‹ Archéologie navaleChapitre 4 sur 10 · DE NAVE ET PARTIBUS EJVS · texte numérisé non relu

DE NAVE ET PARTIBUS EJVS

(Extrait d'un glossaire latin et anglo-saxon du dixième siècle, manuscrit, et actuellement à Brnxelles. Je dois la communication de ce document, auquel je trouve des rapports très-intimes avec le glossaire saxon d'i£lfricus, au savant M. Thomas Wrigth de Londres. J*annote chaque article).

Nauta — Rothra (**). (Ce mot, anglo-saxon, e«t devenu rotjoer en anglais moderne, ruderer en allemand, Toetjer en hollandais, roer et rœrkal en danois , ror et roder en suédois ; c'est proprement notre : rameur).

Navis — Scip. (5htp, anglais ; schiffj allemand ; schip, hollandais; skipf danois; skepp, suédois).

Archibomachus — Swift scip. (Bâtiment léger. Voir du Gange voce : Anchiromacus).

Sgapha — Œrefid-scip.

Barca — Flot^scip.

LiBURif A — Hulc. (Voir ce que j'ai dit des holks dans le Mémoire précédent, p. 129). Je ferai remarquer qu'il ne s'ensuit pas de ce que liburna et hulk sont rapprochés ici , que le holk

{*) On verra qu'il n'y a pas que les parties du navire nommées et définies dans ce glossaire.

(**) Dans roriginal, le th est remplacé par un caractère ressemblant un peu à la lettre p, et le dh par un caractère qu'on peut prendre pour un d barré par en haut.

Scandinave fût fait comme la libume mentionnée au qaatrième siècle par Yégèce. Ce rapprochement nous enseigne une seule chose, c'est que, dans le dixième siècle, les hommes du Nord tenaient les liburnes antiques pour de petits navires unirèmes, puisqu'ils les comparaient à leurs holks).

Dromo — JEsc (rapide ; en allemand geschwind) ,

PoNTONiuM — Flyte, (Il serait singulier que le fly4)oat moderne, le canot qui vole, le bateau-mouche , fût désigné par le mot dont les Anglo-Saxons se seraient servis pour caractériser ce flotteur lourd et lent , porte-charges sans qualités nautiques, que nous appelons ponton , d'après les Latins , et flûte , d'après les Allemands et les Hollandais. Fly aurait étrangement changé de sens en passant du saxon dans l'anglais , si en effet le flyie anglo-saxon est de la même famUle que le io fly anglais).

Trabaria rcl caudex [pontonium) — Puni. (Le mot pantonium , mis entre parenthèses , après caudex et trabaria , qui veulent dire : canot léger, nous fait connaître que flyte et puni avaient entre eux une grande analogie dans la pensée de l'auteur du Glossaire , et que l'idée attachée par les Anglo-Saxons au mot ponton n'avait rien de commun avec celle qui nous fait voir dans le ponto ou pontonium un bâtiment de transport ou de servitude , une vieille carcasse navale. Cet article explique le précédent).

Pcppis — Se œften-stemn. (Le stamm de l'arrière : after; voir plus bas : prora).

CuMBA — Thurruc. {Thurruc me semble être le thorough anglais ; dans ce cas, la barque légère (q/mba ou cumba) serait un bateau de passage , fait pour traverser une rivière).

Cariiïa — Bycme. (La poutre , baum , allemand , aujourd'hui en anglais beam , a le sens de poutre ou solive en général , et la carène ou quille du navire est appelée keel. Les Anglo-Saxons , en nommant abstractivement la quille du navire : la poutre , se servaient d'une figure analogue à celle dont usaient les Italiens, qui nommaient cette pièce : il primo. Voir Mémoire n" 4).

FoRi vel TABULATA NAViuM — Scipes flor. (Ce que les Anglais appellent aujourd'hui floor , c'est le fond du vaisseau formé par les varangues. Si les Anglo-Saxons voulaient , comme il y a lieu de le croire , désigner par le mot flor ce fond de la cale , les /bn\

APPENDICE AU MEMOIRE N° 2. IGl

au dixième siècle , étaient loin d*étre ce que nous les voyons chez Aulu-Gelle, quand , dans sa fable d'Arion, il dit : « Stans in summo puppis foro carmen voce sublatissima cantavit. » Le fomm dont il s*agit ici était évidemment le tillac de la poupe. Observons toutefois que , dans ces vers de Lucain :

At postquam ruptis pelagus compagibiis hausit , Ad sommes repleta fores , descendit in undas ,

foros peut très-bien exprimer ce qu'on appelle les fleurs ( floor) de varangue, et que le poète n'a pas même usé. de son droit d'exagération en se servant de l'épithète summos , parce qu'elle ne veut pas dire : élevés, mais, jusqu'au haut des.... Le navire coula , parce que sa carène s'étant brisée contre les rochers , sa cale se remplit jusqu'au haut de ses varangues. Seulement ses varangues étaient fort arrondies et non pas plates. Scheffer n'a pas compris dans ce sens le passage de Lucain.) (De militia navali, p. 48.)

CoLUMBARiA — Ar^locu. (Bois {log — angl.) sur lequel s'appuient les rames. Notons en passant que le columbarium et la columba italienne , signifiant quille , ont la même et jmologie , bien que le columban grec (plonger) s'applique dans columba et dans columbarium h deux choses fort différentes. J'ai dit ailleurs que la quille étant sous l'eau , plongeant profondément , avait pris à bon droit le nom de colombe. Quant au columbarium , il était assez bien nommé aussi , car c'était de sa hauteur que plongeaient les rames. On 4oit s'étonner que du Gange , qui cite Isidore , Papias et Gaufredus Grossus , à propos du columbarium , puisse , dans la définition qu'il donne du mot , le confondre avec la columba des Italiens. Les textes qu'il rapporte sont cependant bien clairs.)

Rémi — Air. ( Anglais moderne , car.)

Transtra — Thoftan. (Anglais, twart , et plus anciennement thwaft. L'allemand a dufi ou àoft , dont le rapport avec l'anglosaxon thoftan n'est pas moins grand que celui du toft danois et du toftar suédois. Le hollandais a doft , comme l'allemand , qui a aussi ducht).

Palmula — Ar-bled. (La pale, ou plat de l'aviron. En anglais I. 11

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blade, en allemand blat ou blatt; blad en hollandais, suédois et danois).

ÀNTEimA — Segl-gyrd. (Anglais 9ail-yard, ou simplement yard. Le hollandais a gyk ou gypy pour désigner certaines vergues. L'allemand a geip , le danois gib , le suédois gipa).

CoRNUA — Tha ytemestau endos thare segl-gyrde. (Ces cordes attachées aux extrémités de Fantenne , dit le traducteur saxon. Il y a erreur. Les cornes de la vergue n'avaient rien de commun, chez les anciens, avec les cordes simples ou doubles que nous appelons les bras , et qui servent à faire moavoir la vergue dans le sens horizontal. Ausonne, prêtant la parole à la vergue , qui , alors , n'était pas encore à la latine , ou porte-voile triangulaire , lui a fait dire :

Malus ut antennam fert yertioe sic ego sum T.

Les deux bras du T sont les comua » et ces deux potences sont , comme bn voit , tout autre chose que les manœuvres qu'on attacherait à leurs extrémités. Les critiques n'ont jamais entendu comua dans un autre sens ; comment en effet expliquer autrement le vers 549 , liv. m , de l'Enéide :

Haud mora, continuô perfectis ordine votis, Gornua velatarum obvertimus antennarum.

Obvertimus ne laisse aucun doute. Les vers de Silius Italiens , liv. XIV, que j'ai cités dans le Mémoire n° 1 :

Veloque superba capaci Cam rapidum hauriret boream , et cornibus omnes Colligeret flatus...

ne sont pas moins positife).

Malus — Mast. {Mast , anglais , hollandais , allemand , danois et suédois ; français mât , et autrefois mast).

MoDius — Mast^st. (L'emplanture du mât, son étambrai sur la carlingue. Le q/st anglo-saxon me parait être le site anglais , l'assiette , et le mot allemand signifiant le siège , la place , la demeure de....). -*

APPENDICE AU MEMOIRE If"* 2. 163

Carghesia — Hun'thyrlu. (La hune. Je ne sais ce que signifie thyrluy mais il est probable que ce mot exprime l'idée de chfttelet , de panier , on de quelque chose d'analogue , suspendu en l'air. Hun n'est-ce pas le hung anglais , \enant de to hang , pendre , suspendre? La gabie était un châtelet , une boite plus ou moins grande, mais carrée, ou pour mieux dire cubique, comme la montrent les navires des sceaux de Douvres , d' Yarmouth , de Sandwich , de Dam ; elle se hissait à la tête du màt. Notre mot hune vient évidemment du mot composé anglo-saxon, dont je reconnais bien la première moitié , et qui , pour l'autre moitié , aurait peut-être quelque rapport avec le taerling ou teerling hollandais, signifiant un cube. La corde qui se nommait hune aux treizième et quatorzième siècles (voir le Livre des métiers » titre xiii , et l'ordonnance de Charles VI ( 1 3 1 5) , a la même étymologie que la hune-gabie , hung signifiant tendu aussi bien que pendu ).

Parastates — Moestunst. ( Les épontilles , les supports des ponts ou couvertes).

Clavis — Helma. (Anglais, helm. Voir Mémoire n** 3 : aval le hel , etc. — la barre du gouvernail).

Gcbernacclum — Steor-rothur. (Rudder (gouvernail), steer^ (gouverner) anglais; stuur^ roer^ hollandais; steuer^ ruder, allemand ; styre , roer^ danois ; styr, ror ou roder, suédois , d'où stribord et tribord ; voir Mémoire n® 3).

Pons — Sctp-Atoder. (La planche pour sortir d'un navire ou pour y entrer ; ladder, anglais , échelle.)

Yela — Seglu. (Anglais, sails; allemand, segels; hollandais, zeilen; danois, sqls; suédois, segels — les voiles).

Prora — Frum-stemn. {Stem-frame, qu'il n'est guère possible de méconnaître dans frumrstemnj bien que stem soit une transcription moderne du steom saxon (arriére) , signifie aujourd'hui en anglais Varcasse le couple principal de l'amère, et non l'avant. Il est à présumer que l'auteur de notre glossaire anglo-saxon s'est trompé. Quant au mot stemn^ devenu stem en anglais et steven en allemand (hintersteven) ,}t présume qu'il faut chercher sa signification dans le stammen allemand, appuyer. Le stamn était , à l'avant et à l'arrière , ce que nous nommons Vètrave et Xétambot ; ce que les constructeurs de la Méditerranée

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appelaient les rotes ( Y. Mémoire n^ 4 . ) C'est sur ces pièces que s appuie toute la construction du navire à Favant et à Tarrière. Si dans étrave nous reconnaissons trabs ou trabes (la poutre), il nous est facile de reconnaître dans ë/am6o< ou e^famAord, comme on récrivait autrefois, bord, la planche, la poutre, et stemm , Tappui. L'estain, nom des deux courbes d'appui de Tarcasse, n*a lias d autre étymologie. Vestamenaire français et le stame^ nale italien (voir Mémoire n"" 4) qui désignaient les côtes, les courbes du navire, appuis latéraux de la construction, sont les mêmes q}ïestain et estam-^rd : cela me parait évident).

FuNES, RESTES — Rapos. (Aujourd'hui en anglais, ropes; en allemand, en hollandais, reeps; en danois, reebs, et reps en suédois.)

SpiRiS — Linan. — (Les glènes de filain ou de tout ccH-dage ; ce que les Italiens du moyen âge nommaient corcoma ( voir Mémoires n** 6 et 7.) Linan est devenu Une en danois et en anglais, ligne en français, lien ou Unie en allemand. En suédois, lina est resté très-près du radical saxon).

Propes — Sceat'line. (Le propes était une corde simple ou une espèce de petit palan qu'on frappait au point d'écoute (pes) de la voile, pour la carguer. C'était la cargue proprement dite , comme on le voit dans le Marchand de Plante. Le Saxon appelle ce cordage : la corde (lina) allant à V écoute {sceat).

Pes veli — sceata. (Le pied de la voile , le point d'écoute , l'angle des deux ralingues de chute et de fond ; par extension , la corde frappée à cet angle, l'écoute. Sceata, signifiant en saxon l'écoute , est devenu sA^et en anglais, scAoofen en allemand et en hollandais, schiôd en danois , skota en suédois , scotta en italien , escota en espagnol et en portugais , esœute et maintenant écoute en français).

Safo — Stœch. (Le rivage. Ce safo est le safon du glossaire d'^fricus. Je n'ai vu ce mot latin dans aucun document du moyen âge. Stœch n'est plus dans l'anglais, qui a shore et strand).

Opisfera — Stediuline. (« Opiferae funes, dit Isidore , qui cornibus antennse dextra sinistraque tenduntur rétro versum» Ce sont les bras (voir plus haut au mot cx)Rnua) . Scheffer confond à tort (pag. 145) les opiferœ avec les hiperœ de Suidas, qui

APPENDICE AU MÉMOIRE n*" 2. 165

étaient les drisses de la vergue. Stediuline me semble vouloir dire: le cordage (Une) tenant ferme (steady) la vergue).

Prosivesium — Marels. (Prosnesium ou pronexiutn, mal à propos désigné par quelques dictionnaires comme un câble attaché à une ancre. C'est ce que dans la plupart des documents latins et italiens du moyen âge on trouve sous le nom de proese, prodese, prodexe (voir Mémoires n~ 5 et 7.) Papias définit à merveille ce cordage quand il rappelle : « funis, quo navis religatur ad palum. » Il aurait pu compléter sa définition en disant que cette corde qui partait de la proue , comme les câbles des ancres , allait s'amarrer à une boucle , à un rocher, comme à un pieu. C^était le cap de poste des nomenclatures italienne , espagnole et française des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles. Les Statuta Massiliœ ordonnaient , chap. xyi, liv. iir, que les cordiers de Marseille seraient tenus par un serment spé^ cial de ne faire faire , ou de ne faire eux-mêmes les gomènes et les prouïers (gumenas vel prohisios) que de dianvre femelle et de fin filain (filo subtili.) Le marel saxon est-il le radical étymol<^que de notre amarre? Il est permis de le croire. On trouve dans le vieux catalan marra (Chronique de Muntaner) ; mais le mot n*était-il pas descendu du Nord au Midi avec tant d'autres? C'est une question à laquelle une réponse positive est bien difficile à faire).

ATfGursA — Racca. (Les anquis (voir Mémoire n® 7). Anguina est défini par Papias : « la corde qui serre l'antenne au mât. » C'est notre raccage dont on voit l'étymologie dans le saxon racca^ qui est resté dans l'anglais moderne sous la forme ra4:king , signifiant une genope , petite corde servant à serrer deux autres cordes l'une contre l'autre.

Remulgum — ToftHn^i (Notre remorque, notre touline. Anglais moderne toto-line (corde pour tirer, touer. — Tou> venant du saxon teohan, ieon ou tohn) .

I^RUPiAR (FRiKiïA.) — Midlu.{Strupiar n'est pas latin; c'est une mauvaise leçon de manuscrit; struppus^ ou mieux stropus eistrophus, désigne le lien de corde ouïe oerele de fer qui retient l'aviron au scalme ou tollet (thole , cmglais) ; c'est donc 8iruppu$ qu'il faut lire. Quant à mtdtu, ou midla^ comme le porte le Glossaire d'^fricus,* je ne sais s.'il faut le reconnaître dans

l'anglais middle, signifiant milieu. Dans ce cas Testrope aurait été nommée ainsi» parce que 1 aviron tournait dans son milieu).

Cataprorates (bous) — Sund-line. (Cataprorates est un mot composé comme catoKopus^ et les autres mots de cette forme gréco-latine ; je ne l'ai vu dans aucun document. Il désigne la ligne de sonde (anglais sound-Kne ou simplement soundtnjjf.J L'allemand et les autres langues maritimes du Nord n'ont pas conservé le saxon sund , que nous avons adopté ainsi que les Italiens, les Espagnols et les Portugais. Les Italiens ont eu longtemps scandaglio , pour nommer la sonde. Voir Mémoires n* 5 et 9).

BoLis — Sufid-gyrd. (Le plomb de sonde. Bolide, en français du seizième siècle. (voir Mémoire n® 9). L'anglais dit aujourd'hui lead 9 le plomb ; l'allemand loth , le suédois lod , comme le danois ; le hollandais lood) .

Aplustra — Geredru. (L'aplustre, ornement de la poupe des navires antiques , espèce de panache fiait de rinceaux de planches qui se recourbaient au^lessus du thrônus ou guérite, ayant disparu, les modernes n'ont plus de mots pour le désigner. Quant à geredru, je ne sais le trouver sous aucune des conformations analogues du Nord. Gerade, signifiant : droit, est le seul mot allemand qui me semble avoir quelque analogie par le sens avec le geredru, qui se dressait sur la poupe , comme la queue du coq.)

^stuaria — Fleotas. (Le détroit.)

Glarea — C^osel'Stàn. (La grève. Aujourd'hui, en anglais: sandy-strand; en allemand strand (voir plus haut : safo).

OifERARiA havis — Scip-lcBsU (Aujourd'hui last et ballast en anglais, ballast en hollandais, baglast en danois, barlast et ballast en suédois , lastre en espagnol , lastro en portugais. On voit que notre lest est tout à fait saxon).

Strtis — Sandrgewurth. (Lessyrtes. En anglais quick-sand^ sable mouvant).

JuNGETUM — RisC'tkyfel.ÇioncYmey marais à joncs.l2isc, jonc: aujourd'hui rush en anglais , et ruseh en allemand).

Ledo — Nep'flod. (La marée, le flot, le flux. Flod est encore aujourd'hui dans la langue suédoise et danoise. L'anglais a flood, le hollandais vloed, et l'allemand /ItilA):

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