K F. CO N DF. FAUTIF
ci-dessus. Cepéndant Plutarque donne l’image dont nous parlons comme un complément de l'hippopotame , — emblème principal de Typhon, le génie du mal, qui emporte tout par violence: / Sia xvœuevoç; et puisqu’il s’agit de violence, le mot xvojiievoç répond a SaM (bai) toïïere, auferre , et (Ua c'est (1) UJCTT ( schote ) mot qui, sous les formes
UjOA-^ , signifie également mactare , jugulare, caedere , immolare, etc. et qui se rattache, par homophonie, à UtOErAs, iupavrjç , furens , idée qui nous ramène aux épithètes dloyoçet&rfiioidrjç de Typhon. Ainsi la donnée de Plutarque rjv (Sia xtw uevo ç 6 Tvcpcov , est exprimée par l’image énigmatique de Vépervier combattant un serpent. En effet, les mots :
ÇkMC (bciice) épervier.
CV^ü et (site et saté) serpent — réunis :
et ÊiSacc&^E ( baissite et bcüssaté) et mis en rapport avec les mots :
, (2) ÊiMujo^ et
(1) Les dictionnaires donnent ce mot avec le préfixe
et EH ; mais je le répète, ces particules sont exclues de la langue sacrée , excepté les cas où elles favorisent l’homonymie.
(2) Le (cÂ) se confond avec C (* on f) dans
rçâuuara dans le passage de Clément. 309
( baichéte , bdichate, bdïchote et baïchoïte) signifient emporter avec violence , avec fureur .
Après avoir essayé (l’expliquer, dans le sens de Plutarque, l’emblème énigmatique de l’éper vier combattant un serpent sur le dos d’un hippopotame, je reviens à la notice de Mr. Salvolini qui, en parlant du Papyrus gnostîqueégyptien du musée de Leyde, cite en passant le mot MAXS21TNEYMA , écrit tel quel en caractères démotiques avec la transcription grecque au-dessus; et Mr. Salvolini remarque que ce mot n’est point égyptien. Or, le mot Maftomvevpa est et ne peut être qu’une épithète du Typhon ou du Sêth à tête d’âne, emblème du génie du metl et ennemi de F Aya- ■iïoç ôaiytov: c’était aussi l’épithète barbare de tous les Ophites ou Sethiens, qui combattaient le dogme de la sainteté du Créateur ,(i) le considérant comme une puissance malfai-
les mêmes mots , et dans les mêmes signes hiéroglyphiques , comme il se confondait jadis dans le X17 des hébreux , qu’on a différencié plus tard par le point diacritique.
(1) C’est la secte gnosfique des Aiyxo6ojmbï, qui renient le Saint Esprit , et dont le nom n’est que la traduction de la forme correcte nviviiarofinyo?.
SECONDE PARTIE
sanie , et le personnifiant sous l’image monstrueuse de ïhomme à lêle d’une , que l'on voit sur le Papyrus g n os t i çue- égyptien . En rapprochant maintenant cet emblème d avec celui que nous avons vu dans Plutarque, je ferai remarquer, que le mot Mu'ponvwpa n’est que la traduction vicieuse du mot composé de Ê»Ai(i)
spiritus et de f abjicere , reprobure , etc. idées représentées par l’epervier combattant un serpent, et exprimées par les noms respectifs de ces images: &>A\C bais) épervier et ( sét ) serpent , mots qui, réunis dans l’ordre des images, donnent ÊsAlCC^S {baissé t.) exprimant le mot ( bciicèt ) qui a donné
naissance a l’épithète baroque Ma/omvcvua, qu’on lit dans le Papyrus de Leyde à la place de JJvEvpaTopaxoç , exprimée par V épervier combattant un serpent sur le dos d’un hippopotame. Nous allons maintenant examiner le rôle que ce terrible amphibie joue, pour sa part, dans l’emblème énigmatique qui nous occupe.
Les archéologues savent que T hippopotame
est leBÉnÉMOT nîtSHS de la Bible, le plus épou-
(l) Borapollon, L. I. §. 1 , dit t(JTL yOLQ T O flSV fi Ci L fi’X'h ; et Mr. Chainpollion , à la page 147 de sa (iraimnaîre, douue le mot Çb\\ {bat) pour Esprit.
ftàujuara dans le passage de Clément. 31 I
veutable de tous les animaux qui existent sur la terre et dans l'onde, d’après la description qu’en donne Job XL. et XLI. — ,, des flambeaux „ sortent de sa bouche , et il en rejaillit des ,, étincelles de feu; — son souffle enf animerait „des charbons , et une famme sort de sa „ gueule. “ (XLI. 10, 12.) Ces deux versets suffisent pour justifier le choix que les théosophes Egyptiens firent de cet animal amphibie pour symboliser le génie du mal et personnifier le principe de la destruction. Or, les savans modernes s’accordent tous à reconnaître dans le nom du Béhémot la transcription du mot égyptien ( péghémôou ) formé de
boeuf , et de ASODOTS, eau , avec l’article T\ préfixe — T hippopotame ayant été appelé boeuf marin par les Egyptiens. (î) Quant a la forme (mot) pour ( môou ) San-
choniathon, cité par Eusèbe, a conservé cette forme tout au commencement de son exposé de la théologie Phénicienne: . . . Mojt. xovio
(l) „Neqne de nihilo est, dit Bocliart, qnod bovi „ comparatnr ; qaem ( hippopotamus ) non solmn ,,pastu et cibo, sed et inoie refert corporis et ,, forma capitis et pedurn. Unde Itali bomarino , „ id est bovem marinum appeilant. “ Hiéroz. pag. 756- édit, tertia.
SECONDE PARTIE
zivéç (paoiv ïkrjV oi âè vdazaidovç pî£iœç
oij'ijJiv. (1)
L’identité de T hippopotame avec le IlxgÇ- ( Béhémot ) ou boeuf marin égyptien, étant hors de doute , il reste à prouver , que la description que fait Job de cet animal, quelque suffisante qu elle puisse être pour justifier le choix qu’on en fit comme emblème de la destruction, n’exclue pas néanmoins la part de la langue sacrée , à laquelle appartient cet amphibie en sa qualité de symbole énigmatique.
En effet UVg ( pégh ) signifie pervenire , pertingere et ( môont ) occidere , inler-
ficere , mortifie are ; par conséquent, le mot composé faisant allusion aux mots
réunis , peut signifier mortifieras ,
celui qui parvient à tuer, à faire mourir. D’ailleurs, , TlVg , ïttlg , etc. (pagh, pégh, pêgh) signifient , entre autres , conculio , excutio,findere , scindere , rumpere , etc. Le mot peut donc, dans la langue sacrée, avoir désigné aussi Typhon, qui, par son souffle délétère, frappe à mort , brise à mort , les êtres, dont-il est le génie malfaisant.
Voici maintenant la question que j’adresse
(1) Praepar. Evang. L. I. pag. 33. c .
r^auuatu dans le passage de Clement. 3(3
aux archéologues: Dans une doctrine symbolique, par conséquent , mystérieuse , les faits patens, les principes avoués par la secte mystique, sont-ils, et peuvent-ils être plus vrais, plus importans que les faits placés sous la garde des symboles? Et si les symboles, une fois déchiffrés , venaient a démentir les faits patens, les principes avoués au vulgaire , la saine raison balancera-t-elle dans sa croyance entre ces faits mensongers et l’autorité des révélations symboliques? Si la réponse à cette thèse est toute en faveur des symboles, le symbole typique des Séthiens et des Ophites nous permettra-t-il de nous ranger à l’opinion de Mr. Matter qui assure que ,,ce n’est point en prenant ces ,, hérétiques pour des imitateurs qu'on les ap- ,, précie; qu’ils sont créateurs d’un système qui ,, admet une révélation du second ordre dans „ toute la classe pensante du genre humain , et „une révélation supérieure dans le christia- ,,nisme véritable, qu’ils distinguent, dit -il, „ soigneusement de celui des Apôtres! .... (i) En abandonnant à la critique judicieuse l’appréciation de ces analyses , j’appelle maintenant son attention sur un autre exemple, qui prou-
(!) Supra, page 274 et suiv.
SECONDE PARTIE
vera que, dans une question symbolique , les considérations les mieux conçues, ne peuvent satisfaire l’esprit qu’aux dépens des faits méconnus, et qu’elles ne font, par conséquent, que roidir plus encore le voile des mystères dont l’érudition moderne croit pouvoir dépouiller l’antiquité.
Mr. Matter, en donnant, sur la Planche I f Fig. 2 a et 2 6. les deux Abraxas, tirés du T orne 1. des Gemme antiche de Rossi e Majfei , fait au sujet de ces ligures, les réflexions suivantes :
„ Figures 2 « et 2 6.
„Ces figures, connues en archéologie sous le ,,nom de grilles, se trouvent dans plusieurs ,, recueils de pierres gravées, entre autres dans „Ies Gemme anliclie de Rossi et Majfei sous ,, la dénomination d’ABRAXAs. Nous ne les „ reproduisons ici que pour combattre cette „ opinion , et pour faire proscrire désormais ,, les grilles des collections des monumens agnostiques. i(
„I1 est vrai, d’ahord, que l'on pourrait reconnaître, dans l’un et l’autre de ces ouvrages, „des symboles employés par les gnostiques, ,, le coq , le bélier et la palme; mais ces emblèmes ne leur appartiennent pas, il s’en faut,
r qàuuaza daims de passage de Clément. 315
,, exclusivement, et se trouvent combinés ici ,, avec T ibis, le crocodile , le dauphin et la ,, corne d'abondance , que ne présentent pas ,,les véritables Abraxas.6(
,, Il est vrai , en second lieu , que les Basili- „diens, au témoignage de S. Epiphane ( Haeres . ,,27.), se servaient d'amulettes d’une composition bizarre, monstrueuse; mais nous ne ,, prétendons pas contester cette donnée , ni ,, enlever aux gnostiques toutes sortes de monu- ,,mens bizarres; ceux que nous avons déjà „ expliqués prouvent, de reste, notre disposition à cet égard; seulement il 11e paraît pas ,, juste d’attribuer à ces théosophes tout ce qui „ est ou monstrueux ou bizarre en fait de ino- „ numens anciens. Il est certain que, dans les ,, grilles, rien 11’est absolument gnostique ; il y ,, a plus , il ne sy trouve rien qui puisse faire ,, croire , que quelque chose le soit. u
,, Il est vrai, en troisième lieu, que ces „ grilles montrent trois portraits et que les ,, Basilidiens attachaient grand prix aux portraits des anciens sages, particulièrement à „ celui de Pytliagore , qu'on pourrait recon- „ naître ici; mais, d’un autre côté, il est évitent que les portraits 11e sont pas l’objet „ essentiel de ce monument , et que s’il y a
316 SECONDE PARTIE
„ quelque idée dominante, ce n’est pas celle ,,de rappeler les traits de quelques sages de „ l’antiquité. “
„I1 est vrai, en quatrième lieu, et c’est ici ,,une objection élevée par nous-même, que „ ces monumens pourraient répondre à l’hypothèse de Basilide et d’Isidore sur les âmes „ cidnées (voyez vol. II. p. 76.), et caractériser „les passions animales qui en naissent dans ,, l’homme; mais cette hypothèse, quelque „ chère qu’elle pût nous être, en raison même „de son origine, n’est, après tout, qu’une „ hypothèse. (e
„ Non-seulement les pierres en question ne „ me paraissent pas appartenir aux gnostiques, „mais encore je ne les considère pas comme „des amulettes, ni égyptiennes, ni grecques, ,, ni romaines. Elles offrent tout simplement ,, quelques - unes de ces compositions caprici- „ euses , auxquelles s'est souvent abaissé le „ génie des anciens artistes , C’est ainsi que nous „ trouvons les têtes du coq, du lion et du che- ,, val, groupés sur deux serpens qui forment „uue espèce d’anneau, des têtes d’hommes „ accolées a une tête d’éléphant armée d’un ,, trident, des lièvres se promenant dans des ,, chars aüelés de papillons, etc. “
rouuuara dans le passage de Clement. 317
,, Eu somme, s’il faut se garder du vulgarisme „ qui dépouille les monumens de l’antiquité des „ profondes idées qu’y a déposées souvent le ,, génie de la religion et de la philosophie, il „ faut aussi se préserver du penchant de prêter „ aux artistes des intentions qui n'ont jamais été „ les leurs. i( ( 1 )
Mais cet avertissement peut-il s’appliquer aux monumens dont il est la conséquence ? et peuton , avec un peu d’habitude dans les questions symboliques, attribuer au caprice de l’artiste la combinaison monstrueuse des deux groupes que Mr. 31atter a reproduits dans son ouvrage dans l'intention formelle de faire proscrire ces grilles (2) des collections des monumens gnostiques? Examinons donc ces deux monumens, et commençons par la fig. 2 « en observant la direction accoutumée de droite à gauche et de haut en bas.
Le premier objet qui se présente, c’est un rameau, èiM, (bai) mot dont l'initiale nous donne un (b).
Ce rameau est planté sur la queue élevée d’un dauphin: et le nom de ce poisson, appelé
(1) Explication des Planches , pages 24 — 26.
(2) Ce mot exprime des figures grotesques.
S ECO N l)T. PARTIE.
il 8
HlV-Xc^moc , ( te/phinoce ) nous donne un H5 (O pour initiale.
Vient ensuite la poule, (i) dont la tête avec le cou sont séparés du reste du corps par deux autres signes, de manière que la tête forme un signe distinct des pieds et de la queue. Or, la poule s'appelle, entre autres, &.RATÏM, (anapa'i) et donne un (a) pour initiale.
A gauche et symétriquement à la tête de la poule, la corne d abondance: corne £IV)T\ ( ghôpe ) abondance £VftOXC\\ ( gliénouji ) et £0X0 ( ghouo ) excedentia , abundant ia, superjhmm , etc. idées désignées par le débordement des fruits de la corne. Les mots coptes, qui expriment la corne d' abondance , nous donnent donc, l’un et l’autre un £ ( gh ) pour initiale.
Maintenant, commence à droite et au-dessous de la poitrine de la poule , le visage , que Malfei croit être celui de Socrate. Or, le visage et t\ü) (naou et no) nous donne un u (n) pour initiale.
Puis la tête de bélier symétrisant avec le
(i) Maffei y Toit un coq , symbole du soleil ; mais la crête en est trop petite pour n’être point celle d’une poule.
r^âflliaia DANS LE PASSAGE de Clement. 319
visage; et le bélier Ü)\X\ ( oili ) nous donne un O) (o).
Puis la queue de la poule, appuyée, eu quelque sorte, sur le front du bélier , nous donne un c (ç ou s) par ï initiale du mot (. sat ) qui signifie une queue.
Restent: les deux pieds écartés de la poide, qui a l’air de marcher; or, les pieds qui marchent (i) s’appellent (tatsi) et donnent
un ^ ( t ) pour initiale.
Enfin, le lièvre, ( saradjo -
ousche) donne un c («)•
Le groupement des parties intégrantes de ce monument bizarre, nous offre donc, par les initiales de leurs noms respectifs, les deux séries suivantes:
1 °. Le rameau fixé sur V extrémité de la queue du dauphin , et formant le premier groupe: (bt\
2°. Le second groupe ( agh -
nosts ).
Ad 1”. Nous avons vu que le Ç* (6) se confondait avec le n ( p ) dans les mêmes signes hiéroglyphiques; qu’ainsi, le pied , qui s’appelle et ( p’hat et pat) repré-
(1) Supra f page 133.
SECONDE PARTIE
sentait un b dans les noms propres. (1) La légende donnée par notre premier groupe, peut donc être lue également et ce
sera la charpente du préfixe Tiv^s, contracté de n\£^S, et signifiant celui qui est.
Ad 2 m. Le second groupe est
la transcription exacte du mot grec ayvwovoç , moins la voyelle o de la dernière syllabe.
Les deux groupes nous offrent donc un mot grec sous la forme copte signifiant l'inconnu. Examinons maintenant la fig. 2 b du second monument, publié par Maffei sous le No. 21 de l’ouvrage que j’ai cité.
Si l’on fait attention à la pose que Mr. Maffei, et Mr. Matter après lui , ont donnée par méprise a cet oiseau , on reconnaîtra tout d’abord , qu’il est représenté dans un sens contraire à celui de la fig. 2 a. Dans celle-ci, la poule doit être regardée dans le sens de la longueur de la pierre, qui est le plan vertical, tandis que, dans la figure que nous examinons, l’oiseau est tracé transversalement à la poule; de manière qu’ici, c’est la largeur de la pierre qui est le plan vertical du groupe. Regardé dans ce sens, le dos de l’oiseau est formé par le front proémi-
(1) Supra , page 368.
rçCCfl/Ha Ttt DANS LE PASSAGE DE CLEMENT. 321
nent du visage supérieur; le ventre par le visage inférieur ; le croupion par le museau de la tête de bélier; et la queue par la tête de dragon. Les pieds de l’oiseau forment ainsi le signe pénultième du groupe, et le crocodile étendu, qu’il tient dans ses serres, le dernier. Faisons maintenant le dépouillement de ce mystique oiseau, qui fait le pendant de la poule.
A en juger par son bec droit et alongé, et par la longueur de son cou, on peut le considérer comme étant une espèce de grue , dont le nom ( èiêschi ) nous donne un y (è) pour initiale; et puisque cet £ se confond avec îk (a) dans la langue copte, comme dans les signes hiéroglyphiques, (1) nous avons indistinctement un y et un s, pour premier signe phonétique de ce groupe.
Le second signe, auquel se rattache le cou de l’oiseau par sa base , est le visage que Maffei a pris pour la tête de Pythagore. Or, le visage s’appelle £0 ( gha,gho ) et îiSOS, tiO)
(1) Scholtz , dans sa grammaire égyptienne , rend toujours le y copte par un a ; et Mr. Cliampollion le prononce de même dans sa grammaire h iéroglyphiqne.
SECONDE PARTIE
(naou, no), ce qui nous donne un £ ou un i\ pour initiale.
Le troisième signe est le visage cornu placé audessous du visage supérieur auquel il se trouve accolé par l’occiput. Or, la corne qui s’appelle £U)I\ ( ghope ) est ajoutée pour avertir les adeptes que le nom de ce visage commence par la même initiale , et s’appelle ou £0 (gha, gho }. Et cette particularité prouve que l’inventeur de ce monument a voulu distinguer ainsi ce nom de celui du visage supérieur, qui dut dès-lors s’appeler ou t\00 ( naou ou no).
Le quatrième signe du groupe est la tête de bélier , employée par synecdoche, et placée entre les barbes des deux têtes en contact, pour avertir qu elle les suit dans le sens horizontal : et le bélier ü)\X\ (oilî) nous donne un U) (o).
Le cinquième et dernier signe, tracé dans le sens horizontal, est le dragon, que le bélier tient dans sa gueule. Or, j’ai déjà observé que le museau du bélier remplaçait le croupion de l'oiseau, et que le dragon en formait la queue. Cette circonstance, ramenée aux ruses symboliques, autorise le choix de l’homonyme du mot c&T'S (saf) queue, et ce sera le serpent ou dragon mystique CH ( sit ) basi lisons , serpens.
rqàppaia dans le passage de Clément. 323
Le sixième signe du groupe, qui détermine la véritable pose de ce grotesque monument, sont les pieds de l'oiseau , qui sortent du visage inférieur et s’appuient sur ce crocodile. Ces pieds écartés nous donnent un ' \ ( t ) , comme on l’a vu dans la légende qui précède, (i)
Enfin, le crocodile, parallèle A la longueur du corps de l’oiseau, qui le tient dans ses serres, nous donne un c (s) par V initiale de son nom CO*Xl 2 (■ souMii ).
Les élémens déduits du groupe monstrueux, que nous venons de dépouiller, offrent rigoureusement la série suivante :
Je pense donc que la critique ne balancera point A y reconnaître une répétition de la légende qui précède, et A lire le mot
défiguré par le déplacement (2) de la corne ga)Tï ( ghôpe ) qui devrait se trouver sur la tête supé-
(1) Suprà, page 319.
(2) Ce déplacement est d’autant plus insignifiant, qu’il a lieu dans les légendes hiéroglyphiques alors même que les signes se succèdent sans se
combiner.
SECONDE PARTIE
rieure, pour désigner le second élément de la légende.
Or, St. Paul, traduit par les Epicuriens et les Stoïciens, devant l’aréopage, harangua les Athéniens sur leur piété, s’en rapportant à l’autel cptïls avaient élevé au Dieu inconnu. „ L'idée d’un Dieu ctyvwovoç, dit Mr. Matter, „ parait avoir été très-répandue en Occident „aux premiers tems du Christianisme, et St. ,,Paul remarqua dans Athènes un autel érigé „ Ayv(ôouo 0eo>. “ ( î )
En parlant de l’école de Carpocrate, à laquelle se réfère cette note , le savant auteur observe, que : „ A la tête de tous les êtres et de toutes ,, leurs oeuvres, les Carpocratiens plaçaient la „ monade, la uia àoyrj, le ttccttjq o)mv , le II A- „ TH P ATNlliETOS. , dxccTovogaOToç , que nous ,, rencontrons dans tous les systèmes gno- „sliques , et en général dans toutes les doctrines de l’ancien monde, dans l’Inde comme ,,en Perse. “(2)
Cette observation de Mr. Matter détruit donc toutes les considérations qu’il a fait valoir dans la certitude de faire proscrire désormais, du
(1) T. II. page 266. Note.
(2) L. c. page 265 et suiv.
ryâfiuava oans le passage ue Cleaient. 325
nombre des monumens gnostiques, ceux que Maffei range parmi les Abraxas des Basilidiens, et dont les légendes mystiques établissent , par le fait de leur expression , l’existence des monumens gnostiques consacrés au Dieu inconnu.
Les monumens que j’ajoute aux exemples des symboles tropiques définis par St. Clément d’Alexandrie, s’appliquent parfaitement à sa définition: Tqomxwç âè, xaz* oixeiozrjza fxezâyovztç xai jnezazid'tvzeç , zà d è^aldzzovzeç , zà dt nolXaywç y e z a 0% vjp « z i Ço v z e ç yaqdzzovoiv. Le mot yez a o %rj[iaz i'Çovzeç, se rapportant à l’objet principal du symbole, nous ramène, d’une part, au serpent des Ophites, défiguré par la tête de lion ; et d’autre part , à la poule et a la grue plus ou moins défigurées par les agrégats qui concourent à l’expression des mots dont j’ai analysé les légendes mystiques.
Pour achever ces questions préliminaires sur les monstruosités tropiques, puisées à différentes sources, je vais examiner les vases funéraires, connus sous le nom de vases Canopes ou Canobes, nom que le savant orientaliste Mr. de lia fumer assure leur être donné mal-à-propos. ( i )
(l) Rouleau de Papijrvs de Mr. Fontana , expliqué par Mr. de H animer , page 11.
SECONDE PARTIE
„Ces vases funéraires, dits Canotes, observe ,,Mr. Passalaqua, (1) diffèrent principalement ,,par leurs couvercles, à têtes humaines et „ d animaux , de ceux qui servaient uniquement ,, aux usages de la vie civile. Ils se trouvent ,,au surplus, toujours réunis quatre par quatre, „ aiusi que le sont les quatre génies de YAmenti „ou enfer égyptien: Amset , H api, Salmauf „et JSasnes , dont ils portent ordinairement les „ tètes respectives qui les caractérisent, c’est - „ a- dire, humaine , de cynocéphale , de chacal „et d épervier. 44
,, Les quatre génies de l’Amenti, observe ail- ,, leurs Mr. Passalaqua, (2) se trouvent presque „ toujours accompagnés d’un oeil d'Osiris. Il „ semble que les anciens Egyptiens leur attri- ,, b liaient la conservation des entrailles hu- ,, maines } puisque les vases funéraires, dits „ Canopes , qui portent leurs quatre têtes différentes, contiennent ordinairement les viscères „ des momies , et puisqu’on ne trouve ces divinités en cire modelée, avec l’oeil d’Osiris, que
(1) Catalogue raisonné et historique des antiquités découvertes en Egypte par 31r. Passalaqua de Trieste , etc. page 168. (ad XXVI.)
(2) Ibid, page 145 et sq.
roûuucaa dams le passage de Clément- 327
„ dans le ventre vidé des momies humaines , bien ,, entendu dans celles dont les intestins sont „ remplacés par le baume ou parfums, elc. “
Je n’ai point sous la main une donnée archéologique propre à motiver cet usage de déposer les entrailles des momies dans des vases funéraires. Mr. Hanimer pense que les quatre génies, dont nous parlons, „ désignaient les quatre „ derniers degrés de l’initiation aux grands „ mystères d’Isis et d'Osiris. Les portes qui „se trouvent figurées au-dessus de ces quatre „fgures de cruche, dans le tableau de la Description de l’Egypte, rappellent, dit Mr. de ,, Hammer, les portes par lesquelles les diffé- ,,rens degrés d’initiation étaient désignés dans ,, les mystères de Mithras, et l’on sait que les „ initiés y portaient des noms de diff érens ani - „maux. Les époptes du dernier degré s’ap- ,, pelaient des Eperviers. E'épervier se trouve „ partout dans les représentations jusqu’à pré- „ sent connues de ces quatre masques , dont les „ autres varient quelquefois. “ ( 1 ) Cette dernière observation de l’auteur est d’autant moins propre h favoriser son opinion, (pi on ne voit nulle part fa tête humaine et celles du ryno-
SECOAIDE PARTIE.
céphale et du s chacal, qui surmontent les vases funéraires, être remplacées par celles du lion , de la hyène , de V aigle et du corbeau , dont les noms caractérisent les initiés aux mystères de Mithrcis ou dOsiris.
Mais ce rapprochement fût-il même plus heureux, qu'il ne l’est, la présence des entrailles humaines dans les vases funéraires , avoués comme tels par le savant Orientaliste, offrirait-elle à la critique le moyen de justifier son opinion a l’égard des „ quatre génies de „ l’Amenti qui désignaient , selon lui , les quatre ,, degrés de l’initiation aux grands mystères ,, d’Isis et d’Osiris.“ Déposer les entrailles humaines dans des vases funéraires , symbolisant les génies de VAmenti , n’est-ce pas les dévouer aux dieux infernaux? Il est de fait que, dans la doctrine des Egyptiens, ce sont les entrailles qui étaient les fauteurs des crimes et péchés commis par les hommes. Plutarque dit expressément: en à xafaoç el/ev , ojotuq AlyvnzLOi xwv vsxqùv zr\v xoékiav tÇelov xeç, xai ttçoç xov ijhov âvaofÇovxeç èxfiâXXovoiv , œç aixiav a n â v x o) v , wv avd'Qion oç ij p a fixer, (i) On conçoit dès-lors la raison pour-
(J) De Esu Carnium. Orat. II.
r oâ filiaux DANS LE PASSAGE DE CLEMENT. 329
quoi les Egyptiens dévouaient les viscères des trépassés aux dieux infernaux. Porphyre (De Abstinentia IV. §. 10.) nous a d’ailleurs conservé l’invocation , que rembaumeur des dépouilles mortelles d’un noble, adressait au Soleil au nom de celui-ci, en présentant à l’astre du jour le coffret dans lequel il avait renfermé les entrailles du défunt, pour les jeter ensuite dans le Nil. ,, Cette invocation finissait ainsi : ei ôé zi „aqa vazà zov èuavzov fiiov rjuaQzov , ?j (payœv, ,,rj mà)V, (ovuij iétiuxov rjv, ov dé èpavzov rjuaç- „zov , alla dià zavza' ôdçaç zijv vifiwxov , èv fj yaozijÇ) rjv’ val zavza eïnaiv eiç zov nozafov à(pizo âè aXXo oéoixa ioç v a&açov, zaçi/evet, etc. Bien que cet usage de jeter les entrailles humaines dans le Nil n’eût point été général, il n’en est pas moins constant , que c’est û ces viscères impurs que les prêtres Egyptiens attribuaient tous les péchés commis par les mortels; et cette opinion explique l’usage de déposer les entrailles humaines dans des vases funéraires pour les dévouer aux dieux infernaux , comme fauteurs des crimes ou péchés de celui dont ces vases accompagnaient la momie; et pour acquérir ainsi a l’âme du défunt l’espoir d'expier ses crimes ou péchés , et d’en obtenir la rémission. Nous devons rappeler maintenant que
SECONDE PARTIE
chez les Egyptiens, Osiris , Sérapis et Canobe étaient un seul et même personnage, et que l’antiquité les identifiait avec Pluton des grecs : ov yàç aXkov eivcu ^âqaniv, dit Plutarque, rj z'ov UXov T0)vd cpaoi .... xcù 6 llovziy.oç Hçâyleizoç zo XQrjorrjQiov êv Kavwfio) TD.ov- TOivoç rjyovfievoç eivcu. ( i ) Et plus loin : ftekziov de zov ’Ogiqiv eiç zavz'o ovvccyuv zq) Jiovvoo), zot z* ’OoiQÎôi zov Sâçarc iv, etc.(2) Mais, s’il est incontestable que la divinité égyptienne, appelée Canobe, était un des attributs du dieu des Enfers , il n’est plus permis de nier avec Mr. de Hammer, que les vases funéraires en question eussent porté le nom de Canobe, puisque ces vases représentaient les quatre génies de VAmenti , dont Canobe était la divinité. Enfin, s’il est hors de doute, que les entrailles humaines, dévouées aux dieux infernaux, avaient pour objet l’espoir de se les rendre propices , et d’en obtenir
LA REMISSION DES CRIMES OU PECHES, l' attribut
du dieu Canobe devait avoir été nécessairement celui d’un dieu bienfaisant , tutélaire , de même que l’attribut des génies, dont les quatre
(1) De Iside et Osiride, page 427.
(2) Ibid. page 429.
r^âjlfiaia DANS LE PASSAGE DE ClEMENT. 331
vases funéraires affectaient les images sous le nom commun de Canobes ou Canopes.
Il résulte donc définitivement de ces aperçus, que les entrailles des momies étaient déposées dans des vases funéraires , dans le but d’obtenir la rémission des péchés aux âmes des défunts, dont ces vases accompagnaient les momies. Or,
K\ (ka) signifie ponere , deponere.
VŸ5v V.txOA (ka èbol ) dimiltere , remillere, relaxare, propiiiare.
( nobè ) culpa, peccatum.
et VvAï\oLv V.Loa (kanobè èbol ) remillere peccata; mais la particule vÊiOX étant, comme toutes les particules , soit préfixes , soit affixes, presque toujours exclues de la langue sacrée, il reste le mot K&.NOÊÆ, (kanobè), qui peut signifier tour-a-tour :
Depot des peciiÉs, c’est-à-dire, des viscères qui en sont la cause ;
Rémission des pÉciies ;
Et enfin Remissor, celui qui remet les péchés , qui pardonne , idées exprimées, dans la langue vulgaire, par les mots VÊioX,
(rèf- kanobè èbol), dont le préfixe (ré/) ainsi que la particule vtiOA se suppriment souvent même dans la langue vulgaire.
SECONDE PARTIE
Il est donc impossible de méconnaître dans le nom de Kavtofioç, Canobe, calqué sur IaMIoLv,, l’épithète du dieu des Enfers, considéré et invoqué comme le dieu qui pardonne, qui remet les péchés aux mortels; et dans les vases qui empruntent le nom de ce dieu, les dépôts des péchés , et les vases de propitiation.
Analysons maintenant les parties intégrantes du vase funéraire, surmonté d’une tête humaine, couverte d’un grand capuchon, qui ne laisse voir que le visage, et retombe sur le vase mystique dont nous parlons.
Le capuchon ( klavl ) donne un Vv
pour initiale.
Le visage ( naon ) donne un u .
Le vase (i) £*ixi ( bidji ) un £1(2)
(1) La Scala Magna donne à la page 137, parmi
les instrumenta rigationis , le mot V./tilX\ , que Kirclier a très -bien traduit par haustrum , puisque signifie puiser et £i\X\ , rase ;
quant à leçon arabe ' à,,? .j , que Mr. de Peyron
signale comme incertaine , on peut lui substituer la forme qui signifie ras jictïle dans
l’Onomasticum de Meninski.
(2) Le vase repose quelquefois sur un pied humain ,
et le pied et (p'hate et pale)
rQccfifiara dans le passage de Clément. 333
Le vase funéraire à tête humaine encapuchonnée nous offre donc les éléraens charpente exacte du nom commun aux vases funéraires , et a la divinité infernale, associée a Sérapis et à Osiris.
En parlant de la balance du jugement, placée devant Osiris dans les Papyrus des momies, Mr. Hammer observe que „ la plume , qui est sur un ,, plateau, représente les actions louables , la ,, dévotion, la prière, la vertu, le mérite; et „que le vase , qui se trouve dans l’autre pla- „teau, est le vase d’iniquité. (i (1)
Nous avons vu que l’ustensile , considéré comme partie principale du vase Canobe , donnait l’élément (h de la charpente de ce nom, a l’aide de l’initiale de son nom vulgaire LlXl (bidji) ; or, ce mot réunit autour de lui plusieurs variantes d’un même radical, exprimant les idées d’injustice , de fausseté , de mensonge y d'avarice , de fraude , d’ini-
donne un (J) et un n (p’h et p) dans la langue vulgaire, et un èi (è) dans l' Alphabet de Mr. Champollion. ( Grammaire , page 39. No. 49.) Or, ce signe n’est qu’un doublement , usité dans les signes hiéroglyphiques.
(l) L. c. pages 7, 8.
SECONDE PARTIE
ouite; tels sont les mots oxi ( odji ) injuslus, iniquus , deceplor — OXÜX ( ouodje ) lalro — c\U)XV, (vôdjé) avaritia — è\0)Xl, c\v.x , tiCX ( vodji , vèdje, bodje) privare , fraudare , fraus ; £iUOX^ ( i ) ( bodjè ) circumvenire , deciperc , etc. enfin £i\Xl ( bidji ) mot identique au nom du vase, et rendu, dans la Scala Magna (page2ü8.) par le mot <I1 11^ signifie entre autres,
perverlere, et dont les thèmes ^Is. et (identicpies à XXU), EX\) signifient curvns , distortas , au physique comme au moral, et , curvus et qui prava indole est moribusque.
C’est ainsi que le mot Ça\x\ (bidji) exprime, par le concours de son homophone, les idées de vase d 'iniquité , et sert, en même tems, par son initiale, de partie intégrante du mot
(1) En rapprochant ces diverses variantes du thème radical OXOX/ je rappellerai ici, 1°. que le OX (ou) est très-souvent remplacé par le et le Si
(î> et b) dans les mêmes mots, et que tous les trois élémens peuvent être exprimés par le même signe hiéroglyphique; 2°. que l’affinité de OXOX\ avec £i\xi était d’ailleurs avouée par les Egyptiens eux-mêmes , comme il résulte du contact de ces deux mots, placés parmi les homonymes de la Scala Magna , page 268.
rçdfifiara dans le passage de Clément. 335
Kauoêæ ( Kcinobé ) réduit à sa cliarpente d’après le système de l’écriture hiéroglyphique.
La critique ne protestera point contre la préférence que j’ai donnée, dans cette analyse, au vase funéraire à tête humaine , ce vase étant l’emblème du génie le plus intéressé au salut de l’espèce dont il porte l image ; et c’est à ce titre, qu’il se présente le premier devant Osiris. Quant aux autres génies tutélaires, ils peuvent, par le concours des initiales des noms respectifs de leurs symboles, exprimer le repos, qu’ils sont appelés a faire espérer à l’homme par leur ministère; mais, pour ne point prolonger ces analyses, j’abandonne ces génies tutélaires a la doctrine idéographique.
Pour nous dédommager cependant de cette abnégation, je vais terminer ces aperçus par un coup-d’oeil rapide sur les diverses dénominations que les initiés au culte de Mitlira prenaient successivement, à mesure qu’ils avançaient dans la hiérarchie sacerdotale. Ce sera, en quelque sorte, rentrer dans la question mise en avant par le savant Orientaliste , à l’occasion des vases Canopes , dont il considère les images comme étant celles des quatre génies qui auraient désigné les quatre degrés de l’initiation
SECONDE PARTIE
aux grands mystères d’Isis et d’Osiris. Mr. de Sainte-Croix qui , dans son article sur les cérémonies mithriaques , a réuni la plupart des données qui s’y rapportent, observe que ,, ?e premier grade de cette initiation était celui de Soldat; ,,7e second , pour les hommes, celui de lion, et ,, pour les femmes, celui d’HYÈNE. — Il parait, ,, dit-il, que ce n’est qu’ après avoir été lion, ,, qu’on entrait dans la classe des prêtres, dé- ,, signés par le nom de corbeaux. On parvenait „au grade de Perse, remarquable par le cos- ,,tume qui caractérisait la nation de ce nom; „ ensuite a ceux de Bromius et d’HÉnos, c'est- „ à-dire, de ministres chargés de représenter „Bacchus ou Satyre, et le Soleil, principal ,, objet de ce culte. Ces derniers prêtres, dit ,,Mr. Sainte-Croix, 11e reconnaissaient audessus „ d’eux que les peres ou anciens, qui avaient ,,à leur tête un ministre, nommé par excellence ,, pater patrum : celui-ci était le véritable hié -
„rophante Aux pratiques, il prenait le
,, nom d’aigle au lieu de celui de lion , et les ,, prêtres n’étaient plus appelés corbeaux , mais ,, Éperviers. “(i)
(1) Recherches sur les mystères du Paganisme. T. II. pages 130-f-l33.
rçaufiava dans le passage de Clément. 337
,, Je ne sais, dit Mr. Sylvestre de Sacy, sur ,, quelle autorité sont fondées les raisons don- ,,nées ici par Mr. de Sainte-Croix, des dénonri- ,, nations que portaient les initiés aux mystères „ de Mithra. Peut-être Fréret a-t-il agi plus „ prudemment en rapportant ces dénominations ,,sans essayer d’en rendre raison. J’observe „ encore, dit l’honorable annotateur, qu’il me „ parait fort douteux que ces dénominations „ bizarres ou ces grades , comme les appelle Mr. „ de Sainte-Croix, ne fussent qu’au nombre de ,, sept. Porphyre semble dire qu’il y avait, ,, outre les lions, les hyènes et les corbeaux , „ des aigles et des éperviers. ( 1 ) St. Jerome „dans le passage qu’on va lire, en compte huit, ,,et les range dans un ordre différent: Porten- ,,losa simulacra , quibus Corax , GrypJiius , ,, Miles, Léo , Perses , Helios , Bromius, Pa- „ ter , initiantur. “ (2)
Yoici maintenant la donnée de Porphyre: (3)
,, wç rovg oh yevéxovvaç xwv aviüv oQyitav pv- „çaç, Xéovzaç y.aXtïv , zàç âè yvvalxaç, vai- „ v a ç , zovç âè vjirjQezovvzaç y. 6 q axaç‘ ini re „ züv nazéQcov' dezoi yàç xai iéqayeç ovzoï
(1) L. c. page 132- Note 1. (2) Jb. Note 3.
(3) De Abstin. L. IV. 16.
SECONDE PARTIE
„nqooayoç>tvovvai.<( Ainsi, au rapport de Porphyre, les initiés qui participaient aux mystères deMithra, étaient appelés lions , et les femmes, hyènes — et les ministres ou desservans se nommaient corbeaux. Ensuite on parvenait au grade de pères , auxquels on donnait le nom d'aigles et d’éperviers.
Quelque bizarres que semblent être les dénominations que nous venons d’énumérer, on s’écarterait de la question , si on voulait méconnaître dans ces épithètes des formules énigmatiques, destinées a caractériser aux yeux des profanes les divers titres ou degrés de l’hiérarchie — les fonctions distinctes de ceux qui étaient investis de ces épithètes symboliques. La question est de savoir si ces dénominations des initiés de Mithra appartiennent à la langue de Zoroastre, ou si elles ne sont pas plutôt des emprunts faits au sol égyptien , ce qui compromettrait un peu les origines de ce législateur. Pour décider cette question d’une manière satisfaisante, il faut donc essayer de voir si les dénominations mystiques dont nous parlons peuvent, a l’aide de quelques rapprochemens, exprimer les titres ou fonctions sacerdotales, telles quelles nous ont été transmises par les écrivains de l’antiquité. Je vais
rçàufjiava dans le passage de Clément. 339
laisser parler Mr. de Sainte-Croix et m’arrêter à chacune de ses données.
„On ne pouvait être admis à ces mystères ,, sans de longues et pénibles épreuves. (1) ,, D’abord on s’exercait pendant plusieurs jours „à traverser a la nage une grande étendue ,, d'eau; ensuite on se précipitait dans le feu „ et on ne s’en retirait qu’avec peine .... des „ tournions de plus d’un genre, et qui allaient ,, toujours en croissant , mettaient souvent la vie ,, des aspirans en péril. S’ils avaient le bonheur ,, d’en échapper, ils étaient admis au nombre des „ adeptes. La force qu’exigaient toutes ces „ douloureuses pratiques méritait aux hommes „le nom de lions et aux femmes, celui de „hyènes.“ ( 2)
En résumé , les récipiendaires devaient subir l’épreuve de Yeau et du feu et affronter la mort. S’ils avaient le bonheur d’en échapper, on les qualifiait de lions et de hyènes.
Ainsi les hommes étaient appelés lions ASLOISl (moui) pour avoir passé par le feu, (3) XSlOOXV.
(1) T. II. page 125.
(2) L. c. pages 127 et suiv*
(3) Le.ricon siegyp - Lot. ab H. Tattam.
SECONDE PARTIE
(mooué) et par Veau ,s&00"S ( moou ) et affronté la mort (mou'). (1)
Et les femmes , qualifiées de Hyènes ( glio'ilé ) pour avoir passé par toutes les terreurs , (ghoté) et avoir ainsi mérité le nom d' éprouvées, (, ghote ), thème doublé sous
la forme £0^2,^ (ghotghét) inquirere , scrutare , examînare. Je ne doute point d’ailleurs que le mot inilialio ne soit la traduction de initium, principium , représenté par son homonyme hyène , et désignant
une personne admise à être consacrée , instituée dans les préceptes d'une doctrine , d’où aussi gür \ memphitique et sahidique,
signifiant instituta sacra, plus, la forme contractée (ghtê) qui doit avoir également
désigné l imitation, si l’on consulte l'analogie; en effet signifie, entre autres, summitas,
extremitas, de même que xOOYv ( djok ) ; or, le même XUOlv signifie aussi perjici , compleri, initiari , consecrari ; et ces acceptions pouvaient
(l) Le lion , comme on sait, était entre antres, le sjinbole de Veau , du feu et du soleil ; et sur les monuinens , le lit de mort a la forme d'un hou , grâce à l’iiomophonie entre t Hon , et
NX O S f la mort.
rçau/uava dans le passage de Clément. 341
parfaitement être affectées au mot hyène , pour £0)^^ ou dans la langue
sacrée du sacerdoce égyptien , cette langue n’étant qu’un langage purement conventionnel et fondé sur V ambiguité des mots , mis en rapport à la faveur de leur homophonie. Pour persuader la critique que ces rapprochemens 11e sont point exagérés, je lui signalerai ici ,,le „Van mystique, emblème de la séparation des ,, inities d’aArec les profanes. “(1 ) Or, cette explication, que j’emprunte à Mr. de Sainte- Croix et qui est toute hiérophantique , nous ramène au rapprochement qui précède, en établissant le parallélisme acoustique entre les variantes £& et y&A (g hct et Midi) qui signifient ventilabrum, et les variantes ?J<S. , y&Æ, y\YV. ( gluié , hliaé, Tchaïé) qui signifient, entre autres, ultimus , extremus, finis, — preuve certaine que ces mots signifiaient également perficere , complere, idées qui servirent de termes moyens à celles à iniiiari, consecrciri, symbolisées par le van mystique des hiérophantes. Poursuivons.
Après quelques cérémonies préparatoires, les éprouvés étaient déclarés soldats de Mithra.
(1) Sainle - (Voix T. I. page 32(L
SECOJSUE PARTIE.
Ce dieu avait donc des lions et des hyènes à son service. Mais , ces mystifications mises à part, nous dirons que les aspirans qui avaient passé par l'eau et par le feu , et avaient subi toutes les épreuves périlleuses sans succomber, étaient admis , reçus au nombre des adeptes dignes d’être initiés. Or, et (maté et
mati) signifient, entre autres, obtinere , assequi — et sont remplacés dans la langue sacrée par les mots asl&^OI et ( matoï et mati)
qui désignent un militaire, un soldat.
„I1 parait, dit Mr. de Sainte-Croix, que ce „ n’était qu’ après avoir été lion , qu’on entrait ,, dans la classe des prêtres , désignés par le nom ,,de Corbeaux “(1) Mais Porphyre (2) nous a dit: lovç ôè VTDjOcTovvTaç Koçaxaç (xvlüod'ai). C’était donc les Ministres ou Dessei'vans qui portaient le nom de Corbeaux. Or, Look (bok) signifie servus , vTtrjçéTrjç , serviteur et sous-diacre, et ( abok ) un Corbeau.
Pour me renfermer ici dans les indications de Porphyre, (3) je passe aux prêtres supé-
(1) T. II. page 131.
(2) Supra , page 337.
(3) Brottiius , n’étant qu’un surnom de Bacchus , ce
nom grécisé nous ramène à ou &L&.K (bâk
r^ci/LLfiava dans le passage de Clément. 343
rieurs, qui étaient qualifiés de feres: et
( éiati et iaii) et au singulier V.\UTT, et UDVV ( éiôte et iôte). Or, c’était les époptes, qui s’appelaient aussi et \2v^ {éiati et
iaii) puisque et (éiate et iate)
ou bak) vTti/çénjç, desservant , ministre ; et quant au Perses , cette épithète équivoque quelque favorisée qu’elle soit par le nom de la nation à laquelle appartenait le culte de Mithra, peut n’avoir été admise sous cette forme que pour qualifier mystiquement le chef suprême des mystagogues , le Prince souverain du Sacerdoce ; car XU^pUJVVyV dans les dictionnaires, et Yl\;.p- UJliyi (le\, *, de l’article Tl\ se supprimant devant les voyelles et même devant les consonnes) signifie Prince souverain. Or, YlV.pvy YU}\ {Perschichi) , transcrit en grec par UE PSI 21 , fait équivoque avec PLEP2E2, le soi-disant Persan de la légion mithriaque. Enfin si , comme l’assure Mr. de Sainte-Croix j le titre d 'Hélios appartenait à un ordre supérieur — on pourrait y voir le mot OÜSY {due) soleil , faisant allusion à / aux
dépositaires des loix sacerdotales: gtDH ( ghône ) signifiant lex , jussum , praeceptum , dogma. — C’étaient donc les Prophètes: b nçocprjTrjç . . . .
nQOfJTtATrfi T oîl ClOOV . . . 7IKHS/H ÔÈ TTEQÏ T (il V V 0-
fxwv y itl Ofjov xal r-rjç okrjç nuiôtùxç rwr Uqhov.
Sfromates L. VI. page 758.
signifie considérer, contempler. Ce sont ces epoptes qui, au rapport de Porphyre, étaient désignés par le nom aigles et d éperviers: âsxoi yàq xai iéqcr/.eç ovtol 7iqonayoÇ£Vowai.(i) Or, 1! aigle , K ( ctghéme , a gliome)
faisait entendre les mots O’S&.gVÀSL, 07sa>2£ASL ( ouagliéme , ouôghéme ) qui signifient, entre autres, un interprète ; par conséquent, un mage, un hiérophante, comme le mot CcYpWiq , tÇrjyrjrrjç, inlerpres (somniorum), magus, et dans la Sc. Mag. page 1 14.
D’ailleurs, un Mage s’appelait encore ( àkhô ) et ce mot était exprimé par son homonyme (akhôme) signifiant également un.
aigle.
Reste l’Épervier, SiMC ( baïce ) homonyme de la variante qui, dans les dictionnaires, signifie entre autres , lollere , attollere, auferre, elevari, intumescere , ( de farina (2) ferment ata ). Le mot offre donc les mêmes analogies que le mot lever et ses variantes élever, enlever, etc. et que le aî'çfo , qui signifie aussi
(1) Suprà, page 337. et suiv.
(2) Elevari , intumescere, de farina fennentata; et elevari , svperbire , de viro, si l’exemple eût été sous la main du Lexicographe.
rQÛflfiaia DANS LE PASSAGE DE CLEMENT. 345
lever , élever , enlever , etc. Tels sont encore, dans le Copte, les mots x\c^ et et leurs
variantes, qui signifient elevctre , exaltare , exlollere; elevatio , allitudo; altus, excelsus, excedens, superans, etc. Or, dans la Sc. El. page 344, le mot c\m (vaï) identique à (bai) est rendu par «i;t que Kircher traduit par extolle , mais cette forme arabe signifie excelsior , elatior , altior , altissimus, d’oi'i attollens , ejferens ; allus , elatus ;
excelsus , dignitate pollens (de viro) , idées exprimées dans le Copte par à la page 44
de la Sc. Mg. où il est question de titres et dignités divines et mondaines.
J’abandonne ces explorations au jugement de la bonne critique , qui décidera maintenant ù qui, de Tboth ou de Zoroastre, appartiennent les origines de ces bizarres dénominations des initiés de Mithra — de cette étrange communauté de soldats , de lions , de hyènes, cT éperviers , d'aigles et compagnie!
Je poursuivrai ma carrière, malgré la certitude où je suis que, sous l’empire des préventions de l’école, les symboles idéographiques abdiqueront difficilement en faveur de la langue sacrée , source de tous les emblèmes, de tous les symboles , de tous les mythes , de
SECONDE PARTIE
toutes les superstitions de V antiquité , livrée aux ambages inépuisables fie cette langue artificielle et ênigmatiçue, devenue sacrée autant par son objet que par le mysticisme de ceux qui en étaient les dépositaires et les inventeurs.
Suite nu §. II.