‹ Archéologie égyptienneChapitre 36 sur 46 · DE L'EMPLOI DES DEUX PLUMES · texte numérisé non relu

DE L'EMPLOI DES DEUX PLUMES

VALANT UN t.

Lettre

Mr. Dacier.

Tabl. géu.

du

Précis.

Grammaire égyptienne de Champ.

Nos.

Pages

BpîMKC, Bérénice.

TLptC et TtLpc, Tibère.

îfAÇtOISUJ , Darius,

‘T'£i\i\C C\X5L<Lï\UU>V Tibere Gennanicus.

K\)X^ÎUKC HrxiUUC, Gennanicus Dacùjue.

Kpo^SVC KX$l$1\î\KC, Claudius Gennanicus.

^T\^VH£î\C KprnUKC, Domitianus Gennanicus.

71 fi 75

“TpiftC, Trajanus.

C<kSiVî\&.r Sabina.

3Vïr~X OîUttC , Anloninus.

<l>>,vnoC , Philippe.

Tn;c, Titus.

II^TOàüIC et IIT'O.0.M.\C , Plolémée, lecture et trau-

scription de Mr. Cbampollion, au lieu de celle de n^xXo^MC.

Plus, divers noms propres de Particuliers à la page 138 de la Grammaire, et des noms de lieux, pages 151, 153, 159, etc.

r^aUfACtia DANS LE PASSAGE DE CLEMENT# 361 GRAMMAIRE EGYPTIENNE.

Pages.

61 et 80.

braise.

UJïTYil, vêlement.

68 et 75.

C^fUO^s, rois.

balance.

\êL\ r rayon de miel.

CUJMfi, lotus.

0)ÎU, cynocéphale, loup.

SAvmm, 1 .

> especes d oiseaux.

XO).SA\ )

X^&A, reptile.

88 et 150.

, sycomore.

\\\>AL\ , carthame.

2,î\êiV , fontaine.

\0AA, mer.

UJÀAÏ , y^sav, ennemi.

cÇa, profane.

CY)X\ et CV)\,(i) écriture.

<SAXvA0\ , guerrier.

0£l, assistante.

KW\, Api.

char. etc. etc.

(l) Mr. Cbampollîon ne donne point rette forme.

Je me suis astreint à réunir ici tous ces exemples pour convaincre le lecteur (pie les deux plumes de 31r. Champollion expriment la voyelle i dans tous les mots possibles, je dirais plus, cpie la voyelle i est la valeur la plus commune des deux plumes en cpiestion, ce qui dément l’assertion si positive de Mr. Champollion, qui prétend que ces ,, deux plumes équi- „ valent partout aux diphthongues et y\ ,, des noms propres grecques. 66

Ces faits une fois établis, la légende hiéroglyphique, à laquelle correspond la version grecque r\yani]fxtvoç imo rov y d'à, dans le texte de la pierre de Rosette, peut donc correctement être transcrite sous les formes ÏTX&ÀSU et et soumise ainsi à l’examen de la critique. Or, ces formes, peuvent offrir à l’analyse la combinaison du préfixe , uni a son article contracté ï\ ou et du thème gyxx\ , ( ghémi ) qui signifie administrer , gouverner , régir; ce qui donnerait le mot , T admini-

strant, le régent, le roi. Mais cette déduction ne présentant rien de mystique pour la langue sacrée, s’exclut d'elle même pour faire place au thème gO)XX\ , ( ghômi ) qui signifie calcarc, conculcare ; ingredi , subi gère, superinccdere, i/L ifiavevsiv, èn aiveiv; de manière que la

r oufiaaxa dans le passage de Clément. 363

légende mystiquement écrite TT’SgASU f exprime le mot TItWgOüMJ, qni signifie un usurpateur, (i) Ainsi cette légende, comme toutes les légendes, qui faisaient partie de la langue dite sacrée du sacerdoce, avait deux valeurs, l’une patente f pour les profanes — l’autre mystique , pour les initiés : ainsi „ le bien aime de*Phtlia, n’était au fond qu’un usurpateur; or, les Lagides, comme les Empereurs romains, étaient, aux yeux de la nation égyptienne, des conquérans iniques , des usurpateurs , par le fait même de leur invasion. Du reste , quoique cette épithète mystique de chéri ou de bien aimé de Phtha , soit exclusivement affectée aux conquérans grecs et romains de l’Egypte, elle pourrait, sous la même forme qualifier également chaque souverain oppresseur , puisque le thème ,

.ainsi qu’on l’a vu, signifie, entre autres, calcar e ^ concidcare; et il serait absurde de croire que de pareilles qualifications eussent pu être mises à la portée des profanes et tolérées par ceux qui en étaient l’objet.

(1) variante de y.SlSLV , signifie d'ailleurs en-

nemi, selon Mr. C’hampollion. Voyez ci dessus, page 361, cLiffre 103.

SECONDE PARTIE

II importe d’observer enfin que cette légende mystique se trouve souvent tracée sans le. s deux plumes finales , qui expriment fa voyelle i ; par la raison que le thème gO)NA. et ££Â$Lga)\SL est identique a gO)ÀSLl . Il y a plus , la légende est quelquefois réduite a Jl^Sg, et offre ainsi, sous le nom de Pi agit ou Pulcain , la qualification de Pètghomi , où le thème garni ( ghàmi ) est réduit a sa seule initiale , représentée adroitement par la chaîne , emblème caractéristique de T asservissement , de V oppression , qui figure ex ojfcio dans ce titre honorifique des Lagides et des Césars.

L’école de Mr. Champollion pourra opposer ici une objection puisée dans le Précis (207) de l’Egyptologue : „ Le texte hiéroglyphique de „ l’inscription de Rosette, en conservant le titre „de - ASlM ( Ptah-maï ), chéri de Phtha,

„nous a appris que le qualificatif ÀStM, placé „ après un nom propre comme affxe, prenait „ dans ce composé, une acception passive, et „ devait se traduire par chéri , aimé; amatus; „y)yani]pévoç. — Le texte démotique du même ,, monument, qui supplée à ce qui nous manque ,, du texte hiéroglyphique, nous indique à son „ tour que ce même qualificatif ou adjectif ver- ,, bal, prend un sens actif et signifie aimant ,

rQÙfiaara dans le passage de Clement. 365

,, chérissant , lorsque, dans un mot composé, ,,il est placé en première ligne. La langue „ copte ne paraît point avoir conservé l’emploi ,,de cette racine dans un sens passif,

„ mais elle en faisait toujours usage dans un sens ,, actif. ii Les exemples du âSlM , actif , fournis par Mr. Champollion, sont TTTg,

,, chérissant Phtha, T ami de Phtha. &SlMchérissant Ammon, l'ami d’ Ammon, et ,, ASlM - , chérissant les dieux , l'ami

,, des dieux. u

Fondé sur l’autorité de ces faits, on dira que la légende &SI&A - ne saurait plus se prêter

à ma lecture UV^gOOASLl , quand bien même on donnerait la valeur d’un i aux deux plumes valant aï dans le mot àSlM de Mr. Champollion. Cette objection très -spécieuse, devient nulle devant l’observation de l’Egyptologue qui , a la page 351 de son Précis, nous dit que ,,1’exa- ,,men de plusieurs manuscrits égyptiens l’a ,, également convaincu que certains noms divins „ hiéroglyphiques étaient écrits d'une manière ,, et prononcés d'une autre. 66 Mr. Champollion observe en outre, dans sa grammaire page 144 et suiv., que ,, en écrivant les prénoms, véritables noms de règne ou noms mystiques qui, „ presque tous, sont des titres particuliers du

SECONDE PARTIE

,, dieu Phré , (le dieu Soleil); de même qu’en „ écrivant les noms propres des rois dans l’ovale „ formé par le cartouche, on se plaisait souvent ,, à intervertir V ordre nat urel des caractères pour ,, former, de ces prénoms ou de ces noms pro- ,, près et des titres qui les accompagnent, un ,, tout harmonieux à l’oeil, un ensemble plus „ agréable que n’eût pu l’être la disposition „ régulière des signes d'après les règles strictes „ de la grammaire. “ 3Ir. Champollion ajoute (page 146.) que ,,ces déplacemens de signes „ devenaient plus considérables d mesure de ,, V augmentation du nombre des caractères renfermés dans le cartouche . 44 Et le savant investigateur fournit maints exemples de ces déplacemens de signes, formant les prénoms des souverains de l’Egypte, lesquels prénoms étaient , à ce qu’il assure , „ de véritables noms „ c?e règne ou noms mystiques. 44 (i) Que la critique judicieuse se figure donc les chances de ces déplacemens ou interversions de signes, avouées par Mr. Champollion, et considérées dans leurs rapports « T expression des noms mystiques, formant les prénoms ou véritables noms de règne des souverains de l’Egypte !

(1) C’i-dessus , page 365.

rQÛflfiaxa DANS LE PASSAGE L)E CLEMENT. 367

Et je le demande: l’aveu de Mr. Champollion , que les prénoms des souverains égyptiens étaient formés de noms mystiques , destinés à caractériser des noms de règne , cet aveu formel ne jette-t-il pas le voile le plus profond sur l’intelligence de ces prénoms ? et la mysticité de ces véritables noms de règne une fois avouée, 11’est-il pas absurde de prendre à la lettre les titres et qualifications mythologiques qui forment les prénoms des souverains de l’Egypte ? En uu mot, les épithètes aimé par Plhah ou aimant Plhali , aimé par Ammon ou chérissant Amman , aimé par les dieux ou chérissant les dieux , et autres semblables, n’étant, de l’aveu même de Mr, Champollion, que des titres mystiques , ne s’en suit-il pas rigoureusement qu’ils doivent exprimer d'autres idées , dont l’intelligence dût être réservée aux sommités de la caste sacerdotale ? Je n’insisterai pas d’avantage sur ces réflexions pour prouver combien les interversions des signes doivent être suspectes dans la question des titres et qualifications mystiques , qui forment les prénoms ou noms de règne des souverains de l’Egypte. x\bandonnant cette question à la bonne critique, je vais poursuivre l’examen de ces titres et qualifications mythologiques, qui conciliaient si

SECONDE PARTIE

merveilleusement les prestiges <!ont s’éblouissait l’ignorance (les profanes , avec les vérités dont ces prestiges étaient la sauvegarde.

Les Nos. 359 et 360 bis du tableau général qui accompagne le Précis de l’Egyptologue, donnent au Pharaon Aménophis II. le titre de que Mr. Champollion traduit par chéri de Chnoubis ou Chnouphis. Le No. 359 offre la légende hiéroglyphique phonétique du Dieu suivie du hoyau , &SL î servant d’ini-

tiale au mot âSlM; et le No. 360 offre*, une fois, le dieu sous son image figurative à

tête de bélier, suivie du hoyau seul , et mie autre fois , la variante de cette image suivie du hoyau avec les deux plumes , qui donnent la légende aimer. Cette légende, tenant

aux convenances mystiques de ce titre de r trahit le véritable sens qu’il faut y attacher; en effet, ce ( Noube -

maï) n’est, au fond, que T interversion de ( Maïnoube ) qui signifie amans aurum , avants , comme on peut le voir dans les dictionnaires , et qui répond à cpilôxQvooç , avide d'or , sordide , par conséquent, vexant par les impôts ; et on connaît ladessus la race des Pharaons.

Le pendant de cette épithète nous est donné par Mr. Champollion sous le No. 383. c’est

rQÙflfxaia DANS LE PASSAGE DE CLEMENT, 369

>5 £XWU)p - ( ghathor-maï ) aimé d ’Athôr

„ou d ’Athyr: le nom de la déesse est symboj, lique. Or, ce Pharaon, aimé par Vénus, était avide d’argent et dépouillait son peuple ; car ( ghat ) signifie argent et

( ghouro ) privare , fraudare ; ainsi ou (gram. 123.) ( ghat'hâr ) faisait

entendre ( ghat houro ) de mam-

ère que T aimé, le chéri de Vé-

nus, signifiait ASLMgS^ - gO’Spü) , un souverain sordide, qui grévait d’impôts sa nation.

La déesse Isis aimait aussi les Pharaons; mais c’était pour les signaler comme oppresseurs; car hc\ ( êci ), qui était le nom de la déesse, d’après l’orthographe copte, s’appelait primitivement gicv(i) et gici ( ghicè , ghici) mots qui signifient laborare , fatigare; poena , molestia, etc. ce qui exprime parfaitement

(i) Mr. Champollion, dans le second Vol. de son Egypte sous tes Pharaons , page 195, assure que l’orthographe primitive du nom d 'Isis était Y\CY ; et il observe que „ tes Egyptiens et les Coptes , le ,, prononçaient également Isis,u (Page 198.) Or, la forme YYCYj loin d’être primitive n’est qu’une modification postérieure des variantes radicales g&XY, gOCV, glC glCl, ayant

les mêmes significations.

370 SECONDE PARTIE

les attributs <1 ’lsis, comme déesse de la Terre. Or , la forme gvc\ (hici ou ghici) avec le préfixe r ^ (t*) signifie molestiam affleure , vexare ; mais j’ai dit que les particules grammaticales n’entraient dans l’économie de la langue mystique, que dans le seul cas où elles pouvaient favoriser une allégorie, et qu’elles en étaient exclues chaque fois qu’elles gênaient l’équivoque. Tel est le cas présent , où g\c\ équivaut à ,rY&vcO de sorte que le titre Ic£MA\ (Icèmaï) ou <S\c\ASl5s.\ (Ghici-maï) écrit mystiquement pour &Sl5v\-IC^ ou MAV-gVCt, aimant à vexer , à opprimer , signifiait le chéri dlsis , pour les profanes — et T oppresseur , pour les initiés.

il en est de même de (Pré-

cis, 208.) l'ami des dieux , chérissant les dieux: titre mystique d’un tyran ; car ( noute ) signifie moudre , dans la langue vulgaire; mais moudre , c’est briser: &.

signifie donc, qui aime à briser; et quant ù la forme plurielle , elle peut exprimer la fréquence , la multitude des actes de la tyrannie.

Mais je reviens à Isis. — Dans mes Remarques sur le Zodiaque de Dendérah , (î)

(1) TyAtaiioBa 3aMÎ>TaHÏfl o ^en^epcKoMl) -3°“

F rtàflfjLaTO. DANS LE PASSAGE DE CLEMENT. 37 t

j’ai eu occasion de citer le passage d’Héliodore qui nous dit que , chez les mystes , Isis passait pour la déesse de la terre : tcqoç xovç pvaxaç, la iv rrjv rHN . . . xaiayyôlovoiv. Je citai également le témoignage de Servius et d’Isidore qui assurent que le mot Isis signifie terre en égyptien ,,Isis lingua Aegyptiorum est terra* quant ** Isin volunt esse . “(i) De même, selon Hésiode, cité par Plutarque : ôoÇeie ô dv ïowç xaï Haioâoç .... z rj jul v ' laid i xo ( ovoua ) r rjç rHJE( 2) fixxaXuufxivo vxxç. Or, la terre s’appelle, selon les dialectes , UAg , KAgv et ( kagh , kaghi , keghi) et ces mots sont homonymes a f KAg t ( kaghkègh , kagh,

kègh) qui signifient frapper, briser , rompre etc. et, dans le sens moral, KAg Yigvrx, contritio cor dis, brisement de coeur , idées qui rentrent dans celles des mots gVCV, y>\CV (ghici , khici ) qui ont fourni le nom de la déesse Isis.

Les témoignages des anciens prouvent donc que cette déesse portait également le nom qui

^ïrk'È. MocKBa 1831. Traduit en Allemand par

Mr. Goldbacli, et publié à Dresde en 1832.

(1) Aptid Jablanski Panthéon Aegyptiorum L. III,

c. 1, pag. 18.

(2) De Iside et Osiride , page 473.

SF.COIVDE PARTIE.

lui était propre, celui (le K&.&1, terre , et qu’elle alFectait, A ce titre, le genre féminin, (1) ainsi (ju’on le voit par le segment de sphère (t) et l'oeuf ( s ) qui suivent son symbole et servent d’initiales aux mots v \ cgl&SLV {ti sghimi) femme. C’était, en effet, le seul moyen de devenir la femme d’Osiris. Dans le tableau général des signes, qui accompagne le Précis de l’Egyptologue, on voit, sous le No. 93, une espèce de tronc ou siège qui , selon Mr. Champollion, désigne le nom divin symbolique de la déesse. Dans mes Remarques sur le Zodiaque de Dendérah , que je viens de citer , j’ai prouvé que ce prétendu symbole idéographique ( 2) n’était que l’initiale du mot Kkgl (kaghi) terre ; et j’ai établi cette preuve sur le cartouche No. 1, PI. II. de V Essai de feu Mr. Sait , où la déesse Isis fait l’office de la lettre K dans l’épithète avro- Kqûtw 0.(3) Malgré cette démonstration de fait,

(1) La terre étant du genre masculin en Egyptien.

(2) Le lecteur se rappellera que , dans la théorie de Mr. Champollion , les symboles expriment des idées', c’est-à-dire, qu’ils ne sont point susceptibles de lecture.

(3) On y voit deux symboles de la déesse, affrontés pour la symétrie.

r^âfMfiaxa dans le. passage de Clement. 373

j’ai prédit que cet attribut de la déesse ne dégénérerait point dans l’opinion de l’Egyptologue et qu’il renierait toujours son origine alphabétique. (1) Mon pressentiment s’est réalisé: le signe mystique de la déesse Isis a reparu dans la grammaire de l’Egyptologue comme symbole idéographique (2) de cette divinité; et on le voit mainte fois répété à la page 124, où Mr. Champollion nous fournit , entre autres , l image symbolique de la déesse, sous la figure „ d’une „femme portant un trône ou siégé sur la „ tête ; i( mais en vain chercherait-on les traces de ce trône ou siège dans son nouvel alphabet. Quoi qu’il en soit de ces étranges dénégations, il se présente ici un raisonnement bien simple : si l’espèce de trône ou siège qui symbolise la déesse lsis , fait l’office de la lettre K dans l’épithète aùroxpccrwp, il faut nécessairement admettre l’existence du nom d’un trône ou siège qui commençât par un K , ce signe hiéroglyphique n’ayant pu être employé que d’après la méthode dite KvQioèoyixrj ôià xüv tiqojtmv otoi-

(1) Page 33 de la traduction allemande.

(2) A la page 206 de son Précis , Mr. Oiantpoliîou assure que „ le nom de la déesse Isis est toujours

„ symbolique . “

SECONDE PARTIE

/diov ; et c’est encore d’après cette méthode, (pii emploie les initiales des noms d’objets physiques , que la déesse de la terre , , (kaghi)

est symbolisée par un trône ou siège , qui sert de sigle ou d'initiale mystique a son nom. Les dictionnaires et vocabulaires coptes , a ma connaissance, ne nous fournissent point de mot commençant par un K et signifiant un trône ou un siège. Cependant le Dictionnaire de Mr. Peyron nous donne le mot ptpKO&Æ, qui se trouve employé dans la phrase suivante (1) TTCqgÀSLOOC H^p\pVvO^Î èxath-

atv èni Trjv y.â&tôoav. Mr. Peyron, expliquant ce mot par ,, Cathedra, oui imminet umbra- „ culum “ ajoute, après la phrase citée ,,glossa ,, arabica XÜoJt mihi suadet umbraculum ini- „ minere Cathedrae . 6( L’analyse du mot p\\v VvO^V. ne souffre aucune difficulté; il est évidemment composé de pip et de KOÊÆ .

Ad 1 m. Si la forme p\p n’est point une inadvertance, ou une mystification (2) du co-

(1) Celte phrase, tirée ex lib. 1. Reg. XX. 25. de la version grecque, des Septante, répond, comme on sait, au Liv.I. de Samuel des autres versions, conformes au texte hébreu.

(2f Pip signifie un porc , un cochon. Le mot

r yâfMCCTOt DAMS LE PASSAGE DE ClEMENT. 375

piste du Codex cité par Mr. Peyron , cette forme ne sera qu’une variante de qui manque

dans les dictionnaires, mais dont il est aisé de rétablir l’existence. En effet, ( ghrir )

peut n’être qu’une modification de gv.pi ( ghèri ) signifiant sedare , quiescere , et identique A ( ghourôou ) formé sur le même thème et offrant les mêmes significations. Or, de même que le mot a donné la

forme contractée ( ghrour ) de même

le mot aura produit la variante

(ghrir) qui aura perdu plus tard(i) sou aspiration g (gh) si, comme je viens de le dire, l’absence du g initiale n’est point le fait du Copiste.

Ad 2m. Quant au mot KO&Æ (kobè) siège, t( est visiblement le thème de la forme contractée , V'v^tV. ( hba , hbè) rcfrigerare se, d’où la variante memphitique ( klibobe ) re-

frigerium , requies ; de même t^é/oç , xAa^b ,

Y>\\Wvo£*v, signifierait donc un toit à cochons , /<>ioon<(rSçu>v , @djttvinc|iaü , Ka'ÉbTj.

(I) Les dictionnaires coptes offrent d’ailleurs une foule d’exemples où les mêmes mots se reproduisent avec et sans leur aspiration initiale.

SECONDE PARTIE

le froid 9 et (xmyivÇiç, npoxAa^a > le repos, àvà- Tcavoiç, chez Hésychius. Le mot signi-

fie donc un meuble à repos ; et si son acception n’est susceptible d’aucun doute , il peut se dispenser du mot (ou qui le précède

dans le mot pvpKO&Æ, d’autant plus que le mot pvp devient tout-à-fait redondant par le fait de son acception.

Reste maintenant l’appréciation des motifs qui auront déterminé le choix du siège de ce nom pour symboliser la déesse Isis dans les allégories de la langue sacrée des Egyptiens.

Me proposant de parler de quelques attributs d'Isis dans la question des énigmes, je rappellerai ici que cette divinité était également prise pour l’image de la Nature ; de là son titre (pvoiç Tiavaîoloç, navzoç [irjTrjç , inscrit sur le socle de son idole: c’est la terre en travail, en fermentation .* ce dernier mot pris dans son sens primitif, celui de fervor. Or, en égyptien, la fermentation s’appelle kidSi et KOûèrl ( liobe Jeôbi ) et KOOÜa (kobe) signifie également multi jdex\ ce qui répond à son épithète navaiokoç. Remarquons de plus que le mot (Aô6e)

est riiomonyme de gü)Sx(i) qui signifie opus,

(1) Le g el Se se remplacent d’ailleurs dans

rqâfifiaxa dans le passage de Clément. 377

res , operatio, Ictbor et causa; et ce dernier mot, ( ghôbe ) se rattache au mot

( t'habe ) qui signifie également fermentum, et qui est formé du thème ( ghabe ) accru

du préfixe ^ (f) et écrit pour

( t'habe ) d’après l’orthographe sahidique.

Ainsi le mot KOOÊi, rattaché a gtJOÊi, sa variante et son homonyme , reproduit les idées de la légende (pvotç navaioXoç , inscrite sur le socle de l’idole d’Isis. Et comme on disait également (1) KOOÊsV ( kôbi ) cette dernière forme nous explicpie a merveille le choix que l’on fit du trône ou siège KOÊÆ ( Jtobè ) pour désigner la déesse dont les attributs étaient ceux de la Nature (2) qui engendre , qui crée , qui produit. A la faveur de ces aperçus nous pouvons examiner maintenant le nom mystique de cette

plusieurs mots ; ainsi on dit KCOYl et abscondere , occultare ; et dans le nouvel alphabet de Mr. Champollion, on voit à la page 45 de la grammaire, sous la valeur g> Çgh ) plusieurs signes, qui valent egalement un K (&)•

(1) Lexicon vl. Pcyron.

(2) Ballon a dit ,, lu Nature est te trône extérieur ,, de la magnificence divine. “ Cette pensée ingénieuse semble avoir présidé ail choix du trône ou siège de la déesse.

SECONDE PARTIE

déesse, je veux dire, celui de dans ses

rapports au titre aimé ou chéri d'fsis, admis par Mr. Champollion, titre où la déesse est désignée par le siège ( 1) en question. Or, la figure d’un siège , étant l’emblème énigmatique de la déesse , le nom de cet emblème doit être aussi le terme moyeu entre l’expression de ses attributs cosmogoniques et celle de ses propriétés qualificatives des souverains. C’est ainsi que le nom du siège KoLv. {hobè ) se rattache, d’une part, aux mots KOOÊi, goeS* et

( Jcobi , hobe, ghobe, ghabe) qui se rapportent a la création, et fait, d’autre part, allusion au mot K.OO&Æ ( Tîôôbè , hoobè) qui si-

gnifie ayyantvM , vi cogéré, vexare, d’où les variantes K&tS. (hba) et ( khba ) qui signi-

fient violence et correspondent aux mêmes variantes et x^k- qui désignent le repos. Il

résulte donc de l’examen de ces faits, que le nom du siège KOÊÆ , associé au mot axm, aimer : YvOÊÆ &SL&.1 ( hobè mciï) faisait allusion aux mots ASL&.1 ( Jcoobè mai) qui signifie

celui qui aime à user de violence , à vexer, a opprimer ; or , c’était le même qui , aux oreilles des profanes, all'ectait le titre honorifique de

(1) Tableau general du Précis No. 377.

r^â/tifiara dans le passage de Clément. 379

IUX)£i\ ÀSL&.1 ( kobi mai) équivalent à gVC\ ÂSL&.\ ( gliici mai) et signifiant le bien aimé , le chéri d'Isis.

Il me reste à observer enfin , que , si le nom mystique de la déesse KUOÊfe ou KU)£i\, ne nous a point été transmis tel quel par les Anciens, il nous a été conservé néanmoins sous la forme grecque du nom de Cybèle, KvfitXr],( 1) qui s’appelait également K v (j rj (i 7] et K v fl rjxi]. Or, ces trois formes , dépouillées de leurs finales h],(lr],xi], et prononcées , comme elles l'étaient originairement, kubè et koubê , deviennent ainsi de simples variantes de KU)!sky ou VvOO^iV ( kôbè, kobi) qui est le nom symbolique de la déesse. Les mystagogues grecs, en naturalisant cette divinité égyptienne, ont dû d’ailleurs, pour être conséquens, admettre en

(t) Les scholiasfes et les grammairiens dérivent le nom de Kvftih] , tantôt de la montagne de ce nom, située en Phrygie, et ofi la bonne déesse fit, diton, sa première apparition; tantôt du verbe Kv~ , qui signifie juùvfathu , êv&owinv , nom, affecté , nous dit-on , à celte déesse , par la raison que ses initiés se démenaient dans ses mystères. Ces tâtonnemens étymologiques prouvent que les sclioliastes et les grammairiens couraient après les mots à-peu-près comme on court au colin maillard , en nommant au hasard celui qu'on a saisi.

même tems le mot égyptien qui exprimait son symbole ; delà:

1 °. Le mot Kvfti]va, expliqué chez Hésychius par oxrjvwya, tente , loge , etc. mot dont le thème xvftrj, identique au nom de la déesse, se rattache à KOÊÆ ( hobè ) qui signifie un siège ; et répond, en même temps, à la leçon arabe jJÜôJt. (Page 374, ci-dessus.)

2°. Le mot Kvftela, rendu chez le même lexicographe, par d'alayoi, ce qui se rattache au symbole d'Isis représentant un lit , une couchette léontomorphe , que l’on voit sous le No. 94. du tableau général qui accompagne le Précis de Mr. Champollion.

Je me réserve de revenir plus tard sur les attributs de cette déité myrionyme , dont le nénlov , comme elle le dit elle -même, ovdslç no) fh njvoç cmmakvyEV .

Obligé de me borner ici à quelques exemples, pour ne point trop surcharger ces Prolégomènes, et désireux toutefois de rallier les amis du vrai autour de ces laborieuses investigations, je vais m’arrêter encore à un titre honorifique, celui de „ chéri d'Ammon , aimé dé Amman: ’Ov ,, Ajifioiv (pileï , ov Afiucov dyana “ titre que Mr. Champollion nous dit être ,, un de ceux ,, que prennent le plus fréquemment les anciens

rçolfl/LLaia DANS LE PASSAGE DE CLEMENT. 381

,, Pharaons sur les Obélisques et les grands „ édifices de Thèbes. “(1)

EXAMEN

DES

SYMBOLES DU DIEU AmMON.

Sénéque, dans son Oedipe, en parlant de ce dieu, a dit: ambage nexéi Delphico mos est Deo arcana tegere. Pour débrouiller ces ambages , je suis forcé d’entrer ici dans quelques détails.

Nous avons vu, a la page 290 et suiv. de notre premier volume, que la divinité appelée Amon par les Egyptiens , était représentée tantôt par un bélier , les cornes surmontées d’un disque ou de deux grandes plumes ; tantôt par un obélisque. Telles sont les images symboliques- énigmatiques , données sous les Nos. 84. et 85. du tableau général du Précis , et pages 119, 121. de la grammaire Egyptienne de l’Egyptologue. Jablonski, dans ses Prolégomènes (pages 81, 82.) cite plusieurs passages (pii prouvent que les Obélisques étaient con-

(1) Précis, page 196.

SECONDE PARTIE

sacrés au Soleil: c’est la raison pourquoi le disque du soleil, traversé par un serpent, accompagne la figure d’un Obélisque , pour concourir à l’expression mystique du nom d’ÂMON- RÉ , le Jupiter-Soleil des Egyptiens. Quant au bélier, symbole énigmatique de ce dieu, tout le monde connaît les historiettes de la fable qui le concerne. Je ne m’arrêterai donc ici qu’à l’examen de quelques points propres à nous guider dans la recherche des affinités qui peuvent exister entre le bélier et T obélisque considérés comme symboles énigmatiques du dieu Amon.

„ A force de recherches, dit Mr. Champol- „ lion , nous avons trouvé ce mot égyptien , écrit ,, &AAO*n dans un vocabulaire copte et arabe „ de la Bibliothèque impériale, fonds de St. „ Germain : il signifie gloria , sublimis , celsitudo ; ,,et ce nom convient dans ses acceptions au „ dieu sublime y au premier des dieux , « „ Amoun. a

Cette signification de sublimis et d excelsus peut être ramenée à celles de summus et de cacuminarms : ênâxçioÇj une des épithètes de Zevç ou Amon , 6 ènï twv àxçiav xüv oqwv iÔQvptvoÇj ainsi qu’on le trouve dans Hésychius. Mi*. Champollion observe de plus que : „ le mot

rqâppaza dams le passage de Clememt. 383

„ \ÂSLO^t\ paraît dérivé de la même racine que l’ancien nom du soleil U)î\, ( on ); et qu'ils j, ont tous deux la plus grande analogie avec ,, et illuminare , ostendere ,

„ appcirere. “ ( 1 )

Au rapport de Plutarque, qui s’appuie sur l’autorité de Manéthon , le mot Amon désignait chez les Egyptiens ce qui est caché , et V action de cacher: Mav&d'ajç piv 6 ^efitvvizrjç zo xexqvpptvov oui ai xai zqv XQvp'iv vno zavzqç âijlovod'ai t rjç (pu) pçç. (2)

Pour concilier cette contradiction entre la donnée de Plutarque et l’étymologie de Mr. Champollion, il faut se rappeller la leçon de Jamblique: 6 yàç âijpiovqyixoç vovç} xai zrjç aXrj&eiaç TCQOçazijÇ, xai oocpiaç èçxoptvoç piv tni yéveoiv, xai zpv âffiavrj züv xexQvpptviov Xoywv ôvvapiv eîç (pwç dywv , AM 12 JV xazà zi)v z<ov Alyvnziov yloiooav Xèyexai.(3) Or, cette formule d’évocation vient à l’appui de la donnée de Plutarque et prouve que les hiérophantes révélaient aux adeptes les mystères de ce dieu caché , incompréhensible

(1) L'Egypte sous les Pharaons , T. I, page 217. et s«iv.

(2) lie Iside et Osir. page 39G.

(3) De Mysteriis. Sec. VIII, c. 3.

SECONDE PARTIE

aux profanes : la formule se réduisait ainsi à l'affinité entre le nom du dieu caché (. Amoune ) et son homonyme ( umoune )

qui signifie viens, et qui était le mot d’iu vocation: dire viens à un dieu caché, c’est bien lui dire, montre toi, apparais.

Mr. Champollion , en donnant dans son Panthéon (PI. I.) l’image d 'Amon-Ré à figure humaine , observe que : „ on y reconnaît le démi- „urge égyptien, le dieu créateur du monde, „décrit trait pour trait par Eusèbe dans sa „ Préparation Evangélique “ vov A ^piovqyov 01/ Kvî](p oi AiyvniLoi nçooayoQuvovoLv , avd-Qü)noaâi], etc. (1) Nous venons de voir chez Jamblique que le Démiurge , le Créateur du Monde , s’appelait Amon ; aussi 1 appelait-on également Amon-Knoupliis.

Or, et pEN signifient Opifex , et la seconde forme est encore celle du nom de la divinité en question ; signifie aussi nqoovârrjç, chef et âhjd'eia , vérité , ce qui explique le titre de zfjç àh jd-elaç nooozâiïjç , que Jamblique donne a Amon. Ensuite , , xQvnveiv,

celare, occultarc, (2) acception, qui rentre

(1) L. III. c. 11. page 115.

(2) Dict. Darmon, Bibl. E. Hutteri.

rQauucaa dans le passage de Clement. 385

dans la donnée de Plutarque, car l’absence de 1’ N initial n’altère point L'homonymie de ces mots, considérés dans leur rapport a la langue sacrée; d'ailleurs &ASLOKI, identique à signifie, entr autres, nulrire , sustentare , pascere , idées qui rappellent le berger Ammon de la fable, et qui rentrent toutes également dans la forme JSN qui signifie âycoyoç, nooavâ- T)]Q , TQtxftvç 5 praefectus , condiiclor , curator, nulritor; opifex , artifex , faber , fundator. Or, cette dernière acception se rattache à celle de fulcio , exprimée par le même thème , d’où la variante HDON , fulciens et Columna.

Parvenu au terme de nos rapprochemens, nous allons invoquer Anton , afin qu'il nous apparaisse, dépouillé de la peau de bélier , sous laquelle il s’est dérobé jusqu'ici aux regards des archéologues ; et nous l’invoquerons au pied de cette colonne, dont le nom se rattache à celui du Démiurge égyptien. N’est-ce pas en effet une chose remarquable , que cette filiation de mots sémitiques, si étroitement en rapport avec les my thés et les symboles de cette divinité P Cette filiation qui nous mène au pied de la colonne , c’est- a -dire, de V obélisque, symbole énigmatique du dieu Amon? Le Scholiaste de Sophocle, cité par Mr. Tattam au mot

SECONDE l’AKTIE.

ai Ÿjh] , columna , explique le terme grec orÿlou par xvftoeideïç Xi.lïot, , tmyQUfifiaza zlvwv t'ypvztç.

Fondé sur cette leçon, Mr. Tattam rend le mot BO’SO^ par columna , pyramis ; mais il est certain que l’explication du Scholiaste a pour objet un obélisque , qui est une colonne cubique terminée en pointe. Telle est l’acception du mot ovrfXiov qu’on lit dans Mauéthon, cité (page 40.) par Georges le Syncèle : èx zoîv tv zfj ^vpiaâixfj y p xmitvMv 2THAS1N kg a , (pipi , ( Maveiioj ) ôïaXéxzo) , xai iegoyXvqixoîç ygâuuamv xeyagaxzzpLOuévMv imo Oufr zov ngaizov Egyov.

Or, le mot BO^SO^ ( ïhouoii ) n’est qu’une variante delà forme ( ouoti ) à la place

de laquelle les dictionnaires donnent les formes O’SOyV'^S, ( ouoèit , ouèit ) pour colonne .

Je dis que le mot B0*ü^ « est qu’une variante, attendu que le B (t’k) initial, de même que le (t) sont des préfixés qui s’unissent A plusieurs thèmes radicaux. (1) Remarquons maintenant l’affinité ,

(1) C’est ainsi que de unus, s’est formé

BO’Sttr’S, congregare , colligere , unire ; de caput, summitas , vertex — TT&JTr cornu; de mutidus , pur us — ■'TO'&Ês.O ^

purijicare , sanctificare , purus, sanctus, etc.

rçàppcaa dans le passage de Clément. 387

1 °. Entre le mot (thème radical de

et le mot qui reproduisent

les idées exprimées par les variantes pugno et pungo , et se rattachent ainsi aux expressions : frappé de lumière, les rayons du soleil frappent, dardent ; et au nom de ce météore lumineux qu’on appelle verges, pour caractériser l'assemblage des rayons de lumière qui le composent.

2°. Entre les formes et OXO^,

et la variante ( ouôlbe ) laquelle, unie

au préfixe c, forme le mot (sotbèv)

sagilta . Ces affinités nous expliquent l’origine du mot grec oflUoxoç , ( î ) obélisque , diminutif d’ oBeloç, broche, identique avec le thème fîtloç , dard, trait, flèche, d’où pelovrj, aiguille (2) — et établit ainsi, pour la question égyptienne, la véritable acception du mot OXO^V^X, donné au mot ozrjlcu par le scholiaste de Sophocle et par Manéthon.

Le mot x\\\>\ , que les dictionnaires rendent par çèjh], columna, et Mr. Champollion(.3) par

(1) Hésycliius explique le mot OfiehaxoL par Ofîsloï^ ces deux formes désignent donc également un obélisque.

(2) D’où aussi la dénomination des deux obélisques d’Alexandrie, appelés -Aiguilles de Cleoputre.

(3) Tabl. gén. du Précis, Nos. 300. bis.

SECONDE PARTIE

Obélisque, offre la même analogie; car x\\\), XV.p, XOp, signifient acuere , aculus, acumen , ( i ) et caractérisent ainsi ces colonnes quadrilatères, terminées enjointe.

11 importe d’observer maintenant que, par une filiation d'idées, conséquente à l’esprit des langues, le mot VJOXU)^, obélisque, signifie aussi statue, idole, simulacre ,(2) ainsi qu’on le trouve a la page 233 de la Sc. Mg. Rien donc ne s’oppose a ce que les thèmes oxmrx , OXOV.V^S, dont les mots ^SOXU)^, vumir'X et Y lie sont que des variantes.

(I) Le thème XV.p; X\\\) f acuere , aculus, se rattache ici à Xü\3 , fortis , solidus, fixas ; niées également propres à une colonne, à un obélisque; et ces mots, qui ne sont que des variantes d’un même thème, présentent la même analogie rationelle que le mot fi go , qui signifie ficher, enfoncer, embrocher, planter, — se fixer , s'établir , et fixus, — enfoncé , percé, fiché , arreté , assuré, affermi, établi.

C 2 ) Telle est encore l’analogie entre les mots figo, fingo et fguro, variantes d’un même thème, dont le premier signifie aussi graver , figurer ; et les deux autres façonner , former , jeter en fonte ou en moule , figurer, faire une statue , un simulacre, etc.

r o arnica a dans le passage oe Clément. 389

u’aient désigné également une statue , une idole , un simulacre. Ajoutons à ces laits quelques données archéologiques:

,,Certe ante Babilonicam captivitatem etiam et ,, in regno Judaico nvqad'ûa ilia cultusque Ignis ,,fuere, si recte conjecturam fecerit Jos. Sca- ,, liger ad Catullum , uhi prophetarum , seu sacra „lingua D*ODn ( Chamanim ), Pyrathaea dicta, „ scribit. De Josia Rege legitur II. Paralip. ,,cap. 34. Diruerunt coram eo altaria Baalim, ,, et simulacra comminuit quae sacra illi fue- „runt. Simulacra liaec sunt Ebraice D*ODn, „ Chamanim et effigies solis intelligunt Rab - ,, h ini. Nam et Solem et Calorem HDH Cham- „mah vocant. Inde Chamanim pro sacralis Soli „ sine simula cri s , sive scptis , aut Pyralliaeis. y.Lev. AM I, 30: Ego eliminabo excelsa ves- ,,tra et exterminabo □D'OEn Chamanikiiem, „id est Chamanim vestros. Idola solis ho- „ nori dicata intelligunt Ebraei LXX. ibi ,, habenl va E,vkiva xeiQojioirjvà vuwv. Alibi ve- ,,ro nulle tïô'aika , rursus , (dôà.vyfiaia , v tuévq, ,,et vifnjXà appellant. u (î)

Ces indications de Seldenius au sujet de l'acception du mot D'OEn sont reconnues par les

(1) J. Sel de ni de J) iis Syris , elr. pag. 322. et sq.

SECONDE PARTIE

Rabbins , comme par les hébraïsans modernes ; si bien que l’idée d’ abomination était attachée à chaque mot exprimant une idole. Ainsi, par exemple , dans le Lex. Chaldaïcum de Buxtorf, on lit au mot NT' , qui désigne entr’autres une idole , la leçon DTiSD royïn Abominationem Aegypti, que R. Salomon explique par HNT □’HSSD , Idolum Aegypti. O11 lit, de plus, dans le Lexicon manuale de Mr. Gesenius, au mot ÎTI73, ignominia, conditio vilis et ignominiosa , et Idolum. Le même auteur, au mot ROT, en indiquant plusieurs passages de la Bible où ce mot se trouve employé, dit ,,plur. tantum

,,0\D:JOT, simulacrqrum quoddum genus

,, statuas Solis jam Jarchius interpretatus est: ,, caque inlerpretatio et res ipsa nunc eximie jfillustratur inscriptionibus nonnullis phoeniciis „ in quibus J DPI b'JZ est numinis nomen cui la- „ p ides volivi inscripti stmt. i( Le savant auteur cite en même temps la leçon bvzb ROT J2N pour prouver que le mot ROT désignait également une stèle. Ensuite il observe : „ Ad interpretationem grammaticam quod atti - ,, net JîOT buz non dubitans explico Baal , s. „ Dominus Solaris, à rUOT, Sol, cum ter - „minatione adjectivorum — et ftOT épithelon „ Baalis esse censeo , quatenus Soli praeest ,

F omi/mia dans le passage de Clément. 391

„ qiiodque sono suo fortasse alludat at p’£N , „ A uuo) va , Aegyptiorum. Pluralis □\DCn in S. ,,S. concise dictum pro D'ODn □"'VîJS, et eo= „dem contextu legitur, quo alibi lT1?^. “ C’est donc avec raison qu’Elie Ilutter , dans son Dictionarium Harmonicum Biblicum , rend le mot D^DH par ftôtLvyaara ; uô'oil.a '/rinoTioujia ; Ta vifjrjXà , tu Tciitvrj : Abominationes ; idola manufacta ; excelsa , fana , delubra.

Il en est de même du mot yplI7 qui signifie detestari, execrari , abominctri ; detestatio , abominatio , res abominanda ; mot qui exprime également une idole , comme dans le I. livre des Rois XI, 5., où on lit, apres Hastoreth , deum: ■’nb’N, Sidoniorum , et Milchom, abominationem: yptf, Iiammonitarum et

verset 7 : Cliemos , abominationi: ypT’, Moab , et Molech, abominationi: , fdiorum llarn-

tnon fïbi? "02. Or, la version grecque des Septante rend le mot mVn , deum , dans : Hastoreth , deuai Sidoniorum , également par fiô'û.vyya : vx/.i t i] Açccqt)] (j à e X v y u a t Xiô'oiviojv, et le mot YpUT par ddioXov : to> Xauwç e i ô ci X w Mojàf nul t (o [iaaiXeï amolv v, i â oj X co viüv ’Apfiwv. On voit, en même tems, par ces exemples, (i)

(1) Oii peu! voir aussi les passades îiirliqiiés pour

SECONDE l'ARTlE.

que le nom de la divinité appelée Ammon s’écrivait également par un y de meme que le mot colonne , TlDy, fondé sur le thème “l£y, qui signifie, entre autres, erigerc , stabitire , stare.

Il résulte de tous ces rapprochemens, que le mot jDPI et sa forme plurielle O^DOil , écrits alternativement avec les initiales H , y et N , ont servi a désigner tour-à-tour une stèle , un obélisque y symbole d' Ammon , et les idoles de ce dieu, et l’idée d abominations que l’on y attachait, et le dieu lui- même; et l’ardeur du soleil y et le soleil lui-même , qu'il personnifiait sous l’image d'tm obélisque. Or, les données des anciens polygraphes s’accordent avec la plupart de ces idées et concourent au développement de la question que j’examine. „ Obe- „lisci enormitas, ut Hennateles adfirmat, (dit ,, T ertulien,) Soli pvostituta.“( 1) Ammien Marcellin affirme le même fait au sujet de cette consécration des obélisques au dieu Soleil’, et en décrivant ces monumens, il dit entre autres: „est aulem Obeliscus asperrimus lapis, in

la forme P’DÎ? , dans le Le.ricon hebr. de Mr. Gesenins.

(1) Jablonski Prolegom page 82.

Fqûuuaza dans le passage de Clement. 393

,, figurant melae cujusdam sensim ad proceri- „ tatem consurgens excelsam; utque radium ,, imitetur , etc. “(1) Et Porphyre, cité par Eusèhe , dit que les Pyramides et les Obélisques étaient d’une nature ignee: nvQauiâaç âè rai Ofiliorovç , v fj tzvqoç ovoia. (2)

Enfin, Pline le naturaliste, en parlant du granit de Syéne, appelé nv qouo inXov , dit: ,, Trabes ex co fecere reges, quodam certamine , ,, Obeliscos vocanles , Solis numini sacratos. Ra- ,, diorum ejus argumentum in effigie est , et ita „ significatur nomine aegyptio.(i(s ) Donc, le mot égyptien qui désignait un Obélisque, signifiait rayon du Soleil, et l’on disait que les Obélisques étaient d’une nature ignée , pour faire allusion à l astre, dont ces monumens imitaient les rayons.

Or, le mot ’kviyil, ( djéri ) qui signifie Obélisque, fait allusion à XV,\W.(djèrè) qui exprime les idées ardere, ardens, accendere, illuminare; et voilà, pour la langue sacrée, la nature ignée, la vertu radieuse d’un Obélisque, et sa

(1) L. XVII. cap. 4.

(2) Praep. Evung. L. III. c. 7.

(4) L. XXXVI. c. 14. Edit, de Pnnclcoukc.

394 SECONDE PARTIE

faculté incontestable de symboliser l’astre auquel nous devons la lumière et la chaleur.

De même les mots O^CT~Y et ( ouoli et

ouôte) dont l’existence primitive est attestée par leurs variantes et

et 9lli signifient stèle et obélisque ,

ainsi que nous l’avons établi ci-dessus , — font allusion au mot splendidus, Xafxnqoç,

que le Dictionnaire de Mr. l’Abbé Peyron , nous offre sous la forme ( ètèroout ) dans

laquelle et ^ sont deux préfixes surabondants, et où le thème 00^^, n’est qu’une variante de 0^0^ , O’SO)^ et , qui signi-

fient viridis , recens , hilaris, alacer , et parmi lesquels se trouve le mot qui signi-

fie aussi viridis, recens, hilaris, alacer et splendidus. Ces réintégrations de formes, conséquentes d’ailleurs au génie de la langue copte ou égyptien vulgaire, ramènent ainsi les mots 0^0)^ et 0^0"~Y à leur expression symbolique, en rattachant a la signification d'obélisque celle de splendeur , à laquelle ce monument fait allusion en sa qualité de symbole du Soleil , dont il représente un rayon, selon les données mêmes des anciens.

Reste maintenant les mots yy&Sl,

r^appara dans le passage de Clement. 395

etc. (Marne, khème , khèmi) fervere, calidus esse, cctlor , caliditas , qui se rattachent, par leur thème, aux mots DH, calidus, et non , calor, aeslus Soïis et Sol, et reprochassent, en même temps, les affinités qui précèdent; car les formes variées de ce thème expriment tour- a -tour la chaleur, V ardeur, T âpreté i Vacuité , V aigreur, etc. Ainsi, a côté de VjVÂSl, £YIAX, ££ASlASU5, qui

expriment V ardeur, T action de brûler, se rangent les variantes V)£ASlA)U)ASl et ^OASlV^ASi memphitiques, et g^ASLgtWASL sahidiques, qui signifient, entre autres, frangere, percutere, vulnerare; £Y\AU , pelicanus de nelexdw , sel, £VASlX, acide, vinaigre, (i) V^ASlC , un épi: spica, d’où la variante spiculum qui signifie javelot, dard, pointe d'une flèche, d'une lance, aiguillon, et spiculum solis, rayon du Soleil.

Ces rapprochemens , que les linguistes peuvent, a leur gré, multiplier et étendre à toutes les langues, sont tous conséquens ù I’ardeur

(1) C’est ainsi que le mot aigre , qui signifie proprement aigu , se dit pour le goût comme pour l'ouie, et a donné le mot aigrette qui renferme l’idée de ce qui est pointu et proéminent: de là l’expression aigrette lumineuse.

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