‹ Archéologie égyptienneChapitre 41 sur 46 · SYMBOLE EXPRIMANT LE MOT SVÈ&L, SEIGNEUR · texte numérisé non relu

SYMBOLE EXPRIMANT LE MOT SVÈ&L, SEIGNEUR

A la page 2(i et suiv. de sa Grammaire hiéroglyphique, Mr. Champollion dit que „ l’idée ,, maître ou seigneur , était exprimée symboliquement par une corbeille tressée en joncs, de ,, couleurs variées, ou par le signe abrégé > et il indique en note, pour ce signe abrégé, les lignes 6 et 1 2 de rinscription hiéroglyphique de Rosette, et les lignes 38 et 49 du texte grec qui y correspondent. Or, la ligne 38 de ce texte porte le mot fiaoilu, et la ligne 49 fiaoû.mç, roi, monarque, dominateur; ce qui répond au mot qui exprime les idées Kvqioç et

/jeonÔTriç, Dominus , Herus, rocno^mib et BAa- ÆbiKa. Quoique Mr. Champollion n’ait point donné, à côté du symbole en question, le mot

rqdpyara dans le passage de Clément. 439

V\X&x, îVE&i qui y correspond, on trouve ce mot dans ses explications d’une longue série de légendes hiéroglyphiques des noms propres des souverains de l’Egypte , pages 140 — 149 de sa grammaire; plus, dans le Tableau général de son Précis , No. 415, où Mr. Champollion explique la métaphore de la corbeille en question par le mot twL, seigneur , maître ,

Kvqioç. Le savant Egyptologue est donc resté dans l’opinion que la corbeille dont nous parlons est un signe véritablement idéographique , et dès-lors , qu’il n’est point susceptible de lecture ; puisqu’il enseigne, à la page 27 de sa grammaire, que ce signe „ exprimait symboliquement ^l'idée maître ou seigneur. 66 Mr. Salvoliui, dans sa Notice sur la campagne de Ramsès le grand , que nous avons maintefois citée dans le cours de ces analyses, après avoir essayé d’établir , sur des exemples fournis par son illustre maître, ,, la prononciation du caractère une ,, corbeille ( ttufet) — il me paraît impossible, „ dit-il, (page 104) de mettre en doute la lec- „ture et par conséquent la signification

,,du signe hiéroglyphique, la corbeille. “ Mais tout convaincu qu’il est de ce fait, Mr. Salvoliui n’a point cessé d’envisager la corbeille comme un caractère véritablement symbolique ou idéo-

SECONDE PARTIE

graphique; et cependant, s’il est vrai que le même mot ttuL signifie et corbeille et seigneur , n’est-ce pas à la faveur de cette homonymie que l’image d’une corbeille désigne l'idée seigneur dans le langage allégorique ? Avec un peu plus d’attention, il eût été d'ailleurs facile à Mr. Salvolini de fortifier ces tatonnemens et de réaliser ses conjectures au sujet du nom de la corbeille. En effet, Mr. Champollion nous a dit, (pie cette corbeille symbolique était tressée en joncs et qu’elle était de couleurs variées ; mais, absorbé dans ses abstractions hiéroglyphiques, le savant Egyptologue n'a eu garde de s’arrêter à ces circonstances; et il n’a jamais admis l’idée que, dans un système symbolique , chaque condition graphique d'un symbole dût avoir son motif allégorique , et que ce motif n’a d’autre objet que celui de V expression. Ce fait, nous l’avons démontré par maints exemples ; ( 1 ) et il s’applique également aux conditions graphiques de la corbeille qui symbolise l’idée seigneur. Et d'abord , cette corbeille était tressée en joncs — or, ( noubte ) signifie plectere , in-

texere ramos palmae ; ét

(■ nèbtif nébtè ) opus conte xtum ex plexis palmis :

(1) Depuis la page 224 ci-dessus.

r oâuuara dans le passage de Clément. 441

les trois variantes du mot qui signifie tresser , sont donc identiques , quant a leur thème, aux variantes îttîÇa, qui signifient do-

minus , herus. Mais la corbeille était d’ailleurs teinte en couleurs variées — et f\OXV) ( nodjJihe ) qui signifie variegatus , colore sparsus , fait allusion A î\OX (nodje) qui signifie magnus , dux, princeps : de manière que la bigarrure des couleurs de la corbeille sert de complément mystique A l’idée seigneur , exprimée par cet ustensile. C’est encore A la faveur de l’homonymie, que la couleur pourpre devint, chez les Egyptiens, V insigne de la souveraineté ; en effet, les variantes xh<j\, GtlXl, signifient couleur pourpre ; teinture , couleur ;{ 1)

— et XUOX, tête, chef , prince , duc , d’où V.pxU)X, dominer.

Pour compléter ces aperçus sur les allégories de la corbeille, nous devons rappeler maintenant que les idées xvoioç , aç%wv et âtonovijç,

(l) Nous voyous ici que le même mot qui désigne le pourpre, signifie la couleur, la teinture et l’action de teindre : ceci prouve que le rouge était la couleur par excellence; c’est ainsi qu’en russe, KpaciihiH veut dire rouge et beau ; icpacKa, la couleur , la teinture ; Kpaenmb , teindre ; et Kpacuimb, rougir.

SECONDE PARTIE

de même que celles de nvtvua et de datai» v : spiritus , g émus — dominas , princeps, étaient, en égyptien, exprimées par .les variantes du mot qui sont: ïwSi, î\0^, SW.q, ï\U\\, etc. Nous avons vu(i) d’ailleurs, que c’est à la faveur de cette homonymie que ces variantes désignaient le dieu Knêf, traduit en grec par Ayad'oç, datfMov, et que Mr. Champollion a reconnu (Précis, 147) que les initiales K et X des variantes du nom de ce dieu-esprit , qui s’appelait Kvi]tp, Krovipiç , Xroiyihç, etc., étaient les signes d’ aspiration (2) usités chez les Egyptiens

(1) Ci-dessus, page 286.

(2) La corbeille dont nous avons donné la figure à la page 438 ci-dessus, se reproduit à la page 41 de la grammaire de l'Egyptologue, No. 222, parmi les signes de V aspiration g (gh ou h); et ses variantes, valant K. et X. et Ich) selon les dialectes, sont données sous les Nos. 68, 69, page 40 de la grammaire, et sous les Nos. 20 et 21 de l’Alphabet harmonique. Ouant à la valeur

(«) que Mr. Saivolini s’attache, dans le passage cité, à donner à l’image de la corbeille , nous nous abstiendrons ici de combattre cette hypothèse; nous observerons seulement que les Coptes ont fait avec les mots, semblables à ceux dont nous parlons , ce qu'ont fait les Italiens , qui ont

r^àpua va dans le passage de Clément. 443

au commencement des mots ; or , la suppression de ces signes, dans la transcription du nom du dieu Knêf , ne changeait rien à son identité, non plus qu’a celle du nom de la corbeille , que les dictionnaires coptes nous donnent sans aspiration, parce que les coptes avaient cessé de la prononcer.

La corbeille désignait donc, d’une manière mystique, les souverains du ciel et de la terre,

— leur pouvoir et leur domination sur les êtres

— et elle exprimait, en même tems, les idées ôal/Müv, nvtvaa et nvoi] , genius , spiritus , halitus; or, cette double acception nous ramène a l’allégorie, rapportée par Plutarque au sujet des hiérophores qui, dans les cérémonies sacrées , étaient chargés des corbeilles renfermant les oifrandes: ovvot dé tioiv oi zov ieoov loyov «•

supprimé, dans chaque mot, les lettres qui n’avaient aucune valeur, dans le but de faciliter par là la prononciation des mots, au détriment de leurs formes radicales; agissant en cela en raison inverse des Anglais qui , par respect pour l’orthographe, ont conservé aux mots les lettres qui n’ont aucune valeur de prononciation. C’est ainsi qu’ils écrivent, par exemple, Knowledge , Wright , et prononcent nulèdge, rcite. De même, en latin, gnosco est devenu nosco; gnatus—natus, etc.

SECONDE PARTIE

Tt£(>t S'eâiv Ttàarjç xad'açevovva deioiôcupovlaç y.o:i mQiEQyiaç èv x fj yi v y rj (ftoovxtç , oiansQ tv xiçrj, xcà TceQiçélXovxeç. (1 ) Les hiérophores portaient donc dans leur urne, comme dans une corbeille, la doctrine sacrée concernant les dieux, épurée de toute superstition et curiosité profane. Cette assimilation de lame à une corbeille prouve, à n’en pas douter, que le mot qui exprimait lame, en Egyptien, et qui manque dans les dictionnaires, était le même que celui qui désigne le souffle et T esprit: c’est-à-dire, une des variantes îveL, etc. c’est

ainsi qu’en russe, le mot Æyma, qui signifie âme, n’est qu’une variante du mot Æyatb» qui signifie souffle, esprit, génie, etc. De même que le mot , spiritus, animus , anima, mens, est une variante de qui signifie spiritus, genius , daemon, etc.

Nous reconnaîtrons donc, en dernière analyse, que l’image hiéroglyphique de la corbeille, qui surmonte ou accompagne souvent les cartouches-prénoms des souverains de l’Egypte, désignait collectivement les idées de prince , de maître ou seigneur , et celles d'esprit, de génie ou de démon, à la faveur de l’homonymie des

(1) De Isid. et Osir. pag. 388.

r^àufiava dans le passage de Clément. 445

mots qui exprimaient ces idées dans la langue parlée des Egyptiens. Examinons maintenant le mot MO qui signifie monde.

EXAMEN

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