‹ Archéologie égyptienneChapitre 26 sur 46 · APERÇUS · texte numérisé non relu

APERÇUS

DE

31 r. Champollion sur le mot rçauiiava.

„ L’éclat des couleurs Variées, ajouté aux ,, signes hiéroglyphiques , et la nature matérielle ,,de ces signes, prouvent, dit l’Egyptologue, que ,, l’art de l’écriture fut, en Egypte, essentiellement lié à l’art de peindre; ou plutôt ce ,, n’était qu’un seul et même art, arrivant au „ même but par les mêmes moyens , l’imitation ,,des objets, avec cette seule différence que la ,, peinture procédait toujours au propre , tandis ,, que l’écriture fut souvent forcée de recourir ,, à des formes tropiques pour exprimer un

SECONDE PARTIE

,, certain ordre de choses, qui ne tombant point „sous les sens, échappaient au pinceau du ,, peintre pour devenir la propriété exclusive de ,, l’écrivain; il fut donc naturel en Egypte, plus „que partout ailleurs, que, dans la langue „ parlée qui a conservé l’empreinte bien caractérisée des moeurs et des usages primitifs, un ,, même mot exprimât V action de peindre et ,, celle d’écrire, l’Écriture et la peinture, ,, le scribe et le peintre. Cette seule observa - „ tion suffirait , s'il en était besoin , dit l’Egyp- ,, tologue, pour prouve r qu'à l'origine de la „ civilisation égyptienne , la première écri- ,, ture usitée consista , comme au Mexique , ,, dans la simple peinture des choses. “(1)

Mr. Champollion , en empruntant cet argument a Warhurton* (2) ne s’est point aperçu que le mot sur lequel il repose , peut fournir à une

(1) Précis , page 311. et suiv.

(2) „Les mots qui servent dans les anciennes lan- „ gués à signifier les lettres , ou V écriture en ,, lettres , montrent encore que les lettres pro- „ viennent des hiéroglyphes. Ainsi les mois

et —t]ucau , veulent également dire images „ des choses naturelles, et marques ou curac- ,,tères artificiels ; et l'çûcfa) signifie peindre et ,, écrire. e< Essai sur les Hiéroglyphes Egyptiens „de Warburlou. Tout. I. page 44.

Chamfollion sur le mot ryâiiuava. 203

critique moins hâtive une démonstration subversive de cet argument. Et d'abord , peut-on soutenir que l’art de peindre, quelque faible qu’on veuille le supposer dans son origine, ait précédé les premiers essais de la gravure? que l’homme ait commencé par inventer et employ er les couleurs avant de tracer avec un instrument aigu de simples traits sur un plan dur P Soutenir de pareils faits c’est renverser l’ordre des choses. Si le mêmes mots égyptiens c&A) ou et

ou CgM expriment à la fois l’action de peindre et d'écrire, la peinture et l'écriture, la priorité de l’un de ces deux arts exprimés par un seul mot , doit être fondée sur la priorité de l’idée inhérente à ce mot. Or, la preuve que les dits mots égyptiens signifièrent d’abord graver et non peindre, c'est que la charpente radicale de ces mots offre , sous diverses variantes, des idées congénères a celle de graver, qui signifie, en dernière analyse, faire des sillons, en enfonçant un instrument aigu dans un plan plus ou moins dur ou solide. Ainsi c't

CVvîkV signifie labourer, c’est-à-dire faire des sillons dans la terre ; Cüoyy vent dire plonger, enfoncer, un trépan, par conséquent un

instrument aigu. De même en russe, namy signifie je laboure, et imuiy j’écris et je

SECONDE PARTIE

peints. Ainsi F oàipoj , qui n’offre en français que son idée première dans le mot graver , signifie en grec écrire et peindre ; et chez Hésychius: Fo a.ftuux a : vu ytyoauuévu — y. ut ru Lwynu.fp^iiuTu : l'écriture et la peinture ; et rç ûy ai: £voai, yarta^ai , âfiv^ai , racler , grater , creuser , faire des sillons , graver , inscrire, écrire ; et chez le Scholiaste de Théocrite , cité en note dans Hésychius, Fctayat, r 6 Çvoai ai nulaioi tleyov. Maintenant je le demande: la double acception du mot C£M, donné parMr. Champollion et qui signifie peindre et écrire, peut-elle servir de démonstration a ce qu’il avance? et s’il est incontestable que l’idée de peindre et de peinture n’a été acquise que pim tard et accessoirement aux mots CVM

et semblables, cela prouve -t -il, ainsi que le soutient Mr. Champollion, que la peinture ait précédé l'écriture ? Quoi qu’il en soit de ces déductions obligées, espérons le, l’archéologie égyptienne pourra nous fournir de meilleurs argmnens, pour mettre un terme à ces contresens de l’école, dont le Chef a plus d’une fois démenti lui-même la théorie.

Yoici maintenant des considérations générales, qui, pour être placées sous le faux-jour d’un système , n’en sont pas moins vraies quant

Champollïon sur le mot r oâuuaTo.. 205

au principe d’unité qui préside à leur développement.

„ L’écriture et les arts d’imitation, dit l’Egyptologue, se séparèrent de bonne heure et pour „ toujours chez les Grecs; mais, en Egypte, ,, l'Écriture , le dessin , la peinture et la sculp- „ture, marchèrent constamment de front vers „un même but; et si nous considérons, dit-il, ,, l'état particulier de chacun de ces arts, et ,, surtout la destination de leurs produits , il est ,, vrai de dire qu'ils venaient se confondre dans un ,, seul art , dans l’art par excellence , celui de l’f.- ,, criture. Les temples, comme leur nom égyptien „ l’indique, n’étaient, si l’on peut s’exprimer ainsi, ,, que de grands et magnifiques caractères repré- ,, sentatifs des demeures célestes : les statues , ,, les images des rois et des simples particuliers , „ les bas-reliefs et les peintures qui retraçaient ,, au propre des scènes de la vie publique et pri- „ vée, rentraient pour ainsi dire dans la classe des „ caractères figuratifs; et les images des „ dieux , les emblèmes des idées abstraites, les or- ,, nemens et les peintures allégoriques , enfin la „ nombreuse série des ANAGLYPHES,se rattachaient ,, d’une manière directe au principe symbolique „de l’écriture proprement dite. Cette union „ intime des beaux-arts avec le système gra-

,, phique (les Egyptiens nous explique sans elfort „les causes de l’état de simplicité naïve, (i) ,, dans lequel la peinture et la sculpture per- „ sistèrent toujours en Egypte. “

Et , en parlant des anaglyphes , dont le système était selon lui „ réservé à la caste sacer- ,, dotale , et a ceux-là seuls qui étaient initiés „à ses mystères u anagltphes, sous lesquels l’auteur comprend ,, les bas-réliej's ou tableaux ,, composés d’êtres fantastiques ne procédant „ que par symboles i( Mr. Champollion observe que; „On peut dire que les Images des dieux ,, exposées dans les sanctuaires des temples, et ,, ces personnages humains à tête d ' animal , ou „ces animaux avec des membres humains , ne ,,sont que des lettres de celle écriture cachée ,, des anaglyphes , si l’on peut tout-à-fait donner „le nom d’écriture à des tableaux qui n’ex- ,, priment cpie des ensembles d’idées sans une „ liaison bien suivie. C’est probablement dans „ce sens, dit Mr. Champollion, que les prêtres ,, d’Egypte donnaient à l'ibis, à T épervier et au „ schacal , dont ils portaient les images dans „ certaines cérémonies sacrées, le nom de ,, lettres, r Qu y paz a , comme étant de véri-

(i) Précis , page 43 J et suiv.

Ciiampollion sur le mot T uduiiaxa. 207 fiables élémens d’une sorte d’écriture alle-

,, GORIOUE. U(l)

Faute de pouvoir trouver ce passage dans le traité d’Isis et d’Osiris de Plutarque, auquel renvoie Mr. Champollion, je vais extraire celui que St. Clément d’Alexandrie nous fournit dans le liv. Y de ses Stromates. (Page 671.)

Le philosophe chrétien, après avoir rapporté plusieurs symboles allégoriques, dit: ijârj ôè v.av xaîç xa'kovfitvaiç nao ’ avxoiç xeifiaoiaiç , xwv d'eüv yovoà âyaXfiaxa ' âvo fièv xiivaç, è’va ôè 1 t r> axa, Keel ïfi i v [uav neQupéQovoi, xai xaXovai xà xéooaqa xcov a y a X u â v ai v eïdioXa x é o o a Q a y q a pu axa; et St. Clément observe que les deux chiens étaient les symboles des deux hémisphères, l’Épervier celui du soleil et l’ibis celui de la lune.

Je remarquerai d’abord, que les mots xà xwv àyaXuctzwv uôwXa , qui précèdent le mot yocîixfiaxa , ne laissent aucun doute que ce dernier mot(i) n’indique ici des lettres , et qu’il ne soit

(1) Précis y page 427.

(1) On a vu ci-dessus, que le mot T« signifie

aussi 'Cor/Qaqrj/xmu , peintures ■ Or, cette acception serait inadmissible à la suite des mots images des simulacres: d'ôoû.u nycd/xûuov.

SECONDE PARTIE

la version exacte du mot C£M/ désignant les caractères alphabétiques. Et néanmoins il est de fait que ces simulacres, qualifiés de lettres par le sacerdoce égyptien , étaient des symboles tropiques , c’est-à-dire, des signes conventionnels d’autres objets : les deux chiens représentant les deux hémisphères , l’Épervier — le soleil , et l’ibis — la lune. On se demande donc la raison qu'avaient les prêtres égyptiens de donner le nom de lettres à des symboles tropiques ou figurés ? En nous disant que ces images ,, parafaient le nom de lettres, comme étant de ,, véritables élémens d'une sorte d'Écriture „ allégorique, “ Mr. Cîiampollion ne nous apprend rien par cette observation spirituelle, attendu que les elemens des tableaux mystiques des Egyptiens sont chez lui des signes d ’idées , et non pas des lettres ; nous revenons donc toujours à la question de savoir pourquoi les prêtres donnaient le nom de lettres à des signes d’idées? Le seul moyen de justifier cette apparente absurdité , c’est de rapporter les dites quatre images, appelées quatre lettres , à la découverte de Mr. Champollion, qui a fait l’objet de notre examen , (page 64 et sq.) et de rappeler ici à nos lecteurs, que les prêtres égyptiens ont eu le bon esprit „de symboliser une idée

Champollion sur le mot rçâjnfiava. 209

„«u moyen des caractères mêmes qui repré- ,, sentaient d’abord le son du mot, signe ,, de celle idée dans la langue parlée ? u (1 ) Alors tout s’explique, et nous reconnaîtrons que les quatre simulacres , appelés quatre lettres par les prêtres égyptiens à la barbe des profanes, n’étaient effectivement que les lettres initiales des mots occultes , exprimés par les dits simulacres , devenus ainsi des images tropiques ou figurées. Et pour nous en tenir ici à la citation de l’Egyptologue, qui nomme le scliacal , T épervier et l'ibis — nous trouvons, en effet, que dans son alphabet harmonique, la tête de scliacal (2) représente un 0% (ou) lé pervier , un , (a) 0 , ( o ) etc. — et si l'ibis manque dans son alphabet, l’image de cet oiseau n’en a pas moins la valeur d’un T (£) ou ‘EF ( th ) , ainsi qu’on peut s’en convaincre par la légende du No. 108 « du tableau général qui accompagne le Précis de Mr. Cbampollion, où le dit ibis sert d’initiale, et la prétendue

(1) Suprà , page G5.

) Les chiens , cités par St. Clément , donnent la même voyelle par l’initiale du nom qui signifie un chien.

SECONDE PARTIE

enseigne , ( i ) de finale au nom , soi-disant symbolique, du dieu Thotii(2) l’Hermès égyptien, légende qui se retrouve naturellement dans la première portion du nom du pharaon Touthmes, donné sous le No. 110 du même tableau général. Quant aux rapports phonétiques qui doivent exister entre ces quatre lettres mystiques et les noms des objets dont elles sont les initiales symbolisées , le vague des données recueillies par St. Clément ne nous permet point de nous y arrêter dans une question générale : j’examinerai ces rapports dans mes analyses des Èymboles tropiques ou figurés.

Je vais maintenant examiner successivement la question relative au mot rçdppava, employé par divers anciens écrivains pour désigner les hiéroglyphes égyptiens.

( l) Celte prétendue enseigne est tout simplement le type phénicien de la consonne, qui a donné le hébreu, et que le Copte exprime par la lettre faute de signe spécial.

(2) A la page 15 de l’explication des planches du Tableau général , on lit sous le dit No. 108 a : ,, Un „ibis perché sur une enseigne — nom symbolique ,, du dieu Thoth, V Hermès égyptien* e

rocc/i/iava dans le passage de Clément. 21 1

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