HT
EXAMEN
UES OBJECTIONS DE J\Ir. LETRONNE CONTRE LE SENS D'INITIALES , QUE JE RECONNAIS AUX MOTS 71QWTC0V ovoiytiov.
Le savant helléniste, convaincu d’avoir établi son opinion, aborde la question de savoir quel
(l) Je rends ici provisoirement le mot nçonur par premiers , me réservant de prouver qu’il indique les premiers élémens dks mors.
Examen des mots Ilqdna aroiyela i>e Cl. 19
sens il Faut attachera l’épithète nquivoir, placée devant le mot oror/e/iov. Je dois rapporter ses considérations in extenso.
„ Cela établi , il reste à voir ce que le mot ,, nowviov devant avoryuwv peut ajouter a l’idée. „ Au premier coup-d’oeil , je crus qu’il s’agissait ,, des premières lettres de chaque mot. Cette ,,idée, dit Mr. Letronne, était favorisée par „les exemples déjà cités dans la Lettre à Mr. „Dacier, où sont rassemblés beaucoup de signes „ phonétiques exprimant des idées dont le nom, ,,dans la langue parlée , commence par la lettre ,, que ce signe représente : mais le plus léger ,, examen me lit abandonner cette idée comme „ tout- à-fait inadmissible et chercher une autre „ explication. En elFet , si telle eût été l’inten- ,, tion de Clément d’Alexandrie , il était abso- „ lument indispensable qu’il joignît un complètement ù é \à tmv 7i(H’>ru)v aroiyeàüv , comme ,, par exemple, âià tmv éxccorov ovô par o ç, ,,ou éxdovrjç XéÇewç, ttq(6to)v ororydwv , ou „tout autre chose de ce genre. A moins de „ supposer, poursuit le commentateur, que V au- „ teur n avait aucun sentiment de sa propre „ langue, ni l'ombre du sens commun, il est ,, impossible de donner une signification aussi ,, déterminée à l’expression oroiyeïa, qui, dans
!20 SECONDE I* Alt Tl F.
„un sujet pareil j prise ainsi absolument , „ signifie eu général les lettres i>e l’alphabet, „ ou ne signifie rien du tout. C’est cependant ,, à ce sens, tout-à-fait inadmissible, que se ,,sont arrêtés et le critique de l’Edinburgh ,,Pievie\v, qui entend les premiers élémens ou „ les élémens initiaux des mots, et Mr. de Gou- ,, lianofi, qui traduit aussi les kl fai en s im- „ tiaux. , ( des noms des objets ) sans s'aper- „ revoir, ni l un ni Vautre, (pie, du moment „ que le mot Élément n'est pas pris dans un sens „ clair et déterminé , une pareille expression en ,, grec , en latin , en français , dans toutes les „ langues sans doute, ne peut avoir de sens, à „ moins qu'on ne dise de quels ÉlÉmens imtialx „ il est question. C’est pourtant là-dessus que ,, Mr. de GoulianolF parait s’être fondé, pour ,, gratifier les Egyptiens d'un système absurde „ d' écriture , que Mr. de Klaproth appelle ,, hiéroglyphes arrologiques , et d’après lequel ,,le même signe peut représenter également „bien tous les objets dont le nom commence „par la même lettre, comme chien , chat, ,, cheval, cabane, etc. Je ne sais, dit Mr.
Letronne , quel sort est destiné à cette nouvelle „ découverte; mais il me paraît clair, en tout ,,cas, qu'on doit renoncer à en trouver le
Examen des mots Montra ovoiyfiu de Cl. 21
, , moindre vestige dans le passage de Clément „ d \ /le.randrie. u
Ces longues considérations portent en substance:
1°. Ont' „le plus léger examen doit faire „ abandonner comme toul-à-fait inadmissible e( le sens d’initiales que j’ai reconnu au mot 7rçftjr (tir. Et „ qu'on doit renoncer à trouver ,, le moindre vestige de ce sens dans le passage y, de Clément d' Alexandrie. “
2°. Oue „ à moins de supposer que l’auteur „(des Stromates) n’avait aucun sentiment de „sa propre langue, ni l'ombre du sens commun, „ il est impossible de donner une signification ,, aussi déterminée a l’expression avoi^ela, qui, ,,dans un sujet pareil, pris ainsi absolument, ,, signifie en général, les lettres de l’alpha- „ bet , ou ne signifie rien du tout. “
J’avoue que je ne puis saisir ici la pensée du commentateur, et que je n’y vois qu’un contresens. En elFet, s'il est impossible, selon lui, de donner une signification aussi déterminée à l’expression arotp.ïa , comment concevrais-je ensuite son assertion que „dans un sujet pareil, ,,le mot ovoL/da pris ainsi absolument , signifie „en général les lettres alphabétiques , ou ne „ signifie rien du tout. u Je le répète, je ne puis
SECONDE PARTIE
concevoir /’ impossibilité «jue trouve Mr. Letronne de donner aux mots tto mu ozoi/hu, dans le passage en question, la signification d'klkmens initiaux des mots , ni l'assertion de ce savant, que le mot Tirana signifie primitifs et non pas initiaux. Voici l’argument sur lequel porte cette assertion.
3 °. Mr. Letronne dit que : „ si l’intention de „St. Clément eût été de faire mention d'élé - „mens initiaux des kobis des objets, il était ,, absolument indispensable qu’il joignît un „ complément à dtù. z wv Tcqcôziov mor/ctor, „ comme par exemple , ôià zojv txàozov or 6- ,}|ucroç, ou txdoztjç XéÇeajç, ttqmtwv ozoi- „%da)v, ou tout autre chose de ce genre. 6i
Çhie l’absence d’un pareil complément prouve que l’auteur des Stromates n’a point eu V intention que je lui prête ,, a moins de supposer „ qu'il n’avait aucun sentiment de sa propre „ langue , ni l'ombre du sens commun. ii
Cette critique est tout-a-fait arbitraire, car elle n’est fondée que sur ime pétition de principe , tendante à favoriser une divagation archéologi que.
La pétition de principe , c’est que Mr. Letronne ne veut point que le mot tzqojz (ov ait, dans le passage discuté , la signification de
Examen des mots J/quhu oioi/tïu de Ct. 23
premières parties intégrantes des mots, c’est a dire, la signification d’initiales.
La divagation archéologique que favorise cette pétition de principe, c’est que Mr. Letronne veut que le mot tiqojhov ait le sens qu'il lui prête : le sens de lettres primitives de l alphabet.
Mais faites abstraction de cet arbitraire dogmatique, et, relisant le passage de Clément, tel que je lai résumé, plus haut, voyez si la pensée que j’y reconnais n’a véritablement pas le sens commun.
L’auteur des Stromates dit:
Avri/.u oi naq Aiyvicv/oig naiâevoperoi
vavàojv y.ui iskeviaiav, rijv Atyvn v l(ov rPAM- MA T fl N Iï.qo y L vcp i x rj v péS'odov txuavüâvovoi , rjç ij uiv ( utOoôoç tojv Aiyvnziaiv r qu. j.i u v. r o) v ) iovi KvQioXoyiy.rj âià xo)v UPS2- TS2N —TOlXElfhV.
Or, cela ne signifie-t-il pas logiquement et grammaticalement que :
La première subdivision de la dernière méthode de i. Écriture Égyptienne, dite hiéroglyphique, est Kyriologique ou propre , au moyen des élemens initiaux?
Et lorsque, dans une (piestion d’écriture,
SECONDE l'AKTIE.
( ]\>unu(/.run’) on parle d'ki.kmk.vs initiaux ou d’initiales, est-il, comme le prétend Mr. Letronne, absolument indispensable d) joindre le complément donné par le commentateur et de dire d'élémens initiaux des mots, sous peine de faire une phrase qui n’aurait pas le sens commun? C’est là ce que soutient et répète Mr. Letronne, en me reprochant ,, d’avoir tra- ,, duit les mots tcqwtcov oioiytuov par Élemens ,, initiaux, sans m'apercevoir , dit-il, (pie, du ,, moment que le mot Élément, n'est pas pris „ dans an sens clair et déterminé , une pareille „ expression , en grec, en latin, en français, ,,dans toutes les langues sans doute, ne peut „ avoir de sens , éi moins (/n on ne dise de çuels „ ÉlÉmens il est question. 66
Je dirai donc à Mr. Letronne, qu’il est question : d'ÉlÉmens initiaux dans la méthode dite Kyriologipte de V écriture égyptienne , dont il est question dans le texte de Clément d’Alexandrie; que l'écriture d'une langue a) ant et 11e pouvant avoir d’autre objet que les mots, les élémens initiaux dont parle l’auteur grec, 11e peuvent être autres (pie ceux des mots de la langue égyptienne , lesquels mots étaient et ne pouvaient être que les noms des objets dont les images représentaient les initiales de ces noms
Examen des mots llquku ovoiyûu de Cl. 25
selon la méthode dite KvqioXoyixi) âià tmv nqiôuov (Uoiytt(i)i1.
Appréciez maintenant la différence entre la rigueur de cette censure de Mr. Letronne, qui signale la pensée que je reconnais a St. Clément, comme n'ayant pas l’ombre du sens commun, et la bienveillance du savant Commentateur à l’égard d’une phrase bien autrement elliptique et incomplète , et que j’ai examinée en son lieu. Je veux parler de la donnée relative à la méthode tropique , que St. Clément définit sans exprimer le régime:
Tqomxwç ôi xav oixeiorqvcc , fievâyovuç xal faraud évrrç — TA A’tÇaXXâvvovu-ç, TA. AE TTO/laytôç fa raoy >]ua r/Ço prrç, yaqà.rrovoiv.
Ce qui veut dire littéralement : Dans la méthode tropique, en détournant et en transposant selon les convenances , on sculptait en altérant les uns et en défigurant les autres de plusieurs façons.
Cette donnée, considérée, soit dans l’original, soit dans la version, est-elle plus claire , plus grammaticale , que celle (pii nous occupe maintenant? Cependant Mr. Letronne assure que ,, la phrase telle çu’elle est, revient èt (i)
(1) J’ai prouvé en son lieu, qu’il n’esl pas question de ni 7i qü y [i (tru les choses en général , mais
SECONDE l’ARTlE».
xà Tiçii y ficcv a utrûyovrtç xui utraud'tvctç, cù âè — r a ât
Pourquoi donc le savant commentateur, qui a cru pouvoir suppléer si facilement au régime dont l’absence rend la donnée si obscure, pourquoi ne nous dit-il point ici de quels 71 oây u a r a if est (j ueslion ? Et, en y suppléant par un régime si équivoque, le savant helléniste ne s’est donc point aperçu cpie le mot rù Tioàyfiaxa olf're un sens encore plus vague que celui de oioi/rna? Le mot rà nyûyuaxa n’embrasset-il pas également et les élémens constitutifs en général , et les choses que ces élémens constituent par leur réunion?
La critique décidera maintenant si Mr. Letronne a raison de soutenir cpie le sens que je reconnais au passage de St. Clément n’a pas l’ombre du sens commun : l’analyse d’une question importante peut et doit être sévère ; mais il faut que ses rigueurs soient tempérées par l’équité.
de t à av fi ,5 o A a , les symboles. — Voir supra §. IV. pages 75 — 11-
3Ir. Letronne sur le mot llonhotv.
§• iv.
EXAMEN
DKS
DEV ELOPPEM EM S DE Mr. LeTROMSE SV R LE MOT : Jfoo'iUDV.
Après avoir rejeté l’acception d'initiales, que j’ai reconnue au mot tuhÔtcov , Mr. Letronne poursuit en ces termes :
,, Cette interprétation des premières lettres „des mois étant inadmissible, il n’en reste „ qu’une plausible, c’est que le mot Tzyciru, ,, conformément à son sens propre, indique une „ espèce de lettres ou de sons primitifs, par „ rapport à d’autres secondaires : or, ceci 11e „peut s’entendre que de deux manières. s(
Ainsi, après tant de dissertations laborieuses, tendantes A prouver que dans le passage en question, le mot „OToixdan' signifie lettres, ou ,,ne signifie rien du toulu — la discussion A peine close, on admet indifféremment les deux acceptions de lettres ou de sons primitifs, sans égard A l’intégrité des faits , que l’on avait soutenus avec tant de force et d’érudition. Et que la critique y fasse attention : ce n’est plus le mot OToixda ,, c’est le mot nQtdva qui, conformément son sens propre, indique une espèce de
SKCOMIK PARTI K.
„ lettres ou de sons primitifs (( telle est la nouvelle leçon du commentateur — leçon singulière, improvisée pour applunir l’acheminement à de nouvelles contradictions. Mr. Letronne va rapporter d’abord l’hypothèse de son premier commentaire, inséré dans l’édition primitive du Précis.
„ Comme c’est un Grec qui parle à des ,, Grecs, il a pu se servir d une idée qui leur ,, était familière, celle de la formation de leur „ propre alphabet, qui, selon la tradition générale de la Grèce, ne fut d'abord composé que ,, des caractères de seize sons : et cela est con- ,, forme à la nature de ces sons plus élémen- „ ta ires, plus simples que les huit autres , et ,, conséquemment qui ont dû être exprimés les „ premiers par des caractères. Aussi Plutarque ,,les appelle- 1- il rà re 1IPQTA y.ai yoivi- ,, zi-ia. (i) Cette hypothèse, dit Mr. Letronne, ,, est celle à la quelle je m'étais arrêté; on a ,, trouvé généralement cette explication peu ,, naturelle : il a paru singulier que Clément ,, d'Alexandrie allat chercher sou exemple dans ,, l’histoire obscure de l’alphabet grec, pour
(1) tri Mr. Letronne rapporte en J\ote ie passage de Plutarque, tiré de ses Syviposi tiques tX. 3.
Mr. L rtronnf. SUR LF MOT ITlfirO))'.
,, expliquer la nature de celui des Egyptiens. ,, Et cette objection, à la bien examiner, me ,, semble maintenant assez forte. <f
„ Reste l’autre interprétation , qui rentre dans ,, la première , sans avoir aucun de ses incon- „ venions ; car elle consiste a dire que le mot „7r Qo)ra se rapporte, non à l’alphabet primitif , „ tel qu'était l’alphabet phénicien , mais aux „ sons primitifs , en général, c’est-à-dire, aux „ plus élémentaires et aux plus simples de ,, tous. “
Mr. Letronne enseignait tout à l’heure ,,que „la seule interprétation plausible du mot rrQoha, „ c’est que conformément à son sens propre, „ ce mot indique une espèce de lettres ou de ,, sons primitifs par rapport à d’autres secon- ,, daires. ((
Maintenant il enseigne „que le mot IToona „se rapporte non à l’alphabf.t primitif, mais ,, aux sons primitifs en général, c’est-à-dire, „ dit-il, aux plus Élémentaires et aux plus „ simples de tous. is
Or, si le mot hqmtu se rapporte aux sons les plus Élémentaires de tous — ce mot doit rigoureusement exprimer dans le passage en question, les elemens primitifs de la parole ou du langage en général.
SECONDE PARTIE
Résumons maintenant la controverse du Commentateur.
Dans ses analyses relatives au mot ozoï/fioiv Mr. Letronne soutenait itérativement
,, 1 °. One le mot ozov/ûa signifie lettres ,, alphabétiques et rien autre chose. ( 1 )
„2°. Que le mot oror/ùa signifie lettres ,, de l’alphabet, ou ne signifie rien du tout, (2) ,, 3 °. Que si ce nest pus là ce qu'a voulu dive ,, T auteur des Stromales , il na voulu rien „dire.( 3)
„4°. Qu’en prenant le sens vague d’élément, ,, vous ne pourrez plus savoir ce dont il s'agit. Car, ,, 5 °. Demande le savant helléniste : de quel „ Élément est-il question? (4)
,, 6°. Que, sans un complément avec le mot ,, Gzoïyfiwv , la phrase présente un non-sens ,, évident. (5)
„7°. Et il répète ailleurs que, du moment ,, que le mot Élément n'est pas pris dans un sens ,, clair et déterminé , une pareille expression „ ne peut avoir de sens, à moins qu'on ne dise „ de quel ÉlÉmens initiaux il est question, (g)
(t) Supra, page 14.
(3) Suprà , page 14.
(5) Suprà , page 15.
Mr. LETRONNE SLR LF. MOT JTÇfo'lKOV. 31
Mr. Letroime ne s’est point contenté de mettre en évidence des contradictions aussi frappantes; il introduit dans le domaine de l'analyse un argument qui m’était inconnu.
" Après avoir soutenu de toutes ses faci ’tés, que le mot oioiytTa signifie lettres ou ne signifie rien du tout — il s'attache exclusivement au mot TtQwra et soutient d’abord, que ,, confor- „ mément À son seks proche, ce mot se rap - „ porte à u .ne espece de lettres ou de sons
„ PRIMITIFS ! (i
Ensuite ,,que le mot noiora se rapporte non ,,À l’alphabet primitif , mais aux sons pri- „ mil fs ! u
De sorte que , d’après ce genre d’analyse , le mot TTçûjia , qui signifie premiers ou primitifs , peut À lui seul, offrir le sens complet de sons primitifs — tandis que le mot oroi^îa , employé dans un texte où il est question des diverses méthodes graphiques des Egyptiens, aurait besoin d’un complément pour offrir l'idée d’elemens alphabétiques , sous peine, dit Mr. Letronne, de présenter un non-sens évident !
Mais la critique judicieuse reconnaîtra-t-elle à Mr. Letronne le droit de rompre la liaison grammaticale , qui existe entre les mots ttqiouov oroixeüor dans la phrase A'vyioloyr/.r âià r iüv
SECON l»K PARTIE.
n q et v utv OTOf/ti ut v , et de la rompre, cette liaison, de manière à ce que l’épithète a {ton (o y, „ne ,,se rapporte point au mol nror/j-iutv qui indique ,, LES LETTRES ALPHABETIQUES ? 6i
Eu abandonnant à la critique le soin d’apprécier la justesse de ces assertions , je passe maintenant a l’examen des argumens de Mr. Letronne relatifs aux signes primitifs de l’alphabet hiéroglyphique.
DES
ARGVMESS DE Mr. LeTROXXE RELATIFS Al'X SIG.XES PRIMITIFS DE L ALPHABET III ÉRO CL Y PHI QUE.
Le savant commentateur, en voulant assimiler les origines phonétiques des hiéroglyphes Egyptiens à celles des autres alphabets, a prévu l’inconvénient que présentait à ce parallèle la profusion accablante des signes hiéroglyphiques, mis en rapport avec dix, douze et seize lettres, que l’antiquité reconnaît tour-ntour aux alphabets grecs et sémitiques.
Voici les argumens dont fait usage Mr. Letronne pour écarter cet inconvénient.
„0n ne peut douter, dit-il, que chez tous
)V|r. Letronné sur l’alpiiabet primitif. 33
,, les peuples qui ont possédé des signes de sons, le nombre de ces signes a d’abord été borné „ aux sons principaux , et que successivement „ d’autres signes ont été ajoutés, à mesure qu'on ,, a éprouvé le besoin de décomposer les pre- ,, miers sons pour avoir des nuances. Par ,, exemple, poursuit Mr. Letronne, il est dans „ la nature des choses qu’on n’ait eu d'abord „ qu'un seul signe pour B, Y, 77, <P; pour f, ,, K et X, pour A, T et 0, pour A et P, ,, et que, les consonnes jouant le principal rôle, „les signes des voyelles fussent moins déter- ,, minés, ceque prouve, en effet, observe Mr. „ Letronne, l’alphabet des langues sémitiques. „ Ainsi, conclut le commentateur, quand Clé- ,, ment parle des premières lettres, des
„ SIGNES DES PREMIERES ARTICULATIONS, Cette
„ expression pouvait se rapporter naturellement ,, à l’alpliabet dans sa simplicité primitive. “ ( i )
,, Voilà, dit Mr. Letronne , où conduit l'ana- ,,b/se intrinsèque du texte de l’auteur grec.
Il y a ici une singulière préoccupation !
Le commentateur dit que ,, Clément parle
,, DES PREMIERES LETTRES u et a/ill que l’oil lie
s’imagine point qu’il s’agit ici simplement de
(1) Précis , page 305.
SECONDE PARTIE
signes, il ajoute: ,,des signes des premières „ articulations “ et il observe (jue „ cette ,, expression : n o oï i a a ro i% e la , premières ,, lettres pouv ait se rapporter naturellement „ à l 'alphabet dans sa simplicité primitive. “
Or, que résulte-t-il de cette leçon?
Qu'après avoir dépouillé le mot nroiyiïa de son acception directe d’elemens de mots, pour l’affecter arbitrairement au mot le com-
mentateur est forcé en définitiv e de commenter sa leçon inaltérable de premières lettres par signes des premières articulations; comme si, dans la question de l'écriture égyptienne, AiyvJiria yQrainaru du texte, la leçon elemens primitifs, TToàira oror/ûa , eût offert le moindre inconvénient à la doctrine qu'il soutient dans cet examen ?
Je passe aux développemens du commentateur.
„Le mot Tcçorra. , dit Mr. Letronne, se rapporte non à V alphabet primitif', tuais aux ,,sons primitifs en général, c’est-à-dire, ajoute- ,, t— il , aux plus élémentaires et aux plus „ simples de tous. On ne peut douter, poursuit ,,le critique, que chez tous les peuples qui ont „ possédé des signes de sons, le nombre de „ces signes a d’abord été borné aux sons
Mb. Letronne sur l’alphabet primitif. 35
„ principaux, et que successivement d’autres ,, signes ont etc ajoutés à mesure qu’on a éprouvé „le besoin de décomposer les premiers sons „ pour avoir des nuances.
C’est, selon moi, une singulière assertion que celle „du besoin de décomposer les premiers sons du langage, que Mr. Letronne j>ré— tend avoir été les plus élémentaires et les plus simples de tous.
Peut-on, dans un ordre d' clémens, de quelque nature qu’ils puissent être, décomposer ceux qui sont les plus simples de tous?
Pour justifier cet étrange paradoxe, Mr. Letronne développe sa pensée de la manière suivante :
,, Par exemple, dit-il, il est dans la nature „des choses , qu’on n’ait eu d’abord qu’un seul ,, signe pour />, Y, IJ et </>; pour F, K et X , „pour y/, T7 et O; pour A et P; et que, les ,, consonnes jouant le principal rôle, les signes „des voyelles fussent moins déterminés. “
Si le savant helléniste eût étudié le mécanisme générateur des élémens de la parole, il saurait , par exemple ,
1 °. Oue le plus simple des quatre élémens représentés par les lettres données , B, Y, H
SECONDE PARTIE
et < P — c’est IJ (p) qui est le signe de / explosion labiale non-sonore.
2°. Qu’en y ajoutant la vibration du larynx , on obtiendra un B (b) signe de l'explosion labiale sonore.
3 °. Qu'en ajoutant à ces deux élémens /'aspiration, on obtiendra le (P ( ph ) et le B' h des langues des Indes orientales.
4°. Qu'en substituant les dents supérieures à la lèvre supérieure, on aura un Y, valeur française, lequel élément n'est, quant à son origine, qu’un OU étouffé, mais conservant la vibration du larynx.
5°. Que, dépouillé de cette vibration laryngienne , qui le rend un peu sonore, le Y se modifiera en F, non-sonore. (î)
Il s’ensuit:
1 °. Que le plus simple entre les trois élémens désignés par F, V et OU c’est F.
( J ) Pour ne point se méprendre sur l’émission de ces élemens - consonnes , il faut les prononcer sans voyelles. Alors on se persuadera , que le F ne diffère du V, que parce que ce dernier est sonore et que F ne l'est point. Et de même le P du B, le O du J, le T du D, le K du G, le S du Z, etc. et que ces élémens sont absolument identiques quant à leur formation.
Mn. 1 jETRONMK SllK l'alphabet PRIMITIF. 37
Et 2°. Que le plus simple des quatre é lumens désignés par 17, B, V et <7», c’est 17.
Or, je le demande, est-ce en décomposant le plus simple de ces quatre élémens, que l’on pourra obtenir successivement les élémens B, </>, F, Y, OU etc?
JN ‘importe au reste, lequel des élémens représentés par ces lettres, est le plus simple de fous. C'est le principe de cette simplicité élémentaire, qui intéresse !a question, principe, suivant lequel les inventeurs des alphabets auraient éprouvé le besoin de dkcomposek les sons et les articulations les plus élémentaires et les plus simples de tous: principe d’après lequel les élémens les plus simples devenaient complexes à l'aide de cette décomposition! Voilà pourtant ce que Mr. Letronne signale comme étant dans la nature des choses, et voilà ce que j’appelle un paradoxe.
Quant à la nature des élémens primitifs, c'està-dire, des élémens de la parole , considérés dans leur état originaire et à l'époque de / invention de l alphabet , c’est sur une inspection toute superficielle que repose l’opinion de ceux qui enseignent que V alphabet primitif était composé de signes représentant les sons et les articulations les plus élémentaires et les plus
SKCOMIK I'AHTIE.
simples de Ions, et (jue ces .sons et ces articulations ont été déduits par dec opposition, Ceux qui auront étudié les loix physiologiques do la formation des langues, auront lieu de se convaincre que les élémens de la parole, tels qu'on les trouve sur-tout dans l’expression des alphabets de l'Europe moderne, le grec y compris, n'existaient point dans l'origine. Ils reconnaîtront au contraire:
1 °. One les élémens primitifs étaient complexes de leur nature, et chargés de diverses aspirations.
2°. One chaque élément complexe était d’ailleurs indivisible dans son émission, et avait son signe particulier.
3°. Ou'ainsi chaque signe représentait un agrégat d' 'démens congénères , d’élémens, qui naissaient ensemble par suite de la coïncidence de plusieurs organes , qui concouraient simultanément à leur émission. — L’étude des alphabets anciens , rapprochés des alphabets des langues non-européennes , et des démens du langage des peuplades if f cirées, cette étude, poursuivie dans le silence de toute doctrine préliminaire, suffirait déjà pour établir le fait de la mature complexe des élémens primitifs de la parole, si les loix de la physiologie des
Mit. Letronne sur l'alphabet primitif. 39
langues n’ajoutaient point à l'évidence de ce luit archéologique. Ce n’est point avec une telle conviction , fondée sur l’autorité des faits, puisés dans toutes les langues écrites et non-écrites , que nous pourrions nous laisser séduire par les prétendues origines de récriture phonétique des Egyptiens, et chercher des élémens primitifs dans des signes hiéroglyphiques équivalons à ceux des alphabets sémitiques de nos jours.
Je dois faire observer maintenant, que, dans une doctrine alphabétique, qui enseigne lofait de l’extraction des élémens de la parole, attribués aux lettres primitives dont parle le sa\ant commentateur, il est on ne peut plus inconséquent de supposer que l’inventeur de l’alphal >ot primitif, qui s’est chargé de cette chyniie du langage i) ait exprimé quatre ,
(l) Mr. Letronne prétend que : ,, on tic peut douter ,,que chez tous les peuples, qui ont possédé des „ signes de sons, le nombre de ces signes a d'abord ,, été borné aux sons principaux et que successi- ,, veinent d’autres signes ont été ajoutés , à me- „sure qu'on a éprouvé le besoin de décomposer ,,les premiers sons pour avoir des nuances. r< Or, ce n’est que dans l’absence des études physiologiques des langues, que l’on peut avancer nue semblable assertion. Jamais l'homme n'a senti, ni pu sentir le besoin de décomposer les élémens
SECONDE PARTIE
trois ou même deux élémens homogènes pur un seul signe , si tant est qu’il ait pu opérer eette prétendue décomposition des élémens de la parole, admise du reste dans la philosojdùo linguistique; je dis que l’enseignement d’un tel fait est absurde; car, si l'inventeur de l’alphabet a pu apprécier la différence ou les nuances qui existent entre B, V, II et ^P; entre /’, K et X; entre z/, T et 0; entre A et P — qu’est ce qui a pu le déterminer à n’inventer qu’un seul signe. pour chacun de ces groupes et à frapper ainsi de confusion des élémens distingués par son oreille, et qu’il 11’eiit tenu qu’a lui de spécifier par des signes particuliers ?
Quoi qu’il en soit de cette manière de voir de Mr. Letronne, est-elle conséquente à son assertion que ,,le mot nooha se rapporte non à ,, l’alphabet primitif' , mais aux sons primi- ,, tifs , confondus par deix, par trois et par
de la parole: je parle des élémens complexes et congénères , et je soutiens que cette décomposition s’est opérée d’elle-même et sans la moindre participation des hommes , qui n’ont senti d’autre besoin que celui d’admettre de nouveaux signes ou de modifier les signes primitifs, pour exprimer les élémens qui se décomposaient, ainsi que les inodi lications spontanées de ces derniers.
Mr.Letronne sur l’alphabet primitif. 41
„ QUATRE ELFJWENS dailS UN SEUL SIGNE ?i( Il CSt vrai que le commentateur se contredit quelques lignes plus bas, et déclaré que ,, Clément ,, parle de premières lettres, des signes des „ premières articulations , et ajoute que cette „ expression (tcqmvcc ovoi^ûa') pouvait se rap- ,, porter naturellement à l’alphabet dans sa „ simplicité primitive. “
Mais c’est une étrange simplicité que celle d'un alphabet dont les signes représentent deux, trois et même quatre élémcns a la fois ! C’est renverser les idées que d’appeler simples , des signes aussi complexes dans leurs valeurs.
On répliquera probablement que, l'invention de l'alphabet étant attribuée par la plupart des anciens à l’Egypte, et la nature complexe des hiéroglyphes phonétiques étant reconnue et constatée, toute objection contre ce type primitif des alphabets devient stérile et que ,, c'est là ou ,, conduit l'analyse intrinsèque du texte des „Stromates. “(1)
En se retranchant ainsi derrière l’alphabet Egyptien, on pourra éluder la question, mais on ne produira rien ,, de plausible66 en faveur du paradoxe, qui admet le besoin de decom poser
J', Suprù, |>;*£e 33.
SECONDE l’ARTIE.
les élémens les plus simples , pour créer successivement des élémens plus complexes , et dèslors je ne saurais souscrire eu aucune layon à l'assertion de Mc. Letronne qui nous dit que:
„ïl est remarquable que l’alphabet phone- „ tique deMr. Champollion rentre d'une manière „ très-satisfaisante dans cette interprétation.
„En ell'et, dit le commentateur, si nous ,, retranchons toutes les lettres qui, dans cet „ alphabet, viennent se ranger sous le meme ,, signe hiéroglyphique , nous verrons, dit-il, ,, qu'il n’exprime que le son des articulations ,, suivantes :
des aspirations