‹ Archéologie égyptienneChapitre 29 sur 46 · LES OBJETS D’UNE MANIERE INDIRECTE OU FIGURÉE · texte numérisé non relu

LES OBJETS D’UNE MANIERE INDIRECTE OU FIGURÉE

Clément d’Alexandrie, voulant expliquer les 'procédés graphiques de la méthode tropique, dit: Tçomxàiç âè, xaz’ o ixei6vi]v a yezâyovzeç y.al yezazLfrévzeç , zà (T iÇccXlàzzovzeç , zà âè nolXcr/coç y ezaoyj jiiazi^o v zeç yaqàzzovoiv ; ce qui veut dire, que, dans la méthode tropique, on détournait un ou plusieurs signes, et on les disposait sur un autre, selon les convenances relatives À l’objet du symbole , et qu’à l’aide de ce procédé, on sculptait les caractères tropiques de manière à altérer telles images, et à défigurer telles autres de plusieurs façons. (2)

(1) Supra , page 100 à 111.

(2) Voir supra le sens cln passage sur les trotes, Première partie , page 85 et suiv.

SECONDE PARTIE

Il résulte «le cette «léfinition , que les caractères tropiques ou figurés , quelque fantastiques qu'ils semblent être, sont toutefois soumis aux convenances relatives À l’objet du symbole , lesquelles convenances déterminent le choix «les signes qui concourent à leur combinaison.

Je ne disconviens point que ce principe des convenances représentatives des symboles tropiques ou figurés , ne puisse se rapporter parfaitement à la représentation des idées , abstraction faite de leur expression alphabétique ; la méthode tropique ou figurée serait, sous ce rapport , une méthode essentiellement idéographique et telle qu’elle est considérée dans la théorie de Mr. Champollion. Mais je demanderai à la critique impartiale si la clause xax’ oixuoxijza , par laquelle je comprends les convenances rélatives à l'objet du symbole , ne pourrait pas convenir également a V expression alphabétique des objets, représentés d’une manière tropique. On objectera que l’épithète tqotcly.wç , qui caractérise cette méthode, exclut, par le fait, cette hypothèse, attendu que le mot r qojilxwç exprime invariablement un procédé métaphorique, et par conséquent idéographique .

Je répondrai d’abord, que le mot vçomyMÇ , pris dans son acception rigoureuse, exprime

rçau/Liava dans le passage de Clément. 221

simplement un procédé indirect , détourné , et non pas une idee indirecte , détournée; et de même tqotcoç signifie proprement maniéré indirecte : détour, et non pas idée indirecte, détournée: métaphore. Le mot tqotcoç n’offre et 11e peut offrir cette dernière acception, que lorsqu’il est question d’un mot. Or, l’analyse du passage de Clément nous a démontré, que cet auteur, en énumérant les trois espèces de la méthode symbolique, s’est attaché à faire connaître les procédés graphiques de chacune de ces espèces; de là cette distmction entre la méthode qui emploie les images directes des objets: i\ lùv zvQioloytïtcu ymtÙ piui]Ocv , et la méthode tropique: 77 â3 éjojzcQ tqotuxwç y q dq> et a 1 , ce qui ne signifie point TQomxcÎjç evvoeïtch. Remarquez de plus, que Clément ne dit pas simplement tqotct/mç^ d’une manière tropique , mais 12 0 ix e q tqotuxôjç, d’une manière en quelque sorte tropique , voulant ainsi établir une analogie entre les signes tropiques et les termes tropiques; et cette manière en quelque sorte détournée , consistait, en effet, dans la combinaison de divers signes, dont le choix était déterminé par les convenances de l’objet que chaque symbole était destiné à exprimer. En suppléant, dans la définition de St. Clément, les mots qu’il sous-

SECONDE PARTIE

entend, nous pouvons maintenant faire l’analyse suivante. Clément dit :

Tqotcuuoç ât yaçànovoL {zà ovpftoXa) ymi 1 ohuoiryca {iùv nqaypàiov) : Dans la méthode tropique on sculptait les symboles, selon la convenance des choses.

Ici se présente la question de savoir: Tiva tqottov ou Uojç yaoàiiovoi ravi a là ovuftoXa? de quelle manière ou comment sculptait-on ces symboles? Meiàyovieç y.ul peiai ifrévieç ( va OvpfioXa ) , là ô " èÇaXXàvvovieç } là âè noXXa/olç peiaoyrjfiait^ovieç : On les sculptait, en détournant telles images et en les disposant sur telles autres , de manière à altérer les unes et à défigurer les autres de plusieurs façons. Et les auteurs de ces symboles fantastiques étaient guidés dans leur choix par la convenance (des choses) xaiD oixuoiryia (iwv noaypànov) c’està-dire, par les convenances de l’objet, que tel symbole était destiné à exprimer. La définition de Clément regardant donc exclusivement les procédés représentatifs , rien n’autorise à croire et à soutenir que le mot y.ui oineioirjia doive se rapporter à l’expression des idées , et non à l’expression des mots; et il résulte de cette définition, que la méthode dite tropique avait pour objet direct la forme, le tracé des signes ,

roâfiuava dans le passage de Clement. 223

et que c’est leur trace qui était tropique, quelle qu’ait pu être d’ailleurs l’expression de ces signes détournés , c’est-à-dire, plus ou moins défigurés par la bizarrerie de leur combinaison: ,,ces caractères, bien distincts de tous les „ autres, présentent, dit Mr. Champollion, des „ combinaisons déformés que l’oeil n’apercevra „ jamais dans le domaine de l'existence réelle. „ Ces images sont celles d’êtres fantastiques , et „ semblent pour la plupart n’être que les pro- ,, duits du plus extrayant délire; et tels sont „ des corps humains unis aux têtes de divers „ animaux , des serpens , des vases même , mon- „ tés sur des jambes d’homme , des oiseaux et „ des reptiles à tête humaine , des quadrupèdes „ à tête d'oiseau , etc. u ( 1 )

Tels sont les élémens de la méthode tropique qui procède pexâyovxeç xai pexaxi9'évxeç xà ovufio’ka — xà â 3 èÇaXXaxxovxeç , xà âi noiXa/fg fuia o y rju a x iio vxcç : procédé, à l’aide duquel „les objets les plus opposés dans la nature, se ,, trouvent en contact et produisent des alliances ,, monstrueuses. (i (2)

Ces alliances fantastiques et souvent monstrueuses, ont tellement séduit l’imagination syrn-

(1) et (2) Précis, page 305.

SECONDE PARTIE

bolique de l’Egyptologue, qu’il cite, comme nous venons de le voir , des vases même montés sur des jambes d'homme , sans s'apercevoir cpie ce prétendu symbole fantastique est tout simplement, ainsi que je l’ai déjà remarqué plus haut, un U (n) perché sur un ^ (t) ce qui pourrait être le son nt thébain , équivalent au t memphitique, ou bien la charpente d’un mot, formé de ces deux consonnes avec une ou plusieurs voyelles médiales.

Après avoir essayé d’établir les véritables rapports de la définition que l'auteur des Stromates donne de la méthode dite tropique, je vais, à l'appui de mes développemens, aborder ici quelques exemples applicables à la dite définition.

En parlant, dans son Panthéon égyptien, de rUraeus, emblème de Sate, la Junon égyptienne, tracé sur la planche 7 b, Mr. Champollion observe „ qu'un très-grand nombre de divinités ,,ne sont reconnaissables sur les monumens „ égyptiens, qu'au seul caractère initial de ,, leur nom propre , ou de leurs titres spéciaux , „ placé sur leur tête ou dominant les divers ,, ornemens de leur coiffure. (i Mr. Champollion remarque, à la même page, que ,, la plume ,, est le premier' caractère du groupe Sate , la

Fqâfiuaxa dans le passage de Clément. 225

,, quelle plume est l'insigne distinctif , qu’on „ voit sur la tête de toutes les images de cette „ déesse. “ Et, dans son explication de la planche 7 du meme Panthéon, l’Egyptologue assure, au sujet de l’image de cette déesse, que ,,les bas-reliefs sculptés sur les édifices religieux ,, de l’Egypte , nous offrent assez fréquemment „la représentation d’une déesse (Sate) caractérisée surtout par une grande feuille qui „ s'élève au-dessus de sa coiffure. is

La plume ou feuille , * dont parle Mr. Champollion, est placée par lui sous la valeur d’un C (S) No. 102 de son alphabet. Cette plume ou feuille n’est donc que l'initiale du nom de la déesse Saté. Cette même divinité se trouve représentée sur la pl. 7 a du Panthéon égyptien avec des ailes , étendues dans le sens direct de la figure, et au-dessous des bras , également étendus et comme appuyés sur les ailes. Mr, Champollion ne fait aucun cas de cette attitude. Or, le bras étendu vaut, entre autres, un (a) dans son alphabet, No. 7, et l’aile a été reconnue par lui pour un signe représentant t initiale du mot qui signifie une aile.

Ces déductions nous donnent donc le mot ( sat ) qui est le nom de la déesse Saté , moins la finale qui, ainsi qu’on l'a vu a la page 180

SECONDE PARTIE

supi'à , se supprime à la fin des mots écrits en caractères hiéroglyphiques. Il y a plus :

Si l’on fait attention à la bandelette qui serre le capuchon de la déesse, on y découvrira une nouvelle ruse. La partie supérieure du capuchon, liée par la bandelette, est identique par sa forme au signe que Mr. Champollion appelle segment de sphère, valant un (<) sous le No. 28 de son alphabet ; et le deux bouts de la bandelette, divergeant en forme d’une piramide No. 30, ou des pieds qui marchent , No. 25, vaut également un ( l ) ; de façon que cette ingénieuse coiffure de la déesse Salé, surmontée de la feuille , nous donne la légende de son nom , laquelle légende peut d’autant mieux être complétée par les deux bras étendus de la déesse, que le bras exprime un &< (a) et un £ (e) dans l’alphabet de Mr. Champollion, et que ce brus sert de finale à la légende phonétique qui accompagne l’image de la déesse. Cette image se présente ainsi dans toute la richesse de son expression alphabétique , tandis que, dans le courant des textes hiérogtyphiques, où elle était tracée en petite miniature, la feuille sur la tête d’une femme suffisait pour caractériser la déesse , quoique les ailes y complètent souvent îa charpente S — t de son nom. Mr. Cham-

Fçâuuaza dans le passage de Clément. 227

pollion, qui n'a aperçu (pie l'initiale seule du nom de la déesse , y voit ,, un exemple de celle ,, singulière façon de caractériser les differentes „ divinités ; “ je conçois, en effet, (pie cette façon alphabétique devait contrarier ses façons anaglyphiques ; et Mr. Champollion aurait été bien autrement scandalisé, s’il eut pu soupçonner une légende toute entière dans lingénieuse coiffure de la déesse ; les choses toutes simples sont toujours smgulières aux yeux d'une doctrine qui ne vise qu'au sublime , et ne rêve que profondeurs .

J’aborde maintenant le bouquet de lotus représenté sous l’image delà déesse. Mr. Cliampollion rapporte l’autorité d’Horapollon L. I. §. n. qui assure que , selon les Epyptiens , la déesse Salé (qu’il nomme ÏTç)a, Junon) occupait l’hémisphère inférieure du Ciel: zo xdzio zov ovQavov ijfuoqalçLov, Hçu. Sans m’arrêter aux détails de Mr. Champollion tendant à prouver que, sous l’hémisphère inférieure , il faut entendre la région inférieure de l’Egypte, c’est-à-dire, les nomes de la basse Egypte, je citerai ici son observation que „ les régions inférieures se ,, trouvent exprimées par le redoublement d’un „ bouquet de tiges plus ou moins nombreuses „ de lotus , mais dont deux , les deux extrêmes,

„ sont constamment brisés. “ (1 ) J’ai déjà remarqué à îa page 197 suprà , que la plante que Mr. Cliampollion appelle lige de lotus , et qu'il dit être le sceptre habituel des déesses égyptiennes (tige que la déesse Salé tient en effet dans sa main sur la planche 7 du Panthéon), est identique à la figure des deux sceptres affrontés qui expriment la consonne C (S) sous les Nos. 82, 84 et 85 de l'alphabet de Mr, Cliampollion. j’observerai de plus, que les deux tiges extrêmes, constamment brisées, ne sont brisées que pour représenter la lettre ^ (t) sous la forme d’un triangle isocèle, qui sert de type aux deux pieds qui marchent, vestigia,

No. 25, et à la piramide, exprimant l’initiale du mot sepelire. Ces tiges brisées

font d’ailleurs allusion à T initiale du mot périr e, corrumpere, destruere, idées relatives a ce qui est brisé , rompu, corrompu. Le symbole de la région inférieure , que je viens d'examiner, nous offre donc les initiales G — charpente du mot VCH^ ( écêt ) où le y initial

(l) Panthéon PI. 7 a et 7 b; dans cette dernière les tiges de lotus , celle du milieu surtout, dont la corolle est droite , ne diffère que par ses couleurs de la figure du sceptre , que Saté tient dans sa main sur la planche 7 du Pauthe’on.

r<jâu/uuia DANS LE PASSAGE DE ClEJHENT. 229

n'est qn’un préfixe, et qui rentre dans le mot OX^X , d’où C^XVAX , ctbjectus, vilis , offrant la même analogie que le mot bas et ses correspondans dans toutes les langues. Tout bien considéré, la Junou égyptienne n’a donc été choisie pour protectrice de la basse Egypte, qu’a la faveur de l'homonymie de son nom Cx^X^ ( Saté ) avec les mots CVTX (Set) exprimant 1 idée de ce qui est bas, inférieur. C’est d’après ceméme principe générateur de la langue sacrée, que \a flèche CO^XE (Sole), figure dans le groupe nominal de la déesse Saté , sur la planche 19 a du Panthéon.

Il importe maintenant de remarquer que le No. 73 du tabl.gén. offre une déesse agenouillée, qui a les mêmes insignes que la déesse Salé, savoir: les bras appuyés sur les ailes étendues, et la feuille sur la tête ; cependant cette image, placée sous la rubrique des noms divins fguralifs , est, selon Mr. Champollion „ celle de „la déesse Natpé, Nelpé ou Nelphé , la Rhéa „ égyptienne, tenant la place ou bien mise à , ,1a suite du nom phonétique if x (wf) No. 54.“ du même tableau général. Les insignes de cette divinité, identiques à ceux de la déesse Saté, n offrent donc point son expression phonétique. Mais ici 1 erreur est évidente: car la

SECONDE PARTIE

PI. 3G (lu Panthéon de l'Egyptologue nous offre l’image de la déesse Nctpé, accompagnée de son nom alphabétique : PI^STl ( N-tp ) et ayant sur la tête un capuchon à - vautour , ce qui rend nécessairement suspecte l’image de Netpé indiquée sous le No. 73 du tableau général. En terminant ses développemens sur cette déesse, dans le texte explicatif de la Planche 36 de son Panthéon, Mr. Champollion dit que: „les chairs ,, de Net plié sont de couleur verte ; le vautour „qui décore le devant de la coiffure, le moclius ,, qui la surmonte , et les cornes de vache pré- „ sentent cette divinité sous l’attribution de „mère et nourrice divine. Le disque rouge „ tient a la famille de Plvré (le dieu soleil) comme ,, toutes les divinités égyptiennes du second et „du troisième ordre. u L’infériorité de lu Mère des dieux est, aux yeux de l'Egyptologue, tout aussi claire que la v erdure du ciel.

Préoccupé du concours séduisant de ces symboles, Mr. Champollion n’a point cherché ici „ l’occasion démontrer que la Rhéa égyptienne „est reconnaissable au caractère initial de „son nom propre , ou de son titre spécial , la céleste , placé sur la tête de la „ déesse. <e (Supra, 224.) Je dis reconnaissable au caractère initial, de son nom , ce carac-

rçait u, avec oans le passage de Celaient. 231

tère étant le vautour, qui, comme nous le savons déjà, vaut un (n) dans l’alphabet de Mr. Champollion, ce qui donne l’initiale du nom de la déesse Netpé, Natpé ou Netphé ; mais l’Egyptologue a préféré de voir dans le vautour le symbole de la maternité , et de qualifier cette déesse du titre de mère et nourrice îles dieux. Or, nous avons vu à la page 121 et suiv. supra, que le vautour qui s’appelle ( Nouri )

symbolise proprement le mot ( Nakghi )

parturire, engendrer, mot, qui doit avoir également signifié y evijveiQ a, génitrice, por,3jimCA b- HHiï,a, et dans la langue dite sacrée , et dans la langue vulgaire. Le mot HaK£V/ génitrice, représente donc également l’initiale du nom de la déesse Netpé. Il y a plus. Mr. Champollion dit que „ les chairs de Netphé sont de couleur „ verte, “ ainsi qu’on le voit, en effet, sur la PI. 36 du Panthéon. Or, dans le groupe nominal de cette déesse, donné sous le No. 54 du tabl. gén, la syllabe finale T \V(pé), tyv.ip'hé) se trouve exprimée, selon Mr. Champollion, par le signe symbolique du Ciel. La déesse Natpé ou Netphé est donc une divinité essentiellement céleste ; on se demande donc pourquoi ses chairs ne sont-elles pas plutôt couleur de ciel, que vertes? C’est que la couleur verte

Page 1