être douteuses; et c’est pour obvier a cet inconvénient , que certains signes ont été associés d’une manière plus ou moins constante pour servir d'expression à un objet. Telle est, par exemple, l'espèce de -plante valant un o et un O’ü , No. 38 de l’alphabet de Mr. Champollion, et laquelle, associée à un petit bon homme accroupi sous la corolle recourbée de cette plante, symbolise un prêtre , Nos. 304 et 305 du tableau général. Or, je le demande : n’est-ce pas la plante en question qui, à l'aide de sa valeur alphabétique 0% (ou) initiale du mot (ouêb) prêtre , détermine,

dans les textes hiéroglyphiques, limage du petit homme accroupi ? Et pourrait-on soutenir, au contraire , que ce soit le croquis informe de cette image qui caractérise le mot que la dite plante représente d’une manière abrégée ? Notez bien que cette image est par fois remplacée par la figure d’un pied , qui représente un b dans l’alphabet de Mr. Champollion No. 19; ce qui prouverait, d’après son principe déduit de la permutation des homophones , (î) que l image

(I) Suprà , page 146.

Question sur les signes déterminatifs. 197

en question représente aussi la lettre b , tout en servant île signe figuratif; de même que le signe ^ figuratif No. 247 du tabl. gén. représente un enfant et la lettre C (S) ou UJ ( Ch ) No. 104 de l’alphabet ; — L’homme au bras levés une offrande , et la lettre K dans le nom de l’Empereur Commode y inserit sur la oorniche d’un petit temple à Anti-Latopolis, etc. (î)

Je citerai encore l'image d’une femme, que Mr. Chainpollion donne , sous le No. 246 6 de son tableau général , pour ,, un caractère fgu - „ratif , servant de signe d’espèce, plus particulièrement employé, selon lui, après les ,,noms propres de femmes défuntes. Cette ,, petite figure tient, dit l’Egyptologue , une tige „de lotus recourbée ; et il observe qu'un bouquet ,,de lotus tient souvent la place de ce signe „ d'espèce lui-même. u

Je citerai en même temps ,, l'image figura yytive d’une déesse tenant, selon Mr. Cbampol- ,,lion, un sceptre dans sa main, signe symbolique „ ordinaire des déesses égyptiennes. “ No. 231 du tableau général. Or, le sceptre en question représente la lettre G ( S ) dans l’alphabet de

(l) -Sali. Essai sur les hiéroglyphes , PL II IVo. 22>

SECONDE PARTIE

l'Egyptologue, (1) et ce C n’est que l initiale du mot CgUSLl, (Sgliimi) femme , dont la tête encapuchonnée la distingue des femmes ordinaires, le capuchon , , offrant T initiale j » f

identique a celle du mot Kî\h£*/ souverain. (2) Avec un peu d’attention on reconnaîtra également, que le lotus recourbé , qui caractérise l’image d une femme, est identique à la figure du dit sceptre, qui n’en diffère que parce que le lotus est recourbé a sa sommité. Ce lotus de Mr. Champollion n’est donc encore que l initiale du mot Qg\S&\r femme, non-capuchonuée.

C’est donc la présence du signe phonétique qui, si besoin il y a, sert à déterminer la nature de l’image qu’elle accompagne; et il sera toujours inconséquent de soutenir que ce soit l’image qui détermine l’expression du groupe phonétique, assertion (pii devient tout-à-fait dérisoire alors qu’il est question d’images tropiques ou fgurées , par conséquent de signes mystiques, auxquels on attribue la faculté de déterminer des groupes phonétkpies ou alphabétiques.

(1) Voir les Nos. 82 et 85 qui représentent chacun deux sceptres affrontés.

(2) Les textes hiéroglyphiques donnent Ktmèi et tm£>, pour dominas , lierus , seigneur et maître.

Question sur les signes déterminatifs. 199

Je borne ici mes aperçus sur la question des signes déterminatifs , dont j’ai examine la théorie dans ce chapitre. Ayant fourni à la critique les moyens d’enyisager cette question dans son vrai jour, je regrette de ne point connaître les développemens que Mr. Champollion fait valoir à ce sujet dans sa grammaire hiéroglyphique.

Pour terminer la discussion du grand problème du système hiéroglyphique des anciens Egyptiens, il nous reste encore trois questions à examiner.

1 °. La question de savoir ce que les anciens entendaient par le mot Fou u imv a , dont ils se servaient pour désigner les caractères hiero-

GLYPHIQUES.

2°. La prétendue notoriété generale de l écriture hiéroglyphique , affirmée par Mr, Champollion.

3°. L’antiçlitÉ des origines hierogly»

PI11ÇUES.

Ces trois questions générales, intimement liées à celles qui précèdent, formeront ainsi le complément de nos discussions préliminaires, et nous feront voir encore une fois que , si le célèbre Egyptologue, pour donner du poids à ses

SECONDE PARTIE

assertions, en appelle quelquefois à l'autorité des anciens qu’il ne nomme point, il n’a jamais attaché la moindre importance à leurs données, et qu’il ne montre nulle part cet esprit de critique et d'impartialité , si essentiel aux intérêts d’une question archéologique.

Or, l’examen attentif du mot rqâuiiaza, le plus intéressant de la question hiéroglyphique , persuadera la critique impartiale, que ce mot chez Hérodote, comme chez tous les écrivains qui ont parlé des monumens égj ptiens , a constamment servi a désigner les caractères alphabétiques, exprimés par les hiéroglyphes , et a distinguer ces caractères des tableaux proprement dits, considérés dans leur ensemble et abstraction faite de la valeur isolée de leurs élémens.

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