SURMONTE LA DEUXIEME SERIE DES
Cartouches royaux de la Table d'Aby do s.
Il importe de remarquer d’abord que, s’il n'y a nul doute que la charpente hiéroglyphique C'HiU 11e soit identique avec la racine copte CO 011 11e trouve nulle part que cette racine ait eu la signification de regere que lui prête Mr. Champollion pour la convertir en celle de rex, roi. Ouant aux preuves de Mr. Salvolini, qui prétend que cette signification ne peut être révoquée eu doute, j’observerai que la transcription démotique de la charpente hiéroglyphique
F oâuuava dans le passage de Clejytem'. 41 7
(yxn en établissant l’identité de la forme matérielle de ces deux transcriptions, 11e prouve rien en faveur de la signification de roi, que ces savans reconnaissent à la charpente hiéroglyphique du mot C0VXî\, puisque ce mot n’a jamais signifié regere dans la langue copte. Le mot COVXVïl et sa variante signi-
fient, entre autres, cvd'vvetv, evfrvç, evfrvvrjç, dirigere, reclus, rectitudo , aequitas: diriger, droit, droiture, équité; juste, équitable et orthodoxe , signification que le dictionnaire de Mr. Peyron donne sous la forme ,
et la Sc. Mg. (pag. 96) sous celle de co>TXU)ft traduite par , rectus, Jidus, dont le
thème forme le substantif , recta religio et ortliodoxa.
La charpente hiéroglyphique C^Xft, qui surmonte les cartouches-prénoms de la seconde série de la table généalogique d’Abydos, désignait donc ceux des Pharaons qui s’étaient distingués par leur piété, leur équité, leur justice; et l'on conçoit dès-lors parfaitement pourquoi ils forment une série à part et se donnent, pour ainsi dire, la main sur le monif ment en question: c’était donc le rang des justes, des pieux, des équitables. Cette légende nous donne maintenant la mesure des
SECONDE PARTIE
ambages hiéroglyphiques qui servent de sauvegarde A celle du groupe formé par l'abeille mystérieuse , précédée de la -plante et suivie de deux segmens de sphère , ainsi nommés par Mr. Champollion. Il s’agissait, en effet, de caractériser ceux des Pharaons dont les injustices, les vexations, les actes impies, semblables A ceux de Mènes et de Chéops, avaient attiré sur eux l’exécration du peuple égyptien et les malédictions du sacerdoce. Cependant on se tromperait fort si Ton s’imaginait que la publicité de ces infamies dût entraîner celle des légendes qui les exprimaient: l'animadversion publique pouvait être manifestée par des actes, mais jamais par la révélation des mystères; et chaque symbole en était un dans le système graphique du sacerdoce. Parmi ces actes Mr. Champollion compte l’abolition des honneurs, la mutilation des titres ou signes honorifiques quelconques, inscrits surlesmonumens. „ Devons-nous regar- ,, der la destruction du signe dominant (l’image ,, du dieu Mandoa ) dans le nom propre du roi „Mandouéi Ier, inscrit sur les grands édifices, „ comme un exemple de ces terribles jugements „ portés par la nation égyptienne contre la mé- „ moire des rois qui n’avaient usé du pouvoir „ suprême que pour opprimer leur patrie P
rçaufia xa dans le passage de Clément. 419
,, L’histoire a conservé le souvenir de V abolition „ totale des honneurs ( viuaç ) appartenant au ,, fondateur même de la monarchie égyptienne: ,, elle parle de formules de malédiction in- „ scrites contre Mènes dans T enceinte sacrée des „ temples. Ou avait en horreur les noms seuls ,, des rois Chéops et Chéphrénês. Nous pourrions donc supposer avec quelque probabilité, ,, que Maudouéi 1er était un de ces Pharaons ,, dont la mémoire fut proscrite par ses sujets, ,, irrités des maux qu’il leur avait causés peu- ,, dant sa vie. On trouverait en quelque sorte, „et par l identité de Maudouéi Ier et d’Osyman- „ dyas , la raison de celte haine des Egyptiens, „soit dans les expéditions lointaines de ce prince ,, guerrier, soit dans l’énorme dépense que dut „ entraîner la construction de son immense et „ magnifique tombeau. “(i) Or, le colosse de Mandouéi, qui fait partie du Musée de Turin, olfre sur son ornement royal la légende de ce souverain, que Mr. Champollion lit de la manière suivante: ,,/e roi du peuple obéissant , le ,, seigneur de l'univers , soleil gardien des mon- „des, amidéAmmon , le fils du soleil seigneur
(1) Seconde Letlre au Duc de Blacas d'Aulps, page 24. et suiv.
4‘JÜ
SECONDE PARTIE
,,des seigneurs, Mandouéi, (1) serviteur de „ Phtha. “ — Le serviteur de Phtha et l’ami d'Ammon , étant désormais des titres dont nous connaissons la valeur, nous allons essayer de prouver que ces titres sont on ne peut plus d’accord avec l’épithète du soi-disant roi du ■peuple obéissant, représentée par le groupe où Vabeille semble jouer le rôle principal.
A en juger par l’explication qu’en donne le célèbre Egyptologue, on serait tenté de croire qu’il l’a écrite sous la dictée d’un hiérophante, car jamais explication n’a eu une apparence plus conséquente aux motifs qui ont dirigé la composition du groupe’ dont nous parlons, et qui, dans le texte hiéroglyphique de Rosette, répond constamment au mot BAJYIsîEY^ du texte grec. ,,Les deux premiers signes de ce „ groupe la plante c et le segment de sphère sont en effet les deux premiers signes du „ groupe qui, dans les textes hiérogly-
phiques exprime très- fréquemment la même ,,idée roi. Le troisième signe de ce groupe ,, est T abeille unie au segment de sphère ,, signe ordinaire du genre féminin, eu langue „ égyptienne, langue dans laquelle le mot
(l) c. page 20.
r^à^Jiaia DAJ\ S LE TASSAGE DE ClEMENT. 421
,, &.Ç\ÏVe8iUX) , abeille, mouche à miel, est en effet
,,du genre féminin Nous pouvons donc
,, considérer , dit Mr. Champollion, le groupe ,,en question comme une formule consacrée, ,, signifiant le directeur ou le roi du peuple obé- ,, issant , et comme formée d'une abréviation ,,du groupe phonétique roi, et d'un
„ caractère purement symbolique , V abeille.1 6 ( 1 ) (jhioi de plus naturel , que cette explication appuyée d'ailleurs de V autorité d’Horapollon , qui donne l'abeille pour le symbole d'un peuple obéissant à son roi? Mais la critique judicieuse sera peu satisfaite de cette exégèse ; et ses doutes augmenteront du moment où elle sera persuadée que la charpente hiéroglyphique n’offre l’idée de reoc, ni même celle de regere dans aucun dictionnaire ou vocabulaire copte connu. D'ailleurs, le savant Egyptologue qui explique avec une si merveilleuse facilité les légendes des souverains inscrites sur le monument généalogique d’Abydos, a-t-il pris la peine de justifier par quelques applications à ces légendes , la différence palpable (pii existe entre le simple titre voi , exprimé, selon lui, par la charpente hiéroglyphique cvHiîl, et le
(l) Suprà , page 409. et suir.
SECONDE PARTIE
titre roi du peuple obéissant, exprimé par le groupe où figure V abeille ? Il est vrai que Mr. Champollion a, dans sa grammaire égyptienne, abandonné cette explication primitive, conséquente a la donnée d'Horapollon ; et V abeille, qui n’était qu’un peuple obéissant éi son roi , a obtenu elle-même la souveraineté ; mais toutes ces divagations arbitraires ne font qu'aggraver les difficultés de la question et fortifier les doutes de la critique, qui est encore en droit de demander ù Mr. Champollion pourquoi, de toutes les images d’animaux qui figurent comme symboles idéographiques ou énigmatiques, l'abeille serait-elle la seule qui eût besoin du signe de son genre grammatical, figuré par le segment de sphère qui se trouve au-dessous de l’insecte P A la page 165. ci-dessus, j’ai prouvé d’ailleurs, par l'analyse de la figure complète d’un cartouche , que cet encadrement, composé de trois signes hiéroglyphiques, formait la charpente ASLgy’S du mot signifiant un en-
cadrement royal. Cette légende mystique d'un cartouche étant incontestable, la charpente C^xt\ qui le surmonte n’eût été qu’une surcharge si elle eût exprimé l’idée roi, comme le prétend Mr. Champollion. Or, puisqu’il est de fait, que la charpente hiéroglyphique exprime,
r^ccfifiava dans le passage deClement. 423
non pas le titre roi , mais les idées, juste, équitable, orthodoxe — la saine raison adoptera la conséquence que le groupe où figure V abeille, doit exprimer des idées contraires à celles de la charpente hiéroglyphique: c’est là le fait qu’il s’agit de constater.
§ III