‹ Archéologie navaleChapitre 6 sur 10 · SUR LES BATIMENTS A RAMES DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

SUR LES BATIMENTS A RAMES DU MOYEN AGE

Le Dromon. — Doutes sar la sigoificatioii du nom de ce navire. — Lettres de Cassiodore à Abundantius. — Note sur les bois de construction au moyen Age.

— Remarque sur le mot triremis employé par Cassiodore. — Ordre de Temperaur Maurice, relatif à l'emploi des dromons. — Le Bucdnator. — Passages de la Maumachie de Tempereur Léon. — Du mot triremis employé par Meursius.

— Le dromon du neuTième siècle avait deux étages de rameurs superposés l'un à l'autre dans toute la longueur du navire. — Passage du Bichardi régis iter, par G. de Winesalf. — ^ Observations sur ce passage. — La galée du doulième siècle. ~ Son calcar ou éperon. — L'ordre de bataille des galères, au douâèroe siècle, est une tradition du neuvième. — Autre passage de Galfrid de Winesalf. — Conséquences à en tirer. — Rapport entre les galères des treizième et dix -huitième siècles. — L'introduction de l'artillerie à poudre, à bord des galères, ne change presque rien à la construction de ces bâtiments. — Rapport entre le nombre des rames des dromons et celui des rames de h galère du dixhuitième siècle. — Citations de Pantero-Pantera , de Picheroni délia Mirandola, du chevalier de Passebon. — Le Pamphile. — Citations de Constantin Porphyrogénète. — Équipages des pamphiles et dromons. — Distribution des rameurs et des soldats sur les petits pamphiles. — Étrange erreur de don Antonio de Capmany. — Parapet en arrière de l'éperon, ou Rambate des dromons. — Tours ou diAtélets hissés au moment du combat, à la moitié de la hauteur du mAt du dromon. — Giacomo Filiasi et Antonio Marin se sont trompés sur la valeur du mot catartion, que latinisa Meursius au lieu de le traduire. — Médaille de Pietro Candiano Primo. — DifTérence présumée entre les pamphiles et les dromons. — Du mot pamphile. — Longueur approximative des dromons et pamphiles. — Mesures des galères subtiles de Romanie et de Syrie, d'après un statut génois du 22 janvier 1333. — Traduction de ce document. — Détails d'un statut de 1344 sur le même si^et. — Ce qu'était la mesure appelée goda. — Ce qu'on doit entendre par galee aviate ad popam et adproram. — Le sénéclial, ou peteniarius, — Le scandolar. — Ridicule étymologie de ce mot donnée par Barras de la Penne. — Ce que c'était que la r serra ubi imbanchatur. » — Du mot empature. — Du mot amoriata. — Des mots feminella et maschio. — Ferrements des galères. — Passages de statuts de 1334 et de 1441 à cet égard.

— Ce que c'était que le mentum contés. — Des nM>ts contovaio et pontovalo. — Les tria/erra de la galère commerçante au quatorzième siècle. — Ce que c'était que le mentum trencharini. — Statuts génois de 1340. — Andar a la trinea,

locution mantîme espagnole. — La trinqnette. — Le taille^enL — Le trinca- 4owr, — Le trinquard, — Statot de 1339 — Digression sur la mesare des oo* qoes. — Ce qoe c'était que la croix sur les naTires vénitiens du miiien du treizième siècle. — Quatre documents yénitiens sur les mesures des galères. — Comparaison de œs documents. — Coupe d*une galère génoise du commencemeni du quatorzième siècle. — Dimensions des galères subtiles du dixième siècle. — Plan d'une ffalia sotil, par Picheroni ddla Mirandola. — Galère subtile à vingtsix bancs y de Crescentio. — Longueur de la coudée napolitaine au seizième siècle. — La j^uë marseillaise à la même époque. — Tracé des rotes. — Différence entre la hauteur des poupes de la galère française et des galères romaine et napolitaine. — Les matere et les stamencUù ~ La lai^ur in bocha, — Les tnadierS'radiers. — Chambres de la galère. — Le porteau , ou écoutille. — Le telaro. — Vaposiis. — Les baccalaU. — Les arbres , ou mâts de la galère. — Les antennes. ~ Le spigon. — Les rambates. — Vespale. ~ Véperan. ~ Extrait des Mémoires de Jean Marteilhe. — Gossone. — Les pédagues. — Parasguardi. — Compagne ; étymologie de ce mot. — Paillât; étymologie de ce mot. — Taverne, — Bancs , banquettes. — Le ramier. — Varbalestrière. — Encore Yapostis ; étymologie de ce mot. — Rames. — Palamante. — Astroq.

— Escome. — Tolet. — Manivelle , giron. — Comité. — Son sifflet. — SouS' conUte. — Travail des rameurs d'une galère. — Passage de VArmata navale sur la chiourme. — Forçats» esclaves, bonevoglies. -^ hexa% devoirs, leurs costumes , leur nourriture. — La maistrance de la galère. — Vargouzin. — Les espaliers. — Le tabernacle. — Conille; étymologie de ce mot — Scie. — Différents commandements propres aux galères. — Les vogue-avant. — Le postiC' cio, le terzarolo, etc. — Le quartier du milieu. — La vogue par tiers, selon Capmany. — Observation à cet égard. — Trompettes. — Le portunato. — Ser-

» vice des hommes de la chiourme. — Vécrivain. — Le scalco. — Le barberot. — Analyse d'un passage de Pantero-Pantera sur le nombre des rameurs convenable à cliaque espèce de navires. — Passage du même sur les galiotes , les brigantins , les frètes, les felouques , et les castadelles — Armement des galères à Zenzile.

— Ce que c'était. — La rame scaloccio. — Courte digression sur les auteurs de l'antiquité qui ont parlé de la marine. — Galère d'Othon, par Dominique Tintoret. — Une galère, par Carpaccio. — Observations sur les navires gravés dans lede Re navali de Baif. — Opinion de Charles Etienne à cet égard. — J. Scheffer réfuté. — Interscalme. — Calculs pour l'emplacement des rames des galères à 2, 3 , 4 et 5 rames par banc. — Passage d'Olaus Magnas relatif à des galères à 2, 3 et 4 rames par banc, faites par des charpentiers vénitiens pour Gustave, roi de Suède, en 1540. — Emploi abusif fait par les historiens des mots biremis , triremis, etc. — Pantero-Pantera critiqué. ~ Galères à 180 rameurs. — Citation d'un passage de Constantin Porphyrogénète sur les dromons à 230 rameurs. — Galères à 100 rames, de don Enrique (1370). — Galère de 1354 , à 29 bancs et 170 rameurs. — Galère génoise à 3 rames par banc et à f 00 rames.

— Eeme et tersolH. — La sencilla de Capmany. — Une galère de Breugel. — Galères à Î16 avirons , noiisées en 1335 au nom de Philippe de Valois. — Passage de Geronimo Zurita, sur six galères à 29 et 30 bancs, armées en 1356 à Barcelone. — Remarque de Capmany à œ sujet, et critique de cette remarque. — Qu'étaiVce que le lignum P — Réfutation d'une opinion de Carlo Marin. — Ligna de teriis. — Qu'était-ce ? — Dissertation sur cette espèce de navire. — Du Cange léftité à propos d'un passage des annales de Gènes. — Sur le petit navire appelé /hs. ~ Sur les lins. — Erreur de Capmany à propos des leng. — Du mot reria. — Cautions exigées à Gènes, aux treizième et quatonième siècles.

MEMOIRE jC" 4. 229

des bâtiments armés dans les ports de la république. — Armement des galères génoises allant à Aigues-Mortes. — Armement des ligna de teriis,— De la conserve {conservatieho). — Le pamphiU du quatorzième siècle. — Observation sur un passage de Jacob d'Oria. ~ Des grosses galères. ~ Des navires de bandes ou à la navaresque. ~ La gallia grcua de Picheroni délia Mirandola. — Prix des rames à sealocdo, — Quadrirème de Picheroni. —Observation sur une note qui se lit à la couverture du manuscrit de cet ingénieur. — La qtUnquérème de Yittore Fausto ( lâ29). — Histoire de ce navire céltiire.

— Passage de la Legatio babgloniea de Pierre-Martyr d'Anghiari. — Galéasses ou grosses galères vénitiennes, en ISOO. — Passage de Paolo Paruta à leur sujet. «- La galère dUochiali (1572). — Passage d*Abraliam Peritzol sur la navigation des galères marchandes de Venise. — Galère du quinzième siècle à trente-cinq rames » à quatre hommes par rame, et à trinquet carré. — Décret du sénat rdatif à rarmement de la quinquérème de Fausto. — Calcul pour déterminer la longueur probable et les autres dimensions de la quinquérème. — Erreur de Natal Ccmti et de Rannusio. — Construction de galère adjugées à l'encan. — Erreur de Pantero-Pantera. ~ Les galéasses de Francesco Bressan. -- Cdles de l'invincible Armada ( 1 588 ). — Définition de la galéasse du seizième siècle , par Pantero- Pantera.— Calculs pour la construction de ce bâtiment. — Miniatures ÔKAVoyages de Magius,— Estampe représentant la bataille de Lépante. — Deux galères peintes par Ila|>haèl, dans la Duomo de Sienne. — Galéasses peintes dans le palais d'Oria à Gènes. — Les gatti ou chats des onzième et douzième siècles. — Analyse d'un passage de Laurenti de Vérone. — Passage de Guillaume de Tyr. — Chat à cent rames et deux cents rameurs. — Les deux gouvernaux du chat. — Pourquoi le chat était-il nommé ainsi? — Étymologie nouvelle du mot galaia (galère). — La celea de Carlo Antonio Marin. — Les ïntcentawres, —: Origmo du bucenlaore, navire ducal de Venise. — La Nvova regia su' l'acque de Antom'o- Maria Lucbini (1729). — Le buoentaure , au commencement du dix-huitième siècle. — La galère du pape Alexandre III. — Décret de 1337 pour Taimement de quatre galères de mensuris Imcentariorum, — Examen d'une objection de Zanetti à FQippo Camarario. — Loi du 12 mars 1293, relative au bucentaore. — La fête des Maries.— Le mot regatta. — Les petits navires appelés plate, — ÉtynK^ gies du mot 6iicento«re. — Les chelandes ou selandes. — Opinion de Zanetti sur l'origine du mot galandria. — Discussion des opinions de Hugot et Gulbert.

— Passages de Ditmar et Constantin Porphyrogénète. — Les huisiiers, — La ta/urea. — Interprétation d'un passage de Godefiroi , moine de Sahit-Pantaléon.

— Passages de Diodore et de Polybe sur les hippagoges. — Les palandries turques. — Passages de la Naumachie de l'empereur Léon. — Encore la cAelande. — Ses rames , ses rameurs , son armement. — L'armement et le nombre de rames du dronum. — Rapprochement entre le drùmou du neuvième siècle et la galia grossa de Picheroni. — Variétés de la famille drcmon^ — Variétés de la famille galère, — Passage du Roman de Blanchandih relatif à un dromont ou ehalani, — Orighie du mot ehalan, — Broche signifiant arbre ou mât. — Le beaupré, — Les nefe de la tour de Pise citées. — Fortification du dromon. — Bannières aux sommets de ses mâts.— La pomme du mât. — Passage de Mathieu ParÎB , relatif afti dromonde combattu par les galères de Richard , en juin 1 191 .

— Passage de Galfrid de Winesalf , relatif au même combat. — Comparaison de ces deux passages ; conséquences à en tirer. — Le calcar ou éperon des galères. ~ Version de Mathieu Parts rejetée. — Urinatores. — Les plongeurs turcs au siège de Malte, en tô65. — Dimensions présumables du dromon coulé par Richard. — Sa mâture. — Un tuoel du quinzième siècle.— Vuxer de l'atias catalan,

230 ARGHÉOIXX;iE NAVALE.

de 1375. — Extrait d'une lettre de Philippe le Bel , où sont nommés des uxohos.

— Proportions de Vuxel mentionné par la chronique de don Pedro de CastiUe. — La galle du comte de Japhe. — Passage de JoinvOle. — Les trois cents rameurs de la galle. — Rapproehement d'un passage du Richardi régis iter avec celui de JoinTilie , au sujet des pennonceaux et de la mnsi<iue sur les galères. — Les ramberges. — Étymologie du mot ramberge. — Pinasse, — Les galiotes. — Galiote armée de deux cents hommes. — Le briganiin. — Le viee^pctiro, — Le capi' Umeus. — Analyse de deux statuts de 1340, en ce qui concerne le caintaine ou chef d'escadie. — Chrysobole de 1 188. ~ Galères à cent quarante rameurs. ~ Officiers des galères au douâème siècle. — Étymologie du mot hriganUn, — lAfrégaU. — Étymologie de son nom. — La çastaldella. — Là/eiauque. —La saéttie, — • Le frtgaton, — Le speronier. — La grottoUno. — Vesqu\f, — La gùndoie. — La harque de palisceUmes, — Leeaïque. --Lepeatto. '-^Lhjisolère. ~ Étymologie de ce mot. — Le scorciapino, — Le careUms, — Le monère.^ RéAitation d'une opinion de J. Scheffer, à Tégard de cette espèce de navire. — Le carib. — Note sur quelques navires arabes , égyptiens et turcs. — La Juste-

— Passages de Baïf , don Joam de Castro et du (ruidon de la mer, — Étymologie du mot Juste. — Armement des galères catalanes , en 1354. — Équipage de la galère de Jean- André d'Oria, en 1572 (extrait d'un manuscrit espagnol de la Casa d'Oria, à Gènes).— Voilure des hâtiments à rames.— Ornements extérieurs des bfttiments à rames. — Passage des Dietari trienni , journal catalan inédit du seizième siècle. — Les galères noires de François r% prisonnier. — Deuil de la capitane des chevaliers de Saint-Étienne. — Ordre de bataille des galères. — Les traverse ou bastions, — Galères transformées en batterie flottante par don Garcia de Toledo. — Le siège de Coron. — Singulière disposition des galères d'André d'Oria pour cette attaque, en 1533.

Il y a deux opinions fort contradictoires sur la signification du mot dronum. Peringskiœld , dans son édition de la Fte d^ Thiodorie, par Gochleus, parlant des navires de charge quon appelait dromons , dit qu'ils étaient ainsi nommés à cause de leur lenteur, du mot gothique droma , qui signifiait aller lentement. Du Gange r^arde cette étymologie comme peu vraisemblable. Je ne puis dire si Peringskiaeld , l'un des plus savants antiquaires suédois du dix-septième siècle , connaissait ou non les véritables radicaux de la langue parlée par les Ostrogoths au cinquième et au sixième siècle ; je me récuse donc , et me borne à mentionner le doute de du Gange, appuyé de respectables autorités.

Isidore, liv. xix de ses Origines , dit affirmativement : Dromon a currendo dicitur.

Hugotius appelle le dromon un navire long et rapide.

ProGope pense cpie ce vaisseau fut nommé dromon à cause de la légèreté de sa course. Du Gange ajoute que, certainement, la première application cpie Ion fit des dromons , fut pour les transports rapides des dépèches qui intéressaient l*État, ce que nous appelons la poste : ad cursum publicum.

Cette opinion de Procope, d*Hugot et dlsidore , que maint fait historique vient appuyer, semble plus probable que celle de Peringskiffild, et Scheffer Ta adoptée comme du Gange.

Au reste , que le navire rapide , léger à la course , ait donné son nom au navire de charge, si celui-ci , avec de plus lourdes proportions, des flancs plus vastes, une plus large assiette, avait conservé du dromon, ses rames , son aspect général , sa mâture, faudrait-il s'en étonner beaucoup? Au dix-septième siècle la marine avait deux espèces de navires , fort différents sans doute : lun, très-petit et de la famille des galères, Tautre, grand déjà et de la famille des vaisseaux ronds. Tous deux s appelaient frégatef et ils n avaient de commun que leur nom antique aphracta, Nous verrons ailleurs que même chose arriva à d'autres navires, aux chalands, par exemple , et aux pataches.

La Vie de Théodoric , par Gochleus , nous apprend qu'il y avait des dromons, bâtiments de guerre et de chaîne, au cinquième siècle {*). L empereur Maurice, qui écrivit au sixième

(*) Gochleus fait allusion à deux lettres écrites par Cassiodore à Abun* dantius, capitaine des gardes de Théodoric, au nom de ce souverain. La première est la seizième du cinquième livre {f^ariarum, p. 84) ; la seconde suit inmiédiatement celle-là. Voici ce que Théodoric mandait à son délégué : « Gum nostruro igitur animum , etc. —Nous étant souvent demandé pourquoi Tltalie , qui a du bois, en si grande quantité qu'elle peut en envoyer aux autres provinces de Tempire quand elles en ont besoin» n*a pas de navires ; par l'inspiration de Dieu , nous avons décidé que mille dromons seraient construits tout de suite, dromons propres à transporter du blé, et à combattre, si l'occasion se présente. Nous croyons pouvoir nous en remettre de l'exécution d'un projet si important à ton zèle, dont nous connaissons la grandeur. Envoie donc sans tarder, dans toute l'Italie , des ouvriers qui rechercheront les bois propres à l'œuvre que nous entreprenons. Si, dans le voisinage de la mer, tu trouves des cyprès ou des pins, ofifres-en un prix convenable aux propriétaires...»

Ge passage, qui nous Gxe sur la qualité des bois employés alors dans

232 AACHÉOLOGIE NAVALE.

siècle un traité de l'Art militaire, publié par J.Scheffer à Upsal en 1 664 , parle des dromons comme de navires légers et essentiellement faits pour le combat. Voici ce qu'il prescrit à leur égard , à propos du passage d*une rivière :

« Si les dromons sont nombreux, il faut les partager en trois corps {escadres) ayant chacun un porteur d'ordres et un trom-

la construction des navires auxquels , avec la capacité, on voulait donner la légèreté, a beaucoup d'intérêt dans la question qui fait Tobjet de œ Mémoire. Le moyen âge continua assez longtemps l'emploi des bois blancs pour la presque totalité des parties des bâtiments de la famille : galères ; ensuite il appliqua, à l'établissement du squelette et au bordage, le chêne et le rouvre. L'orme, le sapin, le hêtre, le noyer, avaient chacun son emploi; ainsi on faisait d'orme le dragant (l'arcasse), les baccalas, les bancs des rameurs, les batayoles et les calcets, —renflements à la tête des mâts où étaient établies les poulies de drisses des antennes. Ces antennes, les mâts ou arbres, lesapostis, les Glarets ou garde-fous, étaient de sapin. Le hêtre était essentiellement consacré aux rames , dont la garniture aux tolets, appelée en français galverne (italien ctUavema)^ était de rouvre. Tout le pouliage et les œuvres de la poupe admettaient le bois de noyer. Ce ne fut, au reste, qu'assez tard que le chêne vint fortîiier des bois moins pesants ; quand les premières applications des armes à feu furent faites sur les navires de guerre, on dut s'apercevoir bien vite que les ébranlements causés par le tir des bombardes tendaient à la désunion du bâtiment et amenaient la rupture des membres^ lattes^ etc. On y pourvut en employant des courbes de chêne , en plaçant sous la couverte des épontilles (pontali) du même bois, en ceignant le navire de préodntes et de bordages {cente, quairate , JUari , contovaU, contra quairate, bancaccie^ enfin ce qu'en France, où ces noms italiens n'étaient pas tous passés, on appela la rombaillerie et \b fourrure) , bordages et préceintes de chêne. Bien entendu que la quille et les lattes ne furent plus de sapin ou de cyprès. Ces deux bois que nous voyons cités par Cassiodore, Végèce nous apprend que les Romains les employaient dans la construction des libumes : « Que la liburne soit faite surtout {prmcipué contexUur.— Prxdpuè prouve que d'autres bois encore pouvaient être employés à la construction des navires de guerre) de cyprès, de pin domestique, de sapin et de larix {de Re militari, lib. 4, cap. xxxiv). » Pline recommandait le larix et le sapin aux charpentiers de navires , parce que ces deux bois ne se fendent point et ne sont pas exposés à la carie (liv. 16, diap. x). M Le sapin doit être préféré aux autres arbres hauts et droits pour la fabrication des mâts et des antennes (Pline, liv. 16, chap. xxxvi). » Au dix-huitième siècle, oe précepte du naturaliste, préfet de la flotte de Misène, était encore suivi dans tous les chantiers de galères; la Méditerranée le garde encore , et l'applique à Tarmement de tous ses bâtiments

pette. » (La version latine dit buccinatar. Nous savons par Tart. xli , diap. XIX des Taetiqtêes de Léon, que dès ce temps-là les sonneries de la trompette étaient appliquées aux signaux pendant la nuit, pendant la brume, ou même pendant le jour, quand le vent n'était pas trop fort pour lutter contre le son de l'instrument , et quand les divisions marchaient, leurs bâtiments un peu écar-

légers. L*Océan , où ce précepte est de toute antiquité , voit ses navires matés de bois de pin , et munis de vergues de sapin. — Je reviens aux lettres de Théodoric ou plutôt de Cassiodore.

Peu de temps après que Théodoric eut donné ordre à Abundantius de Élire construire les mille dromons dont il voulait pourvoir son royaume d'Italie, ce souverain adressa une seconde lettre à son préfet, pour le féliciter d'avoir rempli ses intentions de manière à justifier la confiance qu'il avait mise en lui. « Tu as achevé tout de suite une œuvre qu'on pouvait croire à peine ébauchée encore : si bien que la promptitude apportée dans la construction de ces navires ne pourrait être comparée qu'à la rapidité de leur course (uùpenè quanta velocUate navigari solety construcHo navium tantà sit celeritate compléta). Et ce ne sont pas seulement des paroles vaines que ce qui m'a été rapporté à ce sujet par mon envoyé ; tu as montré en un instant à nos yeux une forêt navale remplie d'hommes (cUuseam sykam hominum)^ des maisons flottantes, des transports pour les armées , qui supporteront les plus dures fatigues à la mer, et mèneront à leurs destinations des hommes courageux et inébranlables : galères qui montrent un grand nombre de rames et cachent avec soin les figures des hommes (trirème veMculum remorum tanùum numerum prodensy sed hominum fades diligenter abseondens) Maintenant il te faut pourvoir à terminer Tarmenient; procure-toi donc tout ce qui est nécessaire, et surtout cette âme des carènes rapides, la toile qui vole en l'air, la toile dont on fait aux vaisseaux des ailes, soulagement pour les rameurs , et messagères du commerce. Alors nos dromons, au prix desquels tous les autres vaisseaux seront comme de lentes et paresseuses machines, feront ce que pourraient faire à peine les oiseaux

les plus vîtes Que le Pé envoie à la mer nos navires italiens ; et que

le sapin , qui s'élevait sur les rives nourricières du fleuve , apprenne à frandiir les vagues marines. » Cette épttre, dont le style, d'une élégance prétentieuse, offre au traducteur plusd'vne difficulté, nous montre, — en admettant même sous sa forme antithétique une constante habitude de l'hyperbole, — que les dromons devaient être fort légers à la course. Je ne pense pas qu'il faille prendre à la lettre le : trirème vehicukan ; les dromons de Théodoric, bien qu'ils eussent un grand nombre de rames {jtofntum numerum)^ n'étaient pas à trois étages de rameurs. Au reste , Cassiodore n'entre dans aucun détail qui puisse contredire mon sentiment a cet égard. Il ne donne pas le nombre des rames , et prend sans doute le

234 ABGHÉOLOGIB NAVALE.

tés les uns des autres. La trompette dans ce cas-là était un véritable porte-voix). « Tous , ou du moins le plus grand nombre des dromons , doivent être armés de petites balistes couvertes par des mantelets fabriqués d'un tissu de cordes ou de crin; ces armes sont destinées à- repousser lennemi qui approcherait des dromons pendant la navigation. On les renforce par des châteaux que défend un nombre convenable d'archers. . . Quand on arrive au lieu où l'on doit stationner, on fait

mot triremis dans TacceptioD générale sous laquelle se classait tout ce qui était grand dans Tespèce des bâtiments de guerre. Je suis fort porté à croire que si les dromons construits près des bouches du Pd {per utramqve ripam Podi, comme dit Cassiodore à Alvif (lettre xx , liv. 5), avaient eu trois rangs de rames superposés, le secrétaire de Théodoric, qui aimait tant la pompe des images, ne s'en serait pas tenu à cette comparaison : domos aquatUeSy mais aurait fait une description détaillée des trirèmes. Les dromons étaient donc probablement hauts, longs, et à un seul rang de rames, comptant de vingt-cinq à trente avirons de chaque côté; autrement auraient-ils pu justifier la comparaison que le rhéteur en fait avec les oiseaux les plus rapides? Une haute pavesade servait de rempart aux marins et aux soldats , comme le prouve la phrase : hommum fades dUigenter abscfmdensy que nous devons au plaisir si vivement senti par Fécrivain d'opposer abscondens à prodens. Il est fâcheux qu'au risque de multiplier de puériles antithèses, Cassiodore n'ait parlé ni des mâts , ni des antennes , ni des rames , pour fixer le nombre de chacun de ces objets. -—Comme les lettres de Théodoric à Abundantius spnt sans date, il est difficile déjuger de cette rapidité dans la construction que le roi admire. Quelque désir que le monarque eût de voir des indigefuu naves glisser du Pô dans l'Adriatique , il est à présumer que , voulant avoir des dromons capables d'une certaine durée, il ne négligea pas les précautions qui étaient fort recommaildées pour la coupe des bois de la quinzième à la vingt-deuxième lune (Végèce, chap. xxxv, liv. 4). On avait alors remarqué que les navires faits avec du bois vert marchaient moins bien que les autres, et se fendaient souvent (César, de Belio ckHHy liv. l""')- Rien ne pressait Tbéodoric; il n'avait point de guerre imminente ; il n'était pas forcé , comme César , de mettre à la mer des navires construits avec du bois coupé depuis trente jours (id,); ou comme Duilius, de monter des vaisseaux qui^ quarante jours avant leur apparcôllage, verdoyaient encore dans les forêts. Il faut donc oroire que l'activité d'Abundantius ne fut pas comparable à celle qui , en quarante-cinq jours , fit armer et construire deux cent vingt navires contre Hiéron ; ou à celle de Scipion, qui, au rapport de Pline, pendant la seconde guerre punique, emmena à la mer des arbres devenus vaisseaux , qui , quarante jours auparavant, attendaient encore la hache.

MÉMoiRB n' 4. 235

un appel de tous les bâtiments de la flotte , ponr voir s'il n'en manque aucun ; lorsqu'on se remet en mouvement , les dromons voguent les pruniers, et les bâtiments de cbarge derrière eux. Mais comme ceux-ci sont lourds , et ont peine à suivre , il faut laisser quelques dromons pour les escorter T). Les navires de charge , séparés en divisions , ainsi que le bagage de terre , suivront le même ordre en naviguant. La place de leur camp doit être assez près de celui des dromons. On aura soin de l'entourer de fossés , pour le mettre à l'abri des tentatives nocturnes de Tennemi. Si une flotte ennemie survient, et s'il faut combattre , les dromons se rangeront en ligne , gardant entré eux assez de distance pour que , voguant à leur aise , les rames ne s embarrassent point les unes dans les autres. Ils tiendront ainsi , s'ils le peuvent sans risque , toute la largeur du fleuve ; si leur nombre est plus grand qu'il ne le faut pour une seule Ugne, à distance d'un jet de flèche, en arrière , on formera une seconde ligne , et , au besoin , une troisième. »

Ce passage , important d'ailleurs sous le rapport de la tactique , ne nous enseigne malheureusement rien sur la construction des dromons. L'empereur Léon qui , trois cents ans après Maurice, recueillit, dans un traité devenu célèbre, les préceptes de Tart de la guerre , est un peu plus explicite sur la question des navires militaires. Son chap. xix : De Naumachia, est pour nous du plus haut intérêt , bien qu'il nous laisse à désirer des renseignements de détail , qui seraient aujourd'hui fort précieux à l'archéologue marin , au patient investigateur qui s'impose comme moi la tâche si difficile de tenter, à l'aide de quelques débris de monuments et de quelques fragments de textes, des restaurations d'architecture navale. Léon n'a dit ni les longueurs, ni les largeurs, ni les hauteurs, ni la mâture, ni la voilure , ni le gréement , ni les dimensions par lesquelles on peut connaître la largeur de la sentine et celle du bâtiiùent in ore, ce qui sert à déterminer très-«pproximativement la courbure des flancs du navire ; cependant , il 7 a dans ses instructions des règles générales qui vont m'ètre d'un grand secours.

(*) On voit cet ordre suivi dans toutes les armées navales du moyen âge, et notamment dans l'armée de la ligue, en 1571 , pendant la navigation de Messine aux lies cursolaires.

« L'échantillon des dromons , — Meursius dit Mreme$ , afin de rendre dromon pluB intelligible , oomme s'il connaissait les trirèmes , comme s'il était sûr qu'en effet les dromons et les trirèmes eussent d'autres analogies que leur destination commune de navires de guerre , longs et à rames ! — l'épaisseur de la muraille (confectio) des dromons, dit Léon, art. iv, ne doit pas être trop lourde , de peur qu'ils ne soient lents à la course; elle ne doit pas non plus être trop mince (trop/ai6/€ d'échaniU' Ion y comme on dit aujourd'hui en termes de chantiers), de peur que le choc des navires ennemis ne brise f adlement cette coque fragile et sans résistance. Hais il faut que leur construction soit d'une force raisonnable , afin que , légers à la course , far ciles à emporter avec la rame {incitatus celerque ad cursum) , ils soient , en même temps , solides et capables de repousser Tennemi. »

Ce principe de construction fut toujours observé pour les galères dans Tantiquité et dans le moyen âge ; au dix-huitième siècle il était encore appliqué dans nos arsenaux des galères , bien que les navires fussent devenus plus solides de lavant, depuis qu'ils portaient à la proue quelques pièces de canon rangées sous leur rambate.

« Que tout dromon , continue l'empereur, art. vu et viii , soit long , large ea proportion de sa longueur, et porte deux rangs de rames , lun supérieur, l'autre inférieur. Que chaque rangée ait au moins vingt-cinq bancs pour asseoir les rameurs, l'un à droite, l'autre à gauche ; que le nombre des soldats et des rameurs, rameurs et soldats tout à la fois, soit de cent, en comprenant les deux rangs. »

Il est fâcheux que Léon n'ait pas cru devoir dire quelle était la longueur réputée la plus convenable dans son temps pour les dromons, et la largeur à la plus grande latteQ, en proportion avec la quille ; mais du nombre des rameurs de chaque rang nous pouvons induire assez raisonnablement la longueur : quant à la largeur, quelques documents d'une époque plus rapprochée de nous, nous feront connaître d'une manière à peu près satisfaisante son rapport avec la longueur.

(*) Pour les kUtes, voir plus loin.

MÉMOIRE nM. 237

Les ramears étaient assis par étage , Fan couvrant Tautre ; cela n est pas douteux ; Tart. xix des Tactiques dit formellement : « Mets , autant que tu le pourras , les soldats les plus braves , les plus robustes , les plus actifs , dans la partie supérieure du dromon ; car ce sont eux qui doivent en venir aux mains avec les ennemis. Si, parmi tes soldats, tu découvres quelques hommes sans force et sans courage , rejette-les dans le rang inférieur des rameurs. Si tes soldats d^n haut sont mis hors de combat par des blessures , remplace-les par des matelots du rang d'en bas. » Il est bien clair d'après cela , que le premier rang des rameurs , celui qui était le plus voisin de la mer, était dans toute sa longueur au-dessous du deuxième qui le couvrait , comme la seconde batterie d'un vaisseau de ligne couvre la batterie basse. On renvoyait en bas les mauvais soldats, parce qu'à Tabri du rempart que leur faisaient le côté du dromon et le pont supérieur, ils pouvaient lancer sans crainte des flèches par les petits sabords où se mouvaient les rames.

Il n'y a pas moyen d'équivoquer sur la disposition des rames dans les .dromons du neuvième siècle, et il faut accepter comme un fait ces deux rangs superposés. Nous voyons par le passage suivant du chap. xxxiv du Richardi régis ifer, par Winesalf, qu'il en était encore de même au douzième siècle: « Chez les anciens, les galères recevaient un bien plus grand nombre de rangs de rames, qui , s'élevant en étages , et séparées par des planchers, les unes très-longues, les autres plus courtes, agitaient les ondes par le mouvement d'impulsion qu'elles donnaient au navire(9ut6ti4 ^oda^tm per tabulata distincta surger^ iibus, undas alii longissimo, alii breviore vexabant impulsu). Le plus souvent les galères avaient trois ou quatre rangs de rameurs , quelquefois aussi six, et même sept. . . . Les bâtiments de guerre , qui autrefois étaient emportés sur l'eau par six rangées de rameurs, rarement aujourd'hui en ont plus de deux : ClasHs bellica, quœseni$ olim deeurrebaî ordinibus , nunc binos raro excedit (*). »

n Gomme il importe de ne laisser aucan doute dans une question de cette gravité, je vais continuer la traduction du cbap. xxxiv de Winesalf : « Ce que les anciens appelaient lUmme, les modernes le nomment

Ces dernières paroles sont fort curieuses. Dans les phrases qui précèdent celle-ci nous voyons ce que les savants et les mariniers du douzième siède avaient recueilli traditionnellement , et comprenaient de rarrangement des rames dans les galères des anciens. De cette dernière nous pouvons conclure que la galère à deux rangs était ordinaire au temps du roi Richard , et qu'il y avait quelques rares galères à trois rangs au moins. Mais comment était disposé ce troisième rang?...

Pour le neuvième siècle , Léon est très-croyable : son texte est si formel qu'il faut se rendre ; pour le douzième siècle , Galfrid de Winesalf est une autorité non moins compétente. Le poëte suivit Richard à la terre sainte , il examina attentivement tout ce qui se passait autour de lui ; il nota jusqu'aux

galée. C'est un navire long, peu large, peu élevé [longaj gradUs et parum eminens ) , ayant à la proue un morceau de bois immobile qa*on nomme vulgairement calcar, instrument avec lequel la galée perce les navires ennemis qu'elle en a frappés. Les galions {galiones y petites galères , appelées aussi gcUeidœ ) n'ayant qu'un seul rang de rames , plus mobiles à cause de leur peu de longueur, sont plus légers à la course, évoluent plus facilement , sont plus propres à lancer le feu grégeois. » Dans ces galions, galéides ou galiots de la fin du douzième siècle , il est facile de reconnaître les gcUias du neuvième , comme dans les galées on reconnaît les dromons à deux étages. Pour la superposition des rameurs , voici qui appuie l'art. 3 de la Ifaumachie de l'empereur Léon , en l'expliquant; Winesalf continue : « Gomme de l'un et de l'autre côté, on se prépare au combat , les nôtres disposent nos batailles , non en lignes droites, mais en lignes courbes , afin de renfermer l'ennemi s'il tente de fuir. Ils établissent les cornes (les ailes de la flotte) en demi-lune, et mettent les galées les plus fortes au front de bataille; ce sont celles qui soutiendront le choc le plus rude et repousseront plus vigoureusement Tennemi. Sur les ponts élevés et autour des galées , on arrange les bouclions l'un recouvrant l'autre en partie (in superioribus vero tabuUUis, dypei per gyrum disponuntur consertf). Les rameurs d'un seul étage (à l'étage inférieur) restent à leur poste , afin que les bommes auxquels on laisse libre l'étage supérieur puissent combattre plus à leur aise (et in uno (tahulato) considunt rémiges ut spacio liberiore dimicent qui ad pugnam in stq^remo consistunt). » Voilà bien la tactique du neuvième siècle, telle qu'elle est exposée par l'auteur de la Naumachie. La disposition des escadres en corps de bataille et en ailes, in speciem lunseproductSy est au douzième siècle ce qu'elle était aux temps de Léon et de Constantin Porphyrogénète ; ce qu'elle restera jusqu'à la fin du seizième siècle, ce que nous la verrons à la bataille de Lépante.

MEMOIRB Tl° 4. 239

{dos petits éyënements, peignit de couleurs un peu trop splendides peut-être les actions intéressantes , et apporta sans doute à l'observation des choses de la marine cette attention intelligente qull mettait à yoir et à étudier tout le reste.

Winesalf ne donne pas sur les dromons les détails qui manquent aux Tactiques de Léon ; voici en quels termes il en parle dans son chap. lx : Très majores naves svhsequuntur , quas vulgà dromones appellant , galeœ verà leviores et ad quœlibet aptanda agiliares prcecedunt. De ceci , nous n avons à tirer qu une seule induction ; c*est que les galées, ou galères proprement dites , étaient plus légères , plus facUes à manœuvrer, que ces autres grands navires que les Grecs appelaient dromons. Ce renseignement vient à Tappui de lopinion qu'on verra souvent émise dans ces Mémoires , à savoir que les progrès de la marine ont été lents, et qu'on retrouve les mêmes navires , la m&oie organisation navale, les mêmes choses enfin, à quelques détails près, à des époques assez éloignées lune de l'autre. Voilà qu'au douzième siècle, les galées sont inférieures aux dromons; au seizième, les galères subtiles-communes sont inférieures aux grosses galères , et du temps de Léon , les dromons ordinaires sont plus gros , plus forts , que ces « dromons petits , essentiellement propres à la course , ayant un seul rang de rames , agiles , dont on se servait pour les découvertes et pour les autres expéditions qui demandent de la célérité , et que l'on nomme galées ^ (art. x des Taciiqtm). Et les dromons, à moins qu'ils ne fussent permaximas , ainsi que nous voyons Mathieu Paris appeler celui que fit couler à fond le roi Richard, n'étaient pas le dernier terme de la progression ascendante de cette &mille des bâtiments à rames faits pour la guerre. Le seizième siècle eut ses galéasses, que nous trouverons à Lépante et dans la mer du Nord avec l'invincible Armada ; le douzième eut des dromons gigantesques , à trois mÂts , semblables à celui que dépeint, avec une sorte d'étonnement admiratif , notre poète Galfrid de Winesalf ; et nous voyons qu'au neuvième siècle, où se conservaient beaucoup de traditions antiques , outre le très-grand dromon que l'empereur (art. xxxviii) conseille à son successeur de monter quand il commandera une flotte, il y avait des dromons plus grands que les dromons ordinaires

240 ARCHÉOLOGIB NAVALE.

à deux rangs de rames , navires portant denx cents hommes, plus ou moins, selon lopportunité des temps et des lieux(art. ix), ayant cinquante hommes dans le rang inférieur, et cent cinquante sur le pont, tous vaillants et armés pour le combat. Les temps modernes ont gardé ces différences dans les bâtiments de guerre d'une même famille : les frégates, les vaisseaux de soixante -quatorze , ceux de quatre-vingts , et les grands vaisseaux de cent à cent vingt canons.

Demandons-nous si les galères à deux rangs de rames du douzième siècle différaient beaucoup des dromons du neuvième.

Nous ne pouvons , pour répondre à cette question , apporter aucun de ces témoignages affirmatifs devant lesquels le doute est impossible. Nous sommes obligés d'aller péniblement d'inductions en inductions pour nous fixer sur ce point; mais qu'importe la longueur du chemin et ses difficultés , si nous arrivons au but que nous nous proposons! Marchons donc avec constance dans une voie sur laquelle nous trouverons quelques jalons 9 plus sûrs pour nous que les plus ingénieuses hypothèses.

Par l'étude des monuments auxquels une saine critique nous apprend à ajouter foi, nous voyons que les galères, du treizième au dix-huitième siècle , subirent fort peu de modifications importantes ; car l'application de l'artillerie à ces navires de guerre n'affecta pas sensiblement leur forme et leurs dispositions intérieures. L'avant des galères porte-canons se renforça un peu ; une embrasure ou sabord , et un chemin pour le recul , furent disposés de telle sorte que le coursier, ce canon principal qu'on manœuvrait sur la couriie où il courait, fut placé le plus convenablement possible. Longtemps sans château d'avant , la galère, vers le seizième siècle, reçut un plancher élevé, une rambate sous laquelle se rangèrent les canons , et sur laquelle se placèrent les mousquetaires et les soldats pour l'abordage. Mais cela modifia à peine la construction de la galère ; ce fut tout au plus un changement notable dans les emménagements de la proue, et une addition de quelques supports verticaux pour la rambate. Du reste, presque rien. On pourrait croire que l'artillerie se plaçant à la proue de la galère , celle-ci renfla son avant , s'assit sur de plus larges épaules , s'alourdit enfin dans toute la

partie autérieure à Tarbre de maistre ; on se tromperait , car nou8 voyons les galères des dix-septième et dix-huitième siècles, armées de cinq canons à la proae , toujours fines de Tavant , légères et peu chargées de bois, amincir encore les façons qu'avaient eues les galères du mo je» âge. Il n*en devait pas être, et il n en fut pas ainsi pour les vaisseaux qui portèrent Tartillerie sur leurs deux flancs; ils se fortifièrent beaucoup à mesure que leurs canons grandirent en nombre et en calibres. Mais il ne s*agit pas ici des vaisseaux ; revenons aux galères.

Remarquons d'abord le rapport frappant qu^il y a entre le nombre des rames des dromons dont Tempereur Léon recommande l'usage à son successeur conune dromons ordinaires , et celui des rames des dernières galères communes , celles du dixhuitième siècle ; et, de ce fait , nous tirerons une première induction en faveur de l'opinion que j'émettais à Tinstant sur les grandes similitudes qu'eurent entre elles les galères à toutes les époques. Pantero-Pantera , dans son traité de VArmata navale^ dit p. 45 : « Sonno ordinariamente piu usate le galee di ventisei banchi ; ma se ne usano anco assai di vent* otto » et aneo di trenta et piu^ che servono per capitane délie squadre.... »

Que dit Tauteur des Tactiques? « Que chaque rang de rameurs ait pour le moins vingt-cinq bancs , sur lesquels les rameurs s'assoiront lun à droite , Tautre à gauche. » Le dromon à vingtcinq bancs était donc , au neuvième siècle , le vaisseau long ordinaire, armé pour le combat, comme au seizième siècle la galère à vingt-six bancs. Au reste , ce nombre de vingt-six ne fut pas invariable au temps même de Pantero-Pantera ; j'ai vu en effet, dans le manuscrit de Picheroni délia Mirandola (Venise, Saint- Marc , classe VII , codex ccclxxix) , recueil intéressant dont j'ai parlé autre part (*) , j'ai vu le plan d'une galia sotil communa (galère subtile — fine et légère — commune — ou des dimensions les plus généralement adoptées) ; cette galère a vingt-cinq scalmi (tolets) sur le bord de sa postisa (l'apostis) ; et là se retrouve la règle prescrite par l'empereur Léon. Je la retrouve encore dans la coupe d'une galère donnée par le chevalier de Passebon , au dix-septième siècle. (Voir l'œuvre de Passebon à la bibliothèque

(*) Voir : De Paris à Saples, T vol., p. 197 ; et Rapport au ministre, p. 16 de ce volume.

du roi, département des estampes, dans le vol. in-folio , relié en rouge , et coté I g-6). L'Encyclopédie méthodiqae (1 786) dit qae les galères du premier rang avaient vingt-six rames ; ce qui met celles d'un rang inférieur , c'est-à-dire les communes , à vingtcinq avirons.

Au-dessus des dromons à vingt-cinq avirons par bande et par rang , il y avait des navires à rames , plus grands , comme je l'ai dit, d'après l'auteur des Tactiques, pag. 239.

Il parait que ceux-là , qui étaient aussi à deux rangs de rameurs , étaient également à vingt-cinq avirons. Léon se tait sur cet article ; il ne prescrit rien que le nombre d'hommes ainsi répartis : cinquante dans l'étage inférieur, cent cinquante, plus ou moins , jusqu'à deux cents et au-dessus , à l'étage supérieur. Mais ce nombre cinquante montre qu'en effet ces galères , plus fortes , avaient vingt-cinq rameurs de chaque bord. Le nombre de cent cinquante à deux cents et plus , tend à prouver pour nous que ces galères avaient , en avant du premier aviron de la proue , un espace fortifié et réservé aux combattants , plus grand que celui des galères ordinaires , et probablement aussi une coursive plus large sur les apostis.

Outre ces grands dromons, Léon veut (art. xxxviii) que le chef de l'expédition navale , l'empereur ou celui qui le remplacera , ait un dromon choisi , portant des soldats d'élite , et supérieur à tous les autres par sa grandeur, sa vitesse et la force de sa construction {crassitudine, dit Meursius , ce qui est , à proprement parler, Fépaisseur du bois, qu'on nomme aujourd'hui l'échantillon). « Ce dromon sera la tète de toute la flotte.... Fais-toi faire un dromon, ajoute Tempereur Léon , de l'espèce de ceux qu'on nomme pamphile. » Quel nombre d'avirons bordait ce pamphile exceptionnel? L'article ne le dit pas, et je n'ose pas tirer de ce silence l'induction qu'il n'avait que vingt-cinq avirons, comme les autres dromons d'un ordre inférieur , car il est certain qu'il y avait des navires à rames, portant plus de vingt-cinq avirons par rang, puisque Léon dit expressément, des dromons ordinaires , qu'ils auront au moini vingt-cipq bancs de chaque côté.

Au reste , quant aux grands dromons et aux pamphiles , on trouve dans le liv. ii, chap. xliv, de Ceremoniis aulœ byzantmw.

HEMOinB v° i. 243

par Constantin Porphyrogénète, quelques indications que je ne dois pas négliger : ■ Le dromon doit avoir trois cents honunes, dont soixante-dix soient seulement soldats... et les autres deux cent trente essentiellement rameurs , mais pouvant se battre , oo soldats volontaires. >

Après ce passage qui nous montre que , du neuvième au dixième siècle, les dromons de la grande espèce n'avaient pas changé d'une manière sensible, au moins quant à l'armement de guerre et au nombre des avirons, je puis citer le suivant : ■ La flotte impériale comptait soixante dromons ; chacun desquels portait deux cent trente rameurs , et soixante et dix soldats ; ce qui faisait en tout dix^uit mille hommes. Outre les dromons, elle avait quarante pamphiles, vingt desquels poi^ taient cent soixante hommes, tandis quelles vingt autres n'en portaient que cent trente. •

Une autre phrase relative aux pamphiles confirme ce que celle-ci vient de nous apprendre sur les équipages de ces naviresj elle se trouve dans le chapitre intitulé par Meursius : de Thtmate Sami : ' Douze pamphiles , dont quatre ayant chacun cent soixante rameurs, et les huit autres n'en ayant que cent trente. - Dans le chapitre intitulé : Expedilio adversus Cretam (anno 949) , on voit six pamphiles portant chacun cent vingt hommes.

De ces renseignements , il résulte deux chines :

1° Que les dromons étaient, en général , au temps du fils de Léon le Philosophe, plus grands que les pamphiles ;

2* Qu'il y avait, sinon trois espèces de pamphiles , du moins trois armements différents pour ces bâtiments à rames. Le plus petit n'avait que cent vingt hommes, le moyen cent trente, le {dus grand cent soixante . Le pampbile à cent vingt hommes était certainement à deux rangs de rames comme le dromon. S'il en eût été autrement, si le pamphile n'avait eu qu'un rang de rameurs ainsi que les galaias (') dont l'empereur Léon parle , art.

(*} Je m'étonne qu'un bomme aussi savant et aussi intelligent que l'était don Antonio de Capmany n'ait pas compris les art. S, 9 et 10 de la Naftmaehie de l'empereur Léon. Dans le tome III, pag. 110, de ses

Memoriat Mtloricas lobre ta marina, comerciOf y artei de Bar-

eebmna, il s'exprime ainsi : • .... SepodiancoiiEtruirdromonasmayoreg

10, de Naumachia, Fauteur des Tactiques, et son fils Constantin n'auraient pas manqué de le dire. Sans doute le pamphiie, plus grand que la galée, et, par sa construction, plus fort, plus âevé sur Teau, car il avait deux étages de rameurs, appartenait à la famille des dromons, comme aujourd'hui la frégate, plus grande que la corvette, appartient à la famille des vaisseaux de ligne. Il n'est pas difficile de faire la distribution des cent vingt hommes que portaient les pamphUes employés à l'expédition contre la Crète ; en admettant les deux rangs superposés de rames , qu'il n'est pas possible de rejeter(*),le rang d'en bas recevait cinquante rameurs, et celui d'en haut, outre les cinquante hommes des avirons, avait vingt soldats pour soutenir le premier choc, lancer les premiers traits ou les premières pierres , sauter les premiers à l'abordage. L'équipage ainsi partagé l'est confor-

a llamadas galeas que empleasem hasta docientos hombres , nouy ligeras « para dar caza, para la guardia , las descubiertas y otros usos que piden « celeridad. » Il n*est guère possible de se tromper plus grossièrement; le texte de Léon dit expressément : « Dromones minores fabricabis ad cur- « sum celerrimas , unum remorum ordinem habentes , etc. » Quant aux deux cents hommes que Capmany transporte sur les galées , Léon les veut sur les grands dromons dont il parle , art. 9 : « Alis dromones ils « majores fiant, dvcentos viros^ aut plures vel minores, pro opportunitate « locorum capientes... » Capmany n*a pas mieux entendu le passage où Tempereur dit , art. 8 : « Ordo unusquisque habeat ad minimum juga « vigintiquinque in quibus rémiges considebunt, unus ad dextram, R aUer ad sinistram,,. » Le savant catalan voit là deux hommes par aviron ; et il se demande comment chaque banda ayant dos ordenes de remos de veinte y cinco coda uno^ il y a cent hommes d'équipage sur le dromon et non pas deux cents? il trouve mille difficultés dans ce passage; et tout cela , parce qu'il a lu trop légèrement quelques phrases sur le sens desquelles il n'y a pas lieu à discussion, tant elles sont positives et claires. Si tous les textes anciens étaient aussi facilement explicables que celui-ci, nous serions trop heureux !

(*) On ne peut pas équivoquer, en eflfet, quand on est en présence d'un texte comme celui-ci : « Unusquisque dromon oblongus sit etmoderatus, « duos habens ordines remorum , alium superiorem , alium inferiorem « (art. 7 DE Nàumàghia) ; » et de cet autre : « Milites strenuos robustos- <t que et alacres in summa dromonis parte potissimum constitue , qui « consertis manibus cum hostibus dimicent. Sin quos ex militibus ignan viores esse deprehenderis , eos in inferiorem ordinem remorum depelle. <t Et si quam plagam superîores milites acceperint, eorum loca inferiorîbus « nautis supplebis (art. 19). »

MÉMOIRE n° 4.

mément aux termes exprès de l'art, ix des Tactiques sur les grands dromons. D'après cet arraDgement des honunes pour les petits pamphiles, on voit que les pamphiles moyens devaient avoir quarante soldats derrière le parapet dominant l'éperon , ou sur l'éperon lui-même. Les plus grands avaient aux mêmes postes de combat, et dans l'espèce de tour qui s'appujiait au mât , k la moitié de sa bauteur (') , soixante hommes,

(*) ■ Celsè supra siphonem, pseudoparium ei aftieribus confectum et asseribus circumtectum , m quo viri ad bellaaduin instrticti sunt qui adversum hostes ex prora pugnent, vel in bostilem navem lela aut alia ad vastandos hostes spectantia injiciant (art. 6 des Tactiques). « > Sed et lignea castra . quœ iu medio catartii sunt, maximis in dromonibus asseribus exœdificantur , à quibus milites in médium bostilem navem conjicient , Tel lapides molares , vel grave ferrum , ut mazaa cuspidstas , quibus vel navem confringent, vel subjpctos in nave contundent, Tel alia in illos profundent.aut hostium navem inceadent, aut hostes ipsos in uavi interficient (art. 7). ■> Le pseudoparion de Léon et ses castra Ugnea , qui sont au milieu du catartion, sont, le premier un faux plancher construit au-dessus du siphon , comme plus tard on a construit la rambate sur le courtier. On l'éJevait sur des solives verticales dont les pieds allaient probablement , en passant à travers le tillac , s'appuyer dans des emplantures placées dans la cale du dromon, tout près de la rota de proue. Ce parapet, garni tout autour de solives ou de planches épaisses {asieribm), devait ressembler aui cbJteaui d'aTaot qu'on Toit sur les naTires des

b tUIc de Dun; CollecL Depaiilit.)

cent matelots étant aux avirons jusqu'au moment de Fabordage. Que ces pamphiles , à cent soixante ou cent vingt honmies de chiounne et de guerre, différassent entre eux par la construction, je ne le crois pas; non que je veuille dire qu'ils fussent

seeaux de Douvres, de Sandwich, d'Yarmoutb, et de Dam, dont j'ai parlé dans mes précédents Mémoires.

Quant aux Rgnea castra.^ c'était un château mobile, une sorte de plancher établi sur des poutres, et garni, tout autour, d'un parapet de planches. Ce petit château se hissait au moyen de drisses solides, proliablement faites de chaînes, à la moitié de la hauteur du mât. Il ne peut y avoir de dovtes à l'égard du lieu où ces retranchements de bois se plaçaient sur le navire , quoique Giacomo Filiasi et son compatriote Marin s'y soient trompés l'un et l'autre. Filiasi, t. YI, p. 163 de ses Memonestoriche de* renetij dit , d'après Marin , que les soldats des dromons étaient : « Coperti da certi ripari alla mbta dei navigliOy merUre aUri ttavano « verso laprora, » Marin avait été induit à une aussi étrange interprétation du passage de Léon , ou plutôt de la traduction de Meursius , par une incroyable faute d'attention. Au lieu de lire : in meetio catarUi, il avait lu : in medio cartarii; et là-dessus il avait bâti l'hypothèse que voici : « Un gran « ricinto di legno a riparo de' combattenti, che si prestavano alla difesa, « 0 air offesa, con un quartiere od alloggio nel mezso, dette cartario o « quartario y perché occupava forse la quarta parte di quel ricinto , s' in- « nalzava nella gran nave, cred'io dal mezzo alla prora. » Marin, comme on voit, n'a pas hésité; il a imaginé un quartier au milieu d'une fortification de bois, sans faire attention que ce quartier, s'il n'était pas élevé en forme de tour, était un moyen d'attaque nul et un mauvais moyen de défense. Ne pouvant pas s'expliquer le catartUm du texte grec, il a supposé dans la traduction de Meursius une faute d'impression qui le mettait plus à son aise. Mais cette correction maladroite l'a conduit à un sens vicieux dont Filiasi ne s'est pas garanti ; au moins celui-ci n'a-t-il pas cherché à le justifier ! Catartion , c'est le mât du navire ; du Gange le dit dans son glossaire grec ; et probablement Meursius le savait, quoiqu'il ait latinisé le mot grec au lieu de le traduire , ce qui a embarrassé Filiasi et Marin. Le sens de la phrase de Léon est celui-ci ; « Dans les plus « grands dromons , on placera ce qu'on appelle des retranchements de « bois {castra) j autour du mât et au milieu de sa hauteur, lesquels retran- « chements seront garnis tout autour d'un parapet de planches. » Il est très-aisé de se figurer cette espèce de hune, ayant le mât pour centre, et bastinguée à l'entour, comme un échafaud rond ou carré, garni d'un parapet , et élevé à la hauteur de la moitié d'une colonne. Au reste , la hune ronde du moyen âge, placée à la tête du mât et pavesée, n'était guère autre chose que les ceutra Ugnea du catartion.

Les remparts, les tours élevées sur les navires pour la défense des villes ou des ports , différaient beaucoup de ces châteaux , ou hunes concen-

HÉHOIBE »" 4. 247

absolumeal de la même grandeur. Celui dont l'ëquipage était le plus nombreux était probablenkent un peu plus long et plus haut sur l'eau que celui qui, au lieu de cent soixante hommes, n'en avait à nourrir, à coucher, à porter, que cent vingt : qua-

triquea avec les mâts. M. Casoni m'a communiqué à Veaise une médaille, coulée en bronze, sur la face de laquelle on voit un navire à rames portant, au milieu de sa longueur, une tour large et haute, dont la circonférence de la base est beaucoup plus grande que celle du sommet. Autour de cette représentation navale sont écrits ces mots : PETRVS CAND. DVX CAELANDIA f , et au-dessus du navire : PORTIS. Sous le navire , on lit : C. FECIT. Le revers de la médaille porte , dans un quadrilatère inscrit â la circonférence de ta pièce : SECVRITAS VENETLE.

(Médaille de Pietro Ciadisno I.)

Je ne crois pas me tromper en traduisant ainsi l'inscription que je viens de rapporter : ■ Pierre Candiano, doge, fit placer {constUuere, ou cornpoHere) des chelandes aux entrées {partis— les goulets) des lagunes. — Sécurité de Venise. » La médaille n'est pas datée, et H. Casoni pense qu'elle se rapporte au dogat de Pietro Candiano IV. Je dois dire que Marin , dans sa Sloria civUe et polUica del commercie de' Feneziani, ne fait aucune nMntion de cet acte de Pierre Candiano IV ; et que, parlant du doge Pierre Candiano III , le père du quatrième Candiano ,' il dit : ■ Nous ne pouvons oublier de mentionner cette espèce de navires dont se servit le doge, en EM2 , contre les Narentains , et que Sagomino appelle des gtimbaHes. » Peut-être, cependant , ceci se rapporte-t-il à une expédition navale faite contre cette race it\feeUsiima tempre des Slaves de rfarente, qui se rendirent si longtemps redoutables à Venise, et auxquels le premier des Pierre Candiani alla livrer la bataille célèbre et malheureuse dans laquelle ce doge , di martiale spfrUo, perdît glorieusement la vie en 886 (Marin, t. II , p. 71). Les gumbaries (nous en parlerons Mém. n° 6) et les chelandes étaient deux espèces distinctes de navires. Sagornino, qui était h peu près contemporain de Pierre Candiano III, et qui écrivait sa chronique sur les actes officiels, n'aurait pas confondu le nom d'one de ces espèces avec celui de l'autre. La médaiUe pourrait donc bien

rante hommes sur uu bâtiment de Tespèce des galères n'étaieut pas un supplément d'équipage que le navire pût recevoir impunément, surtout si Ton considère que ces hommes avaient un matériel d'armement qui tenait beaucoup de place.

Les pamphiles différaient des dromons : c'est évident par le passage de lart. 38 de Naumachia^ que Meursius traduisit ainsi : « Tibi talem triremem^*) facias, qiuilem Pamphilon nomtnunt; » mais ils n'en devaient pas différer bien essentiellement , puisque Léon les appelle des espèces de dromons. Par quoi étaient-ils donc distingués de ces* navires qui avaient un autre nom qu'eux? Était-ce par la voilure, le gréement, les formes extérieures? Il m'est impossible de le dire; je ne trouve rien qui puisse m'aider à résoudre cette difficulté. Peut-être, — et je n'émets cette supposition qu'avec défiance, bien qu'elle me paraisse très-raisonnable , — peut-être le pampbile était-il plus fin, plus léger, plus rapide dans ses évolutions , tant à la voile qu'à la rame , que le dromon le plus rapide , le plus fin de construction et le plus léger. Ce qui me le fait penser, c'est que dans les nomenclatures de bâtiments où les pamphiles figurent

ne pas se rapporter à Candi<jno IIL Nous voyons qu*elle consacre la mémoire d'un fait que ies historiens n'attribuent ai au deuxième ni au quatrième des Gandiani ; il serait peut-être raisonnable alors de Tattribuer à Pietro Candiano primo. Le premier soin de ce doge , en faveur de qui Jean II Participazio venait d'abdiquer, fut en effet de mettre Venise à l'abri des entreprises des pirates de Narente. Or. ce qu'il dut faire d'abord , ce fut de mettre en état de défense ses entrées , ce que la médaille appelle les portes des lagunes ; et pour cela, il dut mouiller à la tête de ces goulets dés bâtiments forts et bien armés. L'histoire de Venise nous montre qu'en semblable rencontre, en usèrent ainsi les doges Pietro et Giovanni Tradonico. Ils firent armer , pour la défense des lagunes , deux navires de guerre, d'une force et d'une grandeur jusque-là inusitées à Venise, et qu'en langue grecque, dit Sagornino, on appelait des galandries (Marin ; Filiasi, t. VI, p. 160; Zanetti, Ârti Feneziani^ p. 42). Ici nous retrouvons les chelandes de la médaille qui fait l'objet de cette note; car cheUzndîa et galandria sont un même nom , comme nous l'établirons plus tard. La nécessité de défendre Venise en fortifiant l'entrée des lagunes s'est fait sentir à toutes les époques; aussi l'empire français fit-il raser le dernier bucentaure pour le transformer en un ponton-batterie que l'on mouilla au Lido.

(*) J'ai fait remarquer plus haut que Meursius eut tort de traduire dromona par triremis.

avec les dromous et les galères, tes pampbiles bodI cit^ presque toujours après les autres navires, comme, à des époques plus rapprochées de nous, on voit les galiotes nommées après les galères , et les brigantias et les frégates après les galiotes. Ainsi Jacob d'Oria (Annales de Gênes ) dit : Commune januœ armavit galeas xxiii et panfilos xii ; et l'on se souvient du passage de Constantin Porphyrogénète , rapporté pag. 243, où les pampbiles sont énumérés après les dromons de la flotte impériale. Une fois , cependant , le pamphile parait avoir une importance plus grande que le dromon , magnitudine, strenuitate, el crassitudine ; c'est à l'occasion du cboix que doit faire l'empereur d'un navire eximia quand il commande la flotte: •> Que ce soit un dromon, dit Léon le Philosophe, mais de l'espèce de ceux qu'on appelle pampbiles." Remarquons, au reste, que ceci n'empêche pas le pamphile d'être de sa nature plus vif, plus rapide , que le dromon , et d'être cependant de ia famille qui s'appelait du nom générique : Dromon. Pour me servir d'une comparaison qui fera comprendre toute ma pensée, que l'on se figure une grande frégate de notre temps montée par le chtf d'une division composée de flûtes, de gahares et de corvettes de chai^; cette frégate, qui sera bien de la même famille que les b&timeots auxquels elle commandera , sera en même temps plus grande, plus forte et plus agile, que les autres navires de sa division, parce qu'elle sera essentiellement frégate.

Le pamphile devait-il son origine à la Pamphylie , comme l'ont cru plusieurs érudits , et comme l'affirme Capmany, dans la note 15, page 89, de son tome tllj ou bien, ce bâtiment, d'une construction supérieure à celle des dromons , et adopté par tous les peuples navigants , à cause de ses bonnes qualités , fut-il appelé pamphile , parce qu'il était aimé de tous : pamphihs ? C'est ce que je ne me hasarderai point à dire. La solution de cette difficulté est d'un intérêt si minime, que je ne vois pas pourquoi je perdrais quelques instants h la chercher. A quelle époque commença-t-on à se servir des pampbiles? Je ne sais. Végèce ne parle que des lihurnes ; mais ce n'est pas une raison pour que la marine du quatrième siècle ne connût point d'autres bâtiments que ceux dont l'usage devint général chez les Ro- ■oaias, après lu bataille d'Aclium. Ce qu'il y a de certain, c'est

qa*ao neavième siècle , quand Léon le Philosophe écrivit son précieux livre des Tactiques , les pamphiles n'étaient pas des navires nouveaux : le texte de l'art. 38 , chap. ix , le fait comprendre assez dairement. Que, du neuvième au treizième siècle, le pamphile ait continué à se montrer sur la Méditerranée , toujours navire de giierre , à voiles et à rames , cela me parait évident; à moins qu on ne suppose qu'après Constantin Porphyrogénète , le pamphile ne fut abandonné , et qu'on le renouvela à la fin du treizième siècle , quand les Génois envoyèrent contre les Pisans (1 284) huit pamphiles avec des caravelles et des ramr pines. {Annales de Caffaro). Au milieu du quatorzième siècle, on voit le pamphile en usage dans la marine génoise , mais non pas comme bâtiment essentiellement militaire. Le statut de Gazarie , du 17 mars 1340, mentionne, avec les galères, les pamphiles parmi les navires commerçants, à une couverte. Le grand statut du 21' juin 1441 ne fait aucune mention de ces navires, que Gapmany assure cependant (pag. 36, 1'*^ vol. des ifemorias), n'avoir disparu qu'au commencement du seizième siècle.

Est-il possible de déterminer d'une manière un peu précise les proportions du dromon et celles du pamphile ?

Si l'on ne peut donner des chiffires incontestables, en l'absence des renseignements que nous regrettons de ne pas trouver dans Léon , Constantin Porphyrogénète , Winesalf , et les statuts génois, qui, au quatorzième siècle encore, parlaient de l'un seulement de ces deux navires , on a l'espérance d'arriver , par le calcul et le raisonnement, à une solution satisfoisante. Le nombre des rames , et leur écartement nécessaire , doit nous aider à déterminer la longueur présumable du dromon. De tout temps il fallut entre chaque rame la distance de 3 pieds et demi (1"* 13*) à 4 pieds ( 1" 29"^). Au seizième siècle , les constructeurs faisaient l'interscalnœ (inter sealmos^ entre les escaumes ou tollets)de cinq palmes et |, ou 4 pieds (Voir Grescentio, Nautica mediterra" nea» p. 24 : P^ banchear , etc. ). En appliquant cette donnée au dromon , c'est-à-dire en multipliant par 4 le nombre des rames attachées à chacune des quatre files égales qui armaient le dromon à deux rangs, on aura pour produit 100. La seule vogue prendra donc 100 pieds (32"- 48"^) sur la longueur totale du navire, n faut bien ajouter 30 ou 35 pieds pour la poupe et la

proae : on aura donc un navire à rames de 13â pieds environ (43**' 85*-]. C'est la longaeur que, dans ses projets de restitutions 4es bAtiments à rames des anciens , l'ingénieur Picheroni délia Hirandola donnait à sa galia grossa, à deux étages. Connaissant la longneur probable des dromons , il n'est pas difficile de fixer celle des pamphîles que nous avons vn être nn peu infërienrs anx dromons.

Quant aux largeurs de ces bâtiments, la difficulté est plus grande. Ai-je quelque moyen de connaître les largeurs au milien , anx deux extrémités de l'emplacement des rames , et h différentes hauteurs du creux , pour obtenir les courbures des membres ? Le moderatus (proportionné) de l'art. 7 , cbap. xix des Tactiques, en dit trop peu ; par bonheur, j'ai les statuts de Gazarie, le manuscrit de Picheroni, et la Nauttca mediterranea de Grescentio , où je puis trouver d'utiles renseignements.

Le statut génois du 32 janvier 1333, intitulé : Ordo faeltts aHpermensurii galeartun de Romatiià «t Syrià, qui n'est, comme le dit son préambule ( pag. 15 du manuscrit de VImpoticio offiài GazariiB , appartenant au dépAt de la marine), qu'une révision des statuts andens sur la construction des galères (*), prescrit les mesures des galères subtiles qui doivent naviguer dans les mers de la Grèce et de la S;rie , an delà de la Sicile et à l'occident. Bien que les dromons différassent par la force et la grandeur des galères sxditUes , voyons cependant quelles étalent les proportions de ces navires ; et , en les comparant avec celles des galie C') sottile commune du seizième siècle , puis celles-ci aux proportions de la gatia groua de Picheroni , nous arriverons à un résultat , qui , pour n'être peut-être pas rigoureusement exact, pourra cependant être regardé comme une hypothèse très - probable. Transcrivons toute la partie technique et réglementaire du statut :

(') Les règles contenues dans ce statut avaient été appliquées dès le 14 octobre 1316 aux galères fjénoises faisant la navigation d'Aiguës- Mortes, ainsi que le fait observer H. Pardessus, t. iv, p. 44i de sa CoUeo lion det loù marilimet.

(") Le grand Btatut d'Ancône, de 1307, écrit le mot ^oto avec une A, à la difTérence de presque tous les documents italiens : » E questo etiandio abbio luochô in barche et ghalei , e in qualunqua altro cavilio fosse. • Rubrique 33.

« Primo in longitudine de roda in rodam cubitis sive bra^* « chiis quinquaginta quatuor; in longitudine per carenam cu- (( bitis sive bracbiis quadraginta quinque; in piano, et in <« altitudine de palmo medio, palmis undecim et quarte très » unius palmi.

« In altitudine de parmis tribus in medio palmi sexdecim et » tertia unius palmi.

« In altitudine de palmis sex in medio palnu decem etnovem.

« Item alta in medio ad leneiam rectam palmi octo et tertia.

« Item aperiat in illo loco parmi yiginti et quarta.

<« Item de popa veniendo versus prodam cubitis novem in al- « titudine de parmis tribus parmi novem et dimidia.

<i Item a cubitis decem et octo in altitudine de palmis tribus « aperiat palmi quindecim.

« Item deproda veniendo versus popam in altitudine de pal- ^ mis tribus aperiat palmi novem et quarta.

« Item a cubitis decem et octo in altitudine de palmis tribus « aperiat palmi quatuor decem et quarte très ».

Ceci n*est pas très-intelligible à une première lecture , mais , en étudiant avec soin ce précieux document , on parvient à en saisir parfaitement le sens. Traduisons :

« Les galères doivent être des mesures suivantes ( esse debeant « de mensuris infrascriptis ) :

^ D'abord, elles doivent être, en longueur, d'une rote à l'autre, « de cinquante-quatre coudées ou bras ; leur quille doit être de « quarante-cinq coudées ou bras ; en plan, et à la hauteur d'un « demi-palme , elles doivent être larges de onze palmes et trois ^ quarts de palme ; .

« A la hauteur de trois palmes , au milieu , elles doivent « avoir seize palmes un tiers de lai^ ;

« A la hauteur de six palmes , au milieu , elles doivent avoir « dix-neuf palmes ;

« La galère subtile' doit être haute , à son milieu et vertica- « lement , de huit palmes et un tiers ;

« A cet endroit , elle s'ouvrira de vingt palmes et quart.

•< De la poupe en allant vers la proue , à la distance de neuf « coudées , et à la hauteur de trois palmes , la galère aura neuf « palmes et demi de large ;

MEMOIRE nV4. 253

« A dix-huit coudées , dans le même sens , et à la hauteur de « trois palmes , elle s*ouvrira de quinze palmes ;

« De la proue en allant yers la poupe , à la distance de neuf " coudées , et à la hauteur de trois palmes , elle s'ouvrira de « neuf palmes un quart C).

« A dix-huit coudées , dans le même sens , et à la hauteur « de trois palmes , elle s'ouvrira de quatorze palmes et trois « quarts ».

Ayant de dresser le plan d'une galère subtUe ordinaire d'après les indications que Ton vient de lire, — si Ton veut fixer par des lignes le sens très-clair de chacune des phrases de ce document , — il est bon de remarquer que , le 1 6 septembre 1344, c'est-à-dire onze ans après la promulgation du statut qui remettait en vigueur d'anciennes ordonnances sur la construction des galères subtiles , propres à faire les voyages de Syrie et de Bomanie , un statut nouveau fut publié par l'office de Gazarie , pour la modification de mesures longtemps jugées excellentes. Une récente expérience faite par un certain Spinola de Saint-Luc {dominus Spinula de Saneto Luccha)^ d'après les ordres de l'office {secunium quod dictum officium mandavit, dit le préambule du statut, pag. 245 du manuscrit de l'Imposicio), avait démontré que la galère qu'avait fait construire cet armateur était de belles et bonnes proportions ( gallea videtur esse de memuris bonis pulcris et habere pulcrum et tutum modum pro navigando). On décréta donc qu'à l'avenir, toute galère qui naviguerait armée en Bomanie, en Syrie, au delà de la Sicile, et à l'occident de ce pays, serait des mesures suivantes (je traduis tout de suite) :

« A savoir : longueur, d'une rote à l'autre, 54 goues {degodis)(**)

C) Dans le manuscrit, après : versus popam^ il manque évidemment le : cubUis novem qui se trouve deux paragraphes plus haut.

(**) Goda y que nous trouvons plus bas, dans le même document, écrit goay et qui , d'après les citations de du Cange, rapportées dans mon travail sur les vaisseaux ronds de saint Loui^ (Mémoire n** 7) , s'écrivit au moyen âge : groa et même grioa ; c'était la Goue. Il est évident , par les termes du texte de notre statut génois, que la goue, le bras et la coudée étaient trois mesures de longueur égales entre elles. Or, la coudée avait dix-huit pouces. La goue changea au seizième siècle; à Marseille elle fut alors de vingt*sept pouces et non plus de dix-huit, ainsi qu'on le voit pag. ô du petit traité de J. Hobier : Construction d*une gallaire : « Gouë,

« OU bras. — Longueur de quille , 45 bras ou coudées En plan ,

« à un palme et demi de bauteur verticale » {ad lenzam reciam, — la lenza était ce que nous nommons : le fil à plomb) , « la « galère s'ouvrira de 1 1 palmes {. — A la hauteur de 3 palmes , « au milieu, elle sera large de 16 palmes ^. — À la hauteur « de 6 palmes, au milieu , elle s'ouvrira de 1 8 pahnes. — Sa hau- « teur verticale, au milieu » (ce qu'on appelle aujourd'hui le creux) , « sera de 8 palmes ^. — Elle sera lai^ m bocha de « 21 palmes » (unstatutdu23 septembre 1334 dit: de 21 palmes I). « — De la poupe , en allant vers la proue , à la distance <( de 9 goues et à la hauteur de 3 palmes , elle s'ouvrira de « 9 palmes ^. « (Ce passage est inexactement donné page 446, tolne lY de la collection de M. Pardessus. Une faute de copiste rend la phrase tout à fait inintelligible.) « — A 18 goues , « de la poupe allant à la proue , et à la hauteur de 3 palmes , " eUe s'ouvrira de 15 palmes. — A4 goues | de la rote de « proue , et à la hauteur de 3 palmes , elle sera large de 5 pal- « mes |. — I)e la proue , en allant vers la poupe , à la distance « de 9 goues » {in gadis novem manque au manuscrit page 246, comme à l'édition de M. Pardessus) , « et à la hauteur de 3 pal- « mes, elle sera large de 9 palmes {. — A 18 goues et à la « hauteur de 3 palmes , elle s'ouvrira de 1 4 palmes |. »

« Nous ordonnons et entendons qu'à la proue et à la poupe les galères soient rendues inaccessibles. » {Fieri d^eant ad popam et ad prodam aviate {*). Aviate de à Dtâ , sans voie. Les galères devaient être bien fermées par des bastingages ou parapets , ne laissant aucune voie à l'ennemi. Ce passage ne me parait pas

composée de trois pans vallans chacun neuf poulces , desquels pans en faut huict pour la cane qui est de la même longueur que la toise divisée en six pieds, à douze poulces pour chacun. »

(*) Dans le statut de 1441 , pag. 78 du manuscrit de YOfficium GazariSRy on lit : « Fieri debebunt ad popam et ad prodam bene armate, » Elles devront être bien armées à la poupe et à la proue. Aviate est-il une faute du copiste de Vimposicio, et en 1334 le législateur écrivit-il armate f Cest ce qu'il serait difficile de décider aujourd'hui. Quoi qu'il en soit , Varmate que je trouve dans la rédaction de 1441 , me prouve que j'ai bien entendu le sens du mot aviate. C'était en effet en la garnissant de parapets, en la fermant bien, en l'armant de pavois et de petits remparts, que la galère étaHaviatay par rapport à l'ennemi.

susceptible d'un autre sens. En italien, en espagnol et en portugais , aviare veut dire : acheminer, hâter , achalander , et il vient de ad viam ; en admettant que Vaviate de notre texte procédât de ce verbe , il voudrait dire : libres. Les galères devront être libres à la proue et à la poupe , de telle sorte que leur pont soit une voie dégagée. Ce sens me semble mauvais et je m'arrête à l'autre).

« — Lesdites galères , » continue le statut réformateur de septembre 1344, « auront Técoutille de la chambre du sénéchal » ( le commis aux vivres , le pitancier , le distributeur de portions que, dans le statut de 1333 , chap. m, nous voyons appelé petentarius. Le petentaritis n'est autre chose que le pitensarius de la basse latinité [voy. du Gangp , au mot Pictarin lia] , et le pitencero espagnol) « de la maîtresse latte à la dix- « septième latte, en comptant de la poupe à la proue. Le scando- « lar s'étendra de la poupe jusqu'à cette écoutille {*).

{*) Le chap. m, Statut de Gazarie du 22 janvier 1333, intitulé : Quod • quiUbet ex dictis galeis habeat portant petenlarii ut infra , s'exprime en ces termes : « Et habeat quelibet ex dictis galeis subtillibus portam « petentarii a latis decem et septem versus popam nitidis , incipiendo « a lata mastra de versus popam , ita quod schandolarium sit et esse « debeat usque ad portam dicti petentarii comprehendendo dictam por- « tam. » Le scandolar était une chambre qui , dans les galères des treizième et quatorzième siècles, occupait un assez grand espace sous le tillac, puisqu'elle allait de la poupe au porteau, ou écoutille de la maîtresse latte. Le chap. 34 du statut génois de 1441 défendait qu'on mît dans le scandolar des marchandises y des vivres , des cordages , ou des parties du gréement de la galère {sartia , vel amlsia galee ). Il désigne ainsi remplacement de cette chambre : « A porta senescalchi versus popam y sive in scandolario (pag. 53 du manuscrit de VOJficium Gazarix). » Il permettait seulement qu'on plaçât sous ou sur le banc qui régnait autour de cette chambre {sub vel supra banchum)^ For, l'argent , les perles, les cuirasses des mariniers, les casques, les collerettes de fer, les balistes , les viretons garnis de leurs fers {veretoni cum suo fumimento (même page du manuscrit) , et les autres armes de la galère et les hamois des marchands, à l'exception des armes qu'on emportait pour être vendues. Au seizième siècle , à l'arrière du scandolar il y avait une chambre à laquelle attenait un petit cabinet {scanneUo à scagnetto , dit Pantero-Pantera) ; cette chambre était appelée chambre de poupe, et servait au capitaine, aux gentilshommes de poupe, aux passagers et autres personnes de distinction , et recevait leurs armes et leurs effets. Le scandolar lui était contigu , et n'était plus qu'une portion de ce qu'il

« Il est ordonné aussi qu entre les serres d*empature et la '« serre sur laquelle s appuient les bancs , soit appliquée , dans « toute la longueur de la galère, de la proue à la poupe, et au « milieu de la hauteur de la dite galère , une serre adentée. >*

(La phrase que je viens de traduire était assez difficile a

était en 1333, de ce qu'était en 1255 ce que le CapUniare nauticum de Venise appelait la glava, dont la partie la plus rapprochée de la rote de poupe était appelée parles Provençaux, au dix-septième siècle, le gavon, chambre du capitaine, ainsi qu'on l'apprend par le plan de la galère de Passebon, et par le manuscrit n"* 662 du dépôt de la marine. Le scandolar du seizième siècle, selon Pantero-Pantera , servait à fermer une partie des armes et des autres effets des gens de la poupe ; au besoin , on y mettait quelques bottes de vin , à la manière des galères de Malte. Sur le plan de Passebon , le scandolar ou escandola est la chambre aux provisions du capitaine ; elle comprend en longueur l'espace de huit lattes, ou environ quinze pieds (4 " S7 *}; on y voit le banchum mentionné^ par le statut de 1333. Crescentio dit que le scandolar était long de douze « palmes (2~ 92') ; le manuscrit de Dortières, que je citais à Knstant (n» 662) donne sept pieds 9 pouces (2 "- 51 **) à cette chambre, qu'il appelle Vescandolat Quant au nom de scandolare, il vient évidemment , comme scandaUo (sonde) , de scandere: monter, grimper, mesurer ; on avait appelé ainsi cette chambre, parce que, placée sous la couverte, il fallait monter par une scala pour en sortir. Quand l'italien disait scandolare, l'espagnol disait escandelare et escandelarete (Oudin) ; le français disait escandola y au dix-septième siècle (Houbier , Dortières et Passebon). J. Antoine Barras de la Penne, dans son très-curieux ouvrage manuscrit sur les galères (4 vol., grand in-folio), appelle scandolar Vescandola provençal. « Quelques auteurs pensent, dit ce chef d'escadre des « galères , que cette chambre a pris son nom d'une partie toujours néces- « saire pour tenir table , c'est-à-dire du lard qu'on enferme dans le « scandalard; scanda étant un mot dérivé de l'italien et du provençal, qui « veut dire caché ; or, scandalard peut signifier le lieu ou Ton cache le » lard. » Gomment un homme sérieux comme Barras de la Penne a-t-il pu répéter des sottises aussi étranges ? Lui qui habitait souvent Marseille, devait savoir que scanda ^ en provençal, ne signifiait pas plus caché, qu'en italien. En italien, ascondere, et par corruption sconderCy signifiait : cacher; c'était, en provençal comme en espagnol, asconder. Il supposait donc gratuitement une corruption d^ascandere, pour arranger son étymologie, plus digne d'un cuisinier de navire que d'un chef d'escadre. Le scandolar, qui était devenu l'office du capitaine, était au seizième siècle, comme je l'ai dit d'après Pantero-Pantera , une salle d'armes ; au commencement du quinzième, elle était si peu une soute au lard, que le statut de 1441 défendait qu'on y mît des vivres (panaHca),

HÉHOIRK n* 4.

comprendre ; la voici : • Apponatur et apponi de&eal a Berris ■ (le nuiDascrit de l'/mpoticto porte, par une faate de copiste, ferrù ; l'édition de H. Pardessus , Mte sur un texte donné par H. Sauli de Turin, corrige cette erreur) • de pede u$que ad lerram uU • imbanckalur in medio per longitudinem de popa wque ad pro- ■ damdietegaleeinmediounainieTramamoriatam.'Aptèsa.Yoir cité le texte, je crois qa'il convient de justifier ma traduction, qui pourrait bien laisser quelques doutes aux savants peu familiarisés avec les choses spéciales à la marine. II7 a d'ailleurs dans oe passage des termes qu'il faut éclaircir et sur lesquels je serais obligé de revenir ailleurs. La première difficulté qui se présentait, c'était de déterminer ce qu'était la terra. Serra n'est donné par du Gange qu'avec les significations de : serrure , armoire et cloison ; aucun de ces sens ne pouvait me satisfaire : car il était évident que la disposition de notre statut devait s'appliquer à un point de construction navale plus important qu'une simple question d'emménagement. Serra tUn imbanchatur, la serre où l'on embanque , où entrent les bancs , m'a fait comprendre qu'il s'agissait ici de la liaison du navire et des pièces qui le consolident à l'intérieur, comme les ceint» le consolident à l'extérieiir. Cette serre est eu effet la serr^xmquière (serra-banehiera: obi imbanchatur), celle qui, aujourd'hui que les bancs ont disparu, et que les lattes ont pris le nom de fratir(*), s'appelle la Mrrebauquerre. Serre (de lerrart, serrer, retenir) est un terme générique appliqué par les charpentiers marins du Midi à toutes les pièces que dans le Nord on nomme vaigrei ( eu hollandais weger). Les serres sont des planches , plus 00 moins épaisses , qu'on applique à l'intérieur du navire , au-dessus des membres, pour lier ses membres entre eux, et faire le revêtement interne du bAtimeut. Les serres à pede de notre document ne sont pas les vaigres de fond , mais celles qui les suivent immédiatement en remontant le creux, les vaigres d'empature, ainsi nommées parce qu'elles passent par l'extrémité de chaque varangue empâtée^*) avec un genou correspondant. Ilyavaitpln-

[*} Rd hollandaji balM, en allemand batten, et beam en anglais, lignifiant ; poutre, solire. Lescalier fait venir beàm du gothique bom, arbre. C'ait possible ; je ne sais pas le goth.

C) Un morceau de bois est dit empalé avec un autre, quand il mt réuni I. 13

sieurs serres d'empature en 1333, puisque le document dit serriSf et non pas serra; au dix-septième siècle on en mettait, selon Aubin , trois Tune sur Tautre , étroites et réunies oonune si elles n'en formaient qu'une seule. La tradition ancienne s'était conservée. Quant à la serre que le statut appelle amoriatam et qui était faite pour ajouter à la solidité de la liaison , qu'on avait éprouvée n'être pas assez grande seulement avec la serrebanquière et les serres d'empature , c'était sans doute une forte ceinture intérieure adentée, et retenant puissamment toutes les côtes, à la moitié de la hauteur de la gsdère» entre la serrebanquière et les serres basses. Son office était de serrer en dedans les stamenali, ainsi que Grescentio appelle les côtes entées sur les matere (les varangues), comme au dehors les pressaient les deux ceintes , les contavali ou pontovali , et les bordages forts , inférieurs aux ceintes , qu'on appelait les quairate. J'ai dit que la serre dont la pose était prescrite par le Statut était adentée ; outre qu'il me parait impossible que , dans cette pièce, ne s'encastrassent pas les stamenali, puisqu'elle devait apporter sa force de cohésion à tout le système de la membrure de la galère , amoriatam me semble être le même qaamoliatam ou aanolitam. Or, de ce mot ancien il est resté dans le vocabulaire du dix-septième siècle amolette (transformé aujourd'hui en amelotte ) , signifiant entaille , et spécialement appliqué à la désignation de ces trous quadrangulaires qui sont percés dans la tête du gouvernail et du cabestan pour Tusage des barres. Une pièce de bois percée d'amolettes était amolita, c'est-à-dire qu'on avait tiré de sa masse (à mo/e) des morceaux pour y faire des vides. Ceci ne serait peut-être qu'in-

à cet autre par son extrémité, son pied , son impedatura, comme disait le bas latin. Impedaturaj qu'on trouve dans du Gange, a fait impadatura, empadahare et empature. L'orthographe qui admet Faccent circonflexe sur Va d*empaturey comme si ce mot venait éHmpcutarey empâter, mettre dans la pâte, est donc mauvaise ; Romme a eu tort de Fadopter. L*ancienne orthographe empatlure, que je remarque dans le vieux dictionnaire de Desroches, par le redoublement du ^, confirme mon opinion sur r-étymologie à^empatwre; le second t me parait être la dernière trace de la syllabe cto^ qui s'effaçait. Ge que j'ai dit des vaigres ou serres d^empâture y prouve que je ne me trompe pas quand je les reconnais dans les serras de pede.

MBHOtRG IT" 4. 259

génienx, si nom ne trouvions pas dans Vii^e le verbe molire employé dans un sensanalogue : - incurva terram molitur aratro, creusant 1b terre avec un boc recourbé. » Cependant, comme au chapitre des aymoiogics il faut être sincère autant que rtservé, je ne veux pas affirmer ce que je crois vrai , sans épuiser toutes les conjectures. Si l'on niait qa'amolette et amoriata procèdent de molire, peut-être voudrait-on le faire venir du latin amoliri, qui vait dire éloigner, écarter. Mais à quoi servirait nue serre écartée , éloignée des membres quelle doit maintenir? Ce serait un contre-sens ridicule. Amoliri rejeté, il reste ammogltare italien , signifiant marier. Une »erre mariée attx courbes présenterait un sens nùsounable et justement le même , par figure , qu'une serre adentée. Ce trope serait assez dans le génie de la langue maritime du moyen Age, qui ne se faisait pas faute d'images et d'expressions grossières , et nommait : feminella la penture du gouvernail qui recevait le gond qu'elle appelait il maschU), le mdle('). Mais quand un sens positif se présente,

{') Au dii-Beptiènw liècle, la gent matelote appelait, en France , ces ferrures , lea villes du gouvernait, te mâle et ta femelle. Encore en - 1814, on se servait, sur le gaillard d'avant, des termes : vitonière et conas- Bière ; mais une réaction du gaillard d'arrière s'est faite contre ces termes ignobles, et l'on en est reveau à aigitiUolt et/emelott, que le dixhuitième siècle (voir Lescalier et Romme] tenait par succession du seilièaie, et qui, il faut bien le dire, ne sont pai très^écents non plus, car le second est la femelle , et l'autre le mâle , cette aiguUiette que de prétendus maléBces pouvaient nouer. Dans le vocabulaire de Paotero- Pantera, on trouve aguçliello et femiTtelia , dont l'un des analogues tnncais, femelle, se lit dans Aubin et Desroches. Rabelais fait seulement dire à Panurge , liv. A , chap. 18 : ■ Je oy l'agnevillot frémir. ■ On voit qu'agnevillot est une faute de la première édition ; il faut aguevillot ou aguillot — o^uji/ieâo. (Voir Af^molre ttar la marine dana RabeUUt, n° 9;. A ce que je viens de dire sur le maschio et la feminella , j'ajouterai la phrase suivante , extraite de la Relacion diaria de lot ct^titanet Nodalet (Madrid, 1621], qui fera voir que toutes les marines avaient adopté la même Bgure pour nommer le même objet. Le journal dit, p. 17 : • Nous trouvâmes une nef perdue, et nous arracbimes de sa poupe: tina bembra del timon de las de arriba de la cruz, que tiene una braça, con sus clavos. ■ Cette hembra, ou femme du gouvernail, c'était la feminelta italienne, la conasiière des mateloU fi-ançais. — Le passage que je viens de rapporter nous fait voir que la croix, cette marque dont les ancienAM lois voulaient que les flancs des navires fussent toujours por-

quand on voit la serre creusée, adentée pour recevoir la côte, pourquoi préférer un sens figuré? pourquoi s'attacher au mot ammogltata, qui pourrait s'appliquer beaucoup mieux à la pièce qui s'encastre qu'à celle où sont pratiquées les entailles^ les atnoleties? Je tiens pour atnolita , venant de à mole.

Les dernières prescriptions du satut de 1334 sont relatives au chargement des navires ; les voici : « Les huit sages établis pour « le fait de la navigation ont décidé ^ décrété et ordonné que « chaque galère (subtile) sera ferrée à deux cent soixante-quinze « balles ou mille cantares. » Ceci veut être expliqué. Au moyen ège , les navigateurs n'étaient pas libres de construire et de charger leurs navires comme ils l'entendaient. Des lois trèsHsages , faites autant dans l'intérêt des mariniers que dans celui des marchands, réglaient les formes des bâtiments et leurs proportions, en raison des voyages qu'ils devaient faire et des chaînes qu'ik devaient porter. Le Capitulare nautieum de Venise (1255) contient à cet égard des dispositions moins détaillées que les Statuts de Gcoarie , mais non moins formelles. Le Consulat de la mer, dans ses chapitres ggxliii et gcxliv (édition de M. Pardessus), prouve que les Catalans , comme les Génois et les Vénitiens, n'avaient pas entendu laisser au Ubre arbitre du constructeur ou du senyor de nau à leny (propriétaire de nef ou de tout autre navire) ce qui regardait les dimensions des bâtiments. Quant au chargement des navires et à la détermination d'un tirant d'eau , le Consulat est loin d'être aussi explicite que les statuts génois et vénitiens ; ceux-ci sont très-impératife. Le chap. V du statut de 1441 ordonne <> que toute nef ou navire « capable de naviguer {navis et navigium navigabile) ait les fers « qu'on est dans la coutume de placer sur cesdits navires , au « menton du contant , c'est à savoir, à la partie inférieure de ce « contant ; de telle sorte que cette partie inférieure du contant

teurs , et qui était la limite extrême des chargements, existait encore au eommencement du dix-septième siècle. Il en va être question à l'instant, flans le présent Mémoire. — Un statut de Pesaro, de 1533 , appelle les ferrures des gouvernails : temonaU; il ordonne aux patrons de tous navires entrés dans le port de Pesaro de démonter leurs gouvernails et de les tenir hors de leurs gonds ou ferrures : •« Temones de eorum nauigiis et extrahere et extractos tenere de temonaUs, m

MÉUOIRE .%" 4. 261

' Boit regardée comme la place des fers qa'on avait l'habitude > de mettre auidits navires (*). En outre, les navires doivent

(*) Le texte porte : • ^d menttim contis... videUcet , ad partent infe-

• riorem contit. • J'ai cru assez longtemps que eontU était une faute , et qu'il fallait ceatU : • Au mentou de la ceinte, c'est-à-dire, à la partie iaférieure de cette ceiate; » mais j'ai recuDDU , depuis , l'exactitude de la copie du manuscrit. Le cotUo, que je ne trouve dans aucun glossaire, était bieu une des ceintures du bâtiment, mais ce n'était pas celle qui prenait essentiellement le nom de eetUa, et dont Crescentio dît, page 39 ; •■ Si mette di fuori la centa al suo logo , dentata et conQtta ne gli stame- - nalt.~ On met en dehors la ceiate à sa place , adentée et clouée aux >U-

• meaalei [les côtes) Au-dessus de la ceinte se plagient lescotUooaU

' (d'autres disent ponlovalt) qui sont adentés, mais de la grosseur des < quairates, ou un peu plus. ■ Ces contovaU dont parle Crescentio, et que Pantero-Pantera définit au mot pontuali, ce sont éfidemmtnt nos cohH. Dans le contovalo du seizième siècle, comment méconnatlra le eoitto des galères de 1330 et de 144t ? Je traduis le mot conto par coulaut, parce que c*est le terme qui, dans la marine des galères, en France , avait prévalu au dix-septième siècle. V Encyclopédie méthodique, qui le nomme mal à propos earUaur, ce qui était une mauvaise prononciation , le définit ainsi : ° Pièce de bois dont l'épaissevr est de trois

■ pouces , sans la fourrure , et la largeur detreize ou quatorze , qui va en

■ diminuant du milieu vers les extrémités de la proue à la poupe ^ et qui

■ est placée dans la galère au-dessus de l'enceinte ou cordon ■ (pag. 563 , tome I"). D'après ce que je viens de dire, le mmtum contit serait la ceinte elle-même, le menton ou la partie saillante du eonto. SI l'on se figure, en effet, le profil de la galère, on voit le conto être mains épais que la ceinte, qui lui est inférieure, et celle-ci saillir en menton, en rebord ou en larmier, comme ou dit en architecture; et c'est dans ce sens que Vitruve emploie le mot fnentum. — Il n'est pas sans intérêt de rechercher comment sont formés les mots conlocali , pontocali ou pontuali, et contaut. Contovalo est évidemment formé de conto et de ralto , conta ne signifiant pas la perche , la lance (du latin contut), mais étant l'abréviation de contorium, contour (V. duCange, hdc voce), et voila étant la muraille forte , l'enceinte (de vaiium ou vallut). Le oontovalla était , en effet, l'enceinte contournant le bâtiment au-dessus de la préceinte. Le contaut français , où l'on reconnaît le conto italien , a disparu de notre vocabulaire (il se trouve encore, pag. tSI , Index du ^Ugemelnea fforterbuch dtr Marine de Hôding , Hambourg , 1798] ; caUo est resté dans l'anglais, ffaai, waie, signifient, en effet, la préceinte, et vien< neot, comme le hollandais wai, l'allemand waU, et l'italien vallo, du vaUunl latin. Pontocalo est une corruption de contovalo, déjà usitée au seizième siècle, ainsi qu'on le voit par les passages de Crescentio et de Pantero-Pantera que j'ai cités. Comme contovalo nous avait laissé eon-

« toujours naviguer pendant tout leur voyage avec la partie in- « férieure du contaut hors de Teau , et cela sous peine d'une " amende de 1 00 à i ,000 florins, à la volonté des juges de TOffice << de Gazarie. »

De ce passage fort confus dans le texte latin , et dont , pour réclaircir un peu , j'ai supprimé les répétitions que les rédacteurs de la loi se permirent de multiplier, de peur qu'à la faveur de l'ambiguïté d'une rédaction on n'échappât aux prévisions de statuts aussi importants pour le commerce et la marine , il résulte quatre choses :

l"" Que tout navire portait (et c'était une ancienne coutume) {quœ solita sunt apponi) des fers pour marquer un tirant d'eau absolu ;

2^ Que ces fers étaient placés immédiatement au-dessous du contaut ;

3° Que la limite inférieure du contaut était tenue pour les fers eux-mêmes dans le cas où ils seraient venus à manquer ;

4^ Et enfin, que le tirant d'eau ne devait jamais dépasser le dessous du contaut.

Comment les fers étaient-ils placés? c'est ce que nous apprennent un statut du 17 mars 1340, intitulé ordo ferrandi ligna, les chap. v et xxxiii du statut de 1 441 , et un statut du 24 septembre 1330 (p. 46 du manuscrit de Ylmpoiido) dont voici la teneur : « Gomme on ne suit ni l'esprit ni la lettre de l'ancien « chapitre qui ordonnait que la préceînte des galères subtiles « {incenta gallearum) fût toujours complètement au-dessus de

tautj pontovalo nous Imsa ponteau , qu'on trouve dans le dictionnaire de Duez, au mot pontovalL Ponteau se corrompit à son tour, et fit ponton, ainsi qu^on le verra dans la note suivante. Contoval est un mot fort ancien : il est du trekième siècle au moins ; on le lit en effet art. 5 de TOrdonnance sur la police de la navigation, rendue par Jacques, roi d* Aragon et de Mallorea, en 1258 : « Ordinamus quod alîqna barcha « de viagio non carriget, nec mittat aliquos merces de vHro en sus (au-desn SUS du vif, au-dessus de la ligne de charge), et si carricabit de mercibus •• de penso (marchandises pesantes), non audeat carricare nisi quousque ad « mediam tabulam de contoval. » Cette injonction a beaucoup de rapport avec celle du statut de 1441 ; cependant elle permet que la moitié du contaut soit submergée , quand l'autre exige que le menton de ce contaut soit hors de Teau.

HÉHOIRB N° 4.

• l'eau (ttmper nîtida a6 aquâ)... il est ordonné que toute ga-

• 1ère subtile ne pourra aller de Géoes ea Sicile ou revenir de

• Sicile h Gènes complètement chaînée , ou ne portant qu'une

• certaine chai^ (honerata sive cum honere aliquo ) , sans avoir " trois fers marqués {tria ferra marchata ) fixés en dehors à

• chaque c6té de ia galère (affixa de foriê) » (le manusmt porte de formit , par une de eea fautes de copiste qui abondent dans le document que je traduis) ; ■ à savoir, nn au milieu , l'autre

■ à la maltresse latte , du côté de la poupe , et le troisième à la

■ latte du joug , du côté de la proue • {ad latamjugxy et non juvi, comme le porte fautivement le manuscrit). • Ces troÏB fers ■< seront placés en ligne droite, cette ligne passant sur le fer " du milieu (rectà lineà, luAendo re$peelum ad dictum ferrum

■ ntedtum). Ces fers seront apposés k la galère par les deux ' officiers chaînés de la mesure des galères. Le fer du milieu

• devra être placé à la distance de trois palmes et un sixième

• de palme au-dessous du menton inférieur du trenquarin (à

■ mento gubtano trendiarini){'). • Le statut de 1441 , p. &2 du

[') Ou sait , par tes édairctsirmentt que j'ai donnés dans la note précédente , ce que c'était que le menium ; voyous maiutenant quelle partie de la galère on appelait Irencharima ou trencainut. Je trouve dani le dictiODuaire de Duez : ■ Trincarinà, pièces de bois qu'on met sur les pontons (les pontons de Duez sont les pontovali ou contovaU, les c<mtttutt dont j'ai parlé]. ■ Dans l'Eacydopédie et dans le vocabulaire de Lescalier, je lis: • TYinqtierin, terme de galère , synonyme de gouttière.» Cette déSaitioQ est beaucoup plus explicite que celle de Duez, et se rapporte fort bien à ce que prescrit Crescentio, pag. 31 de sa Meâiterranea nauUea : • On met sur le plan de la trancbe qui est sur les pontovali et

■ les tattei, et sur les tètes des stamenali <les côtes) qui sont coupés à la

■ hauteur de ce plan, les frtecarlne, que l'on doue sur les cou tovali et les > lattes, et qui sont adentés pour recevoir les cols des lattes (dentale

• tùatdo luoço acolU delk laie).» Les coudelalte* , comme oa les appelait en France, étaient, selon Pa utero- Pantera, la partie renversée des lattes qui se joignaient aux flancs {tponde) du navire. De ces définitions il résulte que les trencbarini étaient placés, relativement aux contovali , comme aujourd'hui la gouttière l'est par rapport à la préceinte. Le mm- (um mblanum (sublanut, inférieur, V. du Cange; lotlano, italien , et natoKO, espagnol : inférieur, cave, etc.) des IreKcharini est donc la même choie que le meTUum eontU , le contant étant limité en haut par le trinqtienin. L'étymologie de ^ncAardnJ (A-incaiijzet , portugais, trinchera, espagnol) est lacile à déterminer. Les trenquerins formaient la tranche de

264 AECM£OLOGI£ NAVALE.

manuscrit de VOfficium Gasariœ porte : a nota , qui est une faute, et trencalni, qui est le même que trencharini^ et a donné au vocabulaire des galères françaises : trinquenins. « Tout ca- « pitaine devra veiller avec soin {sollicite curet) que sa galère « ne soit pas tellement chargée pendant tout son voyage , soit « en aUant , soit en revenant , que tous ses fers ne soient pas « en dehors de Teau bien visibles et apparents. »

Les dispositions de ce statut étaient considérées par TOffice de Gazarie comme si importantes dans Tintérèt des bonnes navigations ; l'avarice des armateurs et des capitaines qui surchargeaient les navires pour rendre leurs voyages plus profitables , au risque de ce que le mauvais temps et les corsaires , qui avaient

la muraille et du pont de la galère; or, tranche, en bas latin, c*était : trencatumy trencaia^ trencheia^ ou trenchis (voir du Cahge), qui ont donné à Tîtalien trinca et ses dérivés. Ce u*est pas seulement dans ce vieux mot trencharino que Ton retrouve trancher, couper, appliqués à la marine. Les Espagnols ont le terme andar a la trinca j pour exprimer ce que nous appelons /oxier^ mettre une voile dans le lit du vent. « Estuvose a qvella noche con trinquete y mesana trincando la buelta n del susueste mucho viento. — On resta cette nuit avec le trinquet et « Tartimon , trincant, et ayant le cap au S.-S.-E., grand vent. » (Relackm diaria de los capitanes NodakSy p. 88. Madrid , I62t). Nodal ne voulait pas faire de route pendant cette nuit, pour ne pas trop s'éloigner de la cAte qu*il explorait ; il prit donc le parti de mettre presque en ralingue , de chicaner le vent, de le trancher avec son artimon , la mezana de sa caravelle, — car il montait une caravelle, — et son trinquet, ce que nous appelons la misaine.— Le trinchetto était, dans Torigine, une voilelatine , suspendue au mât de l'avant ; par abus , la voile carrée qui occupait sa place dans le bâtiment à voiles quadranguiaires prit le nom de trtnquet, I<e petit foc s'appelle encore la trinquette ; placé tout à fait à l'avant , comme l'ancien trinchetto y il est bien nommé, car, au plus près, il va trincando il vento, La voile à bourcet d'un chasse-marée , voile de gros temps , est appelée taiUe-venty parce qu'avec elle on taille, on tranche le vent. Il est presque inutile de dire que le trincadour est un bâtiment fait pour trincary et aller très-près du vent. Quant au trinquard de la Manche, c'est un bateau qui fait la pêche avec un filet appelé trink eu anglais. Ce trink n'a rien de commun avec trinca ; il est de la famille du verbe allemand ^rinAen, signifiant : prendre , et duhoUandais trekhen^ signifiant : tirer à soi. Un coup de filet s'appelle trek, en hollandais. Trekken, trinken et trink semblent être des transformations du latin tricare (empêcher, entraver), qui n'a plus d'analogue en français, et qui nous a laissé seulement l'adjectif : inextricable. .

MEMOIBE N** 4. 265

toujours de Tavantage sur des bâtiments trop pesamment chargés , pouvaient causer de dommages aux marchands et aux mariniers embarqués ; cette avarice était telle , malgré la vigilance de la commune de Gènes pour la réprimer , qu*un statut intervint , en 1340 9 dans Fintention d*intimider les patrons de galères et de les contraindre à exécuter la loi. On exigea d*eux , sous peine de 1 ,000 livres génoises d*amendc, le dépôt dans une banque connue ( m bono et sufficienti baneho ) de 200 livres de Gènes , qui pouvaient être confisquées si les Huit de TOffice de Gazarie acquéraient la preuve que les patrons avaient méconnu les prohibitions des statuts. (Voir page 56 du manuscrit de VImposicio , le chapitre commençant par ces mots : « Ut pairani « gallearum timidiores sint et melius observent et que observari « drimit secundum formam presendum tractatuum. ...»). Le dépôt des 200 livres était confisqué , dit expressément le chapitre : De navigando cum ferrie nitidiê ab ciquà (ibid.) , si le patron n'avait pas navigué les fers hors de Feau ; on n*en confisquait que la moitié s'il avait observé cette règle , mais si , en même temps, il n avait pas laissé libres les places de la galère où la loi défendait de placer des marchandises.

Au mois de juin 1340 , un statut renouvela les statuts anciens sur les mesures et le ferrement des galères , et porta la distance de 3 palmes ^ a mento subtano trencharini pour la place du fer du milieu , a 4 palmes ^. Un mois après, parut un statut réfor* mant en partie celui-là , et ordonnant qu*au lieu de 4 palmes ^ on ne gardât plus que 4 palmes seulement de distance du fer au menton de la ceinte , parce qu'on avait reconnu que les galères ferrées selon les prescriptions du statut de juin 1340 , n'avaient pas un bon tirant d'eau. Le statut nouveau laissait au patron la faculté de charger sa galère un peu plus sur l'avant ou sur Tarrière , suivant le besoin de sa marche ou de son assiette dans Teau , pourvu que le fer du milieu restât toujours au-dessus de l'eau (dummodo dictum ferrum medianum semper $tet nitidum; page 101 du manuscrit).

Un statut du 10 décembre 1339 avait défendu qu'aucune coque , nave , galère ou autre navire , quel que fût son chargement , pût sortir d'un des ports génois , sans que les ferratores y eussent apposé les trois fers ; un statut du 17 mars 1340

266 ARGH£OLCN>IE NAVALE.

(page 238 da nianuscrit que j*ai sous les yeux) renouvela cet ordre , et , pour le rendre plus redoutable , il prononça de fortes amendes contre les patrons qui ne lui obéiraient pas. Ainsi , toute coque de trois couvertes qui , avant de partir, n'aurait pas été ferrée , devait payer 1 ,000 livres d'amende ; toute coque de deux couvertes , 500 libres ; tout navire d'une seule couverte , panfile , galère , excepté pourtant les galères de Bomanie, de Syrie et de Flandre , 200 livres.

Ces statuts contiennent quelques dispositions qui doivent être analysées et expliquées ici : j'ai fait observer souvent dans ces Mémoires quels rapports intimes de construction il y avait entre les vaisseaux d'une certaine forme à des époques assez éloignées, et je penche à croire que ce qui se pratiquait en 1340 pour la mesure et le ferrement des navires , pouvait avoir été pratiqué entre 1 100 et 1200. Au reste , il ne peut être inutile de multiplier les renseignements qui tendent à faire connaître les bâtiments et les usages maritimes du moyen Âge ; et quand même les détails dans lesquels je vais entrer m'éloigneraient un peu de mon but, j'espère qu'on me le pardonnera en faveur de l'instruction qui doit en résulter.

« Chaque coque , dit le statut du 1 7 mars 1340 (page 239 du manuscrit de l'/mpojricto), chaque coque de trois couvertes sera mesurée dans sa hauteur, la pavesade comprise {computato orlo. Pour l'or/o, voir Mémoire n® 7) , et il sera donné à l'orlo de cette coque 6 palmes de hauteur ; et cette coque devra être mesurée et ferrée ainsi qu'il suit : au-dessus de l'eau restera le tiers de la hauteur totale du navire, auquel ou ajoutera un tiers de palme par dizaine de palmes {tercia pars todus dicte altitudinis et ter^ eia pars unius palmi cujuslibet decene remaneat super aquam) ; à cette limite seront fixés deux fers , un à chaque côté du navire au milieu de ladite coque. » On voit qu'ici la rigueur des trois fers , donnant une ligne de charge invariable , avait disparu , parce que , pour les bâtiments ronds comme pour les galères , on avait senti qu'il était bon de laisser au patron la faculté de se faire des dififérences de tirant d'eau , selon qu'elles étaient nécessaires. Un fer suffit , placé à un peu moins des deux tiers de la hauteur totale de la coque , prise de la quille. Il est bon de se fixer par nn exemple sur cette ligne de charge prescrite par le

HÉHOIRE n° 4.

.statut génois. Supposons donc, d'après ce qae je ferai connaître des navires génois mentionnée dans les marchés passés avec le roi de France , en 1268 (V.Mitn. a' 7, sur Us vaiueaux rond» de saint Xtfuù), qae la coque à trois couverte» de 1340 fût un peu pins grande qu'une des nefs fournies par la cônimnne de Gènes soixante-doDze ans auparavant , ce qui est vrai , puisque nous voyons l'orlo porté à 6 palmes de hauteur, quand il ne l'est qn'à S dans la pièce n** 1 des marchés de 1268 ; nous pourrons avoir un navire ayant , de la quille au rebord de la pavesade , une haur leur de 42 palmes ou 31 pieds | (10" 23*-). Son fer de tirant d'ean devant être {dacé au tiers de 42 palmes, hauteur à laqneUe il faut ajouter un tiers de palme par dizaine , c'est'-àdire : I palme ^ , sera affixum , comme dit le statut, sur le flanc du navire, de manière à laisser hors de l'eau 15 palmes^ jusqu'au rebord , ou 1 1 pieds 6 ponces (S"" 73") . La coque aurait donc 20 pieds (6"°* 49') de carène immergée.

■ Chaque coque de deux couvertes sera ferrée et mesurée , comme il vient d'être dit , en donnant à cette coque 5 palmes de pavesade.

• Tons les antres navires à rames à senziles , et à pavesade» {ligna de teriit et de orlo) (voir plus loin pour les ligna de teriis ) , seront ferrés au cinquième , de telle sorte que la cinquième partie de l'œuvre vive (de vivo) reste sur l'eau. Les galères de Bomanie , de Syrie et de Flandre , ne sont pas cmnprises dans ces prescriptions (*). >

(') Le texte de ce passage, que je qc rapporterai point , i propos des Sgna de teriU, rient à l'appui de l'opiDion que je déTelopperai plus loin sur ces navirei ; ■ Item, ferrantur alla ligna de teriis et de orlo ait ■ quiotam partem, ita quod quinta pars de vivo reroanerit supra aquam, • non Gomputatis Jo ipsis galds de Homania , Syria , vel Flandria. • Les mots ÀLiA Hpta de teriis et de orlo venant après ce qui est relatif aux coques à trois et à deux couvertes , prouvent bien que ces ligna étaient couverts et pavesadés; non computatU in ipsit, galeit de, etc., prouvent également que les ligna de teriis étaient de la famille des galères. On lit dans le premier article du statut : • Pro guoMbet ligna navigabilU unius 'caperte, panfito, galea, exeeptit deSyria, etc.; ■ ce paragraphe, 4|ui répond à l'article que je viens de traduire , appuiera ce que j'avancerai sur le mot teria. D'ailleurs , et je cite ceci comme une dernière preuve , voici le préambule du statut qui dit expressément : ■■ Cocbam , lignum vel ' galeain , vel aliquod aliud vax navigabtle copertum. >> — Il est difDciie

268 ARCHEOLOGIE H AVALE.

Un statat du 8 août 1340 renouvela les dispositions du statut de mars que Ton éludait sans doute. La législation de 1 441 ne pouvait oublier le ferrement des navires , mesure si nécessaire que dans le préambule du statut d'août 1340 , l'Office de Gazarie crut devoir s'exprimer en ces termes : « Volens offidum « indempnitati eivium et mercatorum, et omnium qtiommcumque « navigandum salubriter providere , $tatuit , etc. » Les chapitres v et XXXIII du statut du 22 juin rappelèrent donc les Àspositions anciennes des lois sur les ferra marehata.

Venise avait pris pour la charge de ses vaisseaux des précautions analogues à celles que nous trouvons dans la législation maritime de Gènes. Le capitulaire nautique de 1255 défend (chapitre xlix) de rien mettre sur la croix. Cette croix était placée sans doute sur le flanc du navire à sa flottaison ; la loi ne s'explique pas expressément à cet égard ; mais de ces expressions : « Patroni. . . non ponent. . . neque etiam poni permittent « aliquid super crucem^ quod posrit facere aliquod impedimentum « adrectam mensurcmonem fadendam illius navts... • il est facile de conclure que la croix devait être extérieure. C'était probablement une croix gravée dans le bordage, ou bien encore un fer en forme de croix. Toute surcharge au-dessus de la croix était punie d'une amende égale au double de la valeur estimée de la marchandise qui faisait surcharge. Par une apparente contradiction, les chapitres Lxu-et lxv du même capitulaire

de deviner la raison pour laquelle les galères de Flandre , de Syrie et de Romanie étaient exceptées de la mesure qui ferrait au cinquième les autres galères, les pamphiles, et tous les ligna de teriis; sans doute Timportance de leurs navigations leur avait fait imposer une ligne de charge qui leur mettait un peu plus du vif hors de l'eau. — De vivo, que nous lisons dans ce document , montre que notre terme é'œuvre vive est fort ancien. Il est au reste très-expressif; le vif du navire, c'est sa quille, sa membrure recouverte des bordages, ses préceintes', enfin tout ce qui constitue son corps; l'œuvre morte est ce que Ton ajoute à cela au-dessus de Peau : les parapets , les châteaux , etc. , enfin tout ce qui ne serait pas le vaisseau, sans la carène; ce qui serait mort, en effet, sans Tappui que donne le corps. Le corps , sans l'œuvre morte , vit déjà ; c^est le navire lui-même , et c'est le vif , comme le fût de la colonne est le vif de la colonne dont le chapiteau ne serait rien sans ce fût. On aura pu remarquer déjà^ dans une des notes précédentes, l'expression : de vivo dans un document de 1258.

HÉMOine N" 4. 269

dérogeaieut à cette règle si sage. lia permettaient au navire de deux cents milliers et au-dessus, de charger seulement de 2 pieds { au-dessus de la croix qui est le plus sous l'eau [tuper erucem que plus est tub aquâ), et cela du premier jour qu'il faisait voile jusqu'à la cinquième année de son Age ; de cinq à sept ans il ne pouvait chai^r que de 2 pieds ; à sept ans et au-dessus , de 1 pied ^ seulement. La progression descendante des surcharges en raison de l'avadcement de l'âge, était fort raisonnable; le bAtiment pouvait sans doute porter moins quand il avait vieilli , que lorsqu'il était encore dans toute la force d'une constitution que les fotigues de la mer n'avaient pas encore altérée. L'expression : que plut est itd> (Ujuâ , ne doit pas être négligée ; elle indique clairement qu'il j avait sur le flanc du navire plusieurs croix placées l'une an-drasus de l'autre , comme aujourd'hui , sur l'étambot et l'étrave des navires , sont gravés les chiffres romains d'une édielle de tirants d'eau , comme sur les piles des ponts sont marqués les degrés d'une échelle de crue des eaux. La croix qui eitpluisoiu l'eau, des chap. lxii et Lxv, me bit croire que le: crueem du chap. ix , employé par les rédactenrs du capitulaire d'une manière absolue, désignait la croix supérieure, ceUe qu'en aucun cas on ne pouvait dépasser ; et que , de cette marque , appelée par excellence la croix , à la croix qui était magis sub aquà { chap. lxv ), il y avait la distance de 2 pieds \ , hauteur de la plus forte surcharge permise.

Ancâne, comme Gènes et Venise, avait jugé dangereuse la surcharge des navires. Son grand statut maritime de 1397 contenait une rubrique — la 45* — qui défendait aux patrons, tous peine de 25 livres , • de anconitanj picciolj , • de chaîner sur la couverte vive du navire {choverta viva) aucune marchandise. Ils ne pouvaient laisser sur le pont, pendant la navigation,qne les agrès ou objets nécessaires au navire, ■ armamento e li choredj , ■ les outils des charpentiers et calfats , les petites caisses renfermant les armes de défense , les caisses grandes et petites appartenant aux mariniers et aux marchands et contenant leurs effets ; et les tonneaux d'eau , si le navire avait un foux tillac (choverta mor(a), allant d'une muraille à l'autre. Si le navire n'avait pas cette couverte morte, tillac qui se pla-

270 AAGHÉOtOGIE NAVALE.

çait entre leg deux chAteaux et se montait au besoin pour faire un abri aux marchandises placées sur le pont vif ou tenant aux œuvres vives , le tiers de Teau devait être chargé sous la couverte vive. Les bâtiments qui chargeaient du bois, n'étaient point menacés par la pénalité qu'avait établie la rubrique 45 ; ils pouvaient charger sur le pont, pourvu toutefois que la charge ne submergeât pas les fers, « non passando 11 fenj. » Ce n'étaient ni trois bandes de fer, ni une croix que mettaient les Sardes à leurs navires pour en marquer la ligne de charge ; c'était un anneau. Le chap. 37 du bref de Cagliari {1319) portait : « E in délia dicta naue e legno ponere l'anella al saluamento del carico. . . Consuli debbiano — inanti che cominci a caricare — uedere la dicta naue o legno , e mettere l'anella come dicto e. Esse poi lo padrone. . . caricasse oltra la dicta anella , li dicti oonsuli siano tenuti di fare quello soperchio (excédant , suj^ chai^e) scaricare. . . » Au seizième siècle, les Vénitiens ne marquaient plus la ligne d'eau avec une croix , mais avec une bande de fer ou broche ; c'est ce que fait connidtre la loi rendue par les pregadi en juin 1 598 : « L'amiral de l'arsenal ou d'autres doivent aller, aussitôt qu'un navire est arrivé, le visiter et s'assurer s'il n'a pas chargé au-dessus de la broche ou marque qu'il est ^défendu de dépasser dans le chargement. — Passato la broca , o segnal , dove è deputato il cai^[ar. — » Pour avoir mal lu cette loi , j'avais cru d'abord que la broca sur laquelle il était défendu de charger était le triangle extérieur à la proue qu'ont encore quelques bâtiments latins, et que les Provençaux appellent ïichelle. C'est moi qui ai donné l'explication fautive que M. Pardessus a publiée du mot brocà, pag. 81, tom.y de sa Collection des lois maritimes ; j'avais été abusé par le rapprochement des mots : « Caricata sopra broca et sopra la tolda. »

La digression qu'on vient de lire sur le ferrement des navires, et les explications que j'ai données sur quelques passages difficiles du statut de septembre 1334 , ont retardé pour un moment le travail de restitution en plan d'une galère subtile que j'allais faire d'ainrès les données du statut génois du 22 janvier 1333. J*7 reviendrai bientôt, en rappelant que le statut remettait en vigueur, sauf quelques modifications actuelles, des statuts anciens sur la construction des galères. Hais avant de jHrendre

MÉHotRe n' 4.

le compu , je dois rappeler quatre documents vénitiens qui , par leur objet et leur forme, ont un grand rapport avec les prescriptions des statuts de Gazarie sur les mesures des galères. J'emprunte deux de ces documents à Carlo Autouio Marin, qui les copia, dit-il, dans le i" hvredeCommemoriali. Le premier ee rapporte au mesurage qui fat fait le 22 septembre 1318 d'une galée appartenant h. un certain Francesco Barbo ; en voici le texte :

■ Qus galea est de super passibus viginti tribus pederno [sic pour : pede uno) et quarto : et est (') in copcrta in medio pedibus septem et duobus digitis grossis. £t est aperta in bocca in medio pedibus 15 et nnum quartum et digito uno. Est larga in fundo in medio pedibus 9 ; et est aperta in suo tertio de proda pedibus 1 1 et dimidio et digito (**) I . Et est aperta in suo

(*] Le mot alla est évfdemmeDt oublié. Il l'a^t de la hauteur du potUat, ou creux de la galère.

("]I.e cfofg'f vénitien était à peu prèsgrandcommele pouce français, le pied Ténitien étant plus grand que le pied français de 10 lignes environ. Voici, sur les mesures vénitiennes au seizième siècle, un d6tail intéressant: • Quattro dita fa una marui ( main ) ,

Quattro mani fanno unpiede (pied),

Cinque piedi fanno un patto ( pas ) ,

Mille passa fanno un mt^tio (mille),

Quatro miglia fanno una lega ( lieue }, t,

Leghe -zvij. emeza fanno un ^ado (degré) che sono miglia. lzx. secondo nariganli. Gradi ccclx fanno lutta la rotondezza délia navigatione , Duero di mare è di terra , che li due fanno uno corpo rotondo. >

J'extrais ce détail d'un traité manuscrit intitulé: L'arU del tuwigare, con U regtmetUo délia tramontana i del lolè; e la vera regoia , et tuaeruofua deljiuseo é rejluuo délie aeque sotto breue eompetutio nuouamenti ridotta per Bbmabim) AccÏoaÎolo. — M.D.LXXX. Ce ma* nuscrit appartient i la bibliothèque de Sainte- Geneviève , oiï il est coté A— I.— 7; il est du format grand in-8°, et contient 146 pages, sur papier de Hollande, d'une assez belle écriture cursive. Il est orné de 10 figures peu importantes , dont quelques-unes sont mobiles comme celles du manuscrit des Premiiret camret de Jacques Dbvaulx, dont il sera parié, Mémoire D" 6, à propos des caravellet. Accïoaîolo était Vénitien, ainsi que le prouvent et son style , et les mesures que je viens de rapporter , et une phrase sur les marées ( pag. 04 ), où il dit : Notre principal objet et notre intention est de donner un travail sur le flux et le reflux, non-seulement pour une partie du monde, mais pour le plus grand nombre possible de localités, i tpecbUmetUe délia terenUiima città di fbteçia. • — Dans un passage , p- 61 , sur les marées , on lit cette phrase : ■ L'altra mares

tertio de poppe pedibus 13 et digitis duobus. Et est aperta in suo quarto de poppe pedibus 1 1 et digitis grossis 2. »

Le second document donne la mesure décrétée par le conseil des pregadi, le 19 janvier 1320 , pour une des qiiatre galères appartenant à Marin Zeno, Andreazzo Morosini, Pangrazio Gappello et Marin Gippello. L*auteur de l'Histoire civile et politique du commerce de Yen^ n'avertit pas s'il traduit le passage des Commemoriali ; je crois qu'il cite textuellement, parce que les lignes qu'on va lire sont écrites dans l'idiome vénitien :

« La prima passi 23 piè 1 . » (La prima , sous-entendu : (unghezza , la principale longueur de la galère).

<( Alta in coverta pè 7 deda 2 ( deda , doigts) ;

« Averta in bocca pè 16 men deda 1 ;

« Ha de f ondi pè 9 e ^ ;

< Averta in lo terzo de proda pè 1 4 ;

« Averta in lo quarto de proda pè 1 2 una quarta ;

« Averta in lo terzo de poppe pè 13 e terza;

« Averta in lo quarto de poppe pè 1 1 e terza. »

Un manuscrit vénitien que possède la bibliothèque de Magliabeccbi, à Florence, manuscrit coté : Classe xix, palcbo 7, dont on trouvera le texte tout entier dans le Mémoire n^ 5 , fait connaître quelles étaient , au commencement du quinzième siècle , les mesures des galères de Flandre et de Bomanie, construites à Venise. La galère de Flandre est, dit le manuscrit :

« ... Longa da alto, passa 23 pedi 3 {. Haverà de piano la dita pedi 10.... In alto pedi 12 meno | de pede. Et aurè pede 1 in alto pedi 12 | ; et aurè pedi 2 in alto pedi 14 deta 2 ; et aurè pedi 3 in alto pedi 15 deta 2 ; et aurè pedi 4 in alto pedt

« di giosana dopo la piena, tardera à fare bassa mare hore vj. et un quinto, etc. » Le giosana^ c'est notre JusarU. Jusant et non jussant^ comme on récrivait abusivement au dix-septième siècle, est formé du vieux mot français J««, signifiant : bas. Le latin du moyen âge avait Jtu«m etjosum; les Italiens avaient giuso (Duez) etjuso; les Languedociens, joutz^ et les Espagnols , yuzo. Du Gange voce : Jusum , a donné plusieurs exemples qui prouvent qnejosum ou jusum était Topposé ûesusum ou sursum, en haut; mais il n'a pas fait remarquer que notre vieux motjîu était le radical de Jusant^ comme le giuso italien est le radical du giosana de Bernardo Accloaiolo.

lemeno deta2; et aorè pedi 5 ia tdto pedi 16 |; et aurë pedi

6iaaItopedi l7meDo{; etaurèpedi? io alto pedi 17 deta 2.

Et ha de bocba questra nostra galea pedi 1 7 ^. Alta in choverta

pedi 8 meno deta 2... »

La galère subtile ou de Romanie décrite par le manuscrit de

la Ha^abeccbiane avait les proportions suivantes :

• ... Vol esserloi^ de alto passa 23 et pedi 3. £t haver&de

piano pedi 10 meno deta 2 ; et aurë pede I in alto pedi 1 1 et

deti 2gT08sa; et aorè pedi 2 in alto pedi 13niendeta 2; etaurè

in lato pedi 3 pedi 1 4 men deta 2 ; et aurë pedi 4 in alto pedi 15 et un deto meno an terzo ; et aurè pedi 5 in alto pedi 15 {

terzodepe; etaurè pedi 6 in alto pedi I6men^ de pe. Alla in

choTerta pedi 7 {. •

maintenant , il est bon de comparer entre elles , d'abord les galères dont les mesures sont données par le manuscrit magliabecchien , et celles de 1 3 1 6 et 1321 du i" livre des Commemoriali ; ensuite , ces galères vénitiennes ayec les galères génoises, dont l'une me fournira les éléments d'une restitution en plan. La galère de Francesco Barbo, qui était longue de super {sar couverte) passiims viginli tTifnts pede uno (") et quarto , différait de 2 pieds , quant à la longueur, des galères de Flandre et du Levant, décrites dans le manuscrit deFlorence. Il y avait, entre elle et la galère de Marin Zeuo , 3 pouces de différence , ce qui est à peine appréciable sur 1 16 pieds. 116 pieds de longueur (37"' 68°')ne supposent que 24aviron8de chaque bord ; carnous savons que les galères du Levante 1 1 8 pieds da alto (sur couverte) n'en bordaient pas 25. Quant à la plus grande lai^ur de la galère de Barbo, qui était de 1 5 pieds 3 pouces et 1 doigt , elle le cédait, àlalargeurdelagalèredeZeno, de 8 pouces; les galères du manuscrit de Florence étaient laides de 1 7 pieds | , ce qui les faisait plus laides que celle de Zeno , de I pied 6 pouces environ à la maîtresse latte. Au fond , dans le plan de la cale, la galère de Zeno était plus large, de 6 ponces, que la galère de

(*) Il est assez étonnant que Carlo Antonio Marin ait copie pederno dans les Commemoriali , ^uand la restitution de pede uno , qui [ui était donnée d'ailleurs par ia seconde misurazione , était si facile. Pedema n'a aucun sens, et il est trop évident que Marin n'a pas cherché à comprendre ce mot.

274 ARCHÉOLOGIE IIAVALE.

BarbO} qui avait neuf pieds. 9 pieds ^ étaient beaucoup, si on compare cette largeur de fond à celle de la galère subtile de Picheroni qui , plus longue de 6 pieds , n était large, /bndt, que de 7 pieds | ; toutefois , la galère du Levant , décrite par le manuscrit vénitien de la bibliothèque Magliabecchi, était plus lai^ encore que celle de Zeno; elle avait 10 pieds de piano. La différence de 2 pieds ^ entre le fond de la galère du Levant et le fond de la galère soHl œmuna de Picheroni est très-facile à expliquer. Fait essentiellement pour porter des mardiandises, le premier de ces deux navires à rames devait avoir une capacité abdominale qui aurait nui à la marche de l'autre , appdé à aller rapidement , à évoluer vite, à courir sus à Tennemi ou à l'éviter le plus promptement possible. Plus de finesse dans les fonds était donc nécessaire à celui-ci. Des galères porte-marchandises devaient avoir, dans leurs parties submergées, quelque rapport avec les vaisseaux ronds, au moins quant aux plus grandes largeurs.

Les galères vénitiennes que nous venons de comparer entre elles , et qui ont tant de points de similitude , comparons-los à celles que Gènes destinait aux mêmes navigations, et nous trouverons ces dernières peu inférieures aux autres, pour ce qui est de la longueur. Ainsi, quand Venise envoie en Flandre ou en Remanie des galies longues de tlGà 118 pieds. Gènes ordonne que les galères de Bomanie ou de Flandre seront longues seulement de 54 coudées, ou 81 pieds, de roda in rodam^ c'est-à-dire que leur quille aura 8 1 pieds de longueur jusqu'à l'attache des roddes. A cette longueur de quille , il faut ajouter, pour avoir la longueur en haut , tout ce que donne l'élancement des deux roddes ; or, nous voyons, pages 10 et 12 du traité de Grescentio, que cet élancement est pour chaque rodde de 21 palmes ou 15 pieds 9 pouces. Ajoutons donc, à 8 1 , le double de 1 5 |, ou 3 1 pieds 6 pouces , nous aurons pour longueur totale ab alto de la galère génoise (statut de Gazarie du 22 janvier 1333), 1 12 pieds 6 pouces seulement. Plus courtes que les galères vénitiennes, les galées génoises n'étaient guère moins larges in bocca; ainsi, quand la galère de Barbo a de largeur 15 pieds 3 pouces et 1 doigt , celle de Gènes a 20 palmes { , ou 1 5 pieds 2 pouces 3 lignes : la différence est donc d'un pouce. En plan , tu fondo.

(a galère d«: Gènes a 8 pieds 9 pouces de largeur ; celle de Barlx» a 9 pieds. Les largeurs diffèrent donc de 3 pouces ; pourquoi les loi^eurs diffèrent-elles de la quantité: 2 ou 4 pieds P Ceci dit , passons à la restitution en {dan de la galée décrite par le statut du 22 janvier 1333.

D'abord, de roda m rodam (*), la galea stAtilis ou de tubtil^ut devait avoir en longueur 54 coudées, ou bras, qui ceprésentent 81 pieds firauçais (26"- 31'^] , le bras ou la coudée étant de 18 pouces, ouO" 48*.

La longueur per earmam était de 45 coudées ou 67 pieds 6 pouces (21*- 92^) (carenane peut 4tre ici la quille, mais une contre-quille placée au-dessus du pnmo, et plus courte que lui de 15 pieds, ce qui me semble considérable, mais ce qu'il faut bien accepter, parce que le texte ne présente aucune ambignîté. )

En plan , à la hauteur d'un demi-palme, ou 4 pouces 6 lignes (0"' 12°-), la galère était largede 11 palmes I, ou 8 pieds 10 pouces (2-- 8ff ).

A la bauteur de 3 palmes , ou 2 pieds 3 pouces (0° 73° ] , elle était large de 1 6 palmes ^, ou 1 2 pieds 3 pouces (3°- 89'-).

A la hauteur de Spalmes, ou4 pieds 6 pouces (1°*- 46'-), elle était lai^ de 19 palmes, ou 14 pieds 3 ponces (4"- 54"-).

Enfin, k la hauteur de 8 palmes ^, ou 6 pieds 3 po. (2" 03'' ) , elle était large de 20 palmes^ ou 15 pieck 2 pouces (4'° 92').

Si , maintenant, au milieu d'une ligne imaginaire AB , au point C , nous élevons une perpendiculaire dont la longueur représente b laideur KL de la galère , à la hauteur de 3 palmes (0"- 73' ) ; et si , d'un point B , que nous supposons être le point externe de la poupe , à cette hauteur , nous prenons sur la ligue AB une longueur BS égale à 9 coudées on 13 pieds 6 pouces {'r- 38') , nous élèverons une perpendiculaire TSV, à laquelle nous donnerons la longueur de 9 palmes ^ , ou 7 pieds I pouce 6 lignes [S" 30° ) , conformément aux prescriptions du 9' paragraphe de notre statut.

Puis , de B en \ , si nous prenons une longueur de 18 cou-

(*) Voir, pour l'explication de ce mot , Vlnder des termes tediniques placé à la Bn du 2' volume.

. 27G ARCHEOLOGIE NAVALE.

dëes , ou 27 pieds (8"' 76"), et sî nous traçons une perpendiculaire, nous prendrons sur cette ligne une longueur Z'XY' égale à 15 palmes, ou 1 1 pieds 3 pouces (3""* 65°-), conune le veut le 10* paragraphe.

Faisant du point A, qui représente l'extrémité, ou rodde de la proue, ce que nous avons fait du point B, nous aurons au point Y, distant de 4™* 38'*, et au point Z, distant du point A , de S*"- 77*-, deux perpendiculaires sur lesquelles nous prendrons T'Y' égal à 9 palmes J ou 6 pieds 1 1 pouces 3 lignes (2" 24" ) , et K'L' égal à 14 palmes fou 10 pieds 9 lignes (3'"- 25*), conformément aux indications des'deux derniers paragraphes du statut de 1333.

La ligne passant par les points rK'KZTBVYXZV' représentera une partie du contour de la galère , donné par une section horizontale faite dans la carène , à la hauteur de 3 palmes, ou O" 73" (*).

Yoyons maintenant quelle modification apporta à ces navires le statut du 16 septembre 1344, que j'appellerai le statut Spinola :

Les longueurs totale et de contre-quille sont les mêmes dans le statut Spinola et dans celui qu'il réforme.

En plan, à la hauteur de O"* 12'-, au lieu de s'ouvrir de 1 1 palmes | , ou 2"** 86^, la galère dut s'ouvrir de 1 1 palmes { seulement, ou 2"* 73'*.

A la hauteur de 3 palmes (0"* 73*) , elle conserva sa largeur de 3"" 89*' ; à la hauteur de 6 palmes , elle ne fut plus large que de 18 pahnes (4"- 38'-) , au lieu de 19 palmes (4"- 54').

A la hauteur de 8 palmes | (2"- 03*^) , elle s'ouvrit de 21 palmes { (S™- 17'), au lieu de 20 palmes { (4'"-92*').

A la hauteur de 3 palmes (0""' 73* ), et à la distance de 9 goues ou coudées (4** 38*), en allant de la poupe vers la proue, la galère continua à s'ouvrir de 9 palmes { (2'"- 30**).

(*) Je n*ai pas cru qu'il fût nécessaire de faire graver le plan dont je viens de donner les détails ; il est si facile à tracer d'après les éléments que j*ai fait connaître,, qu'une dépense de gravure pour un objet si peu important m'a semblé complètement inutile. Je dirai en deux mots que la flgure obtenue par moi est tout à fait semblable à une navette^ très-pointue par ses deux bouts.

MÉMOIRE n" 4. 277

A la même hauteur (0"- 73' ) et à la dislauce de 18 ^ues (8"- 76'), en allant de la poupe ver» la proue, la galère couserva sa laideur de 15 palmes (3' 65').

Encore à la même hauteur (0~' 73' ) et à la distance de 9 goues (4* 38") , en allant de la proue vers b poupe , comme à la distance de 1 8 gioues (8°' 76^) , dans le même sens , la galère conserva ses anciennes largeurs.

Une indication qui manque au statut de janvier 1333 et au statut du 15 février 1340, page 99 du manuscrit de VImposkio, selit dai^ le statut Spinola, page 246 dudit manuscrit, et dans celui de 1441 , page 78 du manuscrit de ÏOfficium Gazariœ, complément de VImposicio. Cette addition porte qu'à la hauteur de 3 palmes (0"- 73*") , et à la distance de 4 goucs ^ ( de proda in goha 4 et médium, statut de 1441), c'est-à-dire, à

5 pieds 4 pouces (1" 73°) de larodde de proue, la galère sera largd de 5 palmes |,ou 3 pieds 11 pouces 3 lignes (1"' 27').

Si donc, dans le plan que j'ai tracé de la coupe horizontale de la galère subtile , à la hauteur de 0~' 73'' , je prends de A en F une distance AF ^ale à !"■ 73'^' ,.et si , sur la ligne perpendiculaire à AB , je prends une longueur ED égale à la largeur prescrite : 1*°' 29°, la courbe EAD représentera la coupe de l'avant de la galère, k 27 pouces au-dessus de la quille.

La conqtaraison que je viens de faire entre les mesures fixées par les deux statuts de 1333 et 1344 montre comme assez peu importantes en apparence les modifications introduites par l'expérience de Spinola de Saint-Luc. En effet, la galère, dans le plan un peu au-dessus de sa quille , devint moins lai^e de près de 5 pouces (0'* 1 3°) ; en conservant sa largeur , à la hauteur de 3 palmes, eHe se rétrécit de 0"- 16'- (5 pouces

6 lignes) à la hauteur de 6 palmes ; à sa plus grande hauteur , elle s'élai^t de O" 25° (9 pouces 2 hgnes) ; du reste, elle ne subit aucun changement dans ses rapports de largeur à l'avant et à l'arrière , à la hauteur de 0"' 73°. Si ces modifications furent adoptées par les hommes qui avaient à Gènes la charge de la construction et de l'armement des galères , c'est , sans doute , qu'elles leur parurent avoir une utilité majeure. Sans discuter cette utilité, qui nous frapperait probablement beaucoup moins qu'elle ne fnippii l'office des Huit Snges, pi-é|>0Kés aux choses do

ils ARCHÉOLOGIE NAVALE.

la navigatiou {officium octo sapimtum constitutorum super focti$ navigandi^ préambule du statut du 6 septembre 1341), reconnaissons que la publication d'une ordonnance réformant des usages longtemps suivis dans la construction des navires fins et légers {subtiles) , qui faisaient en grande partie le commerce de Gènes , prouve et le haut intérêt qui s'attachait aux questions de détail quand il s'agissait de construction navale , et le soin qu'au moyen âge , chez les peuples vraiment navigateurs, on apportait à perfectionner la machine que notre longue ignorance de ce qui fut , du neuvième au seizième siècle , nous représentait comme informe , débile et impropre à un service pénible et rapide.

Cette remarque me conduit naturellement à chercher quelle différence deux ou trois siècles amenèrent dans les galères. Je vais dire ce que fut la galère du seizième siècle , comparée à celles du treizième et du quatorzième ; mais auparavant , il faut que je montre , par une coupe verticale faite dans la galère subtile de 1333 , au point milieu de la quille, quelle était sa plus grande capacité et quelle courbe limitait cette capacité à l'extérieur.

(Coupe verticale d'une galère génoise de 1333, faite à la plus grande largeur de ce

navire.)

Soit donc AB la largeur du fond de la galère , largeur qui est d'environ (*) 8 pieds 9 pouces (2'"- 84*^), la laideur NP, prise au point 0 , à 4 pouces 6 lignes (O"* 1 2* ) au-dessus de la quille, étant de 8 pieds 10 pouces (2" 86'); au point C, milieu de la ligne AB, j'élèverai une perpendiculaire CL égale a 8 pahnes I, ou 6 pieds 3 pouces (2"- 03*") ; sur cette perpendiculaire , au point E , éloigné du point C de 3 pahnes (0" 73' ), je tracerai une ligne DF parallèle à AB et longue de 1 6 palmes

{*) Les statuts de Gazarie ne donnent point la largeur in/ondo de la galère.

^, ou 12 pieds 3 pouces (3"- 97* ), conformément à Tindication du second paragraphe du statut, d après lequel je restitue en plan les galères subtiles du commencement du quatorzième siècle.

A la hauteur de 6 palmes ou 4 pieds 6 pouces (l™ 46''), comme le veut le paragraphe suivant, au point H, je trace la ligne GI parallèle à DF, et longue de 19 palmes , ou 14 pieds 3 pouces (4" 62*').

Au point L, qui détermine la plus grande hauteur de la galère , je mènerai la ligne KM , parallèle aux lignes Gl , DF et AB , et je lui donnerai , conformément à la volonté du cinquième paragraphe de notre statut, 21 palmes { , ou 15 pieds 2 pouces 3 lignes (4"- 92*'), exprimant la largeur in bocca.

La ligne passant par les points KGDACBFIM marquera donc la limite extérieure de la coupe verticale , au milieu de la galère.

Voyons , à présent , quelles étaient , au seizième siècle , les dimensions des galères subtiles. Le manuscrit de Picheroni della Mirandola, le traité de Bartolomeo Crescentio , YArmata navale del capitan Pantero-Pantera , vont m'aider à en déterminer les mesures. Crescentio et Picheroni, tous deux ingénieurs , Tun Romain , et, sauf les modifications que lui suggérait son génie , donnant tous les procédés des constructeurs des Etats romains et napolitains ; Tautre , praticien et érudit , adressant ses plans au sénat de Venise , ne peuvent être que de bons guides pour moi. Pantero, capitaine de galère, m'inspire la même confiance. Au chap. m du i" livre de sa Nautica medtterranea^ intitulé : Délie misure et compartimento della galea et corne le sui parti si squadrano^ Crescentio fait, le compas à la main, la description d'une galère, dont une gravure, placée à la page 39, donne la figure, grosso, modo. Picheroni nous présente , de son côté , le sesto d'une galia sotil comuna ; ce sesto je l'ai calqué , et l'on en trouve ici la réduction.

La galère subtile de Picheroni est longue : passa 24 , piè 2 *, ses deux zovi (jougs) sont distants l'un de l'autre de 102 pieds , et il reste sur la longueur totale 20 pieds pour les deux palmettes ou quartiers de lavant et de l'arrière. La palmeia da proua est longue de 8 pieds, celle da pope est longue de \2. Sur ces 1 2 pieds , 2 pieds sont pris tout à fait à Tarrière pourla

timonerie ; le reste est attribué au carrosse , ce gaillard reoou* vert d'une tente où se plaçaient le capitaine et les officiers. Par

gg^^

Ja coupe verticale jointe , dans le manuscrit de Picheroni , au

HÉHOIHE H° 'l. 281

plan horizontal de la galère , nous apprenons que la lai^ur m bocha est de 15 pieda. Le fond est lai^ de 7 pieds ^. A la hauteur de 3 pieds au-dessus de la quille , la ^ilère est large de 1 1 pieds J ; à la hauteur de 6 pieds , elle est large de 1 4 pieds. Au joug de l'avant , cette limite que le document vénitien de la Magliabecchiane appelle le poiselexe dtl choltro , la galère de Pidieroni a 1 1 pieds de laige ; elle n'a que 9 pieds | au posselexe de l'arrière, au banc des rameurs qu'on appelait espalier» , parce qu'ils si^eaient près de l'espale. La quite, on inclinaison des roddes, par rapport à la quille, est exprimée, dans les notes qui accompagnent le plan de Picheroai, par le mot ilanso (élancement). I^e slanzo à l'atta de proua est de 9 pieds, celui de poupe est de 5. La somme de ces deux slanzi, c'est>4i-dire 14 pieds, étant ôtéede 123 , longueur totalede la galère, en haut, le nombre 108, résultat de la soustraction, marquera la longueur de la quille de roda in rodam , moins grande de 6 pieds , que la distance d'un joug à l'autre. A ces renseignements déjà nombreux , le manuscrit de Picberoni ajoute encore que la galère, hante de 3 pieds au-dessus de l'eau , au milieu , avec sou apostis (con la iua pottiza) , doit être , à la ponpe , de 3 pieds f , à la proue , de 3 pieds ^ , et au sommet de son éperon {alla in $piro) , de 6 pieds |. Ce redressement de l'éperon est fort considérable et me fait supposer une faute dans le manuscrit; il aurait gêné beaucoup le tir du canon de coursie (*). La coursie , ouverte

(*) A l'occasioD de cette faute évidente, je dirai que les galères turques , au seizième siècle , étaieot plus hautes de la proue et de la poupe que les galères chrétieunes. Elles avaient aussi l'éperon plus long et plus relevé que les galères d'Espagne, de France, de Venise, de G£nes, de Toscane, et des Ëtats de l'Église. Cette différence de hauteur et ce redressement de l'éperon auisirent A l'artillerie des Turcsà iat>ataille de Lépante. Voici à ce sujet ce que disent deux historiens très-iidèles et très-précis : Vander Hamen, dans son Don Juan de Aattria (in-4°, Madrid, 1637J, et M. Gio. Pietro Conlarini, dans sa Historia (telle cose successe, etc. (in.4°, Venise, 1645) : « Procura el enemigo bolver aponerse en orden lo

• mejor que pudo , y presentose c«n gran impeta ; mas auuque disparo su

• artilleria dânà poco, porque sus vasos eran mas altos de ruedas {roddex)

• y de triginte {dragant) que losde ponieute» (Vander Hamen, pag. 179, verso ). ' Ténia b galera de Don Juan cortado el espolon ( éperon ) , y la ■ de Ali era mas alta , y assi entré . y cargo mucho sobre ella > (le mime.

dans toute la longueur des bancs et au milieu de la galère, passage pour la manœuvre et la promenade, avait 2 pieds de laiige à la proue ( « la corsia averse {apriré) in luse {luce) a proua pie 2 > ) ; à la poupe, elle s'ouvrait seulement de 18 pouces. Elle était haute de 2 pieds. Le dragant était haut, au-dessus de la quille, de 9 pieds |. On va voir, p. 285, la hauteur ND , égaler justement 13 pal. ou 9 p. 9 pouces. Les courbes , les membres , sont au nond)re de quatre-vingt-onze en tout : quarante « à pope > , quarante « à proua » , et onze au milieu , du même gabarit , de un ponto , d'un même point , comme dit Picheroni.

Onze courbes égales au milieu : cinq en avant , cinq en arrière de la eorba délia mezania^ quand nous voyons la galère de Cresœntio n'en avoir que trois , la galea de Flandra du document vénitien conservé à Florence , n'en avoir que quatre , et la galea di levante en avoir cinq seulement, constituent une assez notable différence de construction entre la galea sotil de Picheroni et les autres galères. Etroites presque paiement à l'arrière et à l'avant , mais un peu plus à l'avant qu'à l'arrière , les galées marchandes des treizième et quatorzième siècles avaient la ligure d'une navette, comme je lai dit, p. 276; la galère militaire du seizième siècle n'avait point ses extrémités également façonnées; plus lai^ de 2 pieds, à 8 pieds de la rote de proue, qu'elle ne Tétait à la même distance de la rote de poupe , eUe devait être plus sensible à l'action de son gouvernail , plus habile aux évolutions , et plus propre , en conséquence , au devoir de navire de guerre qu'elle avait à remplir.

Grescentio , très-abondant en détails circonstanciés , lorsque Picheroni devait être bref dans les notes dont il accompagna ses plans , traite , non pas seulement des galères subtiles , mais délia galea en général. La galée qu'il édifie comme exemple, est de l'espèce des subtiles à vingt-six rames de chaque bord. Il dit, en effet , p. 24 : « Per Banchear, cioè metter i banchi , à una <t Galea di banchi 26 di lunghezza , s hanno da lasciar da un « banco ail' altro , di dentro à dentro , palmi cinque , et poi la

page 178 ). — a Molli non feeero danno a chrîstiani perche le proue « délie galee turchesce erano tant* alte più délie christiane , che le bocche « abbassate fin su i speroni portavano ancora tant' alto che cimavano d\ « sopra la pavesate délie galee christiane « (Contarini, pag. 51 , verso).

' larf;ezza del banco che èpalmi j. • Pag. 13 , donnant la ligure de la Cartna, ouero primo (la quille, id , et non la contreqaille), il dit : • la caréna di ruota à ruota , eontime cu6t(t 9110-

• roftfauno. • Cescoudéessont des coudées de Napies, Crescentio prend le soin d'en avertir ; si 4a coudée napolitaine n'avait différé que peu de la coudée antique , de la coudée , du bra» , de la gow, usités h Gènes an quatorzième siècle, c'est-à-dire, si elle avait été de 2 palmes ou 18 pouces, la quille aurait dû avoir 61 pieds {. Il est clair que cela est impossible , et que la coudée de Naples an seizième siècle était plus longue que celle de Génesau quatorzième. En voici une seconde preuve. Notre auteur dit, page 23 : <■ Perd tutta la lunghezza delta Galra di rota ' à rota è tMhili ànquanta otto. ° 58 coudées ou 87 pieds de longueur totale de super, appartiendraient à une galère qui , en ne laissant pour les quartiers d'avant et d'arrière , en dehors des rames, que 14 pieds, aurait pu armer 18 avirons seulement. C'était l'armement d'une petite galîote et non celui d'une galère ; car nous lisons , page 48 de l'Amaia navale del capitan Pantero-Pantera : " Le minori (galèotte) sono di diecesette ban-

* chi; le ma^ori non passano vintitre. <• Nous avons encore une manière infaillible de nous convaincre : 26 avirons voulaient une longueur d'apostis égale à quatre fois le nombre 26, puisque entre chaque rame il fallait 4 pieds d'intervalle ; pour le seul emplacement des rames, la galère avait donc besoin de 1 04 pieds , et , en longueur totale , le texte de la page 23 n'en donnerait que 87 !

n est donc bien évident que la coudée napolitaine n'était pas de 18 pouces. Mais quelle était sa longueur? Nous allons le savoir en rapprochant du traité de Crescentio , imprimé en 1 607 , celui de J. Hobier {De la constructiùn d'une galiaire), imprimé en 1622. Nous avons vu tout à l'heure que la longueur totale de la galère de Crescentio di rota à rota écvbUiciwpianta otto; nous voyons , p. 7 d'Hobier , que la longueur de la galère de eapion à eapion (de tète en tète ; capo ital. caput , latin) est de 58 goues. Voilà le même chiffre désignant la même chose ; ne sommes-nous pas en droit de conclure que la goue marseillaise est égale à la coudée de Naples? Calculons. La goue de Marneille , au commencement du dix-septième siècle , était de .1

284 ARCHEOLOGIE IfAVALE.

pans ou 27 pouces (p. 5 d*Hobier); 58 goues faisaient donc 1 ,566 pouces ou 130 pieds 6 pouces. Cette longueur totale convient parfaitement à la galère de 26 avirons par bande que construisent Grescentio et Hobier, si on compare ce navire à la galère de 25 avirons dont Picbei:oni a donné le sesto , et qui a de longueur totale 122 pieds. Que la coudée napolitaine et la goue de Marseille fussent la même mesure , j'en suis certain maintenant, et s'il pouvait me rester quelque doute , je m'en référerais à ces mots que je lis, p. 110 du traité de Grescentio : ^ palmi 42, cioè gubiti 14. » 42 palmes à 9 pouces font, eu effet , 14 coudées à 27 pouces Tune.

Puisque je cite la page 110 de la Nautka mediterranea ^ ']e dois faire une observation : l'auteur ne donne dans cet endroit, à la lunghezza di tutta la galea , que cuibiti 55 , au lieu de 58 quil lui donne p. 23. Je ne devine pas pourquoi cette différence , à moins que dans le passage où il établit la formule à laide de laquelle on mettait la galère en stive (en équilibre, de : stare), il n*ait voulu opérer sur une galère de 25 avirons, ce qu'il n'a pas pris la précaution de dire.

Dans la suite de l'analyse que je vais faire de ce qui regarde la construction de la galère , cbez Grescentio , je présenterai , comme points de comparaison, les données recueillies par Hobier.

Quand l'ingénieur romain donne à la quille de ruota a ruola 41 coudées ou 92 pieds 3 pouces, le trésorier général de la marine du Levant, J. Hobier, lui assigne, en longueur : 45 goues, 1 pan , ou 102 pieds (p. 10).

Les deux longueurs , per carenam et in super ^ étant établies , suivons Grescentio dans son travail. — D'abord il trace le galbe des roddes de poupe et de proue. Les contours de ces deux pièces importantes ne sont pas tout à fait les mêmes , bien que trois des principales données du tracé : le pied de la squadra ( Téquerre figurée dans la salle où se dessinaient les galbes), le sgarramento (la ligne qui partage en deux l'angle de l'équerre , et dont l'extrémité supérieure détermine un des points par où doit passer la courbe de la rodde) et le calcagnuolo (le petit talon , ligne perpendiculaire au pied de la squadra , et dont l'exr trémité supérieure , comme celle du sgarramento , détermine un des quatre points principaux par lesquels passe la courbe

HÉHOIRE n° 4. 2SJ

figurant la rodde) , bien , dift-je , que ces principales données soient lesmèmes.La rodde de poupe, après avoir touché lesgarramento , se redresse jusqu'à aller couper le lato de la sqiiadra (le côté de l'éqaerre perpendiculaire au pied) à 14 palmes, ou

10 pieds 6 ponces , quand la rodde de prone, plus inclinée , ne le coupe qu'à 10 palmes , ou 7 pieds 6 pouces.

Le pied de la squadra a 21 palmes, ou 15 pieds 9 pouces ; le^j^atYamenlo a 7 palmes, ou 5 pieds 3 pouces ; le calcagnuolo a 2 palmes, ou 1 pied i ; il est élevé, snr le pied de la squadra, à

1 1 palmes, ou 8 pieds 3 pouces de l'unglc de la squadra. Avec ces éléments , et en ayant soin de donner au lato de la squadra de la rodde de poupe 10 pieds 6 pouces , quand on ne donnera que 7 pieds et 6 pouces à celui de la squadra de proue , les figures seront très-laciles à tracer(*). Au reste, voici une réduction à moitié des deux roddes qui sont tracées , p. 1 1 et 1 2 de la Nautica metUterratua.

mark, ut vovpa

(Tncé de la rodde de poupe d'une galère, d'^rèS'SarlIioloiBeoCresceiitio. — AN, lalo de latgiiadra=t6 pal. — SC, pié de la tqttadra = H pa/. — ND = palml 13.— DA= pal. 3.— A, draganti. — l, toco délia eenla.—HC , alleiza detla caréna = ^3 di palmo. — VE,sgarramenlo=palmiT.—HF=:palmi n. — TC=patmi lo. — FG,cakagnttolo = paltni2. — A}i, DC, ruota de' lineata.)

[') En France , ce que Crescentio appelle le pied de la squadra s'appelait ta ligne de terre; la squadra s'appelait \e trait quarré , la rola ou ruota, qu'ailleurg nous avons vue nommée la roda, s'appelait rodde ; la hauteur de la rodde de poupe est de 18 pans, ou 13 pieds 6 pouces ; celle de la rodde de proue , 10 pans, ou 7 pieds 6 pouces , comme celle de la ruota de Crescentio. On voit que l'arrière de la galère française était plus haut de 3 pieds que celui de la galère romaine ou napolitaine. La conll-

ARGHKOLOGIE NAVALE.

RUOTA BI BRODA

(Tracé de la rodde de proue de la même galère.— LX, piè de la squadra =pal, 2f .

— LM = pal. 10. — MX =:pal. 11. — XP, sgarramenk) = 7 pal, — Q, to» ddla cenia. — XQ zzpalmi 10 e 2/3. >-QR , larghezza del contouale^ 2/3 pal. — BIT , calcagnuolo =pa/. 2. — LV, alte%ia délia caréna s 2/3 dl ptU.

— OV, QL» ruota delineaia,)

Après avoir tracé les rotes , ringénieur romain trace les galbesdes matere et siamenalù les madiers et les estemenaires, membres et allonges de la galère. Leurs contours sont déterminés par la squadra comme ceux des roddes. Le pied de la squadra, pour la matera délia mezania (la courbe du milieu, la plus grande , celle qui répond à la maîtresse latte , ce que , dans la construction des vaisseaux, on appelle aujourd'hui le maitre couple) est de 11 palmes, ou 8 pieds 3 pouces ; le lato est de 5 palmes |, ou 4 pieds 1 pouce ; le sgarramento est de 3 palmes, ou 2 pieds 3 pouces ; la scosa (qui n'est autre chose que le calcagnuolo de la matera) est de | de palme ou 3 pouces ; elle s'élève sur le pied de la squadra à 5 palmes ^ ou 4 pieds 1 pouce 6 lignes deFanglederéquerre. Si Ton trace la figure avec les quatre données de la courbe que je viens de rapporter, on aura une ligne qui sera la moitié de la matère du mUieu , surmiontée de son stamenale. En doublant le pied de la squadra , sur laquelle a été tracée la matère , on aura la largeur de la galère à la hauteur de la centa, o cordone{ldL ceinture , le cordon, ce qu'on appelle aujourd'hui la préceinte), cela donnera 20 palmes ou 15 pieds ("").

guration de la rodde de poupe était assez différente de celle que Crescentio attribuait à la même rodde. £n France, la ligne de terre et le lato de la squadra avaient également 18 pans, ce qui faisait la rodde beaucoup plus droite qu*en Italie ; quant aux roddes de proue , elles étaient tracées à peu près de la même manière.

C) Tout Tensemble des madiers, estemenaires ( matere, stamenali) et fqttrcafsy était appelé, en France, du nom général de courban, où nous

(Tracé de Ta nuiMra &//iim«:aRia d'une galère^ danoé pvCresi;«iitio. [L'édielle NT laquelle eeUe figure a été Ule est àmàAt de oeBe qni • «eiri k tiacer les flgoreedesdeni ruote eMetana-] — BC, piide la tquadra= palmi ll. — lïB, lalo de tatquadra=pal. 5 e 3/4. — E, loco délia centa, o cordant. — ED, aUeizadeteoHlimale= I e l/ipat. — HC (prie sur BC)=p(iI. iê l/i. — HG, Mxua = l/3^f. — BI,^arraffien((>=paJ. 3. — DC,ma(éra detineala.)

Od voit que, Jn bocha , c'est-à-dire, but le pont , la galère devait être large d'ua peu plus de 16 pieds. La galère de Crescentio avait donc presque 1 pied de plus en largeur que celle de Picherottî , moins large que celle de Barbo de 3 ponces et.l doigt. I^ galères décrites par le manuscrit de la M^Uabeocbiane avaient (voir Mémoire u° 5) 17 pieds ^ de lai^ur m bocca, ce qui les faisait plus larges de 19 pouces que celles dont Crescentio a donné le galbe.

Ces différences n'étonneront personne. La galère de Crescentio avait vingt-six bancsde rameurs, cellede Picheroni vingt-cinq seulement ; et quant ans galères dont nous trouvons les proportions dans les statuts de Cazarie, dans le manuscrit de la Magliabecchiane, dans le livre des Commemoriali , c'étaient des galères marchandes , dont le rapport de la laideur à la longueur devait différer de celui qui était gardé dans la construction des galères de guerre. Le rapport moyen, entre les galères marchandes qui nous ont occupé, est de 15 pieds 10 pouces de largeur, pour 1 1 5 pieds 6 pouces de longueur totale ; c'est-à-dire qu'elles avaient en loi^eur un peu plus de sept fois leur largeur. I^

retrouvons nos courbes et les ckorbe de Venise. La plus grande ouverture des côtes, c'est-ï-dire , la plus grande largeur de la galère d'Hobier, in bocca, était de 7 goues y environ, ou 16 pieds 10 pouces (p. 13). Ce cbtfire diffère très-peu de celui de Crescentio-

rapport moyen, entre les galères de Grescentio et dePicheroni, est de 15 pieds 4 pouces à 123 pieds 6 pouces.

Ce n est pas seulement la matera délia mezania que dessine Grescentio ; il enseigne (page 1 6) un moyen pratique pour déterminer la grandeur de toutes les courbes jusqu^aux quarantecinquièmes de Tavant et de Farrière. Il établit ensuite la latte maîtresse dont la longueur est de 21 palmes. Ges 21 palmes ou 15 pieds 9 pouces sont la plus grande largeur de la galère in bocha. Les détails dans lesquels il entre immédiatement tendent à faire connaître Félévation de la proue et de la poupe, ou tonture du bâtiment ; puis le placement de la ceinte et celui des matere del dente , a poppa et a proda {*). La « matera del dente » de la poupe est placée à 45 palmes de la rodde, celle de la proue à 27.

La division de Tintérieur de la galère en chambres est donnée par Grescentio, page 23 ; la voici : « Chambre du milieu qui , du mât ( delV albero ) jusqu'à Fendroit où ce mât s'abat , contient une ouverture de 1 5 palmes ( 1 1 pieds 3 pouces ) , ou canale delV albero. — Pagliolo » long de 22 palmes (16 pieds 6 pouces). — Compagna, ou dépense , 16 palmes ( 12 pieds). — ScandolarOy 12 palmes (9 pieds ). Le reste en arrière se donne à la chambre de poupe. De l'arbre en allant à la proue , est la chambre où sont rangées les voiles , qui a 1 8 palmes ( 1 3 pieds 6 pouces). — La chambre aux poudres (caméra délie polvere)^ 12 palmes (9 pieds). — La chambre aux cordages (délie gumene ; notre fosse aux liens , appelée par corruption fosse aux liom) , 1 1 palmes ( 8 pieds 3 pouces ). — La chambre du chirurgien (del barbiero, que, dans les galères françaises, où la plus grande partie des dénominations étaient empruntées à l'italien et à l'espagnol , on appelait le barbier , comme on appelait son

{*) Ces madiers étaient nommés en France, en Provence, du moins, madiers-radiers ; « Ils limitent, dit Hobier, ce qui s'appelle, en général, « quartiers ou anches de la goUairCy et, en particulier, intrade de proue n et kUssade de pouppe y qui sont les endroits où elle commence à s'estre- « cir. » Hobier fixe à 88 le nombre des costes , « 44 de chacun costé ; » il donne leur épaisseur , qui était d'environ 4 pouces en carré, et leur distribution le long de la carène, où elles étaient fixées à égale distance les unes des autres.

valet le barberot). — Le gavon (ilgavone : voir Mémoire n" 7) suit la chambre du chirurgien , et va jusqu'au remplissage de proue : « (Gli empitori di proda. — Sono gF empitori certi « legni , che empiscono quell' angolo di dentro alla rota di proda « per fare quella piîi forte. Pantero-Pantera. ) »

La coupe de la galère publiée par Passebon dans son œuvre , montre des dispositions intérieures à peu près semblables à celles que Crescentio a pris soin de détailler. Cependant, outre le gavon qui , aux galères dltalie , était tout à fait à Tavant , il y en avait un autre , à Textrémité opposée , dans les galères de France ; il était suivi de la chambre du conseil , de l'escandola , de la compagne, du payol, de la soute aux poudres, de la taverne , de la chambre des voiles , de la chambre de proue , de la chambre au coffre du médecin , enfin du tollar des malades f).

Crescentio , poursuivant la description de sa galère , dit que la largeur du ielaro est de 28 palmes (21 pieds). « Le telaro » , ajoute-t-il, « est l'espace compris entre les deux apostis, moins « la largeur des apostis eux-mêmes et celle de la coursie ; ce qui

{*) Dans le détail qu'il fait des chambres , Hobier dit qu'elles « se dé- « partent à la discrétion du capitaine , et diffèrent toutefois peu d'une « gallaire à austre de mesme grandeur ; » il en compte six se communiquant entre elles par-dessous, et ayant , en outre, chacune un porteau (petite porte ou écoutille) ouvert sur le pont. Le gavon recevait son jour de deux petites ouvertures rondes qui s'appelaient cantaneUes. C'était le nom italien. La chambre de poupe et le gavon réunis étaient longs de 9 goues (20 pieds 4 pouces) ; on y descendait par un porteau ouvert à côté du tabernacle. On descendait à l'escandola , où logeait l'ar* gousin avec les armes , par un porteau , au sixième banc de droite ; la compagne, chambre du majordome, avait son porteau au dixième banc de gauche; le paillo, où se tenait l'écrivain avec le pain et le biscuit, avait sa descente au douzième banc de droite; la cinquième chambre , nommée « miege ou mezanccy où se met le comité avec toutes les voiles, > avait son échelle au seizième banc à gauche, proche l'arbre. « La chambre « de proue , au bout de laquelle est aussi un gavon où se mettent le soubs- • comité et quelques autres , avec les cordages, médicaments , et autres « menues nécessitez de la gallaire , » avait son porteau au vingt-troisième banc à droite. Remarquons en passant le nom de toUar, donné par le chevalier de Passebon au petit hôpital de la galère; il venait du latin toierarcy souffrir. C'était là que souffraient les malades.

290 ARGHÉOLOOfE havale.

« fait par chaque bande , qu'on appelle ciglione ou tnanœlla , •I 14 palmes (10 pieds 6 pouces). »

(Je dois dire que le telaro était ainsi nommé de la tente, UlCf qui recouvrait toute la surface occupée par la chiourme. L'espace où s'élevaient les bancs de chaque côté , plus bas que la coursie et les apostis , avait en effet l'air d'un sillon (ciglwne)^ et avait pu prendre le nom de tnanoelta , l'emplacement des leviers à mains , ou rames ).

« La hauteur ou épaisseiff de l'apostis est d'un palme. »

Les apostis sont définis ainsi par Pantero-Pantera dans son Vocabolario nautico-: « Posticd sono legni che vanno da un capo « ail' altro délia galea sopra i quali si posano i remi. » Ces longues et fortes tringles de bois , «ur lesquelles étaient plantés les scalmes ou tolets , étaient portées par les baccalats , que Pantero-Pantera définit ainsi : « Baccalari^ sono i legni confie^ « cati «opra la coperta délia galea, che si porgono fuori sopra il « mare. » Pantei^ n'est pas moins exact que Grescentio qui , après avoir dit du baecalaro : « Nascono da' contovali di fuori » (pour les contovali j voir page 261 de ce Mémoire), dit, page 33: « vanno inehiodati sopra la coperta. » (Y. infrà : D, N, p. 297.)

« En arrière des bancs {per la poppa)^ on laisse, — ajoute Grescentio, — 1 5 palmes (1 1 pieds 3 pouces). » Nous avons vu , page 279, que Pkheroni donnait 12 pieds à la palmette de poupe (*).

(*) Ce qui est appelé palm^a par Picheroni était nommé coi par les charpentiers français. « Le col de la proue , dit Hobier, pag. 19, prend 4 c goues et 1 pan, et se forme d*un isocèle dont la base est d'environ 5 goues, « qui est la lai^ear du corps à Tendroict où se met le joug qui se ditde proue. » Picheroni ne laissait que 8 pieds à la palmette de proue dont la base était de 11 pieds à remplacement du joug; sa galère n'était que de vingt-cinq avirons. Hobier donnait 9 pieds 9 pouces de hauteur au triangle isocèle, oa col de proue de sa galère à vingt-six avirons, large au joug de proue de 11 pieds 3 pouces. Le col de poupe était long de 5 goues 2 pans (13 pieds 9 pouces), et avait pour base la largeur de la galère au joug de proue, c'està-dire, 3 goues 1/S (7 pieds 10 pouces 6 lignes). Quant au telaro dont parle Grescentio, voici ee qu'en dit Hobier : « Se voit que ces deux jougs qui « desbordent de côté et d'autre hors le corps, jusques à la valeur de 1 1 goues « en tout, qui est toute la largeur de l'œuvre morte, enferment 48 goues « de long; et tirant deux lignes droites des extrémités de l'un à l'autre, par « conséquent seront parallelles, se trouve une figure à peu près plane que

Dans le détail qu*il a donné des chambres de la galère , Cresoentio n*a parlé qae d'un màt ; il y en ayait ordinairement deux cependant , mais un seul allait s implanter sur la quille ; c^était Yalbero maestro , le seul dont en effet dût parler Crescentio en décrivant Tintérieur du navire , puisqu'il ne devait point rencontrer Fautre sous la couverte. Deux forts morceaux de bois rapprochés Tun de l'autre , cloués sur la couverte et appelés maimoni , servaient de point d'appui au trinquetto , le màt de l'avant , beaucoup plus court que le maestro. Les matmont ( en français du dix-septième siècle , mamelets , — voir le manuscrit n"" 662 , dépôt de la Marine ) étaient placés à 1 3 palmes 7 (12 pieds) de la rodde de proue. Quant à Farbre maître, on le plaçait au tiers de la longueur de la galère , à partir de la rodde de proue (page 25 de Crescentio , page 47 de Pantero- Pantera ). Lorsqu'on arborait un troisième màt, qui prenait le nom de màt de meze ( arbore délia mezanay Pant.-Pant. ), on le plaçait entre le maestro et la poupe. L'arbre-maitre avait 27 coudées ( 60 pieds 9 pouces — 19" 73"- ) de long. Son antenne , faite de deux pièces , liées ensemble par cet amarrage qu'on nomme aujourd'hui une rousture^ une liure, et qu'en italien on appelait alors inghinatura {*) , était longue comme la galère, moins 1 5 pieds qui étaient donnés à une espèce d'allonge appelée ipigone , qu'on liait à l'antenne {**). J'ai dit ailleurs les

noms des deux pièces principales de l'antenne : le carro , qui

n les mathématicieDS appellent parallélogramme dont le contour est de 538 « goues qui sont un peu plus de 74 canes ou toises carrées.» La plus grande largeur d'un apostis à Tautre était donc de 14 pieds 9 pouces. Si Ton retranche la largeur de la coursie, qui était de 2 pans ou 18 pouces près du tabernacle, et de 38 pouces près des rambates (Hobier, pag. 37), on aura pour les sillons : 33 pieds et quelques pouces, mesure, à très-peu de chose près, égale à celle que donne Crescentio.

{*) Notre vieux mot français engeigner n'était autre que Vinghinare: lier, des Italiens.

(**) Les voiles enverguées sur ces antennes étaient communément triangulaires ou ^ la latine. Tai cependant vu des représentations de galères où les voiles étaient carrées ; d'autres où le trinquet seul n'était pas triangulaire. Les galères peintes dans la bibliothèque de la cathédrale de Sienne, par Raphaël et Pinturicchio (Vie du pape Pie II; huit tableaux à frfsque), ont des voiles carrées, au nombre de trois, dont celle de proue

descendait à la proue ; la pmna , qui »e balançait an-dessus de la poupe ('). (Voir Mémoire n* 7).

Oe trinquet] est i peine le tiers de celle de poupe. Celle-ci est bissée i un mât qui a de l'inclinaigon à l'avant.

(Gitère pdnle pu Asphae) , duu la bibbotbèqse dn duomo de Sienne.)

L'inclinaison dont Je viens de parler n'est pas moins sensible aux mSti

de la galère peinte par Pietro Laurati. Cette galère a deux mSts : le plus

grand planté au premier tiers de la longueur du navire, à partirde la proue;

l'autre au premier tiers environ , i partir de la poupe.

(Galère |ieiiiCe par Pietro laDrali , artiste du q^aloniètne siècle, dans un tableau qui est aux ll^^i de Florence.) •

Sur quelle autorité ftaphaèl se fonda-t-ïl pour faire carrées les voiles de ses galères de Sienne P Je l'ignore; mais je ne puis croire qu'il ait, sans de bons renseignements , donné un pareil détail. Ce qui me confiime dans cette opinion , c'est que les voiles des petites galères qu'il dessina à peu près vers la mgme époque , et qui figurent dans la précieuse collection de dessins de l'Académie des beaui-arts , à Venise, où je ies ai copiées , sont triangulaires. - J'ai dit plus haut qu'il y avait des galères dont le trinquet élail carré , quand la maestra était triangulaire ; on en voit dix de cette espèce dans l'estampe publiée par Guillaume Jansson , représentant l'attaque contre l'illcluse, par l'escadre de Frédéric Spinola. Je citerai pins lard un texte qui confirme ce document gravé, qu'on peut voir au cabinet des estampes de la bibliothèque royale , vol. I c. — 6. (*) • Pour tes arbres, qui s'appellent mâU aux navires et bateaux

MÉMOIRE n" 4. 393

L'arrolMUi de Grescentio , les rembate de PaDtero-Ptmtera , randtatet en français, étaient, & la prone, deux élévatioDB égales, parallèles , jointes l'une à l'autre , et sur lesquelles , pendant la navigation, montaient les mariDiers pour le service du trinquet. Au moment du combat, les rambates, qui remplaçaient les tours des galères antiques, étaient le poste des soldats (*). L'artillerie

(Prooe et tambates d'une galère pdute par Dominfqtie Tfaitoret , dan* un UMeao r«|M^«eDUiit l'aisant dotmé k CooilaoliDople par Dandolo. Ce t^dean nt d«M la •aile do grand coDMil, anpalala des doges, h Venise.)'

1 c'est chose rare d'en voir plus ou motos de deux, sinon à celles de Tur-

■ quie, qui neportent ordinairement que le plus grand, qui s'appelle ar6re •> de maittre, qui a eDviron 3 pans de diamètre par le bas, et s'amenuise

• par proportion jusques en haut ; oultre lequel les chrestiens en ont un

■ autre qui se nomme le trinquet. Le premier, pour se dresser, descend

• le long de la canau, qui sert pour l'appuyer de costé et d'autre, et tombe

• sur une grasse pièce de bois qui s'appelle Veteatte, pos^ sur la cootre-

■ carène, vers le dix-septième hancq. » (La ctuMu est ce que nous avons TU Crescentio appeler canale deWarbero ; c'était en effet un conduit de bois ou espèce d'étui où s'implantait l'arbre dont le pied atiait s'introduire dans l'escasse). > Le trinquet, qui est bas de plus d'un quart, et mena

■ à proportion, se met au bout de la rambade joignant le biton de la bande

■ gauche , afin de laisser le canon de coursie libre (Hobier , pag. 35}. ■

• Celle de maistre [Ventent) avrc le jHçon qui se met au bout, est presque •< aussi longue que toute la gallaire ; et celle du trinquet h proportion . (p^. 86). .

(*) Hobier donne 6 pans environ de hauteur aux deux > raml>8des qui

• sont comme deux commandements , sur chacun desquels peut tenir qua>

■ torze ou quinze hommes, tant pour combattre avec advantage que pour in-

• vestir, c'est-à-dire, joindre les vaisseaiii ronds qui sont hauts (p.36). >

ARCHÉOLOGIE NAVALK.

était jdacée sous ces constructioas dans une espèce de petit rempart , appelé tamorUtto par Crescentio , et tamburetto ( le petit tambour) par Pantero. Le tambour dea rambates recevait aussi les ancres et les câbles ou gomënes ; il avait douze pieds de long oui peu près.

An.quinzième siècle , les galères u'avaieut pas encore de rambates. L'artiUerie était h découvert Le gros canon, celui qu'on appelait le coursier, était établi sur le plancher de la coursie, probablement sur des roues hautes et fortes , comme celles qu'on voit i an canon placé sur le pont supérieur et au milieu de la longueur d'un vaisseau à trois mdts , gravé d'après F. H. Breogel , vaisseau qui, pour le dire en passant, avait oeuf canons ou moyennes en retraite à la poupe ; quatre moyennes en retraite sur l'arrière du chAteau d'avant; seize canons ou moyennes coulevrines à l'étage supérieur , la seconde batterie ; et fauit canons à la première. Quatre fauconneaux étaient en batterie h l'arrière de la grande hune. Les quatre pièces , moyennes ou faucons , qui , sur les galères , accompagnaient la coursie , avaient pour point d'appui de fortes pièces de bois verticales &isaot l'office que les chandeliers font pour le service de nos espingoles modernes. Les figures de galères gravées par F. Hviis, dans une estampe représentant te Détroit de Messine (dëparte-

(DdtailtdepnHK(dBgilèraHiisr«nbites,d'aprèsF. Hviia.)

MEMOIAE «"* 4. 295

ment des estampes , bibl. royale , vol. i o — 6) , font eomialtre cette disposition.

Les galères du Virgile de la BicacdiemiB , pas plus que celles du tableau de Pietro Laurati , qui est aux Uffizi de Florence , a ont ces châteaux , dont les noms.: « rembata, arrobata (ttal^), arrumbada (esp.) » , me semblent venir de Titalieu rombare, qui signifie faire du bruit L'artillepe détonant sous les châteaux , devait , en effet , y faire un bruit assez grande

En dehors du joug de poupe , cette limite en arrière de Tespaoe occupé par les rameurs, Crescentio prescrit de laisser libres pour la spalla six palmes (4 pieds 6 pouces — 1"' 4fi^). Pantero définit la spalla : « Un espace {una piazza) compris « entre la poupe et les bancs des premiers rameurs de l'arrière, « allant de Tun à l'autre bord de la galère , où se trouvent les « petits escaliers par lesquels on monte sur le navire {*). »

Selon Fauteur de la Nautiea mediterranea , Téperon (sperone) devait avoir en longueur autant dé palmes que la galère avait de bancs , ou, mieux encore , deux palmes de moins qu'elle n'avait de bancs de rameurs^ Le manuscrit n? 662 de la Marine donne à l'éperon 1 8 pieds de long, 1 pied de lai^e, 8 ^ pouces d'épaisseur. Quant au nombre de lattes ou baux soutenant le pont sur lequel sont étabUs les bancs, voici comment Crescentio les répartit : « Du joug de proue jusqu'à la latte où se plante l'arbre mattre , 22 ; de cette latte à celle sur laquelle s'appuie le mât qjoand on le désarbore, 5, ayant une ouverture^ ou plutôt, brisées à leur milieu pour laisser un passage à l'arbre ; enfin , de la lata di desarborar jusqu'au joug de poupe 26 ; en tout 53 lattes. » Le manuscrit n® 662 porte « 64 lattes , ou baux. » La distance d'une latte à l'autre est de deux palmes et demi (près de deux pieds). L'écartement des bancs des rameurs étant de quatre pieds , cet intervaUe comprend trois lattes.

Je ne suivrai pas Crescentio dans te travail de son iv* chapitre , intitulé : « Corne si mettono in opéra le predette parti. » Si je voulais faire un modèle en relief d'une galère du seizième siècle , une partie de son précieux traité me serait du plus grand

(*) « Cette espale prend de la longueur environ 3 goués , » dit Hobier; ce qui fait Tespale de la galère française de moitié moins grande que celle de la galère romaine.

secours ; mais cette espèce de restitation qu'il appartiendrait de faire à ringénieur maritime , conservateur du Musée naval , — restitution que je voudrais voir exécuter, aussi bien que -celle d'une galéasse et celle d'un vaisseau rond {nave o galeone^ chap. IX de Greseentio), — n'est pas de mon ressort. Je laisse donc la Nautica mediterranea , et je passe à un document qui fera connaître ce qu'étaient , à la fin du dix-septième siècle, les galères françaises {*) . Une description d'une de ces galères se trouve dans les Mitnoires d'un protestant condamné aox galères de Fhmce en

C) La bibliothèque du dépôt de la Marine possède , sur les galères contemporaines de Louis XIV , des documents très-précieux. D^abord , un recueil de plans, coupes, élévations et détails d'une galère bâtarde. Ces dessins y comme dit le titre du volume, d'un très-grand format in-folio, reliés en un volume d'atlas, sont une histoire graphique de la galère, depuis le moment où, mise en chantier, elle n'existe encore que dans ses premiers membres, jusqu'à celui où, fatiguée d'une campagne, elle est abattue en carène et espalmée. Le texte n'a jamais été écrit à côté dps planches. Le nom du dessinateur de cet atlas manque au recueil ; à en juger par l'exécution des plans et des accessoires, comme Ggures, culsde-lampe , etc. , je crois qu'on doit attribuer cet ouvrage à Jean Jouve , de Marseille, dont la bibliothèque du roi (fonds des belles reliures, et cabinet des estampes) , compte deux volumes-atlas , où sont représentés tous les bâtiments de la Méditerranée. Un de ces volumes fort intéressants appartint, sa couverture en témoigne, au cabinet particulier de Louis XIV.

Outre ce recueil, la bibliothèque du dépôt a un volume in-folio beau^ coup moins grand que celui dont il vient d'être question ; c'est un manus^ crit avec dessins , intitulé : Démonstrations de toutes les pièces d'une galère. Ce volume est coté n^ 2961 , au catalogue des bibliothèques de la Marine. Le volume grand atlas intitulé : Desseins {sic) de galères, est coté n* 3963. Trois volumes manuscrits , intitulés : TYai^ de la construction des galères (n" 3960) ; Mémoire sur les manœuvres d'une galère (n» 3958) ; et Figures de la 1'* et 3' partie de la construction et du Mémoire des agrez d'une galère senzille (n'' 3959), sont, ensuite, parmi les documents inédits sur les galères que possède le dépôt. Ces différents ouvrages peuvent très-bien tenir lieu du grand traité manuscrit de Barras de la ¥enne, qui appartient à la bibliothèque du roi, et que la Marine n*a pu acquérir.

Si l'on avait besoin de quelques autres renseignements, on les trouverait dans le grand volume manuscrit deDortières, intitulé : Traité de marine (tom. 1*'), coté n« 663 du Catalogue général des bibliothèques de la Marine.

1 701 (2 vol. iu-8a) C). Je n'ni pas sous les jeai le texte , mais j'en tronve une traduction , page 1 7 de ropuscule de H. John Howel , intitulé : ^n estay en tht toar-galteys of the <mcimt$ , Edinbo^ and London, 1826.

(Moitié deU coape verticale d'une galère, i «a maltreue latte, d'après le dessin du tdI. monusc n" 39fll (dépAt de la Marine). — A\, appui de l'arbre malstre. appelé cAaIami(fe.--B, cognet d'escasu ponr fortiSer le tenon dn pied du ndt. — C, quille. — D, baocalas. — E, courbe pour fortifier la counie, ou counière, k l'endroit du grand mit. — F, banc. — G, pédagoe. — I, banquette. — H, coudelatte. — L.batBjoUe de fer plantée SOT i'apostis — K, batayolle de bois portant la Usae de pavesade. — H , cl^ de l'arbre de maistre. — K, aposiis. — O, ceinte, ou cordon. — OP,contaat. — P,traiiqiKrln. — Q,ra;s, racines (radinite.ita].) de coursier et sur coarsier. — RR., etcasses servant k airèler et à tenir le miekon, on pied de l'arbre de maistre. — S, conLr»qiiille.)

• Une galère a ordinairement 150 pieds de long et 50 de large (**). Cela s'entend du pont qui couvre le creui du navire.

C) Ces Mémoires sont de Jean Marteilb«, de Bergerac, mort à Cuihobourg, en 1777, à l'âge de quatre-vingt-quinze ans. L'ouvrage fut imprimé en 17â7 à Rotterdam. {Bartiier , Dictionnaire det anonyme»).

(") 50 est évidemment une faute ; c'est probablement 30 qu'il faut lire, d'après ce que J'ai dit, pag. 390, note ', delà largeur du telaroAvi galères, Uobîer et d'après Crescentio. Au dii-huitième siècle, quand les plus

Ce creux a, au milieu, sept pieds de profondeur {*) ; mais au flanc de la galère cette tiauteur n^est que de six pieds » (la différence entre ces deux hauteurs est ce que Crescentio appelle gozzone, pag. 22. Gozzone signifie renflement, gros goitre; c*est une figure pour exprimer layoûtede la couverte). « Par ceci on pourra comprendre que le pont s'élève environ d'un pied au milieu , et que les bords ayant de Tinclinaison facilitent l'écoulement de l'eau que la mer apporte continuellement sur la couverte. Le coursier est un long conduit en planches , fixé au milieu ou sur la partie la plus élevée du pont de la galère , courant d'un bout à l'autre , et faisant un chemin découvert dans le corps du navire, chemin dont la hauteur est celle du coursier Cette

description superficielle suffira sans doute pour faire entendre au lecteur que les esclaves et le reste de l'équipage devraient toujours avoir les pieds dans l'eau ; mais il en arrive autrement. A chaque banc est une traverse de bois , élevée d'un pied au-dessus du pont et servant de marchepied aux rameurs ; l'eau passe dessous. » (Ce marchepied s'appelait pédague (voir pag. précéd., lettre G). « Pour les soldats et matelots, à chaque côté du navire et le long du plat-bord , qu'on appelle la bande^ est un banc à peu près de la même hauteur que le coursier et de deux pieds de largeur. Les soldats ne s'y peuvent coucher, mais ils s'appuient chacun sur son sac dans une posture assez inconunode. Les officiers eux-mêmes ne sont guère plus commodément ; car les chambres dans le corps du navire sont essentiellement destinées aux provisions ou aux objets nécessaires au service naval de la galère.

grandes galères avaient 106 pieds de longaear , elles avaient de 33 à 35 pieds de large (voir Lescalicr) ; comment des galères de 150 pieds de long auraient-elles pu avoir 50 pieds de large? Uimprimeur hollandais du livre de Marteilhe se sera trompé, et M. John Howel aura oublié de faire remarquer la faute.

(*) La hauteur au milieu est d'environ une toise , dit Hobier , pag. 6. AUezza délia galea palmi 7 f (5 pieds 6 pouces), dit Crescentio. PatUai, aUopié 6 (Sesto de Picheroni). JUa in tnedio ad lenciam rectam^ 8 palmes \ (6 pieds 8 pouces), statuts de Gazarie, 1333. AUa in choverta piedi 8 meno deta 2 (manuscrit de la Magliabecchiane). AUa in coverta pié 7 deda 2. ^ Et AUa in coperta in medio pedibuê 7 et 2 (UgiUs (Commemoriaii cités par Marin).

HÉMOIRB n" 4. 299

■ L'intérieur du b&timeat est partagé eu &ix chambre». ■ (Nous apprenons par Duez qm les cloisons qui séparaient ces

chambres s'appelaient parasguardi (pare-regards) , mot trèsexpressif de la famille de partuol , paravent , parapet , paratonnerre, etc. , et d'une autre composition que le paratchuxula , dont il sera question dans le Mémoire n" 5).

• 1° Le gavoa , petite chambre k la poupe , seulement assez large pour recevoir le lit du capitaine.

■ 2° L'escandolat, où sont gardées et rangées les provisions du capitaine.

■ 3° La campagne > (corruption de compagne, qui vient de l'italien companatico (*), signifiant : provisions qu'on mange avec le pain , eon pane] , ■ où l'on enferme l'eau , la bière , les salaisons , etc.

■ 4° Le paillât • ( poillol ou payol , de : pagliolo , pailler , l'endroit où l'on enferme la paille , et , par extension , le magasin où l'on garde le grain , le pain , le biscuit , etc.) * réservé aux provisions de vivres secs.

• 5** La taverne. Cette chambre occupe le milieu de la galère. C'est là que le comité débite du vin. La taverne ouvre dans la chambre aux poudres , dont le canonnier garde la clef. Dans cette chambre aussi ( la taverne ) sont emm^:asinées les voiles et les tente».

■ 6° La chambre de proue , dans laquelle on enferme les cordages, et où est déposé le coffre du chirui^en. Pendant le \ajage , elle sert d'hôpital aux malades et aux blessés.

• La galère a cinquante bancs de rameurs , vingt-cinq de chaque bande. Le banc est long de dix pieds ; un des Jxnits est fixé dans le coursier , l'autre est engagé de l'épaisseur d'un demi-pied dans la muraille de la galère. Les bancs sont placés entre eux à la distance de quatre pieds (**) : ils sont couverts

(*> En véaitieD : companadego. Dam les Statvta veneta, in-4*, uns dat«, pag. 14, on lit : «Pro companadego eorum (Scudieriorumducis)

• expendantur ducati SOO, in aano. ■

(") ■ JoigoaDt et au Diveau de la couraie, sont les bancqi, et au-deasous

• \abmtqueite, puis ia pédague un peu plus haute, sur laquelle en voguant « demeure toujours le pied qui eit enchaîné, à sçavoir le gauche à la bande Adroicle,etledroîctà labande^ucbe. lly tinaatidechacuncostéettoi-

d'un sac bourré de laine, sur lequel est jetée une basane, qui descendant jusque sur la banquette ou marchepied , donne au banc Tair d'un coffre. Tous les esdaves sont enchainés , six par banc. Le long de la bande court un large listeau de bois de sapin d'environ un pied d'épaisseur, formant le plat-bord de la galère. On l'appelle l'apostis ; les rames y sont fixées. » ( Il est presque inutile de faire remarquer que l'a parasite placé devant po$ti$ n'est autre chose qu'une trace de l'artide italien la. Les constructeurs et marins d'Italie ont dit d'abord la posticda (la série des places ( poste ) pour les rames ) , puis par corruption ils ont dit aposticcio, que nous avons pris et francisé, comme nous avons fait de tant d'autres mots.)

« Les rames ont 50 pieds de long , et sont équilibrées sur la pièce de bois dont nous venons de parler , de telle sorte que les 1 3 pieds de la rame qui sont dans la galère pèsent autant que les 37 pieds qui vont à la mer {*). » (La partie intérieure de la

« gnez l'un de l'autre de 5 pans, réservé que de gauche le 8* sert defougon « qui est la cuisine, duquel néantmoins on peut voguer en cas de nécessité. « Par ce que j'ai remarqué ci-devant se peut voir qu'ils ontjusques au bord « de la couverte 10 pans et demy de long (7 pieds 10 pouces 6 lignes), et « de plus ont encores 2pans(l pied 6 pouces), et le dessous de l'arbalestiere « qui regarde dans la mer pour la commodité des forçats qui appellent cet « endroit le ramier. Ainsi, reste de toute la largeur de chacun costé 8 pans « (2 pieds 3 pouces) qui sont pour cette arbalestiere, ainsi nommée à cause « des arbalestes, dont on usoit anciennement, où se met partie de la sol* « datesque, avec mousquetaires... » Hgbieb, p. 28.

{*) L'ensemble des rames s'appelait en France , au seizième et au dix* septième siècle , la palamaîUej de la partie principale de la rame, la pala impale qui, de l'aviron, était ce que, à Venise, on nommait fuora, le dehors. La pale ou pelle était généralement deux fois longue comme le giron. « Les rames sont de 64 pans, » dit Hobier. Ce sont seulement 40 pieds 6 pouces, au lieu de 50 que leur donne Marteilhe. Les rames de la galère, dont les plans composent le volume-atlas du dépôt de la Marine sur lequel j'ai appelé l'attention dans une note précédente (pag. 296) , avaient 34 pieds 9 pouces, dont 23 pieds 9 pouces de pale et 11 de giron. « Elles « sont attachées par une grosse corde qui s'appelle astroq à une grosse che* « ville de bois qui se nomme ««corne. » Hobier, p. 23. Astroq, corruption de s(rope ou esirope, que le sirophus latin donna à Titalien et au français. Quant à escome qu'on trouve quelquefois écrit escaume et eschaumej il est ÛKnIe d'y reconnaître le scaïmus antique , notre tolet moderne , de l'anglais thoks. Ce qu'Hobler appelait giron au dix-septième siècle s'appela dans

rame appelée dans les galères de Franee gerum et manivelle^ était nommée eiron ou zi ron par les Vénitiens , eomme le montre le manuscrit de Picheroni. Ciron c'est giron ; et giron vient de gyrare , girer , virer , tourner. Le giron ne diffère pas de Y aviron ; et, nommer giron la partie du levier où s'applique la force, dont l'effet doit être de faire tourner le navire si une force égale ne soutient pas le navire de l'autre oMé , c'est agir très-logiquement. Picheroni donne 10 pieds au ciron des rames de la galia sotil ; Gresoentio veut que cette partie di dentro d'ogni remo soit de 1 4 palmes , ce qui est à peu près la longueur donnée par notre malheureux protestant de 1701 . La rame de Gresoentio n'a pas 50 {»eds, comme les rames des galères françaises de la fin du dix-septième siècle , mais seulement 45 palmes |).

(Rame de galère. — A, giroD, oa genou. — C, poignée pour le rameor appelé : vogne^iTant — DD, manettes.— E, garniture de la rame ao tolet, on scalme, appelée : galayeme, on galveme.— B, la rame, le/uora, qui se termine parla pale.)

« Gomme il serait impossible de manœuvrer les rames en y appliquant immédiatement les mains, à cause de leur grosseur, on y met des manettes de bois à l'aide desquelles elles sont maniées par les esclaves. »

Le galérien protestant, pour faire comprendre toute l'horreur de la situation à laquelle un arrêt fanatique avait réduit lui et un grand nombre de ses coreligionnaires, décrit en ces termes (je répète que je traduis unç traduction) le travail des rameurs des galères :

nos ports au dix-huitième : genou. (Voir Essai sur la marine des anciens par Deslandes, p. 88, — et le manuscrit de Barras de la Penne.) — Puisque Je viens d*écrire le mot scalmus, je dois dire que les Italiens en avaient Oeiit scabno. Ge mot signiflait quelquefois par métonymie la rame ou le banc du rameur; ainsi on lit, art. 3 des Privilèges du grand amiral de Sicile (1399) : « Item quod quaiibet galea, seu lignum, piraticam exer- « centia, prsfato admirato, seu ejtis locum tenenti , pro eo solveri tenean- « tur terenum (espèce de monnaie en or valant 20 grains) unum pro quolibet « scalmo (par chaque scalme, banc ou rame). »

= « Le comité, qui est le madtre de la chiourme (^), maître on plntM tyran bien redouté, à canse des mauvais traitements qu'il peut imposer aux misérables esclaves , se tient toujours débouta Farnëre , près du capitaine pour recevoir ses ordres. Deux souscomités sont , Fun au milieu , Tautre près de la proue. Chacun d eux , armé d*un fouet qu'il exerce sur le corps tout à foit nu des esdaves , est incessamment attentif aux ordres du comité.

« Lorsque le capitaine ordonne que Ton nage, le comité donne le signal avec un sifflet d'argent qu'il porte suspendu à son cou. Ce signal est répété par les sous-comites , et aussitôt les esclaves, qui promptement ont pris leurs rames , battent tous ensemble. La mesure est donnée si exactement qu'il semble que les cinquante rames n'en fassent qu'une. La vogue continue ainsi sans nouveaux commandements, jusqu'à ce qu'un autre signal du sifflet fesse suspendre subitement la manœuvre. La précision dans l'ensemble des rameurs est d'une nécessité absolue , car si une rame se levait ou tombait trop vite , les rameurs qui la manient iraient frapper le dos des rameurs placés devant eux , et recevraient eux-mêmes derrière la tète un coup de la rame des nageurs placés derrière eux.

« Le travail du galérien est passé en proverbe , et ce n'est pas sans raison , car il doit être considéré comme le plus fatigant qu'on puisse infliger à des malheureux. Imaginez six hommes enchaînés à un banc , nus comme s'ils venaient de naître , assis un pied sur la traverse » (pédague) « et l'autre levé et placé sur le banc qui est devant eux , tenant dans leurs mains une rame d'un poids énorme ; voyez-les allongeant leurs corps » (vers l'arrière de la galère), « et les bras étendus pour pousser la rame au-dessus du dos de ceux qui sont devan^ eux et qui prennent la même attitude. Leurs rames ainsi avancées , ils lèvent le bout qu'ils tiennent en main pour plonger le bout opposé dans la mer ; cela feit , ils se jettent eux-mêmes en arrière , et retombent sur leur siège qui ploie en les recevant.

« Aucun homme libre ne pourrait ramer ainsi une heure sans repos ; eh bien , il faut quelquefois que le galérien esclave prolonge son travail 10, 1 2 et même 20 heures sans le moindre re-

C) « £ comîtres ay, en toda galea qû sson como cabdillos (chefs). » T loi , titre xxiii , segunda partida, d'ALFORSO el ^abio.

HÉHOtnE N" 4.

lAdie. En ces occasions , le comité ou quelques-nns des autres mariniers mettent dans la bouche des pauvres rameurs un mor~ ceau de pain trempé dans du vin , pour prévenir la défaillance que pourrait causer l'excès de fatigue ou la faim ; alors le capitaine crie au comité de redoubler ses coups , et si un des esclaves tombe pAmé sur son aviron , ce qui arrive fréquemment , il est fouetté jusqu'à ce qn'U soit tenu pour mort , puis on le jette à la mer sans cérémonie. « =

D'aussi rigoureux traitements, infligés par des Français catholiques à des Français dont le seul crime était d'avoir sur la religion et peut-être aussi sur la politique des idées que la cour, l'Église et le roi condamnaient , sont de ces barbaries que notre époque tolérante a de la peine à comprendre. Ce régime de violrâces et de coups qui allaient quelquefois jusqu'à la mort, était celui auquel on condamnait non-seulement ses ennemis politiques et les dissidents en matière de religion , mais aussi les prisonniersde guerre , qu'ils fussent marchands ou corsaires. Turcs , Espagnols ou Italiens. Sans vouloir affaiblir l'effet d'une peinture dont la position personnelle de l'auteor pourrait faire excuser l'exagération, si en effet l'écrivain protestant s'était laissé entraîner par un ressentiment bien pardonnable , à outrer les couleurs horribles de son tableau , disons que l'intérêt des capitaines, comme celui des possesseurs d'habitations aux colonies, fut toujours de traiter avec quelque humanité les esclaves enchaînés aux bancs des galères. Le fiinatisme de certains hommes put se feire un jeu des douleurs et de la vie des calvinistes ; mais le fouet des comités ne fut pas toujours la dernière raison des officiers , qui sentaient bien qu'ils ne pouvaient rien pour la gloire du pavillon sans le secours de la cbiourme. Nous allons voir cette idée exprimée par un homme qui ne se piquait pas de philanthropie. Le capitaine Pantero-Pantera , dans son chapitre xiii , dtlla eiurtna, développant, avec toute l'autorité d'une expérience personneUe , ce que Crescentio avait pubUé en 1 607 sur cette matière (pages 95 et 96 de la JVautica mediler- Tonea ) , s'exprime ainsi (je traduis et j 'annote à mesure) :

• ... La cbiourme est composée de trois classes d'individus : forçats, escbves, bonevoglies , distingués par des signes particuliers auxquels on les peut reconnaître.

304 ARCHÉOLOGIE IVAYALE.

« Les forçats sont ceux qu'un tribunal criminel a à voguer sur les galères , pendant un certain temps ou pendant leur vie entière. On ne les laisse jamais sortir de la galère , on ne leur ôte jamais leur chaîne , jusqu'à ce qu'ils aient fini le temps de leur peine. Leur devoir est de ramer, de coudre les voiles , les tentes et lès habits de la chiourme , de faire enfin plusieurs autres choses dont il sera parlé plus bas. Parmi les forçats , ceux qui ont de courtes condamnations à subir ne rendent pas de bien bons services , mais ceux qui sont condamnés pour un long temps ou pour leur vie , réussissent très-bien , tant à la rame qu'aux autres travaux auxquels on les emploie ; aussi doit-on les prendre par la douceur et les bien traiter {devmo esser accarezzatti, et ben trattati)^ surtout dans le principe. La première année passée , ils sont accoutumés aux fatigues et incommodités de la galère , et ils vivent ensuite assez longtemps {durano pot assai) . Les forçats sont distingués du reste de la chiourme par ce signe : tête et barbe entièrement rasées, ils ont pour nourriture trois onces de biscuit par jour, de Teau pour boisson ; outre cela , de la soupe de deux jours l'un , quand ils sont à la mer, et tous les jours quand ils sont dans le port. La soupe est de trois onces de fèves, cuites avec un quart d'once d'huile par tête ; on ne la donne pas tous les jours à la mer, parce qu'elle alourdit la chiourme qui a besoin d'une grande agilité ; d'ailleurs , pendant la navigation , on ne peut aisément faire la cuisine à bord d'une galère. Les forçats ont la ration de viande et de vin quatre fois par an : à Noël, à Pâques , à la Pentecôte , et au carnaval. C'est la cour, c'est-à^ dire le trésor du prince qui les habille , comme nous le dirons tout à l'heure.

« Les esclaves sont les Turcs qu'on fait prisonniers ou qu'on achète ; il y en a de trois races : les Maures, les Turcs et les nègres.

« Les Maures sont les meilleurs, et les meilleurs d'entre ceux-ci sont ceux qu'on prend sur les f ustes, les br^ntins, les galiotes, les galères, ou tout autre navire de course. Habitués aux fatigues, aux privations et au maniement de la rame , ils sont d'excellents nageurs dans la galère ; mais étant par nature fiers , grossiers, portés à la trahison et à la sédition, il faut les surveiller beau-

MÉHOIBE 71" 4.

Cùup , car il n'eut par rare qu'ils comploteot lu mort dM capitaines.

• Les Turcs proprement dits ne sont ni si bons rameurs , ni si capables de supporter la fat%ue que les Maures. Les moeurs d'entre eux sont Aussi ceux qu'on prend à la mer sur des bâtiments à rames. Ceux qu'on prend à terre ou sur les vaisseaux ronds , marchands ou passagers , habitués à toutes les commodités de la vie, ne sont bons à rien. Ce sont d'ailleurs des hommes assee doux et dociles.

■ Les noirs > (que Grescentio appelle Horlaeekî) < sont la pire espèce d'esclaves. La plupart meurent de mélancolie. • (Crescentio ajoute : • e di ostmatùme, ■ Le mot est curieux ! )

■ Lesesclaves, outre le servicede la rame, sont chargés d'aller cherdier l'eau, le bois, et tout ce qui, de terre, doit être transporté à bord des galères -, ik aident aussi la maistrance dans ses travaux. • (La maettranza dont nous avons conservé le nom était composé ainsi : • il falegname {le faiseur d'ouvrages en boisi , che quasi dice taattroda$cia (maître de hache); calafatto{\ecallat) ; remorario ( ou remolario , appelé remolat sur les galères françaises; le faiseur de rames}; barilaro (le barillar); bombardieri due con altri tanti aiutanti. • Crescentio, p. 95).

■ Les esdaves se reconnaissent entre les autres gens de la chiourme par la touffe de cheveux qu'ils portent au sommet de la tète, d'aillcurs'entièremeut rasée. Ils sont vêtus et nourris comme les forçats.

X Les bonevoglies • (hommes de bouue volonté , galériens volontaires), 'Sont ou des forçats qui, après avoir fini leur temps, restent encore à la chaîne, quand ib n'ont pu payer à l'État les amendes auxquelles ils avaient été condamnés , amendes qu'ils acquittent par un certain temps de galère ; ou des v^abonds aventuriers, qui vendent leur liberté pour vivre, ou afin d'avoir de l'aident pour le jeu qu'ils aiment. Les plus nombreux et les meilleurs sont Espagnols et Napolitains. Les bonevoglies, outre qu'ils fout un bon service, portent encore bénéfice à la chiounne en répandant dans la galère l'argent de la solde qu'ils reçoivent. A terre , ils partagent le service des esclaves. Quand vient le combat, on les déferre quelquefois, on les arme et on les fait combattre. Ou a souvent tiré à l'occasion de grands services de I. su

30G ARCHEOLOGIE NAVALE.

cette espèce dliommes. G^est pour cela qae les capitaines cherchent à avoir le plus qu ils peuvent de bonevoglies , et qu'ils les traitent bien pour les retenir. On les déferre le jour et on les laisse ^er dans la galère avec une seule manille ou jambette au pied {maniglio o gambetto). Mais on ne les laisse descendre du navire que sous bonne garde, et le soir on les remet à la chaîne. Les bonevoglies sont distingués des autres galériens par la moustache qu'ils portent entière ; du reste ils sont rasés.

« Deux bonevoglies ou deux esclaves servent de valets» {mozzij mousses) «àrargousin.» {Âguzino^t Vimtero^Agazino dit Crescentio. L'argousin ou alguazil était le gardien de la chiourme. — « Il doit être sévère, dit Fauteur de VArmaia navale y p. 124 , mais désintéressé. Car la rapacité des méchants argousins est cause de la fuite de beaucoup de galériens qui se sauvent , ne pouvant acheter à prix d'argent la douceur de ces hommes qui, dans Tespéranœ d'un gain odieux , les battent , les accablent de besogne , leur font mettre sans raison des contre^haines , et les châtient horriblement pendant leurs travaux.-^L'argousin était l'officier de police sur la galère ; il faisait des rondes , veillait au ferrement des galériens, s'assurait que les gardes de nuit étaient bien faites par les matelots, faisait allumer les lanternes et fanaux quand la cloche sonnait l'^lDe Maria^ renouvelait les approvisionnements de bois et d'eau , exécutait les sentences criminelles , etc. Sa place était sui* le banc du seandolar, dans lequel étaient enfermés tous les fers de rechange. Il avait deux rations par jour, et trois écus de paye par mois. Chaque escadre avait un ai^ousin major ou royal , qui avait autorité sur tous les argousins des galères. L'ai^usin royal comme signe de son commandement portait une canne. Il avait de gros émoluments et des profits [regalie]).

« Les mousses de l'argousin ferrent et d^errent la chiourme. Ils ont une ration de matelot par jour , et deux écus de solde par mois, mais non pas dans toutes les escadres.

« Pour que la chiourme des galères, hors cependant les mousses de poupe , présente un plus beau coup d'œU , on a l'habitude de la vêtir d une manière uniforme , et à la même époque. Quant aux bonevoglies , ils économisent sur leur solde pour se vêtir comme le reste des galériens. On donne à chaque homme

deux chemises , deux paires de caleçons de toile , une camisole de dnip rouge ou d'une autre couleur — on a soio que sur nue galère la cooleor de ces camisoles ne varie pas > (c^te veste descend jusqu'au genoul, «un bonnet (fr«rrefmo) rouge, et un caban fpaMano) ou capote de gros drap bnm descendant jusqu'aux pieds (*). L'hiyer, on leur donne une paire de caleçons

(*) • De deux en deux aat , un capot de gros drap , entre gris et mi- ■ nime, qui leur descend jusqu'aux talons, et au-desius un capuchon • pour se couvrir entièrement (Hobier, pag. Sa). >— L'Ordonnance du 1& mars 1548, rendue par Henri II, porte ce qui suit, relativement à la chiourme des galères : ■ Seront tenus lesdicts capitaines d'entretenir en tout temps > (c'est-à-dire, dans le port comme i la mer), • sur chacune desdites galleres le nomhre de IfiO forçats > (ce qui faisait six bommes par rame, dans le* galères à vingt-cinq avirons), • lesquels seront entretenus, vestus et nourris ainsi qu'il s'ensuit : A s^uoir chacun un caban d'erhage > (,caban , veste ou robe à capuchon , dont on se servait depuis bien longtemps dans la marine , comme on le voit par les sceaux de Dam et de Dunvich [iWO). — Erbage , étoffe de laine, grossière et de

(Sceandela ville de Dam.)

couleur brune. Le mot propre serait m-baie. (Voir du Gange, aux mots arbatus et arbtuetu). L'orthographe herbage, admise par les auteurs du dix-septième siècle , est donc très-vicieuse), > une camisole de drap , deux chemises et deux paires de chausses de tiraille , des chausses d'erbage et un bonnet : le tout, neuf chacun an , et des soùilliers de cuyr à ceux

30S ARCHÉOLOGIE IIAVALE.

étroits du même drap que la capote (arbaseio). Quand les galériens Yont travailler à terre , on doit leur donner des souliers et des chaussettes. Par banc , on donne an moins deux couvertures {schiavine , esdavones) pendant la saison du froid.

« Des trois classes de galériens on choisit sur chaque galère deux hommes grands de taille y bien portants , robustes et meilleurs rameurs que tous les autres ; ils se placent au J)anc de Tarrière le plus rapproché de la spalla » (voir plus haut, page 295), « et sont à cause de cela appelés espaliers (spalliert). Le meilleur des^xleux s*asseoit au côté droit, Fautre à la bande gaudie ; ils règlent le mouvement de la vogue , chose importante pour la marche de la galère. Aussi les capitaines ont-ils soin des espaliers et les favorisent-ils d'une ration de bonevoglie. Les autres galériens qui servent au banc de l'espale font le service de la poupe , c'est-à-dire , qu'ils hissent ou amènent le mezanino , cette corde qui soutient la tente » (et qui , placée au milieu de sa longueur, où elle s'attachait avec des pattes d^araignée^ s'appelait pour cela mezanino) » quand on fait ou abat la tente ; ils baient et mollissent les câbles de poste (capi) ou les gomènes avec lesquels on amarre la galère ; ils mettent sur ces c^les les paillets lardés » {manteletti, petits manteaux, faits d'un tissu de cordages et garnis de houpes d'un vieux filain détordu) «dont on a coutume de les couvrir ; ils tiennent le suif toujours couvert et baigné d'eau , afin qu'au moment où l'on veut s'en servir pour respaknage , il soit frais et non détérioré par le soleil ; ils balayent et nettoient les espales, les échelles et le tabernacle » {tabemacolo , lieu un peu plus élevé que la coursie , à la poupe, où le capitaine avait un siège sous un tentelet d'étoffe. En France, on l'appelait le carrosse; à Venise, ziare (voir Ba!f, page li\ deRe navali). « Ils sonnent Y Ave Maria le matin et le soir ; et quand il meurt quelqu'un à bord , ce sont eux qui le

que Too voudra faire travailler en (à) terre. Item. Lesdits forçats seront nourris de biscuit ordinairement , tant qu'il en sera besoin et nécessaire , et auront du potage 3 fois la sepmaine, de febues , ris et autres légumes : et à ceux qui traaailleront en terre sera donné durant ledit trauail un quarteron de vin par iour : et aux malades sera baillé cbair et autres choses qui seront ordonnées par le barbier. • (Fontanon , t. iv , pag. 66&).

MÉHOIRE N" 4. 300

portent en terre. Praidaut la manœuvre à la voile, ils sont chai^ de l'ëcoute et de l'orse de poupe.

" Od choisit encore dans la chiourme deux autres hommes pour le demiar banc de la prone qui se nomme la conille. ■ (Co- 'fàglia, eondettadaleonigtio(lela:p.n)animaievile, perehevin " mettono i più tili , et i jnù <I«6oIt galkoti. On va voir que cette définition donnée par Pantero-Pantera s'accorde assez mal avec ce qu'il dit des conilliers. Je crois , quant k moi , sauf ce que mon opinion doit de déféreooe k eelle du capitaïue de la Sainte- Lucie , je crois que coniglia vient de conio et non de eonigtio. Ce banc était en effet la base de la proue qui avait à peu près la figure d'un coin (au temps d'Hobier on appelait ce coin ou triangle : /'ùoceUe), et qui , dans le oonabat , munie de soldats v^oureux , tête de l'attaque , s'élargissant de l'éperon aux rambalea , avait les conditions du eun«u« de la tactique des anciens) .

■ les conilliers donnent le mouvement de scie à la v(^;ue — - dotmo la iia atV attra ciurma. ■

( La vt^ue était le mouvement donné de l'arrière à l'avant par les avirons ; la scie était le mouvement de l'avant à l'arrière pour faire reculer le bâtiment. Siare , dit Pantero , dans son vocabulaire , i vogare tn piedi voUando la facda a prora, manâado la poppa tnotut. A Venise , quand on voulait faire virer de bord les galères et autres navires à rames , on conunandait : $ia-toga ! sur les galères dU' fepe-: sia leom (*) ! La France avait adopté

{*) Il n'est pas bbhi utilité de rapporter ici les priocipaui commande' ments quisefBi&aieotdaiislamaDceun«desbStiiiieiits&rainei;ces t«nnes se rencontrent fréquemment dans les histoires, relationi et mémoires qui ont trait aux choses des anciennes marines.

Acanti! et cala retH»! étaient également employés par les comités ^ur ordonner aux galériens de nager. Avant! avant partout! nous est resté. Plonge la rame {cala remo) ! n'a point été adopté par les marins français ; ce commandement était trop long. Les comités ne se servaient du cala remo et de VavaiUl que pour la vogue ordinaire ; quuid ils voulaient obtenir une nage plus vigoureuse , accélérant davantage la marche de ia galère , ils commandaient ;

Arranca! arranque! ou encore : eatque en proue! c'est-^ire : • en vous rasseyant , portez la tête en arrière , ou vers la proue de l'a galère. >

Zia ou (ia, et lia^corre, ont été expliqués plus haut.

Dritto! quand les rameurs de droite doivent nager seuls. Nous disons

le commandement de Venise : scie-vogue ! Le terme sde a été conservé pour la manœuvre des embarcations).

« Ils ont la charge des fers ou ancres {ferri o ancaré) quand on les mouille ou qu'on les lève ; ils doivent mettre et ôter les bosses {bozze) aux c&bles et les paillets lardés. Quand on fait la tente ou qu'on l'abat , ils manœuvrent le mèzanino ; ils pèsent sur le giunco du trinquet, ou l'affalent, suivant qu'on veut hisser ou amener cette antenne » {giunco del trinquetto, drisse de l'antenne du trinquet, voir Mémoire n^ 7) ; « ils changent Torse d'a-

dans ce cas : tribord! avant tribord! tribord tout! on disait : vogue , dextre !

Sinistro! senestre! quand les rameurs de gauche voguaient seuls. Maintenaot, en France : bâbord! avant-babord ! etc.

Palpa ! Cétait un commandement auquel les rameurs obéissaient en trempant le bout de leurs avirons dans la mer , pour modérer l'aire du bâtiment, pour le refréner , comme disait Crescentio , d'accord en cela avec les poètes français du douzième siècle. (Voir Mémoire n« 3, pag. 176, 195). C/t palpa, qui voulait dire : touche doucement, flatte, caresse, et qui ne manquait ni de grâce ni de précision, n'a pas d'équivalent expressif dans la marine française actuelle; au dix-septième siècle, on commandait : flatte ! aujourd'hui on dit : scie !

Leva remo ! est exactement notre : lève rame! que l'on crie lorsqu'on veut interrompre la nage, les avirons restant en position pour la reprendre bientôt.

jécconiglia! se commandait quand on voulait faire rentrer les avirons de manière à ce que , appuyés sur les apostis , ils fussent en travers dans la galère. Cette opération, que faisait la chiourme tout entière, dans certaines circonstances , outre qu'elle était désignée par le verbe accorUgliaref était dite encore : tessere et intrecciare i rend (Pantero- Pantera). Ces mots : tessere, tisser, et intrecciare , tresser, peignaient à merveille le péle-méle de ses rames , rentrées sans trop d'ordre , le giron en bas , la pale en haut. Quand on rentrait les avirons pour ne pas voguer pendant un certain temps , si l'on était sous voile, par exemple, avec un vent frais (pento gagHardo)^ on les attacbait au bas de la coursie en les alignant, et chacun bien parallèle à son banc. Pour obtenir œ résultat, le comité commandait : qfforneUaî

Quand les nageurs , la main dans les manettes , le pied sur le banc , attendaient que le comité leur donnât l'ordre de nager , de faire ce qu'on nommait Id^palata, ils tenaient leurs rames horizontales, parallèles à leurs bancs, et ils avaient obéi d'abord au commandement : palamenlo inguala ! égalise le palament ! Nous disons aujourd'hui : aligne les avirons !

vaot du trinquet , toutes choses qui exigent des hommes longtenips exercés aux travaux des galères.

■ Quand il arrive qu'un ordre doit être transmis de la poupe ( ptusi parota dalla poppa) , l'espalier de la bande droite le reçoit et le transmet de vt^e-avant en vt^e-avant jusqu'au conillier de son côté, qui le passe au couillier de gauche, lequel le fait redescendre la galère jusqu'à re^)alier de la bande gauche.

• Tous les rameurs qui sont assis près de la conrsie et ma-

liza! hisse! appliqué à l'aotenne et à tout ce qui était monté par un palan , uo cartahu , etc.

Âmakiat amène '. descends l'antenne! etc.

Arbora! se commandait quand on voulait faire dresser les supports des tentes.

Mola ! ou canama ! Ce que nous disons : mollis ! en douceur ! Mola davatUi ! se disait quand on voulait faire filer un peu Torse d'avant ; au contraire , quand on voulait faire haler cet orse pour porter le carro de l'antenne en arriére et apiquer cette antenna, on commandait : carica! charge! pèse dessus!

Catta! se criait qnand on balait sur les écoutes pour border une voile )e plus plat possible. Le cri i casse! est encore usité dans ce cas , et dans quelques autres occasions où il faut faire un grand effort sur un cordage.

.^ifuanto-'c'est le «top .'des Anglais, notre : tiens bon! commandement qui se bit quand ou veut arrêter un mouvement commencé , faire tourner une manceuvre sur laquelle on balait, etc.

forufo.' donne fond.' jette le fer au fond! ce que nous disons : mouiUe< L'ancre de la galère, appelée /nro par les Italiens, était nommée rUton en France. Le rUstm ou bérissoa [ainsi dit de ses quatre pointes), était un grand grappin h quatre branches. Les marins français de la Méditerranée avaient emprunté aux Italiens leur fotido, et ils disaient la fonde ou la/oiUe, pour désigner l'état du navire h l'ancre. Dana le recueil des dessins de Jean Jouve qui est à la bîbliotbèque du roi , on voit une tartane à la fonde. S'affonder était le terme dont on usait à Marseille et à Toulon , comme sur toutes les côtes d'Italie on disait : afforuiarti.

Tfmoafiloda rola.' timon à fil de rodde! c'était le commandement que l'on faisait au timonier pour le faire gouverner droit , le gouvernail dans le plan de la rodde , de l'étrave.

Orta alla bandai orse tout à la bande! c'est-à-dire, la barre toule dessous , ou loffe !

yoQua tieme .' vogue terne ! ou ensemble les rames ! {Semé , corruption de Vintieme italien , intlmul latin. ]

nient la poignée de la rame sont appelés vogue-avant » {voga" vanti^ vogue les premiers); « il faut qu'ils soient les meilleurs rameurs do la galère , parce qu'ils dirigent l'aviron et endurent la plus grande fatigue. Ils commandent à tous les rameurs de leurs bancs pour le service du navire. Ce sont ces yogavanti que les Grecs appelaient tranites. » (Cette opinion a été partagée par quelques-uns des auteurs qui ont écrit sur les navires de Fantiquité ; ils ont placé dans les galères les tranites à la poignée de la rame, les zugites au milieu , et les thalamites le plus près du scalme. M. John Howell , dont j'ai mentionné plus haut l'Essai sur les galères de guerre des anciens , trouve très-satisfaisante cette interprétation d'une des plus grandes difficultés qui aient partagé les savants commentateurs de Thucydide , Athénée, Plutarque, Yégèce, etc. Je me rangerais volontiers à une opinion qui a l'avantage de paraître raisonnable, si je ne savais, — et l'empereur Léon est mon garant, — qu'il y avait des galères à deux rangs, de rames superposées , ce qui me rend fort circonspect au chapitre des grands bâtiments à rames de l'antiquité).

« Le rameur assis à côté du vogue-avant s'appelle posticcio , l'autre terzarolo » ( le troisième ) , « l'autre quartarolo » (quatrième), « et aijQsi de suite, selon l'ordre de la place qu'ils occupent pour le maniement de la rame. » ( En France, on disait vogue-avant, postis, tercerot, quarterot, quinterot, etc.)

« n est encore deux endroits où il faut placer les meilleurs vogue-avant: le banc du fougon » {focone , la cuisine) « et celai des trompettes. Ce sont eux en effet qu| donnent la vogue quand on va avec le quartier du milieu. » {Quandosi camina à quartiero alla mezania. — La galère n'allait pas toujours avec le complet de sa chiourme. Dans les cas pressés , dans les manœuvres qui précédaient le cpmbat , pendant le combat même , tous les avirons nageaient ensemble; mais d'ordinaire les galériens ramaient seulement par tiers. La galère, partagée dans la longueur de son jeu de rames en trois parties ou quartiers , était alternativement nagée par le quartier de poupe , par le quartier de la mezania , par le quartier de proue. Les espaliers conduisaient la nage du premier quartier. — Crescentio fait remarquer que c'i'st abusivement qu'on appela quarlierç ce qui aurait dû être

HÉMOIKE N" 4. 3i:t

Dommé terzo. — Les vogue-avant du banc des trompettes et du fougon conduisaieDt la vogue du tiers du milieu ; les vogne-avaut du banc de l'arbre-maistre celle du quartier de proue. Si la chiourme avait dû ramer sans cesse, les hommes n'auraient pu résister à la continuité de la fatigue. Quelquefois deux des tiers voguaient ensemble et le troisième levait les rames (*). L'équipage étmt partie autrement que la diiourme pour son service de nuit (la gardta, le guet) ; on établissait quatre quarts : premier, second, troisième, et quart de diane, qui durait jusqu'au jour. (Crescentio , p. 95).

■ Les trompettes sont pris dans la chiourme ; ordinaironent, ils sont au nombre de huit ; on leur donne , outre la ration conunune, une demi-ration de bonevoglîe, et, à cette condition, ils sonnent volontiers. Comme une bonne musique de trompettes fait beaucoup d'honneur à la galère, récrée l'équipage et le porte à la gaieté , que les instrumentistes soient esclaves ou boaevt^es, les capitaines doivent les avantager et les dispenser des travaux à terre , quand leur concours n'; est pas absolument nécessaire.

' L'faonune qui a soin de l'esquif, le nettoie, en est le patron, est aussi pris dans la chiourme. C'est un esclave; on

(*) Cette division est trët-nstorelle, si dods en devons croire Pantero- Pantera. Je ne saia si, en Espagne, un autre ordre de Ueri avait été adopté; mais, p. IMdti S* vol. des Mémorial bistoricas de Capmany, on lit : • Bogar por terceroUt , isto es , de cada très remoi uno : como se ha 'praticadosienipreen las galerasroodernas para <^edescans«i dos tercios

■ de la cbusma , que se vanremudandoeneatafaena, quandono anda e)

■ boque en diligeneia o al alcance de enemrgos. > Cette manière de voguer par tiers, c'est-à-dire avec une rame sur trois seulement, de telle sorte que, de chaque bande, les rames 1,4,7, 10, 13, 16, 19, 33 et 25, ou bien les rames 3, 5, 8, 11, I4, 17, 30 et 33, ou enfin les rames 3,6, 9, 13, 15, 18, 31 et 34 nageassent à la fois, deui des râles se reposant pendant que le troisième agissait , n'a rien qui répugne à la raison ; toutefois, je dois dire que je ne la trouve mentionnée que par Capmany. Je dois ajouter que l'autre mode de quartier devait paraître préférable , car il laissait toujours un ou deux tiers de la longueur de la galère libre, ou pour les exercices, ou pour le nettoyage, et donosit à la surveillance des comités sur les rameurs une plus grande facilité, en la restreignant a des groupes, au lieu de la disséminer sur toute la longueur du navire, de quatre en quatre pieds.

l'appelle le Portunato ; il a la ration des espaliers. Les Uverniers appartiennent également à la chioorme. Les tavernes sont utiles aux servants qui font quelque gain en aidant celui qui a la charge de la taverne , et commodes aux pauvres passagers qui peuvent y acheter les vivres en détail....

« Il 7 a beaucoup d'hommes de la chiourme qui travaillent à fedre des chaussettes , des chemises , des dés , des cure-dents et autres choses semblables qu'ils peuvent vendre. Ces bénéfices, ils les emploient à se procurer des vivres en sup^ément an biscuit et à l'eau , leur seule ration, qui ne saurait suffire à soutenir des corps que tant de fatigues accablent.

« La chiourme remplit différents offices quand on est sous voile ; ainsi , les hommes du second banc de poupe sont chargés de filer ou de haler les drisses {veîte. Voir Mémoire n^ 3, au mot betaà) ; ceux du quatrième banc ont la charge des ostes qu'ils tournent, déroulent, et cueUlent suivant les besoins de la manœuvre. Ceux du neuvième banc sont chai^ de hisser ou d'amener la camara (Voir Mémoire n^ 7, sur les vaisseaux ronds de saint Louis) ; ils veillent aussi au cordino de la voile. » (Le cordino était une corde attachée à la partie de la voile enverguée à la penne de l'antenne , partie la plus longue et qui s'appelait le filo). EUe servait à rentrer la toile dans la galère, quand on amenait l'antenne).

« Les hommes des dixième et onadème bancs de la bande gauche (bâbord) , manœuvrent les barbettes de l'esquif , quand on l'embarque dans la galère. » (Les barbettes étaient des cordes attachées à l'avant et à l'arrière de l'esquif, à laide desquelles on tirait dans l'intérieur de la galère l'embarcation hissée à k hauteur des chevalets sur lesquels on l'asseyait. Ces chevalets, ou , conune oh dit aujourd'hui , ces chantiers , étaient ajustés par les galériens des dixième et onzième bancs de droite).

« Ceux du treizième au dix-neuvième banc sont chargés des manœuvres et cordages de l'arbre-maltre ; ceux du seizième ont lesanchis» (voir Mémoire n® 5, au mot : anco)\ «ceux du dix-neuvième manœuvrent l'écoute du trinquet. Ceux du quartier de proue, jusqu'au fougon, manœuvrent le palan du canon de proue, et lient la penne du trinquet avec ses jonckis (rabans de ferlage. Voir Mémoire n^ 7). Aux hommes du quatrième banc de lavant

HÉMOIHE N° 4. 315

appartient la manœuvre des ostes du trinquet; k ceux du duquième est laissée la tnaiMEnvre des bras de la même afiteone. Ceux du deuxième banc ont la charge de l'orse d'avant de la maîtresse antenne, et de l'orse de («change <> (orsa d'avanti delta maestro et orsa novtlla cfte m tiene di ritpetlo in etuo du $i $trapatie l'orza d'avanti).

■ Les valets du capitaine, mousses de poupe, sont pris dans la cMouime et dans la classe des esclaves. Le servant du scandolar est toujours un forçat ; il est le gardien des effets et armes du capitaine et des passagers.

• L'écrivain (terivanello) , qui sert an patron , doit tenir le compte de tout ce qui entre dans la galère et de tout ce qui a'y dépense ; il fait les listes des hommes de l'équipage , celles des rations (eartelle), le détail des marchandises embarquées et de leur prix ; il note les noms des marchands à qui ces objets appartiennent. Ce scrivanello » (petit écrivain , terme de mépris donné au galérien, à la di^érence de tcrtvano , qui désignait le commissaire du vaisseau et de la galère, homme libre et de considération), < ce scrivanello est toujours un forçat.

■ Le mousse de la compagne, qui est aussi un forçat , s'appelle scako • (maître d'hôtel , maître valet). • C'est lui qui distribue aux hommes de l'équipage les rations en vin , buile , vinaigre , et le biscuit que d'abord lui a donné le paglioliro ou le Merictmello. Il a la garde de tous les vivres qui entrent dans la galère.

■ Le servant (mozzo) de la chambre du milieu est également pris parmi les forçats ; il est chargé de soigner, garder et ranger tous les effets du comité , des autres officiers, mariniers et passagers. Il sort et rentre les voiles qui se ferment dans ladite chambre. Le servant de la chambre de proue a soin des effets du sous-comite et des autres gens de mer, des câbles et cordages qui servent à amarrer (armeggiar) la galère. Tout ce qui entre dans cette chambre, comme paniers, cabas (o>/f«(*). Mémoire n* 7), menus cordages > (mogeelli : lignes , bitord , fil de caret) , - petit iilain » Çsagorey irinelU), ' lui est consigné.

(*) Les cifff'ai des houillères de nos déparlemeiits du Nord , les co^ffes de la Proveuce.

« Le valet da chirurgien , appelé barbierotto » ( le barberot , en français) , « est ordinairement un bonevoglie ou un esclave. Il a besoin d'aller souvent à terre pour chercher ce qui est nécessaire aux malades. Il est tout au service des malades, des blessés , et du chirurgien.

« Les coqs de Féquipage et les cuisiniers des capitaine et officiers j sont aussi gens de la chiourme ; ils restent à leurs bancs , qui sont des deux côtés du fougon. » -r-

A ces longs détails sur la composition et la distribution de la chiourme , Pantero-Pantera ajoute des considérations d'une certaine étendue sur le nombre des rameurs qu'il convient de mettre à bord de chaque espèce de bâtiments à rames , suivant la mission qu'ils ont à remplir. Ces considérations sont la matière du chapitre xv de ÏArmata navale ; je vais les analyser , parce qu'une traduction littérale de ce morceau occuperait une trop grande place dans ce Mémoire qui, pour être complet, doit traiter encore de bien des choses. Notre auteur divise en trois espèces les entreprises auxquelles les navires à rames peuvent être employés : 1^ le transport d'une armée de siège ou d'occupation ; 2® l'attaque sur un point du territoire ennemi, Tarmement en course , ou les iacursiops pour enlever des hommes , piller et saccager le pays; 3^ le combat^

Pour la première de ces missions , le capitaine de la Sainte- Lucie ^time que les galères doivent recevoir seulement trois hommes par rame , parce que ces bâtiments , n'ayant point à chercher et à poursuivre des escadres , n'ont pas besoin d'une rapidité de course et d'évolution que d'autres missions peuvent rendre nécessaire ; et que , quant au combat , s'il doit venir les surprendre, le nombre considérable de troupes embarquées leur donne des chances de victoire assez grandes pour que la force de la chiourme soit comptée pour rien. A ce sujet , il cite les escadres de galères que Philippe II entretenait dans la Médir terranée pour transporter , d'un point à l'autre de ses. États , les troupes qui devaient garder les forteresses et les mettre en communication entre elles : « Chacune des galères de ces divir sions , tant celles qui avaient été armées et entretenues par le roi Catholique, que ceQes données par S. M. à des armateurs génois m assiento » (en société pour Tentretien), « avaient cent

' soixante-quatre rameurs, à trois par rame, compris les mousses de poupe et les servants des différentes chambres des galères. »

Dans le second cas, lorsqu'il s'agit de faire la course, d'aller surprendre un lieu pour s'en emparer ou pour le ravager, Panlero-Pantera veut que les galères reçoivent une chiourme plus considérable , ces expéditions devant être faites à l'improviste , et plutôt avec un petit nombre de navires rapides qu'avec un grand nombre de bAtimenls lents et lourds. • Que les galères subtiles («ilinaires, de 25 ou 26 bancs , si leur cblounne est bien composée, aient alors cinq hommes par rame de farrière à l'avant ; mais ce sera trop peu de ce nombre si la chiourme est neuve en tout ou en grande partie , et il aéra bon d'embarquer des galériens pour remplacer ceux que le manque d'habitude et les fat^es de la rame auraient bientôt rendus malades. Les galères bâtardes , plus lourdes et plus larges (9Wir(ieral«)qneles subtiles , bien qu'elles aient le même nombre de bancs , doivent être armées de six hommes au moins par rame, de l'espale au milieu , et de cinq , du milieu à la proue. D convient que les galères capitanes , qui , d'ordinaire , sont plus grandes que les autres, soient armées , dans toute leur longneur , de six bommes au moins par rame. C'est ainsi que les chrétiens en ont usé dans toutes les entreprises qu'ils ont faites de notre temps (*). Les galiotes, aussi estimées des Turcs que peu en

{*} Tontes les galères n'avaient pas six hommes par banc; cet armeneot n'appartenait m£nie qu'aux galères patronnes, capitanes, reaies, «ta quelques autres de la même importance en France ou à l'étranger. Od dit que l'addition du 6* rameur est due au grand André d'Oria qui voulut donner à ses gatëm un avantage marqué de marche et d'évolution sur les navires de guerre des Génois , des Pisans et des Espagnols. L'armement le plus ordinaire en France, au dix-septième siècle, Hobier etlevo1.n*366,citép. 396, en font foi, c'était : cinq hommes par rame de ia poupe à la proue. Dans les galères un peu moins grandes , on ne mettait que quatre hommes, de l'arbre au joug de proue. 350 galériens étaient donc la chiourme des galères ordinaires à 35 rames par bande. A ce propos, Hobier fait les remarques suivantes: «Sa Majesté ne paye que pour

300,et pour celles qui sont plus grandes, à proportion une despense

inestimable, qui monte lorsque les gallaires sont en voyage deux fois plus qu'elles ne reçoivent d'appointeraent, et ne st^uroyent se sauver que sur

usage dans nos marines, si elles sont de 16 à 17 bancs, ont deux hommes par rame , et trois , si elles ont de 17 à 22 bancs. Les fustes et brigantins , grands ou petits , ne reçoivent qu'un homme par banc. »

Au chapitre iv, où il énnmère les espèces de navires en usage de son temps , le capitaine Pantera , après avoir dit que les galiotes ne diffèrent point des galères quant à la forme, sinon qu'elles sont plus petites et qu'elles ne sont point munies de rambates , ajoute que les plus petites ont 17 bancs, et les plus grandes 23 au plus. « EUes portent toutes Tarbre maître , mais toutes n*ont pas le trinquet ; elles ont une seule couverte ; ce sont des navires très^rapides et vifs dans leurs mouvements , surtout quand ils sont pousses par la rame. Elles piquent à merveille au vent {prœgiano benissifnb). En Barbarie, on construit beaucoup de galiotes grandes comme des galères ordinaires, et presque entièrement semblables à ces bâtiments, mais n'ayant ni rambates ni trinquet. Les patrons les font faire ainsi pour qu'elles ne soient pas forcées à servir le Grand Seigneur , ce à quoi elles seraient obligées si elles étaient et s'appelaient galères. — Les brigantins ( bergantitii ) sont des navires un peu plus petits que les galiotes , mais ayant la*mëme forme , sinon qu'ils n'ont pas la coursie élevée comme elles. Ds ont une couverte, et portent une seule voile, qui est la maestra; ils ont de 8 à 16 bancs à un seul rameuri Les rames du brigantin sont assez longues , et minces , ce qui rend leur maniement facile. Ce sont des bâtiments très-véloces, commodes en ce qu'ils occupent peu de place , et très-propres à la course. Les Turcs s'en servent plus que les chrétiens. »

« Les frégates sont des navires plus petits que les brigantins ;

le mesnage qu'elles peuvent faire estant dans le port. Aussi, est-il tout notoire que celles de Malte , qui sont en mer plus qu'aucunes autres , despensent à. la Religion plus de 25 mil escus chacune par an , outre deux ou trois mil que le capitaine y met du sien, et pour raison de quoy il obtient une commanderie de grâce. Au lieu qu'il n'est ordonné aux nostres guères plus de neuf mil escus , moyennant quoy les capitaines sont obligez de les tenir prestes et capables de servir, suyvant l'accord qu'ils en ont fiiit avec les feu roys , en un temps auquel les vivres et autres choses estoyent la moitié moins chères qu'elles ne sont à présent »

gaelques-unes sont pODtées , d'autres sont découvertes ■ (et c'est de là, selon moi, que vient le nom de frégate: afiraeta, a phraeta, sans conrerte). * Elles portent une petite coursie, et ont la poupe plus basse et moins relevée que les brigantins. Elles sont de six h douze rames au plus , à un homme par rame. La rame de la frégate est la même que celle du brigantin. Les frégates portent une seule voile -, elles sont vives , rapides , celles BOitoat que montent les corsaires. Les frégates qui transportent des

marchandises , plus grandes que celles-ci , sont par oda même moins rapides. Les navires inférieurs, comme les felouques (/f/uche) , les castadelles et autres , ne sont pas pontés , et portent de six à dix avirons , trois , quatre ou cinq à chaque bande ; ils ont une seule voile , et sont d'une marche supérieure. »

« Les galères armées pour le combat, » — et je reviens au chap. XV de VArmata navale ^ — « ne doivent être armées que de quatre hommes par rame. » Les raisons que donne Pantero-Pantera pour cette réduction du nombre des rameurs , sont fort bonnes ; d*abord , dit-il , « si Ton mettait cinq hommes de plus à chaque rame sur les galères d'une flotte , armée essentiellement pour aller chercher l'ennemi, on trouverait difficilement de quoi con^ pléter sa diiourme , si Yarmata devait être nombreuse ; ensuite , le nombre des soldats de qui la victoire doit dépendre devant être considérable sur chaque galère , ces guerriers ne pourraient agir ni se loger dans le petit espace qui leur resterait par suite de l'encombrement que la chiourme ferait aux deux côtés du navire. Ajoutez à ces considérations que les galères, alourdies par le poids trop considérable des hommes et des armes, marcheraient et manœuvreraient mal, ce qui compromettrait l'entreprise. Quatre hommes par rame sont suffisants ; les galères auront assez de vitesse , grâce à l'impulsion que les avirons, mus par ce nombre de rameurs , leur sauront OMumuniquer ; les soldats seront plus libres pour l'action et mieux établis pout' le repos ; enfin , tous les besoins du service seront satis&its. »

Pantero-Pantera appuie ces observations de quelques fait» qui ont beaucoup d'importance et qui méritent notre attention : « Nous pouvons croire , dit-il , que c'est pour cette raison que la république de Venise ne donne pas à ses galères plus de quatre nageurs par rame , et cela depuis qu'on a adopté la grande rame nommée di icaloccio ; nous devons penser qu'auparavant , quand les galères s'armaient de trois ^ quatre et cinq rames par banc , selon l'ancien usage, au lieu d'une seule rame , comme on fait aujourd'hui en lui donnant quatre rameurs , Venise n'envoyait pas à la mer ses galères avec plus de trois hommes par banc, qui voguaient autant de rames, chacun la sienne. Ce mode d'armer les galères , — comme je l'ai entendu dire à de vieux marias qui ont commandé des navires armés ainsi, — était meil-

MEMOIRE If** 4.

leur que celui qui consiste à les arraer avec une rame nagée par trois hommes. En effet , si Ton met quatre hommes sur une seule rame , sans aucun doute on marchera mieux que si , sur un banc , on met. quatre rameurs tirant chacun son aviron ; parce que , avec une grande et forte rame, on fera plus de force et Ton poussera le navire plus vigoureusement, et par conséquent on lui donnera plus de vitesse, qu'on ne ferait avec quatre rames légères , quatre hommes pouvant manier mieux , plus vite , et avec moins de fatigue une grosse rame , — ce que Texpérience journalière démontre, — qu'ils ne pourraient faire quatre petites qui encombreraient bien autrement la galère. Mais si on réduisait, sur une ramedcscaloccio, le nombre des rameurs à trois , la galère irait certainement moins vite que si elle était voguée par trois rames , chacune d'elles manœuvrée par un homme. En effet , le poids de la grosse rame étant trop lourd pour trois nageurs , ils ne pourront la pousser en avant avec assez de force pour que leur mouvement ait lieu au profit de la vitesse de la galère ; ils se fatigueront promptement , et le navire ira lentement. Au contraire , les trois hommes voguant chacun avec son aviron , comme autrefois {al modo antico) , et donnant toute sa force en raison de la légèreté de la rame , les trois petites rames feront plus d'effet et pourront agir plus longtemps. En outre , qu'un ou deux des nageurs des trois petits avirons tombe malade, meure ou vienne à manquer pour une raison quelconque, la rame ou les deux rames restantes continueront à nager au grand avantage de la galère , ce qui n'arrivera pas à la grosse rame , parce que deux hommes ou même un homme de moins , elle sera désarmée. D'où il faut conclure que la galère à trois rames par banc marchera mieux que si elle est voguée par trois hommes rangés sur une seule rame ; mais qu'avec quatre honunes maniant une grosse rame elle ira mieux qu'avec quatre avirons ayant chacun son nageur ; de sorte que si vous avez disette de chiourme pour armer une flotte de galères , et si vous ne pouvez armer les avirons dt scaloccio qu'avec trois hommes , vous ferez mieux, — il y a du moins des gens qui l'affirment, — d'armer vos navires à trois rames par banc al modo antico, qu'on appelle à zenzile (*) ; cela coûtera beaucoup moins , parce que (*) Au dix-septième siècle, en France, la galère senzille n'avait, quant I. 21

les trois petites rames valent la moitié moins qu'une seule grosse, et puis, parce que vous faites Téconomie d'un homme par banc. Mais , comme je n'ai encore vu aucune galère armée de cette façon ^ je ne me hâte pas de donner un jugement à cet égard , et de me prononcer sur le meilleur mode. Je dirai cependant que cette multiplicité des rames me parait être un grand embarras pour les soldats , car je ne vois guère comment ils peuvent se placer aux arbalestrières. Quand on parlerait d'élever un plancher {tavolato) au-dessus des apostis , comme on a l'habitude de le faire dans les galéasses pour le service des soldats , la galère en serait plus encombrée , plus lourde et marcherait moins.

M Quoi qu il en soit, les galères pour le combat devront toujours être armées de quatre hommes par rame. G*est ainsi que le roi Catholique en use dans les occasions de bataille imminente , aimant mieux laisser derrière lui quelques galères désarmées, que d'aller à l'ennemi avec des bâtiments munis d'un moindre nombre de nageurs. »

A la fin de ce chapitre , Pantero-Pantera parle ainsi des galéasses : « Les galéasses, qui sont très-utiles dans les grandes entreprises , étant d'une masse considérable et par conséquent

à Torganisation des rames , aucun rapport avec la galère du quinzième siècle , année à un certain nombre de rame$ par banc. Dans Touvraf^p manuscrit (cité p. 396), appartenant au dépôt de la Marine où il est catalogué sous le n^ 2960 , et ayant pour titre : Traité de la construction des galères y on lit : « On appelle senzille une simple galère ou une galère ordinaire, du mot espagnol senzillo qui veut dire simple, pour la distinguer d*une réale ou d^une galère patronne. — L'on a déterminé sa longueur à 144 pieds de capion en capion,sur l'espace que doivent occuper 26 bancs dont elle est composée, et sur celui que demandent la poupe, Tespale, la conille et le tambouret; si bien que toute cette longueur se trouve divisée en 6 espaces différents ou 5 parties. — On donne à la plus considérable qui est située entre les quatre autres , et qui est destinée pour chaque banc, 100 pieds, 2 pouces, Clignes, prenant pour chaque banc, 3 pieds, 10 pouces, 3 lignes.— On donne à la poupe, ou à l'espace qui est cx>uvert de la guérite: 14 pieds, 6 pouces, 6 lignes.— On donne à Vespale, ou à l'espace qui est réservé devant la poupe pour l'entrée de l'espalier lorsqu'il vogue : 6 pieds.— On donne à la coniUe , ou à l'espace nécessaire pour placer les bâtardes et les fers ( ancres ) à donner fond (mouiller) : 10 pieds, 3 pouces. — EnGn, au tambouret, espace pris depuis les bittes jusqu'au capion de proue: 13 pieds » (page 4 du Traité),

MÉMOIRE n° 4.

lourdes et lentes , ne doivent pas être armées de moins de huit kommee par rame, et des meilleurs qu'on ait. ••

Je reviendrai plue tard aux galéasses ; ce qui doit m'occuper tout de suite ce sont les galères à plusieurs rames par banc ou à zenzile, comme les appelle Pantero-Pantera, d'après les vieux mariniers de son temps. Le capitaine de la Sainte-Lucie n'avait jamais vu de galère à zenztle , et il en est réduit à des conjectures sur la position de leurs rames, Lui , contemporain de quelques •huotnini vecchi, che kanno govemalo galee armate in quella maniera, > comment dc s'est-il pas fait expliquer, ce qui parait l'embarrasser beaucoup : la place occupée par les soldats pendant le combat, la place des rameurs sur les bancs, celle des rames sur le plat-bord de la galère , enfin ce qui le porte & regarder conune très-encombré le navire dont les avirons auraient été surmontés d'un tavolalo, plancher, pont ou théâtre pour les combattants ? Comment n'a-t-il pas pu se procurer un plan qui eût éclairci ses doutes? Eu vérité , cela est incompréhensible. Une pouvait guère y avoir qu'un demi-siècle que la rame di tealoccio avait été substituée aux petites rames, et un capitaine de galères , un officier instruit , qui écrit un traité sur la matière, un homme d'expérience qui parle ex professa de la flotte et de l'armement des bâtiments à rames , s'U a besoin de comparer un système qu'il recommande, h un système assez récemment abandonné, ne peut avoir que d'incomplètes informations; comme si les vieillards qu'il interne n'avaient conservé qu'un souvenir vague des pratiques maritimes de leur jeunesse , toute adonnée aux manœuvres et à l'armement des galères ! Étonnousnous donc de n'avoir rien que d'obscur sur les navires de Carthage , de la Grèce et de Borne ! Étonnons-nous donc de ne pas comprendre les mots les plus importants pour l'étude des antiquités navales , mots que les scoliastes ont interprétés de tant de manières, et qui, chez Plutarque, Athénée, Diodorede Sicile, Potybe, Végèce, et tant d'autres , n'étaient fort probablement déjà que d'infidèles dénominations, apportées par une tradition lointaine , des temps antiques à ces écrivains ! Végèce, Polybe, Diodore, Athénée, Plutarque, beaucoup plus éloignés des faits dont ils parlaient que Pantero-Pantera ne l'était des galères à zenzile, beaucoup moins spéciaux d'ailleurs que notre

capitan , savaient-ils , sur les trirèmes et les antres navires des anciens , quelque chose de plus que ce qu*en général les historiens et les érudits de notre temps savent sur la marine moderne, et, à plus forte raison , sur la marine du moyen ége? Je ne le pense pas. Et cependant on croit aveuglément aux textes de ces auteurs , textes altérés de copistes en copistes , textes chargés de termes spéciaux , ou composés par eux pour exprimer leurs propres idées ^ur les objets qu'ils voulaient peindre , ou corrompus et défigurés depuis longtemps par les gens de mer , comme nous voyons presque tous les termes en usage aujourd'hui garder à peine quelque apparence de leurs anciennes conformations; textes enfin où les exagérations , les impossibilités , les contradictions abondent, et dont Suidas , Yossius, Meibonius, Baîf, Scheffer , Godescalc Stewechius ne lisent de la même manière aucun des mots les plus importants!....

En regrettant que le capitaine de la Sainte'Lucie n'ait pas éclairci un point d'organisation navale qui n'aurait pas dû, ce semble , être obscur pour un presque contemporain des galères à zenzile; en gardant d'ailleurs cette circonspection que l'exemple si frappant de Pantero-Pantera, — non ardisco di dame j^udicio 9 — me recommanderait ici , quand elle ne serait pas dans mes principes , voyons si je ne pourrai pas expliquer d'une manière satisfaisante le système des galères à plusieurs rames par banc.

En 1834, quand j'étais à Venise, cherchant les documents maritimes dont l'étude devait m'étre précieuse et dont j'invoque maintenant l'autorité , je fus frappé de quelques peintures qui ornent le palais ducal et la grande salle de l'académie des beauxarts. Dans la salle de la bibliothèque, l'ancienne salle du grand conseil , au palais des doges , je remarquai , entre autres représentations navales, le tal)leau où Dominique Tintoret, le fils de Jacques Bobusti , montra Sébastien Zani faisant prisonnier Othon , à la bataille de Capo Salvore, en 1 1 77. La galère du fils de Frédéric , sur laquelle vient de monter le doge Zani , attira particulièrement mon attention ; outre qu'elle est , dans la composition vaste et animée de Domenico, le point capital, car c'est le théâtre sur lequel se passe le dénoùment de l'action représentée par l'artiste , la disposition de ses rames me sembla si

(Poupe de U galère d'Olhon , prise au taDIeau de Dominique Tiotoret repr^Molant U bataille de Capo Salrore (*).

nouvelle, que je D'hésitai pas à en faire un dessin minutieusement exact. Ces rames sont groupées par trois, et chacun des

(*) Le souvenir des galères du douzième siècle était efTacé depuis long temps, quand, Ters la Gn du seizième, Domiuique Tintoret eut à peindre la bataille navale où le fils de Frédéric tomba au pouvoir du doge de Venise. Il était donc difficile au peintre de rendre aux navires d'Otbon et de Zaïii leurs figures véritables. Que fit-il? Au lieu de représenter les galères de son temps avec leurs poupes enhuchées et leurs vogues à rames de scaloccio, il se reporta au quatorzième siècle dont plus d'une peinture lui doDuait encore des formes navales , et il fit des galères a poupes plates et à rames zenziles qui, pour le public de son temps et pour les mariniers eux-mêmes , étaient tout aussi bien des galères antiques , qu'aujourd'hui , pour noâmarinsengénéfal,et pour tous les visiteurs du 5a/on du I^uvre, un vaisseau contemporain de Louis XIII est un navire du douzième ou du treizième siècle. Les galères de Carpuccio, de l.aurati, du Virgile Riccardien que je vais citer tout à l'heure, sont de l'espèce de celles que Tintoret dut connaître, et dont il put s'inspirer.

groupes sort de la galère par un petit sabord de nage , pratiqué au-dessus de Fapostis, dans l'espèce de pavesade qui sert de rempart extérieur aux rameurs et aux soldats. Une chose dont je fus étonné , c'est du petit intervalle existant entre chaque sabord de nage ; mais je dus bientôt attribuer à l'artiste cette faute qu'au reste on serait mal venu à lui reprocher , car il n'était pas tenu à une exactitude géométrique , lui qui , préoccupé de l'effet pittoresque de son tableau , devait s'occuper des masses et regarder chaque galère seulement comme un détail. Que chez lui chacun de ces navires soit bien dans son ensemble, c'est-à-dire, que la forme de la poupe soit celle d'une galère subtile ou d'une bâtarde; que le gouvernail soit bien placé, bien attaché par ses ferrures, garni à sa tète de cordes dont le mouvement, suppléant celui du timon, soit facile à comprendre {*) ; que l'échelle se montre à Tespale , et la lanterne de poupe sur la tenaille qui supporte à l'arrière le dôme du tendale^ dôme réduit à sa carcasse, car le tendelet de velours a été enlevé pendant le combat ; que la bannière flotte au sommet du bâton , planté à l'entrée de l'espale, et support du dôme à l'avant ; que le mât soit à peu près au tiers de la longueur du bâtiment ; que l'antenne soit hissée près du sommet de cet arbre couronné par une gabie au-dessus de laquelle voltige une bannière ; que cette antenne ait ses balancines , ses ostes à l'arrière , ses orses k l'avant , ses ingkinature au milieu, ses amans munis de leurs vettes courantes dans leurs poulies ; enfin , que ses flancs portent , si elle est galère à une rame par banc , une longue file d'avirons , et , si elle est à trois rames par banc , une série de groupes de trois rames sortant de sabords ouverts à l'apostis, c'est tout ce qu'on peut demander au peintre. Il ne dessine pas un plan , U n'a pas l'intention de donner un froid portrait de navire ou un modèle rigoureux d'après lequel un maître charpentier de port devra construire une galère ; il agit avec liberté ; il est le plus vrai qu'il peut dans l'ensemble

C) Tintoret n'a oublié aucun de ces détails. Les deux cordes qu^Hobier nomme les brides^ et qui , attachées à l'extrémité de la barre du gouvernail, appelée en France, le lariau du tymon, faisaient mouvoir, à Taide de poulies, ce timon ou gouvernail ; ces cordes, qui faisaient Toflice de la drosse , sont très-intelligiblement représentées dans la galère de Dominique Tintoret.

HÉMUIRE »" 4.

<dti sa ligure , dauti les détails principaux , daas la tournure qu'il douae au navire ; maïs n'attendez pas que son antenne ait juste la longueur de la galère moins celle du spigone ; que ses chinali (les haubans — V. Mémoire n" 5) aient exactement assez de grosseur pour peser lesaept cantares génois que leur donneCrescentio, tenu d'être exact, lui ; que ses sabords aient d'écartement l'un de l'autre, les quatre pieds ex^és entre chaque banc pour lacorambdité des rameurs. Non , lé peintre n'est point astreint à tracer set) lignes avec la règle , à soumettre les mouvements de son pinceau aux rigoureuses prescriptions du compas , à placer toutes les parties du gréement comme un comité ou un maître de manœuvre, à peindre enfin le navire comme un myolt^ue peindrait dans tous leurs muscles les membres du corps humain en mouvement. S'il a oublié la camara, les ancki$, les trosaes ou le cordino , s'il n'a montré qu'une écoute au lieu de deux , il est incomplet sans doute, mais l'image qu'il a faite n'est pns moins fidèle et ne mérite pas moins d'estime qu'un portrait animé auquel manquerait quelque signe, quelque verrue, quelque ride. C'est aux grands traits , aux détails caractéristiques qu'il a dû s'attacher. Domenico Tintoreto , pas plus que Francesco Bassano et Palma le jeune, qui ont peint avec lui des actions navales dans la salle du grand conseil , n'y a manqué , et leurs tableaux sont des monuments qui intéressent autant l'archéologue marin que l'amateur des beaux-arts.

Dans la galère d'Otbon , les groupes de rames sont donc trop rapprochés l'un de l'autre. Tintoret, emporté par ce besoin du mouvement qui entraînait l'école colorbte à laquelle il appartenait, ne chercha point une exactitude dont la rigueur eût àté peut-être à la représentation du côté de la galère, qu'il montrait , se débattant encore dans sa défaite , la vivacité d'action , et , pour ainsi dire , le sentiment intelligent de résistance que la multiplicité des rames, leur désordre, leur pêle-mèle lui ont dounés. Plus froid , élève de l'école ponctuelle du quinzième siècle , Victor Carpaccio , dans la peinture d'une longue galère placée au dernier plan d'un de ses tableaux de la Vie de sainte Ursule, — collection pleine d'intérêt , qui décorait autrefois l'église de Saint-Jean et Paul , et qui orne maintenant la pièce principale de l'Académie den beuux-arts , — Victor Carpaccio espaça plus

convenablement les groupes de rames , sortant aussi, au nombre de trois, des sabords de nage. Malheureusement, au lieu détre un objet principal dans la composition , la galère n'est qu un détail de fond ; et , hors la disposition des rames, elle ne m apprit rien de positif. C'était beaucoup cependant , parce que je pouvais constater que Tintoret n avait point cédé à un caprice , et que, s il avait rappelé un fait déjà loin des habitudes maritimes de la fin du seizième siècle , il avait pu être renseigné par quelque vieux constructeur et s*inspirer de la galère de Carpaccio , peinte en 1515, c'est-à-dire, quand Tarmement par rames groupées était encore en usage à Venise.

Mon attention étant éveillée par cette rencontre de deux galères à zenzile , je cherchai partout à trouver quelque autre représentation qui pût me faire comprendre la disposition des bancs dans les navires à rames groupées. Le manuscrit de Picheroni délia Mirandola fut, à Venise , le seul document qui me présenta un système de rames rapprochées ; mais ce système, confus et réduit à une figure sans explications, me sembla aussi peu inteUigible que peu applicable. J'interrogeai les souvenirs de M. Tingénieur en chef Casoni , qui me dit n^avoir jamais vu d'autres galères à groupes de rames que celles de Carpaccio et de Tintoret Kous essayâmes ensend)le l'application en plan de toutes les hypothèses auxquelles la vue du travers de ces deux galères pouvait donner lieu, et nous nous arrêtâmes à celle-ci, devenue pour nous une conviction: l'obliquité des bancs , par rapport à la longueur de la coursie , devait être en relation avec le nombre de rames qui avaient à trouver leur place dans le sabord de nage. J'expliquerai tout à l'heure ce que j^entends par là, et je dirai les raisons qui me déterminèrent en faveur de cet arrangement (*).

(*) Au moment où je mettais sous presse ce Mémoire,, composé en 1S38, j*ai reçu de M. Casoni un Mémoire imprimé a Venise (1839), extrait d*un travail plus considérable, et intitulé ; Dei navi^ poUremi waii nella marina degli antichi FeneziaoU, memoria trotta daWopera BIS., suUa marina slessa, deU'ingegnere Giovanni Casoni. L'auteur de ce mémoire très-intéressant , mais trop succinct, paraît avoir connu, depuis le mois de janvier 1835 que j'eus Thonneur de le voir à Venise, un ouvrage manuscrit de Cristoforo Canale , qui traite de Tarrangement des rames à trois

MEHOIBB N" 4.

Un mois après avoir quitté Veaiee, je trouvai à Florence des peintures qui , sans me donner des lumières nouvelles sur œ point difficile des rames par groupes , me furent pourtant précieuses , car elles me montrèrent Carpaccio peintre fidèle de ee qu'il avait tu , et Dominique Tintoret conservateur scrupuleux de la tradition ('). I.«s miniatures du ma^ifique Virçile manuscrit de la Riccardienne , coté : Codex n° 492 , dont j'ai fait la description dans mon Rapport au ministre, page 19, me donnèrent la figure de plusieurs galères à deux ou trois rames groupées; celle qui correspond au vers : Tum breviter Dido tultum , etc., du ti* livre de l'Énéidc , représente ces groupes assez largement espacés , et comme je les avais remarqués dans le tableau du Carpaccio.

A la galerie des Vffizi. je vis un tableau fantastique de Pietro Laurati , ofi uue galère à rames par groupes de deux , se dessine au second plan; et cette figure de navire, exécutée par uu peintre qui vivait au milieu du quatorzième siècle , autant que

par banc. Il ne dit point (p. 30) à quelle époque écrivit Cinale, mais il est à croire que ce fut au quinzième siècle. Les inductions que M. Casopi tire du texte de Canale l'umènent à des résultats qui diffèrent très-peu de ceux auxquels m'ont conduit des calculs dont on va connaître les éléments et la marche. Je mentionnerai dans les noies qui accompagneront cette partie de mon travail , les opinions du savant M. Casani , soit que je le» partage, soit que je ne puisse pas m'y ranger.

<*) Un des tableaux du Carpuccio porte le millésime MDXV; le peintre devait donc être né dans le dernier tirrs du quinzième siècle. Dominique Tintoret, né en 1SG5, était, d'environ cent ans, postérieur au peintre de la l'iede sainte Urtule. Il était contemporain deCrescentio etducapitan Pantero-Pantera. Quant à Pierre I^urati, dont je parlerai tout de suite, il vivait vers 1340 , et a travaillé aux peintures du Campo Santo de Pise , comme je l'ai appris à Florence, du célèbre professeur Ciampi.

ARCHEOLOGIE >AV\I.E.

celles du précieux Virgile , écrit et orné de miniatures au quinzième, fat, dans mon opinion , un bon témoignage en faveur du Carpaccio et du Tintoret.

(GsUrea gnfto pu F- Huiis, du» lau bétroilde HesdM (*)).

Il n'y avait donc plus de doute pour moi; j'avais une explication matérielle de ces expressions si souvent répétées par les vieux auteurs italiens : Due , tre , quarto , cinque , etc. , Temi per banco '").

(*) Je reproduis ici les figures des galères gravées par Huiîs, que j'aidéja montrées, page 194, pour faire connaître l'arrangement de l'artillerif avant la superposition des rambatea à la conille; la galère du second plan ayant des avirons groupés par trois sur chaque banc . j'ai pensé qu'il était Ijon de la rapprocher de celles de la mfine espèce que je viens de faire connaître.

(") Un passage des statuts de Gazarie mentionne les galères à plusieurs rames par banc. Le grand statut de 1441, rhap. lxxxviii, intitulé:

MSSll

HÉHOIBE n° 4.

Une chose qui me semble étrange, c'est que de tous les critiques qui , en écrivant sur les navires à rames des anciens, ont multiplié lessuppositions ingénieuses, et, par la comparaison des choses qu'ils avaient sons les yeux avec celles que leur faisaient entrevoir les anciens textes , les médailles et les bas-reliefs antiques , ont cherché une solution raisonnable au problème posé par les mots biremis, trieris. penlecontortu, etc., ys un seul ne »e soit avisé, avant et surtout après Pantero-Pantera, d'examiuer si l'arrangement de plusieurs rames sur un seul banc satisfaisait aux données du problème. Lazare Baïf , dans son savant traité de Renavali (Paris, 1536), bien qu'il cite souvent les Vénitiens qu'il avait visités, et l'organisation des navires de son temps , ne fait aucune mention des rames groupées sur un seul banc. S'il donne, p. 19, la figure d'une libume ou blrème légère , comme il entendait que ce navire avait pu exister :

• Fiebant autem ah antiquis liburnicte sive biremes celeres ferè

• hoc pacto>>,-'-figurequi, pour le dire en passant, ne peutavoir été tracée que par un homme tout à fait étrat^r à l'art de la construction navale ; — s'il accouple , sous une œuvre morte , des rames deux à deux , au milieu de la lihume trop courte, trop haute sur l'eau, trop ronde devant et derrière, sans gouvernail , et sur la proue de laquelle flotte une bannière pendue à la tète d'une espèce de mdt implanté au second banc des rameurs, il ne prend pas le soin d'indiquer, dans sa dissertation, les motifs qui l'ont déterminé à grouper ces rames. Peutêtre il a trouvé quelque image navale sculptée sur un tombeau des derniers temps de l'empire , par un artiste qui n'eu savait pas plus sur les libumes du temps d'Auguste, que n'en savent sur les modernes vaisseaux de ligne la plupart de nos peintres d'histoire; et cette image, parce qu'elle provenait de ce qu'on appelle un monument , il l'a adoptée sans se demander si elle

Çvod leoenlur tclavi strier nacigiit, s'exprime ainsi : » Statuiinus et • ordiDamus quod aiiquis patronus alicujus galee de Horaanra vel Syria ■ armale ad très remos ad bancbum, cujuscumque conditioais existât. . . . " etc. » J'aurai occasion bieiit(>t de faire usage de ce texte dont les termes confirment celui de Pantero-Pantera, et justifient Carpaccio, I.-iiirati, Oomiuique Tintoret et les autres artistes qui ont représenté des galères à i:enEile.

33'2 ABCHKOLOGIE NAVALE.

pouvait être un portrait à peu près fidèle , ou si elle u'élait qu'une fantaisie d'un sculpteur ignorant. Baîf est , à cet ^ard . d'une grande facilité; il donne, p. 28, la gravure d'une lampe antiqne qui a la forme grossière d'un navire, et il la recommande par cette note : • Tectœ sive constrats navis forma,

• qualis apad antiqnos fuit. ■ Il emprunte aux bas-reliefs de la colonne Trajane, huit figures de galères à deux et troiit rangs de rames superposées ; puis à un marbre antiqne la figure d'un bâtiment ayant vingt et une rames de ebaque côté , partagées en trou groupes de sept rames ; etil dit de celui-ci: • Hepteres,

• quœ septem ordinum navis erat • , sans se mettre autrement en peine de faire accorder systématiquement la libume de la page 19 avec celles des pages 12, 13, 14 et 15, et la trirème de la page .24 avec l'hepteres des pages 37 et 164. Ici, des rames en file comme aux galères ordinaires ; là, des rames soperposées ; plus loin des rames accouplées sur le même banc , et pas la moindre explication au sujet de ces images qui surmimtent seulement ces mots affirmatife : • Talu /uil... • Charles Etienne , éditeur du livre de Baïf , frappé de ce qu'il y avait de téméraire à s'appuyer sur des monuments d'une vérité si contestable,eut la précaution d'avertir les lecteurs des Awnoiationes que les Ogures jetées dans le texte du volume avaient été dessinées d'après les plus vieux monuments et les marbres les plus anciens qu'on voyait alors à Rome ; mais qu'elles pouvaient bien n'avoir pas été dessinées ad unguem. Il ajouta très-sensément :

• Id enim non ignoramus, marmora quantumvis antiqua , non-

• nihil interdum habere, quod artificis libidini potins quàro

■ veritatl respondeat. llndè plurimum deceptos credimus eos

• qui certitudinis aliquid in marroorum autiquorum statuis

• bactcnus posuemnt : oujusmodi quiddam in triremi videre > poterit , quse certe Bayfii j udicio , triremibus autiquorum non

■ respondet. > Cette remarque était fort sage et digne d'un éditeur savant et circonspect ; mais l'on peut s'étonner qu'après une pareille déclaration Charles Etienne n'ait pas cru devoir supprimer le : talis fuit... qui accompagne presque toutes les ligures.

Girolamo Zanetti {de(l' Origine di atcune arli prindpali appreiBO i Vmiziani ; Vmisia, 1 758), pas plus que Godescalc Ste-

MÉMOIHE N° 4. 333

wech {Commmtarius ad Flavi Vegeti libres ; Lugduni Batavo^ mm, 1 598), ne fait allusion à un ordre de choses que déjà Venise avait h peu près oublié quand Stewech écrivait son commentaire , et que Zanetti pouvait fort bien ignorer, un siëde et demi après que Pantero-Pantera avait déclaré ne guère comprendre comment avait été disposé Tarmement des galères à zenzile. Henri Sauli , Thomas Rive , Scaliger, Snell , ne paraissent pas avoir soupçonné cette distribution de rames , dont le Florentin Stanislao Bechi (/«forta delV origine, e progressi délia Nautica antica; Fierenze 1 795) ne parle point, non plus qu'Onuphre Panvini de Vérone (Nauma^chiœ)^ Paumier de Grentemesnil(i5arercitatianes ad optimos ferè auctores grœcos^ 1 668), Ch. Arbuthnot [Dissertation conceming the navigation of the ancients ; London 1727), le père C. F. de Châles {Art de namger), le père Sanadon {Journal de Trévoux ^ septembre 1722), le père Foumier(ffydrographie^ Paris (1634), GuiPancirole, Meibomius(d«Fa6rtcâ triremium^ 1671), Biccioli, Isaac Vossius, Fabretti {de Co^ lumnâ Trajanâ^ 1690), Luchesini(i4nnoto^ton«Âiif Démosthine)^ Morisot, Briet, Leroy {Mémoires), Deslandes {Essai sur la ma-rine des anciens, 1768, ouvrage d une bonne critique et qui présente le plus ingénieux, sinon le plus vrai , des systèmes sur le placement des rames), Joly de Maizeroi {traduction des Institutions militaires de l'empereur Léon) , Dassié {Architecture navale, 1667) , J. Selden {Mare c/aw«um), Bondelet {Mémoire sur la marine des anciens) ; enfin le dernier venu, je crois, M. John Howel {An essay on the u)ar^alleys of the ancients , Edinburgh and London, 1826). Gapmany lui-même, qui, dans le chap. vu, IIP vol. de son Antiqua marina de Barcelona, parle des gâteras sencillas, semble n*avoir aucune idée de l'arrangement des rames sur les galères que les Vénitiens appelaient à zenzile. Il dit, en effet, à propos de la grandeur attribuée aux navires de guerre des anciens , et de la facilité que nous leur voyons avoir , au rapport des historiens , à fréquenter des plages , des baies , de petites anses peu profondes : « Operacion que no se puede « hacer con nuestras galeras actuales , siendo de un sencillo « orden de remos. Pues, comè losantiquos podian executarlo « con las suyas de dos, très, ô quatro ordenes? » Il est bien évident que le « un sencillo orden » opposé aux « dos , très o

ARCHEOLOGIE IVAVALE.

■• qaatro ordenes • signifie, chez Capmany, dd rang de rames seul. De son temps , à la fin du dix-huitième siècle , les galères avaient une file de rames de chaque cdté, et ces rames étaient ^'randes , lourdes , maniées par cinq ou six hommes, et n'awent rien de commun avec les rames zenzile du quinzième siècle.

J.Scheffer, p. 99 desontraitédeJfi/iItanai>a{t(Upsal 1654), après avoir établi péaiblemeat son système de rangs de rames superposées à de petites distances , système souvent attaqué , (>t qui n'a pour l'appuyer que les navires informes de la colonne Trajane et quelques passages fort obscurs d'auteurs diversement compris , donne la figure d'une galère dn quinzième siècle, en comparaison avec celle de la libume gravée', p. 19, dans les Àtmotationes de Baïf . Cette galère , ou infidèlement reproduite par le dessinateur, ou peinte avec trop peu de soin par l'artiste auquel elle a été empruntée, Schefïer ne dit point d'où il la tire ; elle présente cette singularité que les rames sont divisées en groupes in^ux , de quatre aux deux premiers, de trois aux deux suivants, et de quatre ensuite. Après ce cinquième groupe , les rames paraissent se suivre en files constantes , r^nlières , et sans aucun inter\-alle entre les scalmC8. Cette disposition , qne rien ne justifie , appartient certainement à l'artiste; J. Scheffer la croit excellente; bien plus , il ne se doute point de l'espèce d'armement que cette ^ère supposerait : galère h zenzile par derrière, et par devant galère à scaloccio ; zenzile à trois , quatre et cinq rames par banc, jusqu'à la moitié de sa longueur; ensuite, icaloccii mant£U\Té8 par quatre ou cinq rameurs. Qu'un tel navire soit une sorte de monstruosité présentant l'accouplement inusité, j'ose ajouter impossible , de deux systèmes , dont l'un est dans deux de ses applications à la fois , j'en suis certain ; mais S. Scheffer est loin d'une telle conviction. 11 tient pour bonne l'organisation de la galère qu'il publie , comme pour véritable il lient la libume de Baîf. • >unc ecce aliqnam ex nostris galeis, • dit avec assurance le savant d'Upsal. Cependant il prend la ))cine de comparer ce dessin avec les galères de la reine de Snède , i-ette grande Christine à qui il dédie son H^tc , et il ajoute : ' Msiquod nuncfrequentinsBublatisintervallisremosBeriecon- ■■ tinua disponant, et adunum pluresnautascollocent. ■Quant

MÉMOIRE I<i° 4.

à la raison qai fit diminuer les iatervalles des rames (inferseatmta,Vitruve, lib. i, cap. 11} et armer chaque aviron de plusieurs ^érieos , il ne la connaît pas , et ne cherche point à la deviner.

Le fait que je viens de signaler n'est-il pas remarquable? Conçoit-OD que cette circonstance de l'arrangement de plusieurs rames sur un seul banc ait échappé à l'attention d'un critique aussi soigneux et habile que Scheffer, et qu'avant lui , comme depuis , aucun des savants qui ont appliqué toute l'ingéniosité de leur esprit à expliquer le sjstème des navires à rames, grecs et romains, n'ait connu les galères à zenziie, on n'ait fait quelque effort pour chercher à comprendre le passage de Pantero-Pantera qui n'a pu rester ignoré de tous? Il en est cependant ainsi. Pas nn mot ; rien qui puisse faire penser que les galères du quinzième siècle aient été connues de ces savants. Que Scaliger, Vossius, Meibomius et ceux des auteurs qui étudiaient la marine dans les vieux scoliastes , et n'avaient jamais vu ou ne se souciaient pas de voir des galères modernes, dont l'observation attentive aurait contribué peut-être à redresser leurs opinions , si étrai^es sur beaucoup de points ; que ceuxlà, dis-je , n'aient pas imaginé qu'il y eût, dans la marine du moyen âge , des navires d'une oi^uisation particulière , bien dignes d'être étudiés, car ils pouvaient offrir une hypothèse nouvelle après tant d'hypotlièses , pour la solution de la difficulté qui les préoccupait , cela se comprend jusqu'à un certain point ; mais Baïf qui avait visité Venise , ■< Yenetiis cum esttm ■ (Épitre dédicatoire à François I"), mais Scheffer qui possédait la figure d'une galère à rames groupées — représentation , peut-être d'une des galères faites par les Vénitiens pour Gustave Wa8a(voir plus loin, p. 48), — mais Antonio Marin , qui eut tant de documents sous les yeux, et qui fut , comme il le dit luimême, pag. 72, 7* vol. de son Histoire, sur les galères de la république pendant onze ans, comme lieutenant ou capitaine ï cela ne se peut comprendre : je ne saurais trop le redire.

Tâchons de combler une lacune si inconcevable ; essayons de faire ce que Pantero-Pantera, — dois-je dire qu'il n'osa pas risquer cette restitution ou qu'il négligea volontairement de la tenter? — ce que Pantero-Pantera n'a pas fait, lui, si bien placé pour tout apprendre à ce sujet, et pour nous tout dire !

ut

336 AHCHÉOLOGIE NAVALE.

Dans les galères des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles, les bancs des rameurs n'étaient poiut perpendiculaires à la coursie et à 1 apostis ; ils leur étaient obliques , et cette obliquité , si j'en crois le plan de la galère d'Hobier et celui que j'ai attribué à J. Jouve, était mesurée par la moitié de l'interscalme. Or, l'interscalme , ou distance entre deuxtolets, était de 4 pieds; l'extrémité extérieure du banc était donc de 2 pieds en avant du point d'appui de la rame. Cela est rendu sensible par la figure suivante, où la ligne DE marquant

l'emplacement du banc , le point E est ëlolgoé du scalme C de 2 pieds; CH, l'interscalme, ayant 4 pieds (*). Ainsi placé, le banc laissait au vogue-avant qui conduisait la rame à la poignée D, la possibilité d'étendre les bras pour donner à la nage toute la longueur nécessaire, et l'aviron , dont la position était DCB' quand il sortait de l'eau , après avoir donné son oonp d'impulsion au navire , était en ACB quand il allait y entrer. Cette disposition , dont l'expérience avait démontré la bonté, était favorable aux mouvements combinés de plusieurs rameurs

(') La lettre H, qui a été oubliée, doit être placée , dans la figure, à droite du point E, à l'intersection du prolongement de la ligne CE avec la grande ligne parallèle à AB. — L'espace entre les deux lignes parallèles où est la lettre D, est la coursie. I^ lettre A est du cdté de la poupe de la galère.

MÈMOIEE N° 4. 337

sur UD aviron , à plus forte raison devait-elle l'être aoi mouvements de plusieurs rameurs sur un même banc, chacun ma* niant sa rame. Mais l'obliquité, mesurée par 2 pieds, ou nu demi-interscalme , pouvait-elle suffire au banc qui devait recevoir deui ou trois rameurs à zenzile? évidemment non. En effet , pour que les hommes eussent un peu de liberté dans leur action, pour qu'ils ne se gênassent pas l'un l'autre, pour qu'ils n'eussent pas d'ailleurs à manier de rames trop lourdes, il fallait donner à chacun sur le banc une place de 2 à 3 pieds ; 3 pieds étaient même rigoureusement nécessaires sur la galère à deux rames par banc. Avec l'inclinaison DE , un seul aviron pouvait être placé de G en £ ; une inclinaison plus grande doit donc être supposée. An lieu de 2 pieds , donnons-en 3 , et nous

aurons la ligne KL qui marquait l'inclinaison du banc, L étant à 3 pieds de S, le scalme d'un aviron dont le rameur serait placé au point K, qui est contre la coursie. Mais, avec cette inclinaison, je ne saurais mettre que denx rameurs sur le banc, et deux rames sur l'apostis de S en L ; et voici pourquoi je ne les multiplierais pas davantage . La rame du nageur placé en K aurait un pen plus de 30 pieds, et quel homme manierait seul pendant quelques heures , pendant une heure seulement , un aviron de cette taille, si mince d'ailleurs qu'on le suppose?

Four qu'elle ne se brise pas dès le premier effort, pour qu'elle ne se torde pas, une rame a besoin d'une certaine épaisseur.

■138 ARCHÉOLOGIE KAVALE.

Cresceatio, donnant les proportions d'une rame de galère à vii^-sii bancs (rame à scaloccio) , dit que cet aviron , long de 45 palmes et ^ , était divisé en deux parties , dont l'une , le giron , avait 1 4 palmes , et l'uitre , la partie extérieure , 3 1 palmes {. Cette rame ivait de diamètre', au giron , I palme ou 9 pouces ; à l'estrope , renflée par une sorte de jumelle appelée la f/atveme (voir ci-dessus, page 301), elle avait 1 palme |, ou 13 pouces^ de diamètre; la pale était lai^ de 9 pouces, et longue de 1 0 palmes j, ou 7 pieds 1 0 pouces 6 lignes. On conçoit très- Imbd que cinq ou six hommes pussent , pour le plus grand a^'antage de la galère , manier un levier de 33 pieds 9 ponces de longueur, épais de 2 pieds 3 pouces , et balancé au tiers environ de sa longueur , ce tiers intérieur faisant contre-poids par ses dimensions aux deux tiers extérieurs ; mais qu'aurait fait de cette rame un seul homme , pour fort d'ailleurs qu'on le veuille supposer?

Réduire la longueur de la rame , et , avec sa longueur, son poids, dans l'armement à zenzile, est donc d'une nécesnté absolue. Je supposerai donc que le premier rameur soit placé en M , c'est-à-dire , à trois pieds du point K. , naissance du banc. Sa rame aura son scabne en R ; HR , le giron de cette rame, aura 6 pieds 9 pouces , et la partie extérieure RP : 1 4 pieds environ. Le levier k manier par un seul sera donc de 20 pieds 9 pouces à peu près. Bien que cette rame puisse n'avoir que 6 pouces de diamètre au giron , elle est encore d'un poids assez grand ; mais il n'était pas impossible qu'un homme, — un de ces rudes hommes des quatorzième et quinzième siècles , qui étaient babitués à de plus durs travaux que les hommes du dix-huitième siècle , qui portaient des armures de fer, maniaient la lourde et difâdle arbalète , jouaient avec la lance et l'esponton , — manœuvrât cette rame , surtout si l'on pense que des rameurs supplémentaires étaient toujours aux hancs pour relever ceux qu'un exercice continu aurait écrasés. Quant au second rameur, je le placerai en N , & 3 pieds du rameur H ; celui-là aura le tolet de sa rame en Q , à 1 pied du scalme B. Le giron KQ aura 3 pieds 9 pouces , et la partie extérieure environ 8 pieds. Cette rame sera donc longue de près de 1 2 pieds.

Pour se bien rendre compte de l'état de choses que consti-

MEHOIRE H'

tuait l'aroienient à zenzile , à deui rames par banc , il faat savoir quelle était la hauteur de l'apoatis au-dessus de l'eau. Ficheroni délia Mirandota , dans les notes qui accompagnent son plan de galère subtile à vingt-cinq agirons par bande , s'eiiprime ainsi : > Alta (la galia) in voga In mezo con lasuapostizapieS. • La plus grande hauteur de la galère au-dessus de l'eau à l'apostis était donc de 3 pieds vénitiens (*) ; nous allons voir qu'au quatorzième siècle la rame n'était guère plus élevée an-dessus de la mer. On peut se rappeler qu'un statut génois du 24 septembre 1 330 (voir pag. 262 de ce Mémoire) prescrivit aux patrons des galères subtiles d'avoir la ceinte de leurs navires , temper ni'lida ab aquâ , et de ne jamais avoir dans l'eau les fers qui marquaient la flottaison légale. Ces fers étaient placés, selon les prescriptions du statut de juillet 1340, à quatre palmes, ■ a mmto iubtam trmcbarini , > ou à quatre palmes de la ceinte. Quatre palmes font trois pieds; si, à cette élévation ooajonte la hauteur de la ceinte , celle du contaut , celle du trinquenin et ceUe de l'apostis , on aura , — ces trois hauteurs , je les vais em- I^unter à Hobier et à Crescentio, — on aura : hauteur de la ceinte ou cordon , 3 pouces ; hauteur du contant , 1 pan ^, ou 1 pied 1 pouce 6 lignes ; hauteur du trinquenin , 4 pouces ; hauteur de l'apostis, 2palmeBet 2doigts, ou 19 pouces. I^ somme de ces cinq hauteurs : 6 pieds 3 pouces 6 lignes , est à peu près celle de la galèra subtile du quatorzième siècle , au milieu, audessus de l'eau. Hais entre cette hauteur et celle que donne Picheroni pour une galère subtile du seizième siècle, la différence est on peu plus de trois pieds. D'où peut ^enir cela? De la différence des devoirs qu'avaient A remplir la galère armée en marchandise , au ferrement de laquelle pourvoyaient les statuts de Gazarie , et celle que Picheroni construisait seulement pour la guerre. La galère marchande , malgré les prescription^si souvent réitérées , avait sa flottaison habituelle fort peu au-dessous de la ceinte , comme le prouvent les termes du statut de

(*) Le pied de Venise était un peu plus grand que te pied français ; M. Casoni m'a fait connaître le rapport de ces deux mesures, dont la première est de 348 millimètres, quand l'autre est seulement de 334. Dans les calculs suivants je n'ai point tenu compte de celte différence. Il suffira , je pense, que Je l'aie fait connaître ici.

IirTTT

Page 1