‹ Archéologie navaleChapitre 7 sur 10 · IL · texte numérisé non relu

IL

3i(l ARCHEOLOC-IE NAVALE.

1330, qui ordonnait de naviguer la ceinte toujours hors de l'eau. Si nous négligeons les quatre palmes au-dessous de cette ceinte (a mento si^t(mo trencharini) que le statut de 1340 rendit olili^toires pour la pose des fers, nous verrons que la hau> teur de la vc^e aux galères de Flandre et de Syrie était de trois pieds , comme celle des galères subtiles contemporaines de Picheroni , Crescentio et Pantero-Paatera. Cependant il faut tenir compte de ces quatre palmes , parce que certainement quelques galères se soumirent aux rigoureuses exigences des statuts. La bautear étant double, les avirons changèrent-ils de longueur? Je ne le pense pas. Les bancs des rameurs s'élevèrent un peu , et l'aviron alla cbereher son point d'appui dans l'eau un peu moins loin du fiancde la galère. Les bommes eurent un plus de peine sans doute ; mais des galères marchandes n'avaient pas besoin d'une nage si allongée , si puissante ; elles l'établirent comme les chaloupes de nos ports établissent la leur relativement aux embarcations légères. Presque toujours escortées par des galères guerrières à qui le soin de la défense du convoi était laissé , rarement obligées de combattre seules , une marche rapide ne leur était pas d'une aussi absolue nécessité qu'aux galères de guerre. Quelquefois pourtant elles étaient contraiûtes de fuir; alors la cbiourme redoublait d'efforts pour manœuvrer, et elle n'était pas toujours vaincue par des galères plus fines et plus alertes. Quand la fuite était devenue inutile , la lutte s'engageait les armes à la main , et l'on a vu plus d'une galère marchande soutenir de beaux combats, et sauver sa riche cargaison des dangers dont la menaçait on pirate, ou une galère ennemie.

Prenons donc trois pieds pour la hauteur de la vogue des galères , et traçons , sur les données de l'ingénieur Picheroni , la figure suivante , représentant la coupe verticale de la galère subtile, an milieu de sa plus grande longueur.

MÉMOIRE N" 4. 3il

RZ sera la hauteur de Tapostis, du triuquenin, du contaut et' de la ceinte que nous savons être 3 pieds. Aux points X et Y {*), distants des scalmes R et Q confondus en un seul par la perpective , le point X de 6 pieds 9 pouces, longueur du giron de la première rame , le point Y de 3 pieds 9 pouces , longueur du giron de la deuxième , élevons deux perpendiculaires XM , YN , hautes de 2 pieds 3 pouces environ , puis des points M et N tirons les lignes MRP et NRO , et nous verrons que le plus grand aviron plonge dans Feau environ le cinquième de sa longueur, ou un peu plus de 4 pieds, tandis que l'autre plonge 2 pieds | seulement, qui sont à peu près le sixième de sa longueur totale. Cette seconde rame , on le voit , ne nagera point parallèlement à rautre(*^), elle n'est point assez longue pour cela ; elle sera cependant d'un très-bon effet , et , bien évidemment, elle servira mieux la marche de la galère , avec son rameur particulier, que ne servirait au navire la première rame manœuvrée par les deux nageurs réunis. Je n'ai pas besoin, je pense, de dire pourquoi j'ai donné aux hauteurs MX , NY , 2 pieds 3 pouces : on aura bien compris que c'est à peu près de cela que devaient s'élever, audessus du niveau du banc , les mains du rameur de la galère , quand , la rame étant dans l'eau , l'homme se rejetait en arrière pour faire effort sur le scalme , lancer le navire en avant , et dé-

C) Les lettres X et Y ont été oubliées par le graveur; elles doivent se trouver sur la ligne Q KG', la première au-dessous de M, Taulre audessous de N. Le lecteur fera bien de tracer ces deux caractères aux places que je viens d'indiquer, pour rendre plus Intelligibles les détails dans lesquels je vais entrer.

(**) M. Casoni s'exprime ainsi sur l'inégalité des rames dans les trirème A veneHane (pag. 24) : Anche suUe lunghezze de' remi , varie erano le opi- ^ nioni de' nostri padri ; alcuni reputavano che i tre remi aver dovessero la «> medesima lunghezza nella parte fuori del bordo , ed altri , fra quali Ale^- «< sandro Contarini , procuratore , amioo del Canale , che fosse da preferirsi « il sistema, in cui la stessa lunghezza esteriore fosse disuguale (Délia mi' 4« lUiamarittimay Cod. L, classe IV, p. 32, tergo). » Je n'ai point connu à Venise le manuscrit L de la bibliothèque Saint-Marc, ou des archives, M. Casoni ne dit pas lequel ; mais je ne saurais admettre l'égalité des rames dans leurs parties extérieures. 11 est trop évident que l'homme placé près de l'apostis devait manier une rame beaucoup plus courte que celui qui nageait le plus près de la coursie. Je m'étonne que le manuscrit de Christophe Canale ne s'explique pas sur cette question.

ni

gager de la mer son levier, qu'il allait aussitàt reporter borizoutalement, du côte de la poupe de la galère.

Dans mon arrangemoit des rames à zenzile pour la galère à deux rames par banc , arrHngemeot que je aoii une véritable restitatioD , le sabord de lu^ sera lai^ d'environ 6 pouces de plus que rinterBCalmeBQ(voirp. 337 figure), c'est-à-dire, I |Hed 6 ponces enfiroD. La séparation entre les sabords sera de 3 pieds. La galère aura vingt-cinq bancs et cent rames (*).

Si l'obliquité de 3 pieds suffit au banc qui doit porter doix rameurs , maniant diacun son aviron , elle a besoin de devenir

(*) Il y avait des galères i 3 rames par bsnc, plus grandes que celles dont mon calcul vient de faire connattre les dimensions. Ne Bc»t-ce pu de celles-là que veut désigner P. Bembodaos son HùtorUe veiKtxUberter- /ftu(Parisl&51], lorsque, parlant d'uncombatlivrépar les Florentiasà une escadre vénitienne, vers l-l89,devantLivoun)e{7>1Airrtta), ildit, p. M:

• Haues erant eorum sex , quatuor biremes, una et ipsa loDga, sedtrire'

■ mibusmultouastioiatqueprocerior; oneraria magna atia,milîtibns un- " plias seicentis, tormentonim, atque missilium omni génère instmctis-

• simK. El iia ad impediendaa frumentarias , ne Ami fluminia ostiom

• ingredipOEseut, biremes miserunt: leliqufe duKmagiue, ut in trirèmes

• impetum faoerent, remis uelisque propellebantur. Id pnefectusconspicatus, « triremem unam cui maxime confidebat, commeatui prœsidio reliquit : ipse «cum reliquisprouectus, tametsi periculosum esse intelUgebat cum tam

• magnis nsuibusconOigere; tamen, propterea quôd uidebatomnemeios

■ bellifortunamineocommeatusupportandocoDsistere; tdeas conuersus

■ dtatis remibus suk nauis proram in longx bostium latus magna anin»

• imprinit.... de superiore k>oo bostium milites tda in Venetos adigenles,

• facile eof uulnerafaant. Tum pilas piceaa igné succenso intriremem iacie-

• bant : qns res magnum incommodum prsfecto attulit, transtris complu- - ribus,et maiore uelo igné combustis: ut qui proximipugnarent utilités,

• remigesque p^rterrerentar, atque anlmos, virtutemque remittowit. > Les birêmes que Bembo fait connaître, étaient de deux espèces : les unes n'étaient pas plus grandes que les galères ordinaires à 3 rames par banc , les autres {reliqus dus magnx), étaient, l'une surtout, très-longues, bwo plus laides et plua bautes ( multo vattior atque proeerior ) que les galères 1 trois rames par banc. 11 fallait que leur rebord ou pavesade filt de beaucoup plus élevé que celui des triréniei , poor que l'bistoriea de Venise se pât croire en droit d'employer l'expression : de tt^eriore beo. IJ y avait probablement entre tes grandes fustes florentines ( voir plus loin àl'article de lafuste)etla capitaoeducbef de l'escadre vénitieDoe, une différence analogue il celle qui existe aujourd'hui entre un vais" seau à trois ponts et un 74, entre une grande frégate et une grande corvette.

plus grande si trois rameiuns doivent y trouTer place. De combien doit-elle s'accroître? Toutes les tentatives que j'ai faites m'ont amené à fixer cette obliquité à 5 {Heds , c*est-àfdire , que k

point r, où Textrémité de la ligne KT, figurant le banc, rencontrerait la ligne SI' de Tapostis , serait éloigné de 5 pieds du point S', scalme de Taiâron dont le nageur serait en K', dans Tannement à scaloccio. Pour ne pas augmenter la fatigue , déjà grande, du premier rameur, je laisse à son aviron la longueur de 20 pieds 9 pouces environ , et je place Thomme en M% à 3 pieds de K'. Quant aux autres nageurs , je les espace moins entre eux que je n'éloigne le premier du^ point d'attache du banc à la ooursie. Au lieu de 3 pieds entre chaque place , je n'en donne que 2, et cela pour conserver entre les scalmes R', Q', C, la distance de 1 pied que, tout à l'heure , je donnais aux scalmes RQ. Le second rameur, assis en N', aura un aviron IS'Q'O' long d'un peu plus de 15 pieds; le troisième , assis à 2 pieds de celui-là, en AS aura une rame A^G'D' de la longueur de 9 pieds 6 pouces environ, qui, placée au tolet C (figure précéd.), à3 pieds au-dessus de l'eau , aura dans la mer 2 pieds de pale. Son inclinaison , par rapport à la mer, ne sera pas aussi favorable que celle de la rame NO (fig. précéd.) ; telle qu'elle est pourtant, elle ne saurait être comparée à celle de la pagaie du sauvage qui a tant d'action sur sa longue pirogue. Avec la disposition que je donne

aux trois ramea (*] et aa banc qui porte les trois rameurs , le sabord de uage de la galère senût de 2 pieds 6 pouces , et l'éloignement d'un sabord à L'autre serait de 5 pieds 6 pouces. En examinant bien les figures de galères à zenzile que m'ont fait connaître Vittore Carpaooio , Pietro Laurati, et l'anonjme anteur des belles miniatures du Vii^e, delà Rîccardienne de Florence, il me semble que je suis tout A fait dans le vrai avec ces mesures.

Un quatrième rameur n'est pas plus difficile à placer sur le bancoùtroisn^çeraient déjà, que ces trois ne l'ont été eux-mêmes. Voici comment le banc et les rameurs doivent être dis-

Au lieu de donner au banc nue obUqutté de 5 pieds seulement , U faut supposer qu'il s'incline à l'avant d'une quantité S"L", mesurée sur l'apostis , égale à 8 pieds ou deux interscel-

(*) Le manuscrit de Christophe Canale dit que les trois rames de la ga< 1ère à trois par banc étalent appelées , celle qui était maniée par le rameur assis le plus près du milieu' de la galère : piamero, la seconde : poiOccio, enfin celle dont le rameur était assis le plus près du bord : terlicchfo. Nous avons TU plus haut (p. 312) qu'au seizième siècle, dans la marine (les galères du pape, et à I^aples, le 2" rameur s'appelait postUdo; en France on le nommait l'qpos^. Le piamero vénitien correspond au primtero italien , dont il est probablement une corruption. Terliccbio diffère beaucoup de lenarolo , qaoiqa'W signifie la même chose. Tous deux ont pour radical ter : trois, troisième.

MEHOIAE nM. 345

mes ordinaires. En plaçant les rameurs sur le banc à 2 pieds de distance Fun de l'autre , éloignement suffisant , car aux galères à scalœcio des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles , ils n'avaient que 18 pouces de siège , on a quatre honunes assis en M", N", A", E'. Le premier maniera un aviron dont le tolet sera en R" ; la longueur du giron ou genou M^'R" sera de 8 pieds 3 pouces ; la longueur totale de la rame devrait donc être de 25 pieds environ. Mais une rame des dimensions que cette longueur suppose serait trop lourde pour un seul homme ; en lui conservant son giron , qui est nécessaire , on peut raccourcir la partie extérieure de manière à la faire égale à celle de la rame du second homme. Le rameur M'' nagera d'autant plus aisément que le bras du levier sur lequel il agira sera relativement plus long de la puissance à la résistance que de la résistance au point d'appui. L'aviron du rameur M'' aura un giron N''Q" de 6 pieds 9 pouces , qui donnera de longueur totale 20 pieds 3 pouces à cet aviron. Cette rame sera à peu près celle du rameur M' de la galère à trois rames pour banc. La partie extérieure Q^'O", longue de 13 pieds 6 pouces, étant ajoutée au giron M"R'' de l'aviron WWP\ celui-ci aura 21 pieds 9 pouces. Le troisième rameur A'' maniera une rame A^D'' dont le giron A"C aura 5 pieds 2 pouces de longueur, et qui sera , par conséquent , long de 15 pieds 6 pouces dans sa totalité. Quant au rameur assis en F, sa rame , longue en tout de 10 pieds 6 pouces, aura 3 pieds 6 pouces de giron. Cet aviron E'G' sera plus long que le troisième aviron de la galère à trois rames par banc; il produira par conséquent plus d'effet, et son inclinaison, au lieu d'être (figure p. 340) mesurée par l'angle A'CR, le sera par l'angle FCK. L'aviron entrera de 2 pieds dans l'eau. — Le sabord de nage de la galère à zenzile , munie de quatre rames par banc , telle que je la conçois , était large de 4 pieds ^ environ ; l'intervalle entre chacun de ces sabords devait être de quatre pieds. La galère à quatre rames par banc, si elle n'était pas plus longue que celle de Picheroni , que j'ai prise pour type , ne pourrait avoir que douze bancs de chaque côté ; en tout , elle aurait quatre-vingt-seize rames. Dans la galère à trois rames par banc , il pouvait y avoir dix-neuf bancs de chaque bord et cent quatorze rames en tout. Ceci ne veut pas dire qu'il n'y avait pas

ABCHEOLOGIK HAVAUE.

des galères plus longues , ayant, par exemple , cent «ingt rameurs et vingt bancs (*).

S'il j avait des galères à cinq runes par banc, eomme Pantero-Pantera le dit expressânent , p. 150, chap. xv( «008040 - s'armavano li galee a tre e quatre e cinque remi per banco), • ce n'était plus de 8 pieds qu'il fallait (diliquer, mais de 10.

S"'L"' aura donc 10 pieds. Sur la longueur K'"L"' si je prends la place de cinq hommes , occupant chacon 2 pieds , le cinquième rameur sera assis en H", les autres s'assoiront en M'", IN'", A'", E". Le rameur M'" maniera un aviron qui, ayant 8 pieds de giron , devrai^ avoir 24 pieds ; mais je rédnirai sa longueur extérieure de manière que sa pale soit la même que celle de la rame du deuxième honune , et cela pour la raison que je donnais tout à l'heure, relativement à la rame M"P" de la galère à quatre rames par banc. Cette rame du deuxième honune , fixe au scalme Q'", sera de la même grandeur que la rame N"0" (fig. précéd.), ou 20 pieds 3 pouces ; en ajoutant donr-

(*] Dans le statut de Gazarie de 1330, chap. t', ou chap. xxvii) du statut de 1441 , on lit : ■ Vogerii vero seu marinarit usque ad numerum 'COiicurrentenil76, computatisnaucleriit etMDeaealGO...>ED nippou^t cinquante matelots pour les voiles , cinq nochers et pilotes , un séoédial ou commis aux vînes, la galère dont parle le document génois devait avoir 130 nageurs qui , groupés par 3 , devaient s'asseoir sur 40 bancs ,. 30 de chaque bande.

MEMOiiLE n° 4. 347

i 3 pieds 6 pouc. aux 8 pieds du giron M'" R'" on aura la longueur totale de la rameM'"P'''=:21 pieds 6 pouces. Le rameur A'" aura une rame dont le giron A"'G"' sera de 5 pieds 3 pouces. La rame en son entier aura donc près de i 6 pieds. La rame F'G" aura à peu près 13 pieds ; la rame H"T n*aura que 9 pieds 6 pouces comme la rame X'GD' de la galère à trois rames par banc ( p. 343). — Le sabord de nage , pour les cinq rames, sera de 6 pieds I enyiron; l'intervalle entre chaque sabord sera de 4 pieds |. La galère pourra avoir neuf bancs de chaque côté , ce qui fera une totalité de rames de quatre-vingt-dix.

Je ne sais si jamais il y eut des galères à six rames par banc: je ne connais point de texte qui m'autorise à le croire ; mais il me semble qu'un tel armement n'aurait présenté aucun avantage. On voit qu'à cinq rames par banc, la galère est très-infé* rieure en nombre d'avirons , et par conséquent en vitesse, à ce qu'elle est quand elle n'a que trois rames par banc ; à six rames, l'infériorité serait plus grande encore , car la galère ne pourrait avoir que sept bancs de chaque c6té , ce qui réduirait à quatrevingts le nombre total de ses rames. Pour que la galère à six rames zenziles fût possible , il faudrait l'imaginer plus longue, par conséquent plus lai^ et plus haute sur l'eau que la subtile ordinaire du seizième siècle ; mais , si le nombre des bancs et des rames augmente dans cette hypothèse, les longueurs des premières rames , augmentant avec la largeur du navire , deviennent trop lourdes pour un seul homme , et , par conséquent, impossibles à supposer. Des quatre organisations de galères à zenzile que je viens de déterminer, celles qui durent être préférées ce sont celles des galères à deux et trois rames par banc. Cent et cent quatorze rames étaient des armements très-favorables, et favorables à ce point qu'il n'est guère concevable qu'on ait pu raisonnablement leur opposer les armements des quatre-vingt-quatre et des quatre-vingt-dix rames. Sans doute ces armements avaient une supériorité marquée sur ceux des très-petites galères et galiotes dont les rames assez courtes n'étaient manœuvrées que par un seul homme; mais qu'étaient les galiotes comme bâtiments de guerre , au quinzième siècle ?

L'armement à trois rames par banc était d'usage à Venise au quinzième siècle, et au commencement du seizième. Cela est

ASCHEOLOGIE RAVALE.

établi par Pantero-Pantera dans le passage que j'ai rapporta, page 320. Le capitaine de la Sainte-Lucie dit en effet : • Venise <• n'envoyait pas à la mer ses galères avec plus de trois bonunes ■ par banc. » Venise devait, par de longues expériences , s'être convaincue que la galère ainsi nagëe valait mieux qu'avec tout autre armement ; elle n'avait cependant pas renoncé à la zenzile à quatre rames, qui jouissait apparemment d'un certain renom en Europe, car nous apprenons, d'Olaus Magnus, que Gustave I" , roi de Suède , en fit construire par des ouvriers vénitiens. Voici les paroles de l'bistorien ; elles sont assez intéressantes pour être rapportées et commentées : >< Prœterea idem « rex primus usum biremium, triremium ac quadriremium circa

• annumDomiui 1540inmariGothicoacSuecicoiQaauartificuitt

• venetorum lihcrali stipendio infroduxit. ■ Je ne saurais méconnaître dans ces birèmes , trirèmes et qnadrirèmes de l'écrivain suédois, les galères à' zenzile, abandonnées à la lin du seizième siècle , et dont Pantero-Pantera ne savait si peu de cbose que parce qu'il avait oublié de demander des renseignements à leur sujet aux > vieillards qui avaient commandé au-

• trefois des galères armées de cette manière. • Carlo- Antonio Marin , qui ne savait pas qu'au quinzième siècle , et au commencement du seizième, il eût existé des bâtiments à rames, ayant plusieurs rames sur un seul banc , ne comprit pas le sens du passage d'Olaus ; aussi , en le rapportant , traduisit-il biremium par galeotte, triremium car galère , quadriremium par galeazze {pag. 161, vol. 7). Les auteurs qui, dans le moyen âge et depuis, eurent l'occasion d'écrire en latin sur les galères, lirent un grand abus de ces mots incompris : biremts , Iriretitt'i, etc. : souvent il est impossible de savoir dans quelle espèce de navires ils rangent ceux qu'ils décorent de ces noms ; mais ici le doute est impossible. Pour moi , ces birèmes, trirèmes et qnadrirèmes introduites dans les mers de Suède et de Gotbie , par Gustave Wasa , et construites par des ouvriers venus à grands frais de Venise , dix ans avant l'accomplissement de la première moitié du seizième siècle , sont des galères à deux , trois et quatre rames par banc ; je ne crois pas qu'il puisse .v avoir deux opinions à cet égard, maintenant que voilà éclaircie la question des galères à zenzile.

MÉMOIRE ?i° 4. 349

La connaissance vague que Pantero-Pantera avait de l'arrangement des rames par groupes plus ou moins nombreux , lui fit croire que les galères des anciens avaient pu être armées à zenzile. On le voit le déclarer sans hésitation (p. 1 6, chap. m) quand il parle de ces bâtiments : « Y'era la birëme, la trirème, la qua- «^ drireme , la quinquereme. Ve n'erano di sei , di sette , d'otto, a di nove , di dieci remi per banco , e oltra queste si legge , che « se ne siano jvedute di dodici , di quindici , di venti , di trenta , « di quaranta e di cinquanta. » J'avoue que, si je puis me figurer une birëme et une quinquérème romaines à peu près semblables aux galères à zenzile du quinzième siècle , je ne saurais m'imaginer la position du banc qui aurait porté quarante et cinquante rameurs, maniant chacun son aviron. Qu auraient donc été la première et la quarantième de ces rames ?.. . . Le système de Pantera ne vaut pas mieux que tous ceux à Taide desquels on a prétendu expliquer les galères des anciens ; il présente même des difficultés plus grandesdans l'application que ceux de Deslandes , d'Howen et de Scheffer. Mais ce n'est pas sur cette question d'archéologie navale que je dois m'arréter ici ; les galères de l'antiquité grecque et romaine sont hors de mon sujet , et je reviens aux navires à rames du moyen âge pour me demander si ce que je viens d'établir, tout à l'heure , relativement à l'armement des galères à zenzile , peut m'aider à déterminer l'espèce et la force de certaines galères, dont l'importante historique appelle nécessairement l'attention de l'antiquaire marin.

Je trouve, par exemple, dans le traité passé entre le célèbre doge de Venise, Andréa Dandolo, et l'empereur de Constantinople, un article stipulant que l'empire latin entretiendra douze galères montées par ses sujets , et enti'etenues , pour les deux tiers, par la république de Venise. Ces galères devaient avoir cent quatre-vingts rameurs portant cuirasse. De quelle espèce devaient être les galères dont il est question? Sans aucun doute elles n'avaient pas autant de rames que de rameurs ; car en admettant qu'elles eussent eu cent quatre-vingts rames , à deux rames par banc , elles auraient été d'une longueur énorme , puisqu'au lieu de vingtquatre bancs il leur en aurait fallu quarante-cinq ; et en admettant qu'elles eussent été à trois rames par banc, il leur aurait

3à0 AHCBEOLOGIE HAVALE.

fallu trente baDcs de ehaqoe bord, an lien de dii-8ept(*), ce qui aorait augmenté leur longueur de près de 100 pieds. Tous les rameors ne devaient pas nager à la fois ; un certain nombre restait en réserve pour suppléer les malades on ceux qu'un long exercice de l'aviron avait fatigués ; mais quel pouvait être ce nombre P Si je suppose une galère de vingt-quatre bancs , à deux rames par banc , le nombre des rameurs de supplément sera de qnatre-vingt-qnatre. Ce'sup{riément dinûnnerade quatre si on suppose la galère à dix-sept bancs , trois rames fonctionnant sor chacun. Quatre-vingts hommes se reposant quand cent nagent; ' quatre-vingts hommes restant pour remplacer les trente-trois rameurs des plusgrands avironset ceux des avirons moyens qu'une longue traite a fatigués; quatre-vingts hommes toujoars prêts à commencer le combat, si le combat devient imminent , cela paraîtra assez raisonnable, surtout en se reportant aux prescriptions de Constantin Porphip'ogéaëte qui, faisant connaître l'armementd'nndnHuon.liv. ii,chap.xLrv,p.387, de Ceremomis autœ Bj/zantituÈ, réserve soixante et dix militei sur les trois cents hommes composant réqnipagede la galère à denx étages À qui il fallait deux cent trente ■ reimge$ , qui ti velint aut apti tint , amftrrt m "j^ugnisquoqueoperampoterunt. 'Je pense donc que les galères mentionnées par le traité veneto-imperiale étaient de l'espèce à senzile , à deux rames par banc. Elles devaient ressembler i ces vingtgalèresquedon£nriqaen,roideC8gtille, au rapport de don Lopez de Ayala , le chroniqueur du règne de ce ntonarque , fitarmer&Sévilleen 1370 pour aller combattre la flotte portugaise

[*) Si je ne donne aux gatèrei du quatoniènw siècle que 34 et 17 bancs au lieu de 2S et 19 que les galère* du milieu du MiiièDW siècle pouvaient avoir dans l'arrangeroent à senzile, à 3 et 3 mues par banc, c'est que je n'oublie pas la di£féreuce eiistant entre les galères subtiles de Venise et de Gènes , que j'ai analysées page ?73 et suivantes, et les galères subtiles de Pieheroni et de Crescentio, l'une à 95 bancs, l'autre i M,et toutes deai postérieures de deux liteles aux galères de Flandre, de Syrie et de Remanie. Les galères du seisiènie siêde avaient 1S3 et 130 pieds de longueur totale, les subtiles du quatonièuM siècle n'en avaient que IlSet même 113. 113était la mesure des génoises, même en 1441, cOEOme le prouve le cbap. De menturU gateanm Romanix et Syriit, p. 78 du manuscrit de Vqfficiun Gcaarix : • in longîtudine de roda in rodam, de ■ goys, sen brachris, u. *

MÉMOIRE m*' 4. 351

qui fermait le Guadalqaivir à son embouchure. Chacune d*elles, dit l'auteur de la Crùttica, avait cent rames , et pour les manier cimto y ockenta bogadares. Or ces cent rames ne pouvaient être appuyées sur Tapostis de la galère qu'accouplées deux ou trois par banc ; car on ne saurait supposer la galère à deux rangs de rames superposées comme les dromons des neuvième et dixième siècles. Le chroniqueur aurait certainement tenu compte de cet arrangement, auquel d'ailleurs aucun auteur du quatorzième siècle ne fait allusion, et dont je n'ai trouvé les derniers souvenirs que dans le passage de Winesalf cité au commencement de ce Mémoire.

Une ordonnance sur les armements des galères, faite par don Pedro, roi d'Aragon , et promulguée en 1354, porte ceci: « La « galera lleva dento cincuenta y quairo remeros!.. Si la galera ^e de veinte y nueve haiico^^ conta dento y sesenta remeros. » Les galères dont parle ce document étaient-elles à zenzile ? Il n'en faut pas douter. La première était à vingt-cinq bancs de chaque côté, elle avait cent rames, et il restait cinquantequatre rameurs de rechange , qui étaient soldats , armés pour le combat quand ils ne maniaient pas l'aviron. Dans la galère à vingt-neuf bancs , il y avait cent seize rames , à deux rames par banc , et il restait quarante-quatre rameurs de réserve. Nous aurons tout à l'heure un exemple qui confirmera pleinement ce qui semble ici n'être qu'une hypothèse hasardée. Un décret de 1333, rendu par le conseil des Pregadi de Venise, sur l'armement des galères de Flandre, porte que l'équipage de toute galère doit être de diLcmtos hamines soltUos (Ubres) ; cent quatre-vingts desquels étaient inscrits sur le rostre du bord conune rameurs. Ce nombre de cent quatre-vingts, qui se trouve ici comme dans le traité d'André Dandolo avec Andronic, et dans la chronique de don Lbpez de Ayala , nous démontre qu'il y avait de très-grands rapports entre les galères de toutes les puissances navigantes, au quatorzième siècle. Les statuts de Gazarie nous enseignent cependant qu'à Gênes le ncHnbre des vogerii n'était que de cent soixante-seize , « computatis naucleriis, senescalcho et balestre- « riis octo » (statuts du 16 février 1340 et du 21 juin 1441). Les cent soixante-trois rameurs que suppose le nombre cent soixanteseize , dont il faut retirer dix arbalétriers , quatre pilotes et un

aénéchal ou pitancier (petentariia) , devaient faire voguer une galère , aTmala ad très remos ad banchum (*) , fdnsi que s'exprime le cbap. Lxxxvtit du statut de 1441 que j'ai cité dans la note 2 , page 330 de ce Mémoire. Combien cette galère devaitelle avoir de rames? Bappelons-nous qu'elle était longue de cent douze pieds environ; si de ces cent douze pieds nous ôtons dix-sept pieds pour les quartiers de proue et de poupe , ilenresteraquatre-vingt-quinzepourlavogue.Or, quatre-vingtquinze pieds divisés par cinq pieds, que nous avons vu (p. 343] être l'intervalle nécessaire entre chaque banc de la galère & zeozile à trois rames par banc , dounent dix-sept au quotient : la galère subtile génoise avait donc dix-sept bancs de chaque cdté. Mais dix-sept bancs à trois rames par banc supposeraient cent deux rames, et nous voyons que les galères de Venise et de Séville , auxquelles nous pouvons comparer celles de Gènes , n'en avaient que cent. Cette différence de deux rames n'est pas difficile à expliquer , et nous allons tout de suite réduire à cent ce nombre : cent deux que nous donnent dix-sept bancs par chaque bande. La galère avait ces dix-sept bancs complets , à tribord par exemple, et seize seulement à bâbord. Le banc du fougon, — le huitième aux galères des seizième et dix-septième siècles, comme on le volt chez Hobier, J. Jouve et Passebon, — restait libre, et en cas de nécessité seulement on y bordait un aviron. Ainsi le fougon n'était pas gêné pour les travaux de la cuisine. Je ne pense pas que l'on puisse rejeter ma supposition conune trop commode , si l'on veut lire cette phrase de Roubier, p. 28 : « Il y en a vii^-six de chaque costé , éloignez l'un de l'autre de " cinq pans, réservé que de gauche le huitième sertdefoi^n...

(') Les statuts génois ou de Gazarie, de 1340, 1344 et 1441, sur l'armement des galères de Flandre et de Syrie , parlant des rames dont devaient être pourvus les navires, s'expriment ainsi : > Reme et terzolli sem- • per ad minus in toto viagio centum octuaginta quinque. * Cela nous enseigne qu'il y avait dans les galères à zenzile deux espèces d'avirons; les plus grands qu'on appelait du nom générique : rame, et les plus petits ou troisièmes, ceux qui, dans le plan que j'ai tracé, sont représentés par A'C'D' ( V. la figure , p. 343 ] ; ceux-là désignés par le nom de lenôlU. noua avons vu, p. 313 de ce Mémoire: qu'au seizième siècle, le 3' rameur était appelé tercerol iUrzarolo); peut-être qu'au treizième il en était déjà ainsi , et que le tenaroltu nageait avec le terzoUui.

duquel tiéantmoins on peut voguer en ^cas de nécessité. » Et cette autre de Capmany : « La sencilla , » — j'ai dit que Capmany appelait ainsi la galère subtile , comme au dix-septième siècle on la nommait en France , — « 26 bancos à estribor , y « 25 à babor , por quitarse siempre un remo para el lugar del « fogon(*). »

Tenons donc pour certain que les galères du quatorzième siècle, génoises, vénitiennes , castillanes, à cent rames, étaient armées à zenzile , et généralement à trois rames par banc. Toutes n avaient pas le même supplément de rameurs ; mais , pour bien apprécier la raison qui ne faisait admettre que soixante-trois hommes à Gènes, quand à Venise, à Constantinople et à SéviUe on en admettait quatre-vingts , il faudrait savoir si les Génois étaient plus vigoureux que les autres rameurs de la Méditerranée , ou si un urgent besoin d*économie dans Tarmement des galères avait motivé la différence que signalent des chiffres authentiques.

Avant de quitter un sujet qui , pour être épuisé , voudrait sans doute de plus nombreux exemples , je citerai un armement projeté, en 1335, par Philippe de Valois, quand il se préparait à une croisade prochaine. Il s'agit de cinq galères, prises à loyer, à des maîtres de navires marseillais et nissards, par Fentremise de Paul Giraud, envoyé du roi de France. Ces galères devaient être conunandées par Huë Quieret , chevalier , admiralus domini régis , dit la minute manuscrite que j'ai copiée dans le

(*) Dans la planche de l'œuvre de Breugel, gravée par F. Huiis, et représentant le Détroit de Messine, entre autres navires très-curieux à étudier,—navires qui appartiennent tous à la fin du quinzième siècle ou aux premières années du seizième, — on voit une galère à rames groupées par trois, comme celles de Vittore Carpaccio, de Dominique Tintoret, du Virgile de la Riccardienne et de l'édition de Scbeffer. Elle a 14 groupes de rames , plus, à l'avant, une rame seule, qui est probablement une faute de l'artiste; cela fait 42 rames par bande ; c'était donc une galère de S4 rames. Par le travers du mât, et cette galère, fort longue, n'en a qu'un, il y a une coupée, un aditus de la largeur d'un interscalme. Là ne pouvait être la cuisine, car on n'aurait pu entrer dans la galère par l'endroit du fougon. La cuisine était peut-être transportée tout a fait à l'avant. — La planche que je viens de citer se trouve au département des estampes de la bibliothèque royale , Vol. le— 5.

3ôi ARCHEOLOGIE FIAVALE.

volume VABIA — 5956 A, Colbert, MS. de la bibliotliëqae du roi , et dont oa trouvera le texte à la suite du Hémoire d° G. Elles devaient aUer à Rhodes, ou au delà, à la volonté de l'ami roi , et chacune devait être armée de cent seize rames {de centum et sexdecim remii) et porter : • rémiges ceutom ceptuaginta ■ (itc) quatuor bouos et KufîciCQtes. > Pour connaître la grandeur de chacune de ces galères et leur armement en bancs et rames , on peut diviser cent seize par deux ou par trois ; par deux , pour avoir une zenzile à deux rames par banc, et l'on aura ce résultatci:vingt-neuf bancs et cinquante-huit ramesdediaque côté; par trois, on aura cet autre résultat : dix-neuf bancs de chaque côté, plus une rame. Si cette fmctioa n'appartenait qu'à l'tm des deux bords , un vingtième banc à droite et l'absence d'un banc à gauche à la place du f ougon lèveraient toute difficulté ; mais l'excédant d'une rame de diaque côté rend cet arrangement impossible. Heureusement la combinaison par deux est excellente, et nous voyons que les galères nolisées par Philippe de Valoi» étaient de celles auxquelles faisait allusion l'ordonnance (citée plus haut, p. 351} de don Pèdre d'Aragon (1334), quand elle disait: > Silagalera e de veinte y nueve baneo$...{').'

(*) Geroaimo Çurita , dans le viii' livre de Loi analet de la conma dt Aragon ( tome II , pag, 368), règne de Don Pedro cl quarto , parlMit de l'eipéditioD qui se préparait, en 1356. contre la Sardaigne, dit ; «Y ectia- 1 ronge seys galeras nuevas al agua, lai dos de veynte ; ouere bancos, por- X quefuessen mas girantes y legera para corso, y las otras^uatro de treynta • bancos , como era lo mas ordinario. > Capmany , qui rapporte ce bit en unalysant le passage de Çurita, sans le citer textuellement, ajoute : -Eslo ' es, la de treinta remos por vanda. > Cette observation que Capinany a l'air d'attribuer au chroniqueur d'Aragon, ne lui appartient point; elle est du fait du savant auteur des Memorieu hitloricat , qui, n'ayant pai connu le système des galères à groupes de rames par 3 et 3 sur un seul banc , est tombé dans plusieurs erreurs de ce genre. Nous avons établi que les galères à 39 bancs avaient 116 rames; les galères à SO bancs avaieat 30 avirons, et non pas 30 comme l'avança Capmany raisonnant des galères du quatorzième siècle, par analogie avec celles du dix-fauitième qu'il avait sous les yeux à Barcelone, quand il composait ses mémoire*. d'ailleurs si estimables, publiés en 17T9. La galèreà29 bancs, bien qu'elle eût un seul banc de moins que la galère à 30 bancs , devait être , comme le remarque Çurita , plus légère à la course et plus virante ( prompte à virer de bord : mas girante*)- Elle avait, d'abord, de moins en longoeuT ,

M£MOllKE i^" 4. 355

Les galères proprement dites , dans les quatorzième et quin-* zième siècles ^ n'étaient pas les seuls navires à rames qui reçus* sent cet armement de cent rames à trois par banc ; une espèce de bâtiment que les documents appellent du nom générique dfe lignum portait aussi ce grand nombre de rames. Un décret du sénat vénitien cité par Marin (pag. 208 , 5* vol.) d*après le livre Mixtorum, décret du 12 mars 1334, ordonnait d'armer le plus promptement possible : « dtio ligna , unum de remis eentum , « aittid de octoginta. » Qu'étaient ces ligna ? G*est ce que je dois examiner ici pour ne rien laisser , s'il est possible , d'inexpliqué dans tout ce qui se rapporte à l'organisation de cette grande famiUe des galères du moyen âge. Marin voit , dans ces ligna dont il ne devine pas l'armement : « due galère di stnisurata « grandezza, » Cependant Fun était de la grandeur d'une galère subtile ordinaire du quatorzième siècle , armée à la zenzile , à trois rames par banc , c'est-à-dire , qu'il avait 1 1 2 pieds de longueur totale; l'autre, plus petit, n'avait que l'importance d'une galiote du seizième siècle , mieux pourvue d'avirons , car elle avait quarante rames de chaque bord sur vingt bancs , mais non pas beaucoup plus grande , sans doute. Qu'aurait donc dit Marin , s'il avait connu le recueil des statuts de Gazarie , et s'il avait lu dans le manuscrit de YImpo$icio officii Gazariœ que j'ai sous les yeux : « Pro quolibet ligno navigabili de teriis , si faen rit de remis sexaginta usque in eentum... et si fuerit de remis

« viginti usque in sexaginta et intelligatur quantum ad pre-

« sentem articullum esse galea » (pour une caution à donner) « si « fuerit de remis eentum vel ab indè suprà? » Qu'aurait-il pensé de cet : ab indi euprà, qui prouve qu'il y avait des ligna de ieriii armés de plus de cent rames?

Nous savons maintenant très-bien à quoi nous en tenir sur des bâtiments à rames ayant cent seize avirons ; le texte du statut de 1313 n'a donc rien qui nous étonne , au moins quant aux cent rames , et « ab indè suprà. » Mais ce texte appelle ligna de teriis ce que le décret du sénat de Venise du 12 mars

la largeur de Finterscalme de la zenzile à 2 rames par banc, c'est-à-dire, 5 pieds ; elle devait ensuite avoir moins de longueur de palmettes, et par conséquent moins de charge de bois , moins de longueur d'antennes , et tout ce qui s'ensuit, proportionnellement.

ABCHEOLOGIE NAVALE.

1334 nppelle Beulement ligtia; pourquoi : de teriU? et que siguifie cette qualification? Du Gange , au mot Iheria , citant un passage des annales de Gènes qui se rapporte à l'an 1242 , et qui dit : " Fisani galeas et alia ligna de duabus theriis L numéro ■< muniebant, <• se hasarde à dire que peut-être les thtria étaient des ponts , des couvertes. De cette conjecture , il foudrait tirer la conséquence qu'un navire de duabut theriis aurait eu deui ponts , c'est-à-dire , que ses rameurs auraient nagé sous couverte , conune ceux des galéasses , comme ceux du rang inférieur , dans les galères de l'empereur Léon ; voyons ce que cela a de vraisemblable.

Fiions-nous d'abord sur le véritable sens du mot Ugnum ; tâchons ensuite de connaître l'origine du mot tluria ou teria; enûn déterminons ce que pouvaient être les ligna de Imii dont il est fait une si fréquente mention dans les statuts de Gazarie.

Quant à lignum, du Cange, qui n'avait pas connu un assez grand nombre de textes maritimes , et n'avait pu examiner sérieusement la question que soulève ce mot appUqué aux navires, le déSnit ainsi : « Phasetus vel lembus. * Pour-appuyer cette définition , le savant auteur du glossaire de la basse latinité cite quelques exemples, et renvoie à une foule d'auteurs où se trouve le mot lignum ; et , chose singulière ! pas un des exerajiles cités ne prouve que lignum désigne exclusivement im petit navire ou une espèce particulière de navire , comme du Cange parait le croire ! Ainsi le passage de la Vie de saint WiUibrold , invoqué en témoignage : > Quidam volentes visitare limina Beati « WiUibaidi se conduxerunt in qnodam l^o , quod dicitor » floze, ■ ne signifie rien autre chose, sinon que les fidèles, empressés d'aller visiter la demeure du bieuheureux, s'embarquèrent sur un navire appelé flos. Lignum , c'est ici , comme toujours , un navire en génénd , et non pas un navire d'une espèce particulière ; lignum est un trope , et je m'étonne que dn Cange ne l'ait pas reconnu. C'est la matière dont est ^t l'objet pour l'objet lui-même, comme fraies, ptnus, abies, si souvent employés par les poètes pour désigner métaplioriqucment le vaisseau. Si lignum avait été une désignation spéciale de navire , barque ou chaloupe, l'auteur de U Vie de saint Willibrold n'au*

rail pas dit que cette espèce de bois s^appellait fioz. Floss, chez les AUemands , ajoute du Gange , pour faire comprendre le sens du mot floz , c'est ratis. En effet , radeau se dit floss en alle- Hiand ; mais le floss , comme le float anglais , c'est aussi tout ce qui flotte. Les peuples navigateurs du Nord ont appliqué ce mot d'une acception générale à différents objets appartenant à la marine ; ainsi , la flottaison du navire , ils Vont appelée flosse , les»avirons , flossfeder. Ih ont eu aussi une espèce de navire qui se nommait floz , et qui n'était point un radeau , comme l'a cru du Gange ; c'est une sorte de barque. On la voit mentionnée chez «( Maistre André de La Vigne, secrétaire de la royne et du duc de Savoie » , dans son Vergier d'honneur, imprimé en 1 495, et que j'ai déjà cité ailleurs :

Par floz marins , carraque et naviculle Présent sacule es isles de Cecîlle....

Floz est aussi un trope. Le second exemple de du Gange n*est pas plus conduant que le premier ; Walefrid Strabon , dans sa Vie de saint Gall , dit : « Uli navicula oonscensa , totis nisibus « ire festinantes, ligno natatili profonde terram sulcante, nocte « proxima pervenerunt ad ducem. » Là encore, lignum est pris dans son acception figurée ; sans doute , il se rapporte à navicula ; mais s'il rappelle le petit navire dont il a été question , il n'a pas la prétention de désigner son espèce , sa taille , sa forme. La navicula est un bois , et voilà tout ; c'est un bois , un navire , un lignum , comme on les désignait très-généralement au moyen âge. Le chap. i*' , livre iv des statuta Massiliœ^ MSS. 4660 et 4661 B de la bibliothèque du roi , dit : « Ordinamus observan- « dnm quod nuUa navis vel lignum aliquod, capulus ve, vel barca « aliqua teneatur deinceps vel sustineatur plena in portu. » Du Gange , qui indique , sans le rapporter , ce passage des statuts de Marseille , a-t-il pu penser que lignum pût désigner ici le Umius ou le phaselus , auquel il veut que tout lignum se rapporte ? Le rédacteur de l'article nomme expressément les barques, les esquifs {caupulus, que les Vénitiens appelaient copano)^ parmi les petits ujEivires qui ne doivent pas garder leur charge dans le port; mai^ il ne les nomme qu'après avoir nommé d'abord les i>efs {navis) et les autres bois de quelque importance

ARCBEOLOGIE NAVALE.

(lignum alîquod). N'est-il pas évident que • lignum • est ta poor dealer tout ce qui , de navires , est entre la grande nef à deox ou trois étages , et l'embarcation ouverte ? Dans les statuts de Gazarie , le mot lignnm est souvent employé c4Hnme il l'tst dans les statuts de Uarseille ; ainsi, statntdu 19 février 1313, pag. 123 du manuscrit de VJmposicio offieii Gtaaria: > Pro

■ quolibet taridavelaliolignocoperto... ■ Plus souvent encore, il est employé dans un sens tout à fait g^éral ; ainû, statut du 21 novembre 1317, pag. 131 du même manuscrit : • Statuunt •• et ordinant quod securttates navigandi (les cautions] que date

■ sive prestite fuerint secundtmi formam supradicti articuli

• sive tractatns pro aliquo ligno quod navigare dd>eat de Janua

■ ngque ad portum Pissanum vel ab indè citrà , vel usqne

■ Nidam vel ab indè citrà , durent . . . ■ Voici qui est plus général encore : statut du 19 février 1313 , pag. 130 de Y Imposicio, et statut du 22 juin 1441 , pag. 66 du manuscrit de VOffidum Gaxariœ : ■ Qnod aliqnîs patronna alicuins navîs, cocbe, galee,

• ligni de teriis , de bandis sen oneris , vel alicuins ligni sen

■ TBSis navigabilis , etc... • Après de pareilles citations, pourrait-on être admis k soutenir que tignutn désigne une petite embarcation, chaloupe, esquif ou canot P Assurément non. Le lignum eopertum, comparé à la taride, par le statut du 19 février 1313 , n'était pas un navire de si petite importance. Le statut du 17 mars 1340, intitulé : Ordo ferrandi ligna, dans la classification qu'il fait de ces ligna, auxquels doivent être mis les fers , comme je l'ai dit pag. 266 de ce Mémoire, cite d'abord :

■ Cocha trium eoperiarwn ; > ensuite : • Cocha dwtrum copertarum; • enfin : • Lignum navigabiU uni'us copertt, panfilut, g<Uea. • Il est donc bien évident que tignutn est un mot de la nature de ceux-ci : vaisseau, navire, bateau, barque, qui s'entendent d'une manière générale , et que , — conm» nous avons des vaisseaux de guerre , des vaisseaux de ligne , des vaisseaux marchands, des vaisseaux de la compi^nie des Indes, des navires à trois mAts , k deux mAts , des bateaux appelés chalands , toues , mamob, flamands, des barques de pédie, de passage, etc., — il y avait au moyen âge des (ii^na appartenant à la fiunille des bâtiments ronds, qu'on appelait : nave, coque, taride, lignvm de bandit , Ii'j^um dt onmi, lijrnum de orlo , et d'autres fùjnq

appartenant à la famille des galères , comme paoflles , galères ,

ligna de teriif.

Maintenant que ce fait est établi , voyous ce qu'il faut entendre par lignum de terii». Revenons aux exemples rapportés par du Gange. Le lignum latin entra dans la langue romane avec les conformations lin (*) et Une ; c'est ce que da Gange veut dire quand il écrit : ' Linnoslrù, olitn, ■ Dans un vieux compte de 'rbéobalddeGhepo7,àladatede 1310, ou lit: • Quant Boqueford •< ta pris, Hessire de Chepo; retint deux galies et un lin , quant

• les autres s'en allèrent à Venise , pour ce que cil de Saloai-

• que armoient 5 Uns pour nous détourner les vivres. ■ Ije& lins dont il s'agit ici, qu'ils fussent à rames ou non , — et je croîs qu'ils étaient de ceux que les documents génois appellent ligna de teriii , — n'étaient pas de très-petits bâtiments , fem&C vei phauli. Celai que Hesiire Tbéobald de Chepoy retint avec deux galles devait être de taille à aider les deux galères contre les cinq lins de Salonique, s'il les rencontrait; et, quant ^ ceux-ci, ils avaient une certaine force, puisqu'ils pouvaient , ensemble ou séparément , lutter contre deux galères , et oom~ battre les navires de charge , toujours bien armés , qui appor~ talent des vivres à l'endroit oil restait Hessire de Chepoy. Le dernier passage rapporté par dn Gange est emprunté à Thomas Walsingham : ■ Dnœ grandes galeiae, " dit l'écrivain anglais, • et

• aliud genus ratis quod vocatur line , et noa bai^ia et 7 ba-

• lingarife periclitatœ sunt ante villam de Colessa." Au moyeu âge, lesbai^^ anglaises et, surtout, les balingers n'étaient pas

('] Or voDS Tu«i) les vaissiaux Dominer

Qui flotoient parmy ■> oier :

U y avoil Quoques et Barges Panfaies, Sa\es grqnda et larges Et Queraques (carraques] longues et lées (larges) lAtu et Siacres et Galées Targi a cberauz et Huissies (huissiers)-.. (Guilteume de Mochaut : SUge if Alexandrie aÈgypU. Manuscrit de la kibliotbèqueroyale. Supplément français, n>48, pag. 318 rec/o, colonne 3) vers 29 et suiv.) — CeMachaut était, comme jt l'ai dit plus faaut, contemporain de Charles V ; c'est lui qui composa la messe pour le sacre de ce roi ; on la trouve dans le volume manuscrit auquel J'ai emprunté la nomenclature qu'on vient de lire.

360 ARCUBOLOGIK RAVALE.

de petites embarcatioiui (voir Hémoire n° 6] ; il serait donc bien étonnantqueTbotnasWalsingbam eût nommé l'espèce de navire appelé Une , après deux grosses galères , et avant la bai^ , si ce line avait été plos petit que la bai^. Le Une était inférienr à la galère , mais il avait une importance presque ^;ale à celle de la galère subtile , comme nous le verrons tout à l'henre. Du Gange a donc eu tort de prétendre que le mot iiçfmm ne s'appliquait , pendant le moyen âge, qu'aux petites embarcations, floz , navicu/a ou tembut. Capmany est tombé dans la même erreur lorsqu'il a dit, note I , pag. 33, tom. I de ses Hemorias bistoricas, & propos du mot Imy : • £sta especie de basti- « mento, oonocido oon el nombre de lignum ô letiAus en latin " baxo • — voilà le tembut de dn Gange — «y con el de tegno

• entre los Italianos, pareœ fué nave propria del Mediterra-

• neo : pues solo en antiguas Gronicas de Cataluna, Genova,

• Pisa, j Veneda se bace mencion de elles desde el siglo ui. • Gette dernière observation n'est pas plus beureuse qoe la première. Nos vieux matelots français disaient de leur navire : G'est un beau bois, c'est un bois fort et léger; et si le mot était venu do tegno , du Une de la Méditerranée, il s'était acclimaté eu Bretagne et en Normandie , où il était appliqué généralement , comme Ugmtm et lehy , à toute espèce de navires (*).

(') • Lo primer dia de Mag fo el Rey en lo port de Salou e tots los nobles « ab el e estech aqui entro el comensament de setembre per esperar les

• natis el9 leyns que encara no eren vengudes e con totea foren ajiutadai

• partida teoien los ancores en ves la vile so es assaber datant la vile de "Cambrils, epartidadavant Tarragona.elaltra partida maiorera aSalou

• en la plaga que li es al costat. Mas lo nombre fo aquest aqui avia en

• servey del Rey xxv naus grosses, xviii terides e xii galees e dalcuns

• altres leyns grosses dels quais homs no usa ara los noms des quels B eren trebuces << (ainsi nommés sans doute parce qu'ils étaient armés de tribvckeU) > e galiotes. Hi avia C. E aii passa lo reg ab clv leyns grossos

• oitra barques menudes. Has ans que donassen les vêles ordona lo Rey « de lur orde e volch que ânes primera la naus den Nicbolau Bovet, en

• laquai era en G. de Monchada e que portas lanterna ■ (signe du commandement d'une division de l'armée navale. Voir Mémoire n° 6) > encesa, ' per sogue guias totes les altres sequens. Mas que la nau den Carros

• anas derrera aven per semblant roanera , e tôt laperalenient (l'ensemble)

• de les naus en lo inig e les gaiees a cuscun costat e de fore per so que si

Je crois que le Une de Thomas de Walsingham , comme ceux de Messire de Ghepoy , cités les uns et l'autre après des galères, étaient justement de ces ligna de teriis , que mentioiment dans vingt passages les statuts de Gazarie , et sur lesquels il est temps de m*expliquer.

Que signifie le mot teria ? voilà ce que je devrais dire d'abord; mais j'avoue que de nombreuses recherches et mille suppositions d'étymologiste ne m'ont rien appris à cet égard. Il n'est pas un mot qui m'ait occupé plus longtemps , que j'aie examiné avec plus d'attention , auquel j'aie fait subir plus de ces transformations qui m'aident d'ordinaire à me fixer sur la signification réelle d'un terme particulier à la marine ; eh bien , malgré tous mes efforts , je n'ai pu reconnaître son origine. La seule chose à laquelle je sois parvenu , c'est à me convaincre que teria ne veut pas dire Ullac , comme je l'avais cru d'abord avec du Cange. Qui me l'avait fait croire? qui m'a désabusé ? je vais le dire , pour montrer que cette question n'a pas été étudiée avec moins de soins que toutes les autres par l'auteur de ces Hémoires.

C'est dans les seuls documents génois que se trouve le mot

teria. On lit cependant , au chapitre iv d'une constitution de

Charles V d'Anjou , roi des Deux-Siciles , les mots suivants :

' « Ammirati et vice ammirati in reparatUme navium^ gaiearum,

« thericarum , et aliorum vascellorum , etc. » Cette constitu-

« galees alcues de enamices de calque part sacostassen pustost trebassen « contrast. » {La vinguda det Rei D, Jaume el conqtUstador a estas islas (Mallorca , Miaorca) , per el P. Pero «Marsili domiDÎco , son cronista; manuscrit sur parchemin, écrit en latin (f* partie) et en mallorqnin (2* partie). — Chapitre xv : Del nombre e ordonament del navili e de la hoste). Je dois la connaissance de ce passage inédit , qui montre combien Capmany était dans l'erreur sur le sens quMl donnait au mot leny^ à une très-obligeante communication de M. Jos. Tastu.

Le chap. xvi fait connaître que le roi Jacques s'embarqua sur une galère de Montpellier : « En nom de Deu entrassen lo Rey e fo en la galea « de Montpestler. » C'est Montpellier qui avait fourni cette galère à titre de don ou de redevance. — La chronique dont on vient de lire un passage , fut écrite en 1317. Marsili était chroniqueur en titre de Jacques II. M. Tastu se propose de publier en son entier ce précieux document historique.

ARCHEOLOGIE HAVALE.

tion , imprimée par H. Pardessus , pag. 253 de son V volume , est de 1 282 , et ee rapporte , je suppose , au. préparatifs que fit Charles d'Anjou pour la flotte que brûla Roger de Loric. Bien que la pragmatique soit napolitaine , le mot therica , fait de theria ou teria , peut appartenir an dialecte particulier de Gènes. Quoi qu'il en soit, j'ai vainement cherché therica, tiuria, iignum de fertu, dans les lois, les chroniques et les histoires de Venise , de Pise , d' Aucune , de Séville et de Barcelone : les Annales de Caffaro et les Slatnts de Gazarie me les ont seuls montrés ; c'est donc an vocabulaire génois que je puis rapporter le mot que je trouve écrit avec et sans A , et qui , une fois, dans le manuscrit, d'ailleurs si plein de &utes, de ÏImpoaiào et de i'0/]|lcium Gaiaria , est écrit ttrcia. (■ Item qnod pro qualibet X galea et ligno de terciis que et quod fiât de cubitis qnadra- « ginta octo et ah inde supra de boda in bodam ■ — pour roda — etc., p. 19). Si teràa m'avait présenté nn sens précis on au moins raisonnable, je m'7 senûs attacbé, et j'aurais considéré teriis et Ihmtf comme des corruptions amenées par le temps et autorisées par l'usage. Hais qoe pouvaient être des navires de tercii» et de duobui tereiit 7 les tiers et les deux tiers de quoi? de la longueur ordinaire d'une galère? de sa laideur? de son armement? Mais l'armement , la largeur et la longueur des galères varient ; d'ailleurs il aurait tsHa de lerzo et non de terti»; et puis terzo est masculin, et terxiê ne pouvait aller avec dualmi. J'ai donc rejeté tout de suite la leçon Iignum de terciii , pour revenir à tignum de (Aeriti on terii». A les considérer du point de vue italien , teria et lAma ne diffèrent point l'un de l'autre , l'A ayant disparu , à une certaine époque , des mots qui la tenaient du latin ; c'est donc à deviner l'origine de l'un de ces deux mots que j'ai dû m'appliquer. L^ nombreux passages des Statuts de Gazarie où il est question des navires de terii», m'ajant prouvé que ces navires étaient à rames , j'ai dû me demander si teriis était une faute de copiste , et s'il ne faudrait pas lire sertit , exprimant l'idée de séries , ordres , rangs de rames ? 5erta fut souvent employé , dans la latinité du raoven âge, pour leriei; 00 trouve $eriare, voulant dire: ordonner , mettre en série ; navires à séries, ou rangs de rames, serait un sens d'autant plus satisfaisant ru apparence, qu'il ;

bieuoihe n" 4. 3C3

avait des ligna de duabus theriis ; mais Vh était ici ponr me faire repouaeer une interprétation qui, d'ailleurs, avait l'ia— convénient de se fonder but cette supposition que le copiste des Annales de Caffaro , imprimées par Muratori , s'était trompé en même temps que l'ancien copiste des Statuts manuscrits de Gazarie , conserTés à Gènes , et que tous deux , par tm haunt-fl inexplicable , avaient pu tomber , en écrivant smù avec nn 1^ ^

dans une eneur d'ortb(^;raphe absolument sans exemide.

Teria était-il la conformation génoise du tezza vénitien , signi — fiant : couverture de planches 7 Voilà ce que je me suis de — mandé, après avoir rejeté séria, et après m'étre arrêté lar^ moment à l'idée que teria, et lier, mot anglais signifiant: = rainée, pourraient avoir la même origine. Quant à lier , don%^ les Aillais se servent pour désigner une batterie de canons une rangée de câbles plies à plis parallèles , quelle apparenc^^ y a-t-il que ce terme soit entré , vers le treizième siècle , dau^ le vocabulaire des marins génois? La langue maritime de I^^ Méditerranée n'était-elle donc pas fixée depuis longtemps

quand le grand mouvement des croisades rendit plus fréquent

tes les relations entre les marins du Nord et ceux du Midi *» Autre chose encore ? Tier , qui s'applique aux cAbles et aujt canons , est-il , dans le langage des matelots du Nord , au moin^ quant à lier of the (xUile, aussi vieux que tberia dans celui des constructeurs et des rameurs génois ? c'est fort douteux ; et: quel moyen auraitrK)n de s'en assurer?... Reste donc terict comme lexxa. Que la tezza des Vénitiens soit la même que la. tilla des Espagnols, la Htle, le tillac des Français, c'est trèspossible ; il ne faudrait peut-être pas de grands efforts d'iogé~ niosité pour le démontrer, mais ce n'est pas la question . Teria peut-il vouloir dire : la couverte du navire? En admetstant l'affirmative, pourquoi n'ourait-oo pas dit %Rttm <{« teria , quand on avait à parler d'un navire qui , inférieur à la galère , comme on le verra bientôt, n'avait certainement qu'un pont ? On disait toujours lignum de teriis , parce qu'il avait des terias , et non pas seulement une teriam. Si teria pouvait être pris pour un pont, un tiUac, une couverte, quelle idée faudrait-il se faire du lignum de dutUnu teriis que l'annaliste génois cite après les galères , dans l'armement des Pisans en

304 ARCHEOLOGIE HAVALB.

1 242 ? Ce lignum eût ressemblé au buceataure de Venise , où les rameurs nageaient 8ous couverte, comme les canonnière de la batterie d'une frëgate combattent sous les gaillards et les passavents ; ou bien , semblable aux dromons à deux étages de l'empereur Léon le Philosophe, de Constantin Porphyrogénète et de Winesalf , il aurait eu des rameurs sous couverte et sur couverte , c'est-à-dire , dans un entre-pont et sur le pont , constitué comme un second étage. O , ces deux arrangements sont également inadmissibles. Les galères à deux étages superposés avaient été abandonnées et remplacées par de grosses galères où les rameurs nageaient sur une couverte et à découvert, comme aux seizième, dix-septième et dixhuitième siècles. Au reste , quand on voudrait admettre que, parce qu'à la Gn du douzième siècle Winesalf mentionne des navires à deux rangs de rames , il y en avait encore au milieu du treizième siècle, — et l'exemple des galères à zenzile , inconnues de Pantero-Pantera & la fin du seizième siècle , lorsque , cinquante ans avant lui, elles étaient d'un usage encore général à Venise et en Suède , nous apprendrait à nous défier de cette présomption que rien de positif ne vient appujer , — les textes des Statuts de Gazarie ne nous permettraient pas de prêter aux ligna de teriii cette forme et cette importance. Il suflîrait du passage que je citais tout k l'heure ( page 362 ) : " Pro qualibet galea et ligno de terciis que et qnod fiât de cubitis qnadraginla octo » , pour nous convaincre que te lignum de tertii , — le rédacteur des Statuts aurait écrit : dt leria s'il avait voulu parler d'un navire ayant un tillac, par opposition aux navires découverts , — ne pouvait être ni à deux étages, ni de la forme qu'au milieu du seizième siècle Crescentio avait voulu donner aux galéasses. Comment concevoir en effet qu'une galère , ou un bâtiment de cette famille des naves longœ, ayant seulement 48 coudées ou 72 pieds de longueur totale, eût la hauteur au-dessus de l'eau que supposent deux étages de rameurs, et même un seul rang de rames sous couverte?

S'il y avait des navires de teriis de 72 pieds (23~' 38* ) , il y en avait de beaucoup plus longs ; les mois : •• et ah inde supra • qui suivent le quadraginla octo du statut du 22 janvier 1333,

le disent clairement. Le passage du statut du 19 février 1313 , qui traite des cautions à donner par chaque navire, qu'il soit nef , coque , taride , galère , navire ponté ( lignum eohopertum ) ou navire de teriis, porte avec lui une preuve plus convaincante encore : <■ Pro q[ualibet galea , de libris mille Janue ; et.

• pro quolibet ligno navigabili de teriis , si f uerit de remis « sexaginta usque in centum de libris sexcentis Janue, et si fuerit: ■ de remis vigiati usque ia sexaginta de libris trecentis Janue » Et intel%atur quantum ad present^n articullum esse galec^

• si fuerit de remis centum vel ab inde supra. » Cent rames et plus demandaient, ainsi que je l'ai démontré plus haut , un na vire d'à peu près 120 pieds de long, en les rangeant trois paj~ chaque banc , à zenzile ; on voit donc que , du moins pour le^ proportions, les ligna de teriis différaient peu des galèr«>«^ subtiles , et même des grosses galères armées pour les navig^..^ tions commerciales de la Grèce, de la Syrie, de la Flandre e»^ de l'Ai^Ieterre. Ils avaient cependant une certaine infériorité Si tons les statuts qui règlent ce qui est relatif aux galères ^ les nomment avec les galères , ce n'est jamais qu'après ellea-*, qu'ils sont mentionnés. Le chapitre dont on vient de lire ut^ paragraphe, établit clairement qu'ils n'avaient pas la métn«3

knportance ; on exigeait en effet 1 ,000 livres génoises de eau

tion ( saniritates perpetiuu ) de toute galère sortant du port , tandw que le lignum de teriis , de vingt à soixante rames , a'evà. donnait qu'une de 300 livres, et que le lignum de soixante à. cent rames ne déposait que 600 livres. Il est vrai que le tignunt. qni avait plus de cent rames était compté pour galère , quan t

à ta caution, et qu'il devait 1 ,000 livres génoises. Mais à cent rames seulement il ne devait que 600 livres, et la différence de 400 livres témoigne de l'infériorité dans la classification.

Le chapitre : De leeuritatibus super faclis navigandi, pag. 1 2o du manuscrit de Vlmposido, établit aussi certaines différences entre les cautions exigées des patrons des navires, qui, dans le golfe de Gènes (■ de portu Janue vel de aliqua parte districtùs

• januensis, vel de aliquo loco qui sit à Corvo usque Monachum . le promontoire de Corvo près du golfe de la Spezzia , jus-

• qu'à Monaco = ), seraient tentés de faire quelque violence aux Vénitiens et aux pisans , amis actuels de la république de Gènea

(1313, époque de la rédaction du statut). La gradation des iiâretés en aident était établie d'après la nature et l'importance des Mtiments ; ainsi une coque ou nef à trois ou deux ponts devait déposer 1,000 livres génoises, qui répondaient du soin que le b&timent mettrait à éviter toute collision ; une galère armée devait en déposer 3 ,000 ; une galère non armée 1 ,000 livres ; une taride, ou un autre bâtiment couvert , d'un seul pont, 300 livres; enfin un lignum de teritâ (inférieur h la galère armée ) , 3,000 livres. Le statut n'ajoute rien pour le lignum de teriis plus grand que la galère ; mais il est permis de owe que pour cette caution , comme pour ceUe que la loi exigeait à la sortie du port , le ItV; num qui avait plus de cent rames était réputé galère. Si l'Office de Gazarie ne le déclare pas expressément , c'est probablement parce qu'il s'en réfère à l'esprit da chapitre : De temritatHnu perpétua , qui précède immédiatement celui des sûretés pour les &it8 de la navigation. Les différents chiffres des cautions s'expliquent à merveille pour qui se fait une idée raisonnable des navires auxquels ces sûretés pécuniaires étaient imposées. Les vaisseaux ronds, moins vites dans leur marche , moins rapides dans leun évolutions , moins armés que les bAtiments à rames, pouvaient moins nuire, et la caution exigée d'eux, qu'ils ne tenteraient rien contre les alliés de la république, pouvait être moins forte. Celui de tons les navires que sa construction , son oi^anisation , la force de sa chiourme et de ses hommes d'armes, rendaient le plus dangereux , c'était assurément la galère ; aussi le patron qui la montait déposait-il 3,000 livres génoises, quand celni de la plus grosse nef, ou de la coque de vit^ mille cantares, — la pta» forte des coques dont le cbap. ii du grand statut de 1441 ait déterminé l'annement ( voir Mémoire n* 6 ) , — ne déposait qae 1,000 livres. La eoque du port de vingt mille cantares (trois millions de livres , à cent cinquante livres le cantare , ou mille cinq cents tonneaux ! ), armée, en temps de paix, de cent vingt hommes, y compru quatre mousses (pueri, leu itanagali), pouvait sans doute se rendre dangereuse , si le vent lui donnait l'avantage sur nn navire étranger qu'elle aurait vonln rançonner; mais sa masse la rendait si lourde, si peu maniable, qu'nn capitaine ne devait guère avoir la tentation de faire avec eUe

le métier de corsaire. La galère, au contraire, rapidement emportée par cent rames , peu élevée au-dessus de l'eau , virant de bord avec facilité, portant à sa proue aiguë Téperon de bois ferré , qui pouvait ouvrir le flanc d'une nef innocente ; la galère , avec ses cent quatr^vingts bonunes , parmi lesquels étaient seize bons arbalétriers , était un navire redoutable. Un capitaine brave , avide de butin et d'aventures , pouvait trèsbien , sous le plus mince prétexte , et même sans prétexte aucun , courir sus avec eUe à la bannière d'une nation ennemie , amie aujourd'hui en vertu d'un traité de paix que des intérêts de commerce ou des rivalités politiques peuvent rompre demain. Écumer la mer était un plaisir que ne se refusaient guère les capitaines des galères , même quand ik avaient de riches cargaisons à rapporter ; aussi le gage de sagesse que Gènes exigeait d'eux était-il trois fois plus fort que celui qui répondait de la sagesse des capitaines des nefs et des coques. Si le lignum de teri%$ pouvait causer moins de dommages aux navires attaqués par lui, il parait cependant, d'après le chiffre : 2,000 livres , imposé , comme garantie de sa conduite loyale , au patron de ce navire à rames , que le lignum , plus petit que la galère armée , savait aussi se faire craindre. C'est que le lignum , mû par de nombreuses rames, — dequatre-vingts à cent,— avait, sur tous les vaisseaux ronds, un avantage considérable , et pouvait, à la suite d'une chasse sérieusement appuyée à l'aviron, enlever la timide nef marchande qui n'avait pas assez de monde pour défendre sa cargaison , du haut de sa brétèche crénelée et du tour de sa pavesade (orlo), contre l'abordage d'un navire assez fortement armé.

Le statut du 14 octobre 1316, intitulé : « Ordinamentum factum in galeis navigaturis ad aquas mortuas^ » pag. 133 du H8. de YImposicio , nous donne des notions sur la différence de l'armement des galères allant à Aigues-Mortes , de Gènes ou d'un point quelconque du littoral génois ( de aliqua parte riperie Janue, — que l'on a nommée la rivière de Gènes — ) et des autres ligna de teriis faisant la même navigation. La galère devait avoir cent soixante hommes bien propres au métier de la mer (boni et suflicientes)^ en y comprenant le patron , l'écrivain, le maitre-valet ou majordome (ce qu'on appelait alors ^enescal"

368 ARCHEOLOGIE SAVALE.

eus, petentarim, le pitancier], et les rameurs. Les quatre cinquièmes de ce nombre d'bonunes , c'est-à-dire cent yiagthnit, devaient être Génois on de dûtncfu Janue. Les aimes dont la galère devait être pourvue étaient tes suivantes : cent vingt cuirasses (coyrocte), cent vingt casqaes {eerveierie), cent vingt bausse-cols de fer (eollareti), cent soixante ëcns (icuta), hnit croissants propres à couper les cordages de la nef ennemie , espèces de foucilles emmanchées (rotwofw), trente carquois (earchassij) , trente arbalètes avec leurs deux cordes, outre une grande arbalète , vingt crocs (crocAt) d'une force convenable , quatre mille carreaux {quadrelti}, an nombre desquels deux mille de bonne qualité, tels qu'étaient ceux que Gènes faisait fabriquan la monnaie (in cecha ponr z«cca), vingt lances longues, trois douzaines de lances garnies de pointes {elavarinmrutn) , six douzaines de viretons. La galère devait être pourvue d'au moins cent trente bonnes rames (remt) pour la vogue et de deux grappins avec leurs chaînes ( rampegoli cum catenii). — Tout lignum de leriis devait avoir, tant pour aller à Aigues-Hortes que pour en revenir, outre son armement , ■ tôt homitut quoi ' erit tercia pan ipsius armamehti - , c'est-à-dire, un armement et tiers; et par armement il faut entendre, sans doute, le nombre de ses rameurs, le patron, l'écrivain et le sénéchal. Ainsi un lignum à quatre-vingts rames, par exemple, devait avoir quatrevingt-trois hommes, plus le tiers de quatre-vingt-trois, c'est^dire, cent dix hommes ; un lignum à cent rames , cent trentetrois hommes. — Les quatre cinquièmes de cet équipage devaient être composés de Génois ou d'hommes du district de Gènes. Le navire devait avoir en armes de guerre': quatre-vingts cnirasseg , quatre-vingts bausse-cols ou coUerettes de fer, cent vingt écus , six croissants , vingt arbalètes à deux cordes , outre l'ai^ halète maîtresse, vii^ crocs, vingt carquois, trois mille carreaux , doiit quinze cents de ceux que .Gènes faisait fabriquer incecha, seize lances longues, deux douzaines de lances garnies de pointes, quatre douzaines de viretons. Les rames dont était pourvu le lignum devaient être au nombre d'au moins cent dix. Le lignum avait, comme la galère, deux grappinsavec leurs chaînes. On voit , par le rapprochement de ces [«rescriptions du statut de 1316, que l'égalité dans le nombre des rames ne constituait

HEHOIRE H" 4. 369

pas une égalité de force entre les galères et les autres ligna de leriis ; une autre disposition de la même ordonnance fait ressortir d'une manière non moins frappante cette inégalité. TL s'agit de l'ohligation où les navires à rames , qui faisaient les voyages d'Aigues-Mortes , étaient de ne jamais voyager seuls , mais de naviguer insitnul m comervaticko , comme le dit un. autre statut, p. 63 du MS. de VImposieio. Une galère subtile a^ pouvait aller seule, d'un point quelconque du littoral dcGènes^ à Aigues-Mortes ; elle devait avoir toujours pour conserve ua^K autre galère ou un lignum de quatre-vingts à cent rames. Quant au tignum , la conserve d'un autre navire de son espèce lui étai-fc. interdite ; il devait toujours naviguer sous la protection d'ua^ galère (page 135 du MS.)- Ainsi, deux ligna ensemble n'é — taient pas l'un à l'autre d'un secours suffisant ; ils pouvaient aider ane galère , lui donner la remorque au besoin , lui porte»~ secours contre un ennemi ; et ce service , ils ne pouvaient se It^ rendre entre eux , la réunion de leurs efforts étant d'un effet inférieur h la force que supposait la ligue d'une galère ann^^

et d'un lignum, contre un corsaire vif , bien armé , bien ma

nœuvré.

Si le lignum de teriis , qui ne s'appelait ni pamphlle , ni ga — 1ère , était dans un état d'infériorité par son armement , c'était sans doute à sa construction qu'était due la différence dont témoignent les statuts de Gazarie. 11 m'est bnpossible de dire précisément si, par une modification quelconque, le navire de teriit aurait pu devenir galère, t^s données me manquent tout à fait pour constater les longueurs, les lai^urs, à différentes hauteurs et à certaines distances des roddes, la hauteur totale , celle de l'apostis au-dessus de l'eau , les élancements de la proue et de la poupe, enfin tout ce qui constituait le corps, le scafo du lignum; mais je suis porté à penser que la construction du lignum était telle que ce navire était plus lourd, qu'il avait à lavant et à l'arrière des façons moins fines , qu'il évoluait moins bien, et qu'il n'avait pas la même rapidité de marebe que la galère ; en un mot , et pour me servir de comparaisons qui rendront ma pensée plus complètement, qu'il était, relativementà la galère subtile ce qu'en général une goélette du commerce est relativement à une goélette de guerre , ce qu'une corvette de chai^ est k une

ARCHEOLOGIE RAVALE. -

corvette construite et armée pour le conibat , ce qn'iiiie chaloupe de port est à une fine embarcation de frégate ou de vaisseau de ligne : toutes réserves faites d'ailleurs , quant à ces comparaisons, pour les différences provenant des espèces de navires, et des temps.

Et maintenant qae j'ai montré les analogies et tes dissemblaiices qui existaient entre le navire appelé proprement : galère, et celui qu'on dés^nait par le nom générique : lignum de ieriU ; maintenant que j'ai fait comprendre que la theria n'était pas une couverte, un tillac, comme l'a cru du Gange, il ne me reste plus à dire sur cette question qu'une seule chose , c'est que leria me parait avoir nommé à Gènes ce qu'à Venise on nommait zmzile. Les terie étaient la disposition des bancs , des rames et des hommes par groupes pour la vogue du navire ; et les ligna de tertis éttûeut lés bfttiments dont l'emménagemeat sur le pont était à la therique, comme les galères à zenzile étaient, chez les Vénitiens , enunénagées avec les rames ZenzUes. Gela me parait certain , et je crois l'avoir suffisamment prouvé par les faits. Le champ reste ouvert à toutes les suppositions sur la formation et l'origiue du mot theria, mais sur l'espèce de navire que désignait ce mot, j'espère qu'il n'y a plus de doutes. S'il en pouvait rester encore, je n'aurais , pour rendre le rapprochement plus intime entre les tigna de teriis et les galères, qu'à rappeler la phrase des Annales de Caffaro : << Pisani galeas et aUa ligna •■ de duabuB theriis L muniebant. • Et alia ligna ne dît-il pas exphcitement que la galère à deux rames par banc était aussi un navire de duofitu tberiit (')? Quelque soin que j'aie mis à la recherche d'un passage ob il serait question d'un Hgnum de Iri-

(*] Parmi les passade!) des statuts de Gazarie , il eu est un qui mérite (l'être nmarqué. Dans le statut du SOaoât 1316, chapitre intitulé : «Quod > aliquis januensis non armet aitquod lignum per ire in cursum ■ cette \ibnse : ■ Çuod nonper7nitalaMgvemJanuensem...armareaUguo(lli- • gnvm de teriU tive remit - , nie parait tout à fait concluante. LeHçnum de teriit différait donc du lignvm de rem», ou à rames simples. La teria était donc un ordre de ramrs comme je l'ai établi. En e^et , elle ne pou- 1 ait être seulement la rame ; le : de duabtu theriit fait assez comprendre que les Hgna qui avaient ces deux théries ne pouvaient pas être à dcu:^ rames, une de chaque bord comme un batelel, mais à deux rames par

éiMthmii, je n"ai pu parveniràeu trouver un ; mais quand je vois des galères armées ad très retnoi ad btmchum (statut de 1 4 4 1 , récapitnJant , reproduisant et corrigeant tous les statuts du treizième siècle) ; quaod je vois des ligna à cent rames et plus , cités à côté de ces galères, je ne puis résister à affirmer que ce^ navires étaient à trois therùs , et qu'ils avaient aussi parmi leui>ss. rames le court terzol.

Le pamp^ile , auquel je reviens pour retourner ensuite av». dromon , n'est mentionné qu'une fois dans les statuts de Gazck — rie. J'ai rapporté, p. 267, le passage du statut de mars 1340 ^ oti le pamphile est classé parmi les ligna à une couverte. I^.«^ place que ce navire occupe dans la nomenclature des bâtiment^ cités par le statut ne saurait être indifférente. Le pamphile es.'d Qommé avant la galère, conmie dans les documents génois 1.^^ nef toujours avant la coque, et la galère toujours avant le Kffnt*»»-^

de tenu. Four qui connaît les habitudes méthodiques des r^^

dacteurs des vieilles lois maritimes , ce n'est point fortuitemen^-^

que le pamphile est venu se placer ainsi sous la phune du légl»

latenr ; il est cité avant la galère , parce qu'il avait conservé , a»j quatorzième siècle, cette prééminence qu'au neuvième il avai^ sur le dromon , ainsi que le prouvent les paroles de l'cmpereuv* Léon, article 38 de la Haumachie. Cela ne peut feire la matière d'un doute . Je sais que l'on pourra m'opposer un passage de Jacol» d'Oria (Annales de Gênes , année 1 282) : . Unde commuua Janua» " armavit galeas xxii et panfilos xii ad apodixîas de civitate ■ et potestatis • duquel on semblerait être en droit de conclure quelespampbiles,étanl nommés après les galères, devaient, dans mon système, être plus petits qu'elles. Mais accordera- t-on. du moins quant à la rigoureuse exactitude des détails spéciaux , la même confiance à un chroniqueur qu'au rédacteur d'un statut qui fait une nomenclature de navires auxquels, suivant leur Krandeur respective, on api^quera les fers dn tirant d'eau? Ce serait peu raisonnable. Le pamphile était supérieur à la galère ; il l'était de peu sans doute ; car si son importance avait été telle qu'elle fût plus grande que celle des grosses galères dont il est souvent parlé dans les statuts génois , probablement il en serait fait mention dans ce recueil d'ordonnances sur la navigation . Tout me porte à croire que le pamphile et la grosse galère

ARGUEOrX)GI£ NAVALE.

La grosse galère à la navaresque était donc assimilée , quant à réquipage , à la nef ou à la coque de huit cent vingt-cinq tonneaux. Beaucoup moins haute au-dessus de Feau , quoiqu'on eût soin d*élever , à la place de son jeu de rames , des bandes ou des murailles qui la défendissent de la mer et lui permissent de s'incliner d'un bord ou de l'autre sous le poids du vent , elle devait porter moins de marchandises, n'ayant qu'un pont sur sa cale et point d'entre-pont comme la nef et la coque. Hais pourquoi la grosse galère , désarmée de ses avirons et réduite à se faire nef ou navire de bandes (de haut bord), avait-elle le droit d'aller plus loin que lorsque, munie de ses rames et d'un équipage trois fois plus fort, eUe avait plus de puissance , plus de rapidité , plus de moyens d'échapper aux corsaires et d'achever un voyage dont les lenteurs devaient être funestes au commerce ? C'est ce qu'on a de la peine à concevoir, et ce que l'on ne saurait comprendre sans rechercher sous l'influence de quelle situation politique Gênes rédigea le statut du 1 5 février 1 340. Ces recherches sont hors de mon sujet; il suffit que j'aie fait connaître la circonstance assez remarquable d'une transformation imposée dans de certains cas aux grosses galères, qui, avec leur armement à la navaresque ou à bandes , perdant beaucoup de leurs avantages , devaient être encore cependant , par la forme de leurs carènes , très-supérieures à tous les navires de charge , si ronds par devant et par derrière , si hauts et si lourds.

Picheroni deUa Mirandola , en offrant à la république de Venise le plan d'une galia grossa , pensait moins , sans doute , à remplacer les grosses galères des quatorzième et quinzième siècles, abandonnées pour les galéasses au milieu du seizième, qu'il n'espérait peut-être résoudre une des difficultés que plusieurs savants de son temps examinaient avec ardeur. Il construisait une birème ou galère à deux rangs de rames superposées, et il l'offrait : « al serenessimo principe di Yenezia intomo alla « fabbricia dei legni marittimi da guerra. » Sans nous attacher à critiquer le plan de Picheroni en le comparant avec ce que les textes grecs et latins nous apprennent des liburnes et des birèmes, voyons ce que l'ingénieur de la Alirandole imagina et ce qu'il offrit comme un perfectionnement des bâtiments usités au seizième siècle, comme une galère qui n'aurait ^ aucun des incon-

o vénientsdes galères ordinaires, ne se casserait pas, ne se tor- « drait point , ne tomberait pas à la bande , ne tanguerait pa» « immodérément , ne chavirerait pas, et porterait bien la voile >» (note du manuscrit des disegni di biremi , triremi , quadriremi ) . 27 pas ou 135 pieds vénitiens sont la longueur totale de la galère. Nous savons que le pied de Venise est plus, grand que le pied français ; Filiasi le dit expressément tome VI ^ pag. 1 64 de ses Memorie storiche de' Yeneti : « Il piede nostrc»» « cresce alquanto del piede parigino. » M. Tingénieur Casoni m'a fait connaître à Venise le rapport entre ces mesures ; 2 -^ millimètres ou 10 Ugnes (*) sont ce dont le pied de Venise es« plus grand que le pied français. La longueur totale dfe la galère ^ au Ueu d être de 1 35 pieds français, devait donc être de 1 44 piect^ 9 pouces ( 46" 77" ) ; sa largeur , de bocha : de 22 pieds | véiii tiens (7-- 87" ) ; sa largeur, de /bndo ; pié 12 (4- 49'); sa lax-, geur, à 3 pieds au-dessus de la quille : pié 18 (6" 25" ) ; salar-^. geur, à 6 pieds au-dessus de la quille : pté 21 (7" 29'); so^j creux ou pontal (hauteur de la quille à la première couverte) ^ pié 9 ( 3'"' 1 1*") ; distance de la première couverte à la secdad^ (que Picheroni désigne ainsi : « la coperta de Vordene de sa — pra^) : pté 5 (I" 73*). L'espace d'une rame à Tautre devait être ^ pié 4 (l*"- 38*). La chiourme (que dans le statut de Gazarie ^ 21 juin 1441 , je trouve nommée chiu$ma, p. 86 du manuscrit: de YOfficium) devait être composée de trois cent quatre-vingt-, quatorze hommes ainsi répartis : sur la coperta de sopra (le deuxième pont) , cent vingt-cinq hommes sur vingt-cinq banca , à cinq hommes par banc ; à Yordene de sotto (sur le premier pont) , soixante-neuf hommes, à trois par rame, sur vingt-trois banc» l^deux bancs restant Ubres pour la cuisine, et le barcarizzo, Vetk^ droit où s'embarquait l'esquif). Quant aux rames , celles du premier rang, les plus courtes, devaient avoir : el cirm{le giron ), piè 12 (4" 16') ; Mra (la partie extérieure), pié 30 (10" 42*^ ) ;

(*) Si je n'ai pas tenu compte, page 339, de la différence entre le pieci de Venise et le pied français, quand il s'agit, ici , de faire connaître exactement un navire qui, dans l'intention de l'auteur , était peut-être une* restitution des liburnes-birèmes antiques , je crois devoir ne pas négligezle rapport de 348 à 324 millimètres qui existe entre le pied de Venise et; le nôtre.

376 ARCHÉOLOGIE HAVALE.

celles do rang supérieur devaient avoir : tl eiron, piè 1 7 (5"' 90°); /uora,ptf 40(13-24").

Des rames de 14° 58"- et de 19"' 1 4°* auraîentrelles été facilement maniables par trois et cinq bonunes , même avec la précautîon fort sage que Picheroni avait prise, de balancer à l'intérieur le poids du fuora par un giron plus long que le tiers de la longueur totale du levierP il est permis d'en douter. D'ailleun, ces avirons auraient coûté fort cber. Si Pantero-Pantera déclare (p. 151) que la rame à tcafoccio, ou grande rame pour les galères de vingt-cinq à vingt-six bancs, coûtait la moitié plus qu'ensemble n'auraient coûté les trois rames par banc de l'armement à zenzile , de quel prix n'auraient donc pas été des avirons dont le plus court devait avoir , selon Picheroni , 42 pieds vénitieus, c'est-à-dire, 12 pieds français (3"- 89") environ de plus que la rame à scaloccio ! £t puis aurait-on trouvé aisânent du bois de frêne assez loi^ pour faire des rames de 57 pieds vénitiens (19'°- 14")? L'ingénieur de la Mirandole ne r^ardait pn^tablemeut pas comme de véritables difficultés ces deux circonstances du poids de la rame et de la rareté du bois ; car, en même tonps qu'il proposait ses birèmes , il offrait aussi ses plans pour des quadrirèmes dont les rames du quarto oràew , l'étage supérieur, devaient avoir 34 pas j ou 172 pieds ^ vénitiens! Ces rames devalent être maniées par quinze bonunes chacune , et il ne fallait pas moins de deux mille hommes par bande pour la cbîounne de cette galère dont la [dus petite rame avait besoin de dix hommes. Je ne sais quelles raisons le conseil de Venise opposa à la construction des navires proposés par notre ingénieur ; le manuscrit ne porte qu'une seule observation faite évidemment par quelqu'un qui n'avait pas bien vu les plans et n'avait pas remarqué que Picberoni plaçait ses avirons sur et non sons les iipostis. Voici l'observation : •> S'oppone alla invenzione cbe es- " sendo li remi de sotto la postissa <^ni volta cfae si rompese

- un mussello (une estrope) il remo cascara in balazza (sans ■■ retenue). •> Ce ne fut pas, sans doute, Picheroni qui répondit ; il aurait écrit seulement : " Voyez les plans. ■• Quelqu'un prit [a plume pour foudroyer l'objection, et on lit ; ■ Bemedio il Pî-

- cheroni com metterli doi musselli , un stretto cbe governo il ■> remo , et laltro un poco piii largo , che nel vogar non porti

« fatica ma cherompendosi, il stretto sostenti il remo , fin che n si torni a racunzare. >» Qï^e l'obserYation ne soit ni d'un constructeur de navires , ni d'un marin , ni d*un dèar sénateurs qui , provéditeurs de Venise ou capitaines de galères , connaissaient:, les bâtiments à rames , nul n en doutera ; et cette note ridicule ^ il laquelle je ne sais quel ami de Picheroni prit la peine de ré l)ondre9 je ne Tai transcrite ici, que pour avertir de son inanit les curieux qui auront occasion de parcourir, ou d'étudier aprèec. moi, à la bibliothèque de Saint- Marc, le codea; ccclxxix. ^

classe VIII.

Les plans de Picheroni délia Mirandola n'obtinrent pas d grand conseU l'accueil que l'auteur en espérait ; on n'essaya poLix de construire les bâtiments à rames superposées dont a avait calculé les proportions ; nous ne lisons du moins dans l'histoire d la marine de Venise rien qui puisse nous autoriser à penser q>i les charpentiers de l'arsenal aient mis la hache en bois ^xx élever les grands édifices navals qui doraient , selon Picluc roni, avoir tant d'avantages sur les galères en usage de ao temps. Vittore Fausto avatt été plus heureux en 1 529 . Il est yj^ que son projet , si gigantesque qu'il parût aux hommes de l'art , ne choquait pas autant les idées reçues que durent le fair^ les plans de Picheroni. L'affaire de Fausto fit un grand bruit 5 ceUe de Picheroni ne fut point prise au sérieux ; et par un hasard aussi déplorable que singulier, les dessins de l'higénieiur de la Mirandole sont venus jusqu'à nous , quand on ne peu*, plus retrouver, ni un plan fidèle , ni une gravure grossière , nà une description raisonnable , ni un acte officiel fixant les dimensions de la quinquérème et du galion de Fausto.

Ce Fausto était un homme d'un vaste savoir. Successivemetàt professeur de grec, et lecteur pubUc à Venise, U se fit connaître dans le monde des lettres par des discours d'une assez bello latinité que son ami Paul Bamnusio recueillit et publia à Ve-nise en 1559, en les faisant précéder d'un éloge de Victojr Faust adressé à Pierre-François Gontarini ( bibliot. Mazarine , n** 10 307). Dans sa jeunesse, Fausto avait étudié les mathé^ matiq'ues , et avait cherché à faire l'application de cette science à l'art des constructions navales ; il y réussit à merveille , dit

le bi<^nipbe des écrifoing vénitiens, frère Giovanni (*), paraphrasant un passage de l'éloge de Paolo Bamnosio. Non-seulement il se montra ingénieux en inventant des formes nouvelles et en modifiant celles qoi étaient acceptées comme les plus belles et les plus favorables à la navigation , mais encore il s'occupa de retrouver les navires de l'antiquité : > Ac primas om- •< nium , ■ ajoute Ramnusius , « apud nos intermissum multis - antea seculis usnm quinqueremis restituit. ■ Quand il eut hit le plan de cette galère que tous ses contemporains oM appelée quinquéréme, fort de sa réputation qui devait le protéger, fort aussi de l'appui de quelques amitiés illustres , il demanda au sénat que , dans les chantiers de l'arsenal , on construisit le navire qu'il présentait comme une restitution de la qoinqnérème antique. La chose souffrit de grandes difficultés. Soit, comme l'ont imprimé ses partisans , que les passions et l'envie luttassent contre lui au milieu du sénat , soit que les charpentiers , ces protonuulri habiles dont se vantait la marine vénitienne, jugeastwnt consciencieusement qu'engager la république dans la construction d'unegrandcgalère,incapabled' un bon service et invalide en naissant , c'était lui faire voter une folle dépense , la discussion fut longue et d'une vivacité qui alla jusqu'à la violence. Ce fut probablement pendant que cette question était agitée , et un jour que la majorité avait semblé se décider contre lui , que Vittore Fausto écrivit à Jean-Baptiste Bamnnsio , le secrétaire du sénat , une lettre en latin , dont frère Giovanni degli Agostini nous a conservé un fragment. Cette lettre , où j'aurais mieux aimé trouver une démonstration mathématique de l'excellence de la quinquéréme , qu'une amplification de rhéteur dans laquelle interviennent Hercule , Thésée et Cerbère , contient les phrases suivantes , qui ne laissent aucun donte sur la conviction où Faust était que sa galère offrait la solution matérielle de ce problème : Qu'était la quinquéréme chez les Romains et les

Grecs? • Hoc est antiqui navigii rationem Una è veteribns

« navigiia maxime habile quod quinis agitur remis ledificando • ita, ntvetustaillamensnraadprfseDtemusnmaccomodaretur,

(*) ;Vo(i5r> iitorico-criticke Intorno la vita e le opa-e degli scriUoTi einiziani.., dsF. GiovANiti degli ^gostini de' mimrKkHaosservansa. f'enezia, 1754 — J vol. in-4'.

HÉHOIRE K" 4.

« mundo iteruia et buic aostne etati , magno cuin décore ac 1 emolutento nrbU hujus , si sua booa aoverit , ostendi. >

CqiendaDt Fansto n'était pas encore vaincu ; s'il avait de puissante adversaires , il avait des défenseurs ardents. Bernardo Navagero, sénateur renommé, qui devint cardinal, était de ces derniers ; il prit la parole quand il vit la cause de Vittore presqne désespérée, et dans sa défense des projets de Fauat, il fut si éloquent, si persuasif, dit Agostino Valiero, son historieD et son neveu , que jamais on n'avait entendu un pareil discours au sénat. L'^et en fut décisif. Les jalousies, les répugnances se turent; les ai^uments chaleureux de Bemardo forcèrent le vote d'un décret qui décidait la construction immédiate de la «pùnquérème , objet d'une aussi grande contention. Faust l'emportait ! Les chantiers s'ouvrirent devant lui , et l'œuvre de l'édification se poursuivit avec activité. Quand la galère fut achevée, mise à l'eaa, armée et gréée, il fallut en faire l'essai. G'étfût là qu'amis et ennemis alteodoient FaustoJ Le sénat désigna une galère ordinaire pour lutter avec la quinquérème sur ta lagune; et, le jour pris, en présence du doge Andréa Gritti, des sénateurs , du peuple entier, sur cette lagune où tout ce qu'il ; avait de navires était chai^ de monde et paré comme pour une fête, la rtgatla eut lieu comme elle avait été annoncée. D'abord, la galère parut avoir l'avantage ; elle dépassa un peu la quinquérème qui ne forçait pas de rames , parce que Fausto modérait l'ardeur de ses nageurs ; mais bientôt la chioorme de la quinquérème redoubla d'efforts, le gros navire dépassa rapidement son concurrent , et arriva au but avant lui. Un applaudissement immense accueillit cette victoire qui devint pour Fausto l'occasion d'un triomphe. Venise se montra aussi enthousiaste qu'elle avait été opposante d'abord ; et ce ne durent pas seulement les boui^eois et le peuple qui donnèrent les signes les plus manifestes de leur admiration, le doge lui-même pleura de joie:» Nod ritenne due lagrime dalla molta gioja ch' agli ne senti, • dit le cardinal Bembo, dans une longue lettre, écrite le 29 mai 1 529 , en réponse à celle que Giambatista Ramnusio lui avait adressée pour lui apprendre le grand événement du jour. Cette lettre, pleine de louanges pour Fausto, chaîne Raranusio i'abfn-aciarlo piu d'una voila de la part de Bembo ;

ARCHÉOUtGIE AAVALE.

elle nous appreud que Vittore était jeune encore, quand U fit MU quinquérème ; et le seul détail important pour les études qui m'occupent , le seul fait que je lui puisse emprunter, c'est celui-ci : • Ha fatto per la prima sua opéra la cinquereme , la

- quale era già si fuori non solo deila usanza , ma ancora délia

- ricordanza degli huomiui , che nessuuo era, che pure imaginar <• sapesse, corne ella si dovesse fare, clie ben repère si poiesae, e ' halla fatto di maniera , che' egli non fu mai piu di grtm lunga ' ntl noilro arzana fatta galea ne cosi bene intesa , ne con si " hella forma ordinata , ne cosi uUlmente, et maestrevolroenta

- fabricata, corne questa. • Cet éloge, Piero Bembo le répéta dans une lettre latine qu'il écrivit à Victor Faust pour le féliciter de son succès, célébré quelques jours après , le lendemain peut-être , par un poète qui , se cachant sous le nom de Hicolo Libumio, publia en vers libres (druccioli, glissants, comme les appelle frère Jean , l'Augustin) * La famé e laude detla galea di cinqw rettà per panco. ■ Le second titre de cette pièce, écrite en dialecte vénitien , est assez curieux pour être rapporté :

• Giuoco ApoUineo di Nicolo liburnio sopra la felice quio-

• quereme cou maraviglia dell' universo mondo ritrovata per " lo raro e excellente ingegno del' suo Maestro Vittore Fausto , " arcbiproto vinitiano , e maestro in ogni luc^ di scienza greca

• e latina conosciuto senza pari. ■ Ce titre d'Archi[HY)to Vinitiano , que le poète populaire donnait à Fausto par forme d'hyperbole, le cardinal Bembo, dons sa lettre au secrétaire du sénat , le demandait sérieusement pour l'heureux auteur de la quinquérème ; il exprimait le vœu qu'on le mit à la tête des travaux de l'arsenal , et qu'on lui confiât la direction du matériel de la flotte vénitienne. Ce vœu ne fut point écouté. Fausto lit encore quelques navires , mais non pas comme ntaeslro-prolo. Quand il mourut , il avait un galion en chantier, galion qui eut de la célébrité aussi au moment de la guerre de 1 570 , et dont je reparlerai.

Qu'était IaquinquérèmedeFau8to?commentétait-elle armée? quelles étaient ses proportions? quel service rendit-elle? c'est ce qu'il faut que je dise. Frère Giovanni écrivait en 1 754 : • Ne ' pur di questa, benche récente, a paragone detle antiche , u è " (Xinservatodis^noalcuno; e perquantefossero lediligeoze da

« noi usate per investigarne la di lei costnizione , ogni fatica f u « \aiia. » Jen^ai pas été plus heureux que frère Jean ; j*ai cherché beaucoup a Venise sans trouver aucune trace linéaire, aucun croquis dont je puisse m appuyer ici. L'abbé Betio , ce savant et zélé préfet de la bibliothèque de Saint-Marc , qui a découvert , éparses dans un grenier , les feuilles du manuscrit de Picheroni délia Mirandola et les a religieusement réunies en un cahier , n a rien connu du travail de Fausto. M. Casoni, parmi les vieux dessins de plans, encore assez nombreux dans cet arsenal de Venise , dont il a fait un bon inventaire raisonné ( Guida per iarsenaledi Yenizia; Venezia, 1829, in- 18), n'a rien pu attribuer au constructeur de 1529. Peut-être les plans de Fausto furent-ils anéantis après sa mort par quelque marangone , jaloux de la gloire de cet homme de lettres qui s'était avisé, lui, orateur, lecteur public, maestro di scienza greca e latina^ de se mettre en concurrence avec les charpentiers qui ne savaient que squadrar les legni ; peut-être aussi sont-ils enfouis dans quelque carton des archives secrètes de Venise d'où ils ne sortiront jamais , si le régime qui exclut de ce dépôt tous les chercheurs d'antiquités continue à le tenir muré , au grand détriment de la science.

Le mot quinqtieretne , dont se servent : le pseudonyme Nicolo Libumio, dans son Jeu apollonien; Etienne Dolet, dans son petit traité sur la marine {apud Gronovium^ t. xi, col. 676) ; Pancrazio Giustiniani ; Giovanni degli Agostini; le cardinal Bembo; les décrets du sénat de Venise du 24 juin 1529 et du 22 septembre 1551 , que j'aurai occasion de citer tout à l'heure ; le Codiee foscariniano , à la date du 24 juin 1 529 ; Paul Bamnusio, dans sa lettre à P. F. Contarini; enfin, l'auteur d'une chronique anonyme qui , à la fin du dix-huitième siècle, faisait partie de la bibliothèque du sénateur Apostolo Zeno , ce mot a-t-il désigné en 1529, un navire, à cinq rangs de rames superposés , comme la quinquérème de Picheroni , comme la quinquérème de presque tous les savants qui ont écrit de re navali? ou bien la galère que ce nom désignait, et qui, selon Fausto lui-même et ses illustres amis , restituait la quinquérème antique , était-elle armée à zenzile , a cinq rames par banc? Je crois qne toute hésitation est impossible sur l'interprétation à donner

à ce terme. Si quinquirêmt est un mot va^e qaand ils'appliqiio à ce navire carthaginois que le hasard lit connattre aax Romains, le sens qu'il doit avoir ici va se préciser, j'espère. BemarquonR d'abord qu'aucun des textes qui nous sont connus ne mentionne les cinq étages nécessaires à la superposition de cinq rames ; et certainement si Fausto avait construit le gigantesque édifice que supposent ces cinq ponts montés l'un sur l'autre , l'admiration, l'étonnemeot auraient trouvé, sous la plume de Bembo, de bien autres expressions que celles-ci : ■ Sed illud etîam es as-

• sequutus ; ut quas omnino naves vastitate corporis, materiaquc

• omni esse triremibus longe ponderosiores constabat : itaque exis-

• timabant plurimi etiam cursu tardiores futuras, easdem ipse « multo velociores ostenderes, victa puhlico in certamîne triremi, 1 cum qua cursum , ut ejus rei periculum faceres, institnisti. • (Lettre du card. Bembo à Vittore Fausto) . Que nous apprend cette phrase? Que U quinquérème était beaucoup plus grande qu'une galère à trois rames par banc (*) , qu'il semblait ipi'elle dût être beaucoup plus lourde et par conséquent plus lente . mais que dans sa lutte publique avec une trirème , elle se montra plus rapide. Si elle avait eu cinq rangs de rames, Ramnusio, qui l'avait vue , l'aurait dit clairement sans doute à Bembo , et celui-ci n'aurait pas manqué , dans la lettre où il se plaît à répéter, en les amplifiant , les éloges du secrétaire du sénat , de remarquer cette circonstance très-notable. Loin de me laisser croire

{*) C'est bien le sens qu'il faut donner au mot triremU employé par Bembo. Outre que J'ai établi que les galères subtiles et les grosses galères avaient trois rames par banc, voici un passage du Codice fmcariniano, cité par le frère Jean des Augustins dans sa JVottaia sur Vitt. Fausto : ' 1539. 34giugno. Girolamo Canal de Bernardin, governador dells quinquerema eletto. Eraao le fuste dette biremi percliè havevano due remi al banco, et sono latjnamente le gatee dette triremi, perché d'ordioario gia ne haTevano tre; perciô un'allra sorte de vascelto che ha armato già la Republica , il quale ne baveva cinque al banco , era detto quinquemne. • — i.e34 juin 1539, Jérôme Canal de Bernardin est élu capitaine de la quinquérème. Les fustes étaient appelées birèmes, parce qu'elles avaiwi deux rames par banc; on appelle en latin trirèmes les galères, parce qu'ordinairement elles en ont trois ; c'est parce qu'il avait cinq rames par liunc que l'on a appelé quinquérème un bâtiment dernièrement armé par la république. — (Voir ci-après , pag. 384 , le passafte de VJmbastatk à Habylone de Pierre-Martyr d'Anghiari ].

(pie le docte cardinal pût avoir la pensée que la quinquérème de Fausto était autre chose qu*un navire à cinq rames par banc , les mots dont il se sert : < nuova galea da cinque remi havuta in « oontesa publicaeonquella deglialtritre...» me démontrent clairement que J. B. Bamnusio avait formellement détaillé l'armement de la nouvelle galère. Le : « da cinque remi » opposé au « quella degli altri tre , » quand il ne serait pas très-bien expliqué par le passage du Codice foscariniano qu'on vient de lire (note * p. 382), et par le titre des vers de ^icolo Liburnio : « La fama e laude délia galea di cinque remi per ponoo » dirait assez que la quinquérème dont il s'agit avait cinq rames par banc. Le : « quod quints agitur remis » de Fausto, dans sa lettre à J. B. Bamnusio, est beaucoup moins dair; mais le poète populaire qui chanta la gloire de la galère nouvelle nous a laissé un commentaire fort explicite de cette expression qui rappelle un peu trop celle de Lucain :

Celsior at cunctis Bruti praetoria piippis Verberibus senis agitur....

Micolo Liburnio , émerveillé de ce qu'il vient de voir , s'écrie :

Felic'età , ch' ascendi a tal fastigio , S' ad ogni scanno la galea spalmatasi Cinq ali harà congiunteal suoremigio...!

Jl importe peu qu'il dise ensuite :

Ch* in cinque ordin di remi la militia....

« les cinq ailes qu'à chaque banc (scanno) la galère a réunies « pour sa vogue » nous font assez comprendre ce que, pardmitatiôn des poètes antiques et par confiance dans la restitution de Faust , il appeUe les cinq ordres de rames.

Voici un fait acquis pour nous : la quinquérème de Victor Fausto était un navire à zenzile , un bâtiment de la famille des galères , ayant cinq rames par banc.

Pouvons-nous espérer de déterminer les dimensions principales de cette galère célèbre? Essayons. Bembo dit que jamais

galère d'une aussi grande longueur n'avait été faite dans l'arsenal de Venise (Voir ci-dessus , pag. 380). Fausto avait donc voulu construire un aavire beaucoup plus grand que les grosses galères qui dès longtemps faisaient le commerce avec la Flandre et l'Angleterre , ainsi que nous l'avons vu plus haut. Connaissant les galères subtiles , nous auiions pu fixer tout de suite approximativement les longueur, laideur, hauteur, armement , équipage des grosses galères , mais nous avions réservé cette partie de, notre travail pour le moment où nous devions faire usage d'un renseignement plein d'intérêt, rapporté par Giovanni degli Agostini dans sa biographie de Fausto. Il s'agit d'un passage de la Legatio bidn/lonica de Pierre- Martyr d'Anghiari , ambassadeur de Ferdinand et Isabelle. Pierre-ïiartyr raconte, pag. 76, liv. I", qu'étant arrivé à Venise, le dernier jour de septembre 1501 , il eut occasion de s'entretenir avec plusieurs patriciens dont un, fort âgé et éminent par ses fonctions, lui raconta que « dès longtemps Venise avait adopté pour le transport de ses marchandises, comme plus propre à remplir cet office , plus commode et plus sûre dans la navigation que tous les autres navires , cette espèce de bâtiments qu'on appelle grandes galères (quas nosgaleaces appellamus) ("]. » Le vieillard ajouta que dernièrement encore « on avait armé, pour a^rc de commerce , neuf de ces galéasses , quatre desquelles avaient été envoyées à Beyruth et cinq à Alexandrie. - P^. 77, Pierre- Hartyr donne l'idée suivante des galéasses qu'il put examiner a Venise : « On dit que chaque galéasse porte sous sa couverte {sub tegmine) le poids de cinq cents coupes {cuparum quingentarum), et le même chai^ment sur la couverte (m detecto . Or, ils comptent. le poids de chaque coupe pour mille livres. — Chaque galéasse, ajoute l'ambassadeur du roi CathoUque, a environ deux cents hommes d'équipage , a la solde des marchands qui la conduisent. De ces deux cents hommes, cent cinquante sont chargés du maniement des rames et de la manoeuvre des voiles (ad remorum ac vetorum adminislratùmem). Bien qu'à cause de sa grandeur ce navire se serve peu de rames,

(') ■ Patroni unius galensite de Heapole, modo eiistentis in porta, ■ dit une lettre datée de 1478 , que l'on trouve p. 59 , toni. Xltl , de la collection de Hymer.

MÉMOIRE is" 4. 385

cependant il a cent cinquante rames qui ne sont employées que pendant les calmes {tempore malaciarum), si la galéasse \eut eutrer dans un port ou en sortir, ou si elle veut changer de route et tourner une terre {aut se in aliquam partem mutent et con-volvent). Les galéasses ont trois rames à chaque banc {quos habent in quolibet transtro temos remos) ; aussi est-ce à bon droit qu'on les appelle trirèmes (*). »

Grâce aux détails fournis par Pierre-Martyr d'Anghiari , sur les grosses galères ou galéasses de Venise {**)y au commencement

(*) Aux renseignements que donne notre ambassadeur espagnol sur les grosses galères , il n*est pas inutile d*ajouter ce que Paolo Paruta en dit , page 55, iibro m, Historia venetiana — 1696 : « On arma de grosses galères (en 1616} qui déjà, depuis quelques années, n'avaient pas navigué. Ces galee grosse sont des espèces de navires très-grands, faits à la ressemblance des nefs de charge et pour le même usage , mais différents de celles-ci en ce sens que, par un ingénieux artifice, elles naviguent nonseulement à la voile, mais encore elles vont à Taviron , comme les galères subtiles. Les Vénitiens ont coutume de s'en servir pour leur trafic maritime avec les nations les plus éloignées. » Pag. 179, Paruta ajoute : « Une foule de jeunes gens des familles nobles avaient l'habitude de naviguer sur les grosses galères, tant pour se former à la pratique de Tart naval, que pour s'exercer au commerce. »

(*•) Abraham Farrisol, plus connu sous le nom de Peritsol, rabbin avignonais qui vivait à la fin du quinzième siècle, a donné, dans son Iggheret orechot olom ou Petit traité des chemins du monde y un curieux aperçu des navigations de ces galères que Venise envoyait trafiquer en Flandre. Je crois devoir le rapporter ici. Je traduirai la version latine de Thomas Hyde (Oxford, 1691 ). «J'ai entendu dire aux commerçants qui vont de Venise en Flandre avec les galères chargées de leurs marchandises , et j'ai vu moi-même que, souvent, leurs voyages durent 18 mois et quelquefois plus de deux ans. Le chemin qu'ils font est, en effet, long de trois à quatre mille milles. Il y en a pourtant qui , favorisés par de bons.vents dans leur course de chaque jour, ne restent pas plus de S mois à faire le trajet. Voici quelle est la route ordinaire qu'ils suivent, en raison des lieux où ils doivent aller relâcher. Quoiqu'il leur arrive parfois de toucher à d'autres ports, soit pour déposer ou prendre des marchandises, soit à cause du changement des vents qui les force à errer çà et là et à s'écarter de leur chemin, néanmoins, telle est la voie qu'ils doivent prendie — car la nature des choses, eu égard à la situation des localités du continent où ils ont besoin de se rendre, l'a voulu ainsi : — De Venise ils font voile à l'orient et vont chercher la Dalmatie et la Macédoine (Sclavonie et Albanie ), qu'ils côtoient jusqu'à ce que, sortant de la mer Adriatique ( la mer de Venise), et prenant le vent à leur droite, ils entrent, par les parages L \ 25

du seizième siècle (pour mieux dire , au quinzième liède poiS' que l'ambassade de Pierre est de 1 50 1 ) , nous pouvons établir que vingt-cinq bancs , à trois rames par banc , garnissaient chacun des cAtés de la galéasse. Or, en ne donnant à l'intervalle des bancs que les 5 pieds que noua avons vu , pag. 343 de ce Mémoire , lui être rigoureusement nécessaires dans l'arrangement à zenzile par trois, la galéasse devait avoir 125 pieds (40'" 60'), d'uD joug à l'autre, pour asseoir ses cent cinquante rameurs. A cette longueur si nous ajoutons 24 pieds (7°^ 79* ), pour la palmette de proue et la place réservée à la poupe, nous verrons que la grosse galère pouvait avoir 149 pieds (48' 39' ) de longueur totale. Cette longueur était à peu près celle de la réale de France qui , au dix-septième siècle , avait trenle-deux rames à scaloccio, occupant une place d'environ 130 pieds (42~ 22'), auxquels on doit ajouter 24 pieds pour les quartiers de poupe et de proue, ce qui la faisait longue en tout de 154 pieds (50"' 02* ). Je compare la galéasse ou grosse galère vénitienne du quinzième uède à la réale de France pour ne pas exagérer ses proportions ; peut-être l'aurais-je pu comparer à la capitaoe que l'amiral de Sélim 11, le célèbre corsaire Ucchiali, se fit construire pourk campagne de 1572, après la

de la Calabre , dans la Méditerranée en reconnaissant Otrante , le golfe^p Tarente , et en contournant Tltalie. Ils laissent alors Lecci et Houullo sur le continent, toujours à leur droite, jusqu'à ce qu'ils aient le cap à l'occident; ils entrent enfin dans le détroit de Messine, et font 6 milles entre Messine et le rivage de la Calabre. Puis ils continuent à eôtoyer In Méditerranée l'espace de 2,0W milles et plus; ils vont à Beggw, à Saleme , Naples , Gsëte , Oalte, Piombino, Litourne; ils voient la Cône ii gauche, aisezjoin du continent; ils visitent Sarzane, Gènes, Savone, Monaco, Nice, la rive orientale de la Sardaigne, Marseille, les bouches du Rhftne, Aigues-Mortes , toute la côte d'Aragon , Perpignan , Valence. Barcelone, les Iles Baléares qui restent à leur gauche, et continuent le long de l'Andalousie jusqu'à Grenade et Malaga. Quand les galères sont dans le détroit de Gibraltar, pour gagner la Flandre, elles preonentà droite pour aller au nord. Elles longent la terre jusqu'à ce qu'elles arrivent entre l'Ile d'Angleterre et le continent de la Flandre par un détroit peu large ( la Manclie ). Telle est la route que tiennent les marchands de Venise, et le long de laquelle ils font leurs reliches. Ils suivent taujoors oet itinéraire, sauf les cas de changement de vents , ou quand il leur est nécessaire de ie modifler pour leurs afTairei ou pour éviter les pirate*. •

MÉMOIRE w° 4. ^ 387

défaite des Tares à Lépante ; cette galère avait trente-six bancs de rameurs de chaque bord ; elle pouvait, par conséquent, être longue de 168 pieds (54"' bl*"). En m'en tenant à la longueur de 48"* 39^ , que je crois être approximativement celle des grosses galères mentionnées par Tenvoyé de Ferdinand et d'Isabelle , je ne dois pas oublier, pour déterminer leur hauteur totale et leur plus grande largeur , que Pierre-Martyr leur attribue le poids de mille cupas (un million de livres ou cinq cents tonneaux). La capacité qu'un tel poids de marchandises fait supposer au navire qui doit le porter, ne peut guère être mesurée, la plus grande longueur étant de 149 pieds, que par une largeur, m bocha, de 24 à 25 pieds, et par une profondeur ou pontal de 9 à 10 pieds. On voit par ces proportions auxquelles le calcul nous amène , que Picheroni , quand il traçait le plan de sa galia-^ro&sa'bireme, ne s'écartait pas beaucoup des règles de construction admises un siècle avant lui par les charpentiers pour les galéasses ; seulement il élevait un étage sur le scafo de la galéasse, et cette addition n'était pas heureuse.

Maintenant que nous sommes fixés sur les dimensions de la galère du quinzième siècle {*) , bâtiment à trois rames par banc, nous sera-t-il bien difficile d'assigner à la quinquérème de Fausto des proportions convenables? Il me semble que non.

Le 24 juin 1529 , un mois après que la galère nouvelle ent

C) Le P. Goronelli , dans son Jtlantey parlant de certaines grosses galères vénitiennes du quinzième siècle, auxquelles fait allusion l'historien Viannoli, dit que ces galères avaient de longueur totale 135 à 140 pieds vénitiens, 23 pieds à leur plus grande largeur, 8 pieds de creux ou puntaley 13 pieds de-largeur à la cale (fando) et 31 pieds de largeur d'un apostis à Tautre {telaro). Elles portaient, ajoute-t-il, trente-cinq rames de 35 pieds de longueur, bordées, sur Tapostis, du joug de proue au milieu de la galère. L'arrière, à partir de ce milieu , était sans rames et restait libre pour le service des marchands. Chaque rame était manoeuvrée par quatre hommes. Ces. galères avaient trois mâts : trinquet, misaine, maistre. Le trinquet portait une voile carrée, les deux autres arbres des voiles latines. — Ce sont des galères de cette espèce, au moins quant à la voilure, qu'on voit dans l'estampe de Guillaume Jansson, représentant le combat de Frédéric Spinola à l'Écluse dont j'ai parlé p. 292. — L'équipage des galères décrites par Coronelli était de cent quatre-vingt-six hommes; son armement en artillerie était de deux fauconneaux de 6, et de 12 ou 14 pierriêrs de 14.

388 ABCHEOLOGIE RAVALE.

remporté sur la laguae de Venise cette victoire qui la recommandait si poissamment à la population tout entière, le sénat . pressé de prendre un parti pour l'armement de ce navire merveilleux , rendit un décret solennel. Je vais le rapporter dans son entier, autant parce qu'il montre l'intérêt qui s'attachait à l'invention de Fausto, que parce qu'il tiontient quelques détails dont je pourrai tirer parti pour le calculque j'ai à faire. Voici In pièce officielle : ■ — Comme il importe de ne pas différer l'armement de la quinquérème , pour retirer le plus tAt possible tout l'avantage que chacun attend d'un navire si extraordinaire (che of/fluno de coai raro legno si promette) , nous décidons que , par la voie du scrutin (icoffinio) , et par quatre élections (quatro man d'eletion) , notre grand conseil devra élire un capitaine pour ladite quinquérème. Ce capitaine aura le pas sur tous nos autres capitaines {$opra comitx); il commandera tonjours. Il recevra vingt-cinq ducats nets de solde par mois ; il aura auprès de lui quatre nobles; il devra leoir toujours complet le nombre de rameurs que peut porter la quinquérème, pins vingt hommes. Sur la quinquérème on embarquera , outre le nombre qu'on a l'habitude d'en embarquer à bord des galères subtiles , cpiarante arqud>nBier8 sons les ordres d'un bon chef. Ces soldats auront la paye et les armes des arquebusiers ordinaires. Un conseiller (buomo di eonieglio) sera mis sur la quinquérème avec la solde de quaranle-cinq livres par mois. On y mettra aussi huit bombardiers; et quant aux rameurs, on en donnera à ce navire autant qu'il en faut pour ses rames, dont le nombre est double de celles d'nne galère subtile (« dot remeri per eittr H duplo delJi rtmi di una galia mtil). Et comme, sur cette quinquérème, on met pins d'hommes que sur les galères , il est jnste qu'on aug:mentc les provisions du capitaine , on lui donnera dix ducats par moLt pour les potages (p«r le menestre) ; on augmentera aussi en proportion du nombre d'hommes l'argent ordinairement accordé pour la table et les vivres (per la meta e la paftatiea). Le capitaine recevra sa solde pour quatre mois. Comme il a été décidé que l'on donnerait cinquante arquebuses à chaque galère subtile, pour ses rameurs , nous voulons qu'à la quinquérème on eu donne cent. -

Ce fut en vertu de ce décret que , le même jour, le sénat élut

capitaine de la quinquérème , Girolamo Canale de Bernardin , ainsi que nous Tavons vu plus haut (note , p. 382).

Les mots : « e doi remeri per esser li duplo delli remi di uua « galia sutil » sont une précieuse indication pour moi. La quinquérème avait donc deux fois autant de rames que la trirème ordinaire ; seulement la trirème avait trois rames par banc , et la quinquérème devait en avoir cinq. Nous avons vu , p. 350 de ce Mémoire, que certaines galères subtiles des quatorzième et quinzième siècles, à trois rames par banc, avaient cent rames sur dix-sept bancs de chaque bord , ces dix-sept bancs étant complets à la bande droite , quand seize seulement Tétaient à la bande gauche, un banc restant libre pour le fougon et ne recevant qu*un seul aviron au besoin. La quinquérème devait avoir, aux termes du décret que je viens de traduire , deux cents rames qui , groupées par cinq sur chaque banc , devaient occuper quarante bancs , vingt de chaque côté. Le banc du fougon était occupé et ne devait sans doute être désarmé que pendant la préparation du repas. J'ai dit que larrangement à zenzile à cinq par banc nécessitait un interscalme de 10 pieds (p. 346) ; si nous appliquons ici cette donnée , nous verrons que remplacement des rames, dans la quinquérème de Fausto , occupait une Ion*, gueur de 200 pieds ; longueur à laquelle il faut ajouter au moins 30 pieds pour les quartiers de poupe et de proue. La longueur totale du navire pouvait donc être de 230 pieds (74" 71 *" ) . Quelle gigantesque galère ! Ce n'est pas sans raison que le sénat l'appelle un « cosi raro legno » et que le cardinal Bembo déclare que, dans l'arsenal de Venise, « non fu mai piu di grau lunga fatta galea. >» 230 pieds de longueur totale voulaient à peu près 32 pieds (10"» 39*") de largeur m bocha , si 1 1 6 pieds (la longueur de la $^alère de Marin Zeno, voir p. 273) voulaient 16 pieds d'ouvertiure. Danjs la même proportion , le pontal de la quinquérème devait être d'environ 1 6 pieds , qui donnaient de 1 2 à 13 pieds de tirant d'eau à cette galère. Faust avait-il calculé des courbes nouvelles pour les côtes et les roddes de sa galère? je n*en sais rien , mais je suis porté à croire qu'il n'adopta pas complètement la sqtMdralura que les constructeurs de galères subtiles et de grosses galères tenaient traditionnellement pour la meilleure. S'il garda la forme connue des roddes en grandissant seu-

iQO

lement leui-spi-oportions, probablement il modifia les matères les plus rapprochées des foarçats , afin de donner à l'avant et à l'arrière des façons plus fines qui assurassent le résultat , si heureusement obtenu, d'une marche très-rapide : ■ JVuflum toto mari • notlro navigium... ad ceUrilalem velocitis... ipeciatur, • dit Paulns Bamnusius dans sa lettre à P. F. Contarini(l559). Bamnusio ajoute qu'au moment où il écrit, la marine n'a pas un bâtiment plus beau, mieux disposé pour le combat, et plus fort: " Vel ad atpectum pulckeriù» , vel ad pugnam aetomodatiùs ae " /Srmt'tu. > Cette quinquérème, si forte et si propre au combat, Pancrazio Giustiani, qni en parle dans une de ses lettres, ne dit pas qu'elle ait pris part à quelque bataille navale : • Nostra

■ setate condîta est navis qninqueremium rostrata , senatus de- " creto, quse yalea appellatur; > rien de plus. Si l'on en croît la chronique anonyme d'un auteur vénitien , citée plus haut , p. 381 , la quinquérème de Fausto fut armée pour la campagne de 1 57 1 , et servit un moment de capitane au lieutenant ^èaérrA de la ligue , Marc-Antoine Colonne ; mais : •> fu abbniciata da una saetta , die diè nell' albero epoi nella monizion. > Un décret du sénat (2 ] septembre 1551), ordonnant la construction de trente galères subtiles «atreremi a fili morsadi secondo l'or-

■ dîne della Casa > , motive cette résolution sur ce qu'un grand nombre degalères, étant cette année à la mer, après le départ de sixar«t/i (porte-dievaux)pourCandie, il ne restera dans le port qne cinquante-cinq galères , dont trente-sept neuves, neuf qui sont employées pour le moment à une mission de pea de durée [usade per vitao curto) , quatre à quatre rames par banc , deui bâtardes, et la qumqoérème. Ce document nous prouve que la grande galère de Fausto, déjà vieille à la vérité, car elle avait 22 ans , était rarement armée. Peut-être la réservait-on , avec les galères à quatre rames , pour les occasions importantes, parce qu'elle portait beaucoup d'artillerie. Noël Conti, qni a écrit une histoire de son temps {Pfa(atû Cotnitis iinttertœ hittorice sui temporis, iu-folio, Venise, 1581), dit, liv. xxi, p. 449 , que la quinquérème portait trois cents bouches à feu de différentes espèces (trecenta bellûa tormmta varii generis ad defemionem) ; il ne dit pas ce que , outre les cent arquebuses, il y avait de pit-ces d'artillerie : bombardes, espringrales, etc.

Le nombre de huit bombardiers attribué à ce navire par le décret du 24 juin 1529 , semble devoir' être celui des canons ou des passe-volants.

Noël Gonti atteste qu*à Venise on lit des galères semblables à celle de Fausto , forteresse flottante ( instar insignis cujusdam propugnaculi super mare naviyantis , — expression hyperbolique qu'on trouve dans les historiens de tous les siècles quand ils ont à parler d un grand navire — ) ; il ajoute qu'elles sont aussi bonnes pour le combat que rapides et \ives dans leurs mouvements. Gonti partage Terreur de PaulRaouiusio qui, dans son éloge de Yittore Fausto , n'hésite pas à dire : « Toutes les « quinquérèmes d a présent sont fabriquées d'après ce modèle. » Ramnusio se trompe certainement. Après Tessai de Fausto, quelque succès qu'il eût obtenu , on ne construisit plus de galères à cinq rames par banc ; on substitua à cette espèce de navire les galéasses nouvelles, grandes galères à un seul rang de longues et lourdes rames, maniées sous couverte, imaginées, diton , par Franeesco Bressan , ce fedelissimo protto di marangoni^ à qui le décret du 21 septembre 1551 laissait le soin de donner à lencan {dar alVincanto) , selon l'usage (*) , à des charpentiers sous ses ordres , les trente galères subtiles dont le sénat jugeait que Venise pouvait avoir besoin. Aucun auteur vénitien ne fait mention de quinquérèmes au seizième siècle , et l'on peut s'étonner que Bamnusio et Gonti, mal informés d'un fait qu'il leur était si facile de vérifier , aient accrédité une erreur matérielle aussi grave. Ge n'est pas qu'après Fausto on ait renoncé à faire de grandes galères à plusieurs rames par banc ; nous apprenons qu'en 1 567 le roi d'Espagne fit fabriquer à Barcelone une galère à trente-six bancs , — dix-huit de chaque côté sans doute , et non paà trente-six par bande , ce qui ferait un navire immense ; — cliaque banc avait , dit Pantero-Pantera , d'après Natale Gonti , sept rames maniées chacune par un homme. Get essai ne réus-

C) Quand une construction de galères était décidée par le sénat, le chef des chantiers de Venise réunissait tous les charpentiers entrepreneurs de navires, et il faisait ouvrir un encan où chacun apportait son offre. Les galères faites ainsi par divers maîtres l'étaient sur un type donné, et le protto avait le droit de les refuser si elles n'étaient pas conformes aux plans que les constructeurs avaient acceptés.

ARCHEOLOGIB KAVALE.

sit pas; la galère, très-lourde et paresseuse, ne marcha pas du tout à la rame. Ce bâtiment aurait dû être fort grand , plus grand sans doute que la quinquérème de Faust qui avait pu mettre le roi Catholique en goût de raretés navales. J'ai peine à me figurer la possibilité d'une répartition de cent vingt-six rames groupées entre dix-huit bancs ; je ne comprends pas plus la septième rame que la première , la première si longue et si lourde qu'un seul homme ne devait pas pouvoir la manœuvrer , la dernière si verticale qu'elle ne devait foire aucun effet. Hais Philippe II fit-il, en effet, construire une pareille galère? Noël CoDti ne se laissa-t-il pas abuser? La galère à trente-six Itancs n'étaît-elle pas comme celle que se fit faire Ucchîali , cinq ans après, a trente-six bancs de chaque bord , chacun de ces lianes, siège de sept hommes maniant une rame à scaîoccio P Je le crois, et je m'étonne que Pantero ne l'ait pas entendu ainsi. ¥.a 1529 , Charles-Quint, passant de Barcelone en Italie, montait une galère à vingt-sept bancs, dit l'inventaire de la flotte citéparCapmany, toineIII,p. 63 des Jfemorto» ; cette galère ctait probablement une bâtarde , dont duque aviron était maiKTuvré par deux hommes. Cela se conçoit aisément.

Les galéasses du quatorzième et du quinzième siècle , les !:roases galères dont j'ai parlé d'après Pierre-Martyr, et que l'on trouve citées dans le livre de los quatre saiyaï» ,p. 142, au chapitre : Droits d'entrée et de sortie dans les ports de Catalogne ; ces galéasses n'avaient que de lointains rapports avec celles du Vénitien Francesco Bressan , qui eurent leur part dans la gloire de Lépante. Celles-ci n'étaient plus à zenzile. L'arrangement des rames par groupes à deux , trois et quatre sur on banc , avait perdu de la longue faveur dont il avait joui ; une seult* rame ( le tcatocào vénitien , qui semble être de la famille du xcarlùmus et dn icalinus, l'échallas, des documents du moyen lige) avait remplacé les rames légères , et deux, trois, quatre, et raéme huit hommes , agissant sur ce levier gros et long , s'asseyaient sur le banc, devenu moins oblique, où auparavant chacun d'eux maniait son aviron. Faire des galères plus grandes que les galéasses-birèmes , plus maniables et plus rapides que la nef, en les munissant du scalaccio, c'était un beau projet, c'c'est ce que Bressan entreprit. La quinquérème de Fausto exis-

MÉHOIRE n° 4.

taittoojours, rarement armée, comme je le disais tout à l'heure, niais respectée encore , et même encore estimée , puisqu'on la gardait pour les occasioas solennelles oiï Venise devait se mettre tout eutière en bataille devant Sélim et ses alliés des États barbaresques ; Bressan osa la regarder en face et lui prédire qu'elle serait bientôt oubliée. 11 travailla en effet, fit adopter ses galéasses , et se mit à l'œuvre la hache à la main. Tout l'arsenal était à lui ; le sénat avait confiauce dans sa pratique , k laquelle Venise devait tant de si bons navires ; il avait des aides et pas de rivaux; il était constructeur juré, et ne soulevait autour de lui ni haine, ni jalousie : la galéasse fut rapidement menée dans le chantier et promptement lancée sur )a lagune. Sans doute, un essai, analo^e k celui qu'avait faiten 1529 la quinquérème de Faust, liit ordonné par le sénat ; la galère, qui s'était faite presque nave et n'avait pas l'ambition de rivaliser avec les galères subtiles, remplit à souhait son râle honorable , mais plus modeste ; on applaudit Francesco , mais sans enthousiasme. Le succès du charpentier ressembla peu à celui de l'homme de lettres. On n'avait pas douté de lui ; on ne lui avait pas demandé de quel droit il faisait une chose que personne n'avait faite avant lui ; on ne l'avait point renvoyé au latin et au grec ; et comme il n'avait pas eu les tourments de la persécution , il n'eut pas les grandes joies du triomphe. Personne ne fit de sonnets pour chanter la Galéasse , ou si quelque poëte fut inspiré par la venue au monde maritime de cette galère géante , personne ne songea à recueillir ses vers improvisés; aucun chroniqueur ne prit la peine de raconter la fête à laquelle dut certainement donner lieu l'apparition de la première galéasse sur la mer de Venise ; et c'est à peine si le nom de Francesco Bressan est connu de quelques historiens. Les galéasses survécurent environ un siècle {*) à Bressan, et le nom de Bressan était déjà

(') Lesdernières galéasses, dont l'apparition ait, dans l'histoire navate, une certaine Importance , ce sont les galéasses espagnole-s commandées par Hugues de Moncade dans la célèbre flotte qui , malgré ses disgrilces , a retenu le nom de l'invincible armada. Ferreras dit , tome X de son Histoire d'Espagne , qu'il y avait : » une galéasse montée par le duc de Médina Sydonia , coiiiinand.int général de l'Armada; une division ût. 23 ga téasses commandée par Antonio deMendoia, et une autre de t fialéasses,

:i94 ARCHÉOLOGIE NAVALE.

iiublié depuis longtemps quand les galéasseg disparurent. Lespro- I.'rè3de la navigationà voileset del'art de construire les vaisseaux tirent délaisser tout oatureUemcnt les galéasses ; na coup de taO' tierre ft^ppa, du mcHns, la quiaqaérème , et sa Bn répondit à son commencement , entouré de tant de circoDstances extraordinaires ! Le nom de Fausto occupe une place aussi grande dans 1 histoire de l'art naval de Venise que dans son histoire littéraire ; celui de Bressan se lit dans un décret du sénat et dans la vie de Fausto par Giovanni ! C'est que Bressan avait fait acte de .son métier en imaginant de grandir la galère , c'est qu'il avut lK>ur amis de simples charpentiers ; c'est que Faust , au contraire, quittant pour un instant la pédagogie, avait fait une («latanle infidélité à Déiposthène et à Gicâvu pour se jeter dans les voies d' Archimède ; c'est qu'il avait critiqué, interprété (les auteurs anciens , et trouvé , dans une hypothèse nouvelle , une solution d'une des difficultés qui , dès le conunen-

camtnaadée par Hugues de Moncade , qui montait la capitaoe des galéasses. u 11 est à croire que Ferreras, quand il parle d'une division de 23 i;aléasses, ne veut pas faire entendre que les navires qui obéissaient à Antonio de Mendoza fussent de la ni^ine {grandeur que ceux auxquels comiitanilait Moncaite; c'étaient de grandes galères et non pas réellement (les galéasses comme on l'entendait au seizième siècle. Aucune puissance iiiaritimo n'eut dans ses arsenaux 37 galéasses proprement dites ; l'arniee de la sainte Ligue (l&Tl), où les puissances chrétiennes avaient accumulé luut ce qu'elles avaient d'éléments de victoire , ne comptait que 6 galéasïes; comment, depuis Lépante jusqu'à lâSS, l'Espagne aurait-elle fait l'onstruire un aussi grand nombre de ces grands bâtiments qui coûtaient tort cher, et qui , ne rendant que des services assez rares, commençaient j être abandonnés? John Pine, dans le texte Mplir;itJt' <|u'il duimu , en lT39,avec une gravure de la tenture delà chambre di> kiri]<i , représentant Ja célèbre Armada (tenture brillée au dernier incen<li<- de \Vestitilii\ter], [larle seulement de quatre galéasses. Sans doute, il f.iit .illusion à la division de Hugues de Moncade ; il me parait trës-raisounnble et tout i fait dans le vrai. Pourquoi, en effet, une division de 4 galéasses seulement, quand ilyen avait une de 33? On edtégalisé Its mxiihres, si les bdlitiients avaient été d'égale force. John Pine dit qu<' h-.n ijuatre i;aleasses jvaient en tout 1,300 rameurs, c'est-à-dire, 300 rameurs cbarune. Si ce ilnffreesteiiact,et si les galéasses n'avaient que 2 S rauifs par bande, cbai|ue rame n'avait que 6 hommes, au lieu de 7, au moins, qui généralement Ktaieut regardés comme nécessaires au maniement de ce levier immense. ; Voir \'Armata navale, p. 152 ).

MÉMOIRE Ji"* 4. Sd*"»

cernent de ce siècle de renaissance , avait été déjà abordée par plus d'un savant; enfin , c'est qull avait pour amis un secrétaire du sénat, des sénateurs illustres, et un écrivain comme Pietro Bembo.

La galéasse est définie en peu de mots par Pantero-Pantera « qui résume en ces quelques phrases un long chapitre de Bartolomeo Grescentio : « Les galéasses sont les plus grands de tous les navires à voiles et à rames ; elles sont longues , et étroites en proportion de leur longueur ; elles ont les mêmes parties et les mêmes membres que la galère. Quant aux rames (*) , elles en portent autant qu une galère ordinaire ; mais ces rames sont plus éloignées Tune de l'autre, la galéasse étant plus longue d'environ un tiers que la galère ordinaire , plus large aussi et plus haute d'un tiers environ. La rame de la galéasse est beaucoup plus grande que celle de la galère; aussi pour la manier est -il besoin d'au moins sept hommes. La galéasse porte toujours trois arbres : le maître , qui est très-grand et très-gros, le trinquet, et raii>re de misaine {mezana). Comme elle a trois mâts , elle a trois voiles. Elle a le timon à la navaresque, c'est-à-dire à la manière des naves, et aux flancs en arrière, de chaque bord du timon , un grand aviron qui aide à faire virer de bord le navire plus vite {**). La, galéasse , étant pesante et d'une grande masse ,

(^) Sur la foi d*un recueil d'estampes publié , en 1572 par Gio. Franoesco CaiDOcio, intitulé: »> isoie famose , porti^ fortezze e terre mari^ time, etc. » M. Casoni avance que les galéasses qui combattirent à Lépante (1571) avaient trois rames par banc. C'est une grave erreur, ^i Vander Hamen, dans sa chronique espagnole de D. Juan d'Autriche, ni Gio. Contarini dans son récit italien de la bataille de Lépante , ni J. Pujol dans son poème catalan sur le même sujet , ni Conti dans l'histoire de son temps, ni Brantôme dans sa Vie de D. Juan, ne font allusion à un ordre de rames à zenzile. Le manuscrit de Magius et une estampe que je citerai plus bas, montrent des galéasses, mais à rames ordinaires^ et il n'aurait pu en être autrement. Le graveur des planches 3S et 39 se trompa; peutêtre aussi M. Casoni, qui avertit que les detineazioni sont minute^ n'a-t-il pas pu bien interpréter la pensée de cet artiste. Les galéasses de Lépante que j*ai vu représentées à Géoes, au palais d'Oria (voir p. 13 du Rapport au ministre , qui est en tête de ce volume), sont munies d'avirons comme les galères'ordinaires, et satisfont très-bien aux délinitions longuement détaillées de Pantero-Pantera et de Bartolomeo Crescent io , tous deux contemporains de ces navires.

(**) Ces deux avirons de côté que nous retrouverons, mais seuls, aux

idfy ARCHÉOLOGIE NAVALE.

évolue UD peu lentemeot. Aujourd'hui , ou construit à VeniBe les galéasses avec tant d'art que , bien qu'elles soient grandes autant que celles que l'on coustmigait il y a longtemps , > — allusion aux grosses galères , — -et qu'elles soient alourdies par une pltu gnmde quantité d'artillerie, elles évoluent et virent, facUemeot et sans remorque, presque aussi bien que les galères subtiles. La galéasse , à la proue et à la poupe , a deux grandes places où se mettent les soldats et l'artillerie. Elle est toujours entourée de pavesades {impavesate) hautes, solides , permanentes et garnies de meurtrières [feritore), par lesquelles les soldats tirent leurs mousquets et leurs arqoeliuses sans être vus de l'ennemi et sans pouvoir être blessés (Kir sesarmes. Contre le bord de la galéasse, en dedans, est un chemin, une coursive ou un sentier sur lequel s'établissent les soldats avec une grande commodité , pour combattre comme pour se reposer. Une coursie du milieu, allant de la poupe à la proue, partage la galéasse, qui a une seule couverte au-dessous de laquelle sont réparties w\ ^vami noiithre de chambres et de petites soutes • ( pag. 44). ' Les galéasses sont années d'environ soixante-dix pièces d artillerie; la plus irrosse de ces pièces est te canon de la coursie qui porte de cinquante à quatre-vingts livres de balles de l'er. Deux autres canons moins gros sont placés de chaque côlti de ce coursier ; dix pièces de divers calibres ; demi-canons, liciiii-coulevrinos, moyennes {moiane}, ou sacres, sont à la proue , sur deux étages de planchers {lopra el lotto) <• — j'expliqucr;ii cdn plus tard; — 'la poupe en pqf-te huit des mêmes calihres que ceux de l'avant ; ils sont rangés sur la place de la pou \k- réservée à l'artillerie , et près de l'espale de chaque bord. Eiiti-e chaque banc , de la proue à la poupe , la galéasse porte une pièce ou canon pierrier de trente à cinquante livres de balles de pierre ; ces pier-

nancs des chats, déBnis par Hagaes Plagon, Cresccntio ne dit pas qu'on lesajoutetoujoursau gouvernail de laroddf. Il dit qw. \3 i^aléasse porte le timon à la navaresque, et il ajoute: -Si mette anrora (nussi) con dtie ' remi a'JiancU del timone. > Les deui gouveraails de coté ne se retrou veut dana aucune des figures de galéasses que j'ai coniities, el que j'aurai occasion de citer tout il l'heure, mais on les voit d,ins les dessins du manuscrit de la Magliabecchiane (Mémoire n" & ).

tiers étant courts sont fort conimodes , et Ton peut les manœuvrer aisément dans Tespace étroit où ils sont placés. On en met de chaque bord autant €[u*il y a de rames » (p. 89 de VArmata navale).

Si Ton se rappelle de quelle manière j*ai procédé , d après Crescentio (pag. 285-287) , pour déterminer les courbes de» roddes et matères de la galère, on me comprendra tout de suite quand je dirai :

Le pied de la $qiAadra , tracée pour la confection de la rodde de poupe d'une galëasse , était long de 22 palmes ( 1 6 pieds 6 pouces — 5"" 35* ) ; le lato était haut de 24 palmes ( 1 8 pieds — 5m. g^e ^. ^ Y^ hauteur de 21 palmes f (1 6 pieds 3 pouces 9 lignes^

— 5"- 28') se plaçait la ceinte; le dragant se mettait à 2 palmes l (I pied 8 pouces 3 lignes — O"* ôG**) au-dessus de la ceinte. Le sgarramento avait 7 palmes | (5 pieds 7 pouces 6 lignes — 1™' SI*"') ; le calcagnuolo^ élevé au milieu du pied de la squa^ dra^ était haut de 2 palmes (1 pied 6 pouces — 0"*- 48*). Avec ces données , il sera facile de tracer la courbe , galbe dç la rodde de poupe. Quant à la rodde de proue, le pied de la squadra , tracée pour la confection de son galbe, devait être de 22 palmes (5™* 35" ) ; le lato était de 26 palmes (19 pieds 6 pouces

— 6"' 17°j. La ceinte se plaçait à la hauteur de 17 palmes ^ (13 pieds — 4" 22"-) fou voit quelle était latonture de Tarrière à l'avant , la ceinte étant à 5"* 28° derrière , quand elle était à 4"-22'* devant: l"" 6"* — 3 pieds 2 pouces 3 lignes). Le sgarramento était de 8 palmes { (6 pieds 2 pouces 3 lignes — 2" 00" ) ; lecalcagnuolo était haut de 2 palmes { (i pied 8 pouces 3 lignes — Ô" 54"* ). Au-dessus delà ceinte, pour l'établissement du château de proue, la rodde s'élevait (il crescimento) de 8 pieds | (6 pieds 6 pouces — 2" 1 1 *• ) , et s'éloignait à son point le plus élevé , du lato de la squadra : 4 palmes (3 pieds — 0" 97" ). La

ligne qui passait par les cinq points : éloignement du lato , em« j

placement de la ceinte , extrémités du sgarramento , du calcagnuolo et du pied de la squadra ; cette ligne était celle du galbe de la rodde de proue.

Pour le tracé de la matère et du staménale , la squadra avait à son pied : 1 5 palmes de longueur ( 1 1 pieds 3 pouces — 3" 65" ), et à son lato: 12 pabnesde hauteur (9 pieds— 2'"- 92"). Le sgar-

ARCHEOLOCIE KAVALE.

ramento était long de 3 palmes | (2 pieds 9 pouces 9 lignes -~ (y 69' ) ; la scosa était d'un demi-palme (4 pouces 6 lignes — 0" 10' ). I^ ceinte était placée à l'endroit oii le slaménale coupait le lato, ce qui avait lieu à la hauteur de 10 palmes (7 pieds 6 pouces — 2" 43'). Le contovale avait 2 palme» de hauteur (1 pied 6 pouces — 0"- 48'), et le haut de ce revêtement était en dehors du lato de I de palme (6 pouces — 0*^ 16'').

La galéasse avait 80 matères de galbe , indépendamment des fourçats.

La maîtresse latte avait 30 palmes de longueur (22 pieds 6 pouc«s — 6"- 65'), etson90zson«(V.Méra. n°5) 1 palme ^ de haut (I pied 3 pouces 6 lignes — 0*' 48'' ). La coursie , lai^e de 3 palmes ^ ( 2 pieds 7 pouces 6 lignes — 0"- 84'- ) , était haute de 84 centimètres. De l'arbre maître à la proue, la galéasse avait vingtquatre lattes. De la latte où s' appuyait l'arbre quand on démâtait la galéasse ( la lata di disarborar) jusqu'à la poupe , elle en avait trente-sept. Les lattes à désarborer, ouvertes par le milieu, étaient au nombre de cinq. Les lattes étaient éloignées l'une de l'autre de I palme ^(1 pied 3 pouces 9 lignes — 0"''40'). Chaque latte avait un 5 palme d'épaisseur ( 4 pouces 6 lignes — 0-ir).

La carène avait 62 coudées de longueur {f/umiii 62, ditCrescentio. — Il ne faut pas perdre de vue que la coudée napolitaine était ^le à la goue de Marseille, c'est -à-diri' , qu'elle avait 27 pouces (voir pag. 283 de ce Mémoire) ( ['-i'i yiieds C {rauces — 45" 31'). — Si l'on ajoute à cette longitinr la Komnie des longueurs des pieds délie iqttadre , de l'une et l'aulrc roddes , ou lO'- 70'' , nous verrons quela longueur totale de la galéasse m affo (sur couverte) devait être de 56"- 01' (172 piedsS pouces— 73 condées).

Le château de proue était long de 21 palmes (15 pieds 9 pouces — 5"- 1 r- ) , et haut de 6 palmes (4 pieds 6 pouces — 1~- 46'); plus 1 palme de gozzone, ce qui fait de hauteur totale 5 pieds 3 pouces — !"■ 70*, — taille d'un homme , dit Crescentio. Le chAteau de poupe était long de 25 palmes (18 pieds 9 pouces — e*' 09') , et haut de 6 palmes , plus I palme de gozzone : 7 palmes (6 pieds 3 pouces — !■• 70' ).

C'était, sur et sous ces châteaux (lopra et suilo, comme dit

Pantero-^Pantera) , qu on établissait lartillerie de la galéasse. Les deux châteaux se comprennent fort bien ; celui de lavant était une sorte de gaillard semblable à celui de nos gros hrign de guerre, corvettes, etc. ; celui de la poupe, un château ayant de Tanalc^e avec celui des nefs. Voilà bien ce que les textes de Crescentio et de Pantero donnent à entendre. Les représentations de galéasses que j'ai pu me procurer vont m 'aider à déterminer la forme et l'organisation des châteaux. Pag. 62 de sa Nautica mediterranea ^ Crescentio a fuit placer la figure d'une galéasse , gravure sur cuivre , à laquelle il renvoie le lecteur. Cette gravure est l'informe apparence d'un navire a rames qui répond assez mal aux données écrites de l'ingénieur romain ; image grossière qu'un artiste inintelligent exécuta, sans se mettre en peine des proportions établies par l'architecte romain , des rapports entre chaque objet , de l'emplacement des pièces principales, et de la logique des détails. Au lieu d'une galère longue , haute , forte , mais non pas massive , il fit une sorte de bâtiment lourd et sans grâce , rond par devant et par derrière , comme une coque du quinzième siècle , sans tournure, tirant beaucoup d'eau, très-haut sur la mer, ayant trente rames de chaque côté , ce qui est énorme ; ayant , hissée à l'arbre de maître une antenne assez grande pour que, lextrémité de son carro aille sur Téperon ; ayant enfin à l'arrière une aire chargée d'une maison , soutenue par des jambes de force , et constituant un ensemble sans raison et sans possibmté (*).

(*) Il faut faire remarquer, à la décharge du graveur employé par Crescentio , que presque tous les artistes qui représentaient des galéasses exagéraient sinj^ulièrenient la masse de cette espèce de navire, comme, au reste , la plupart d*entre eux exagéraient la grandeur de tous les vaisseaux. Un fort beau et très-précieux volume de miniatures, que possède le département des estampes (bibliothèque royale , A é- 41): les Fàyages de Metgius, entre autres détails maritimes intéressants, présente trente-quatre galéasses , faites certainement avec plus de sentiment de la vérité que celle dont je viens de parler, cependant trop hautes et trop larges, si on les mesure aux chiffres de Crescentio. Il semble pourtant que toutes les conditions qui peuvent rendre une œuvre peinte digne de foi dussent se réunir dans ces petits tableaux faits en 1578, à Venise, par les ordres et sous les yeux du noble Magius, l'ancien gouverneur de Chypre , Tun des

400 AIICHBOLOGIE NAVALE.

Cet à peu près , que je suis étonné de trouver dans un ouvrage où tout est rigoureux, ne ressemble guère ptus à la galéasse du seizième siède , que tant de représentations navales, données par les médailles, les bas-reliefs et les peintures antiques, ne ressemblent, sansdoote, aux galères, — encore inconnues, — des Romains et des Grecs. Je ne le rejette pas cependant tout entier ; il a tel détail que je dois prendre en considération , sans y ajouter une foi complète. Ainsi le château d'avant, bastion arrondi, placé sur la galéasse, et occupant tout le quartier de la proue

héros malheureux de Famagouste, qui avait longtemps voyagé sur mer. et se connaissait en galères, galéasses, naves, etc.; mais l'artiste n'était pas marin , et Magius ne fut pas plus exigeant qu'il ne devait l'être. Le peintre était Flamand, admirateur, sans doute, de Klidiel-Ange, et peutêtre étève d'un de ces maîtres de Flandre ou d'Allemagne qui préconisaient une certaine ampleur dans le style, dont l'exrès menait au gigantesque. Pour peindre les navires qui avaient la plus firande renommée de force entre tous les bâtiments de guerre , il ne dut pas cherclier à réformer sa manière ; il garda sa puissance de dessin en l'aptiliquant h des galéasses en miniature; et son pinceau, bien qu'il rendit avec linesse quelques détails délicats , se mit a l'aise quant à la forme générale. Au surplus , ces galéasses noires, à la ceinture rouge, aux longs et lourds avirons rouges, — on ne peut guère se tier à leur nombre : quatorze, seize et dix-sept , qui ne saurait être exact dans une représentation de 6 lignes environ de longueur totale , — aux mâts et aux gabies ronges ( il n'y ii pas de gabir au trinquet], aux trots voiles triangulaires blanches, ont des châteaux d'avant et d'arrière fort bien indiqués. J'ai pu les comparer à ceux des six galéasses servant d'avant-garde à l'armée chrétienne que l'on voitdans la planche, bien curieuse pour l'histoire, publiée par Michèle Tramezzlno. à Rome, en 16T2, et gravée par les soins d'Horatio de Marii Tigrino. Cette planche représente l'ordre de bataille des rhréiiens et des Turcs à Lépante, et la mêlée des deux flottes. Elle est d:ms le vol. te— 5 des estampes, bibliothèque royale. Une estampe du méuie volume, planche de Giacomo Franco, gravée en 161», et représentant V.lmiata venedana, montre une galéasse trois fois grande comme celles des voyages de Magius, A peu près dans le même style, mais intéressante pour les détails des châteaux. Son château d'arrière projette en dehors de la poupe une petite galerie de défense, au milieu de laquelle se meut la tête du gouvernail . que l'on a peine à reconnaître dans une certaine pièce recourbée des galéasses de la planche représentant Lépante. Dans les galéasses de Magius, la galerie a l'air plutôt d'un éperon , ou poutre carrée , que d'un beliatorivm ou d'une pergola. Mais le peintre maniait les couleurs épaisses de la gouache, et il faisait des choses si petites qu'il lui était vraiment impossible de se rendre tout à fait intelligible. ^^^^

OU tabourin (comme le nomme Hobier), est une chose presque vraie. Je vais m expliquer. Si je dis : presque \raie , c*est que l'artiste , en copiant Faccastillage de proue , fut un peu plus scrupuleux imitateur de Tobjet quil avait à rendre , que lors^ qu'il copia la galéasse dans son ensemble ; il fit une tour, ouverte du côté de Tarrière , plus large à sa base qu'à son sommet, et assez bien en proportion avec la proue sur laquelle il l'assit. Cette tour, ayant 5 pieds 3 pouces d'élévation, devait avoir autour du plancher qui la couvrait, un parapet auquel on peut supposer 5 pieds 6 pouces de hauteur, et Ton retrouve à peu près ces 10 pieds 9 pouces dans le château du graveur. Le parapet, que Bartolomeo Crescentio n a pas mentionné , mettait à couvert le» artilleurs qui manœuvraient les sacres, moyennes, demi-coulevrines ou demi-canons que la galéasse avait pour Fattaque, sur la couverte du château d avant. Dans la muraille de ce parapet devaient être ouverts des sabords ou embrasures pour les pièces, comme, dans la muraille du château, étaient pratiquées cinq ouvertures pour le coursier, les deux pièces qui le flanquaient, — immédiatement dirigées de l'arrière en avant , comme pièces de chasseet d'attaque, — et, enfin, deux autres pièces plus petites, faisant feu dans des directions à peu près parallèles aux arsfanelli^ ou bossoirs des ancres. Ces deux dernières pièces se trouvent passablement indiquées dans la gravure qui nous occupe , et dans d'autres représentations de galéasses dont je vais parler bientôt. Huit autres pièces étaient placées sur la couverte du château, formant une petite batterie demi-circulaire, dont les bouches à feu étaient à ciel ouvert , ou , comme on dit aujourd'hui, à la barbette. Ces huit pièces, et les deux que j'ai placées à côté des acolytes du coursier , formaient le nombre de dix , attribué par Pantero-Pantera au château de proue, indépendamment des trois canons principaux.

Dans la galéasse gravée , on n'aperçoit pas un seul canon à la poupe ; il n'y a même pas de château proprement dit. Une plate-forme sans parapet couvre l'arrière, et sur cette plateforme, qui n'est ni une galerie ni une place d'armes, puisqu'elle est ouverte et sans défense , on voit s'élever une petite maison n'ayant rien de commun avec la tente de la galère. Cette maisonnette au toit pointu , assez semblable à une habitation de

i02 AKCHÉOLOGIE NAVALk.

|)avsaii , a une porte qui ou^Te sur In coursie; la porte parait l'trc de la hauteur d'un homme. Au-dessus de cette entrée, se voient deux petites fenêtres ; sur le côté de la maison , trois fenêtres ou petits sabords sont pratiqués , assez haut pour faire croire qu'elles éclairent un second étage. Qu'est-ce que cette l)araque , d une architecture toute civile , implantée sur l'arrière d'une grande galère? est-ce un logement pour le capitaine , ou un chAteau de défense? I.*8 fenêtres peuvent être des embrasures , à la rigueur ; mais comment aurait-on couvert d'un toit Il deux faces inclinées un fort que l'on aurait privé par là d'un (le ses avantages les plus signalés , un plateau couronnant l'édî-

Ce n'est pas la première fois , au reste , que je trouve de ces iiiaiso miettes sur tes navires ; dans un des curieux tableaux de Victor Cnrpaccio (1515), j'ai remarqué deux bâtiments sur

(Avant d'un

du quinzièine siècle, d'apièi V. CarpicrJo.) (*).

(*) Cet avant de navire dont les analogues sont nombreux dans l'œiivir ilcBreughel, est tout h fait semblable à celui d'un vaisseau que Mante^nii lie Padoue peignit, au quinzième siècle, dans ttit tableau représentant ['ûiUévemenl cTHil^ne, que j'ai vu à la galerie Barbsrîgo, à Venise, et

Tavant desquels sont des constructions , dont lune surtout est fort analogue à celle de là galéasse gravée dans la Naulica mediterranea. Au-dessus de la rodde de proue est établie une sorte de bec , tout à fait semblable à cette pointe extérieure que les marins des tartanes provençales appellent simplement l'échelle , et qui a Fair, en effet, d une de ces grandes échelles de jardiix formées d'un triangle isocèle jïartagé en deux triangles rectangles par la traverse du milieu , portant les échelons. Ce bec ^ solidement attaché aux joues du navire par des pièces latérales semblables à celles que Ton mettait tribord et bâbord de Téperon des galères , pour le consolider , et qu'en France on appelait les cuisses (V.Hobier), supportait une construction ayant la forme d'une pyramide tronquée à bases parallèles. C'était un petit logement , un petit château ou bannum (voir Mémoire n" 7, sur les vaisseaux de saint Louis), en arrière duquel était une maison de bois établie sur le pont du navire , dont elle occupait un espace assez considérable. Les galères peintes par Raphaël dans la sacristie de la cathédrale , à Sienne , m'ont offert deux exemples de ces constructions qui paraissent si étranges , entées sur l'avant ou l'arrière d'un navire. A la proue de la galère qai se trouve dans le premier tableau à droite, contre la fenêtre, — galère à trois mâts qui , pour le dire en passant , est à la voile sous trois voiles carrées , ce qui la rapproche des galéasses es— pagnoles du seizième siècle , qui n'étaient pas voilées à la latine, ainsi que le fait remarquer Crescentio : « In Spagna rhahbiano messe alla quadra ; » — à la proue de cette galère, comme à l'avant de la galère (zenzile à trois rames par banc) qui figure dans le troisième tableau à gauche , est , au lieu d'une rambate ou d'un château demi-circulaire , une maisonnette au toit aigu ,

dont j'ai parlé page 15, Rapport au ministre. Quelques détails du navire de Cirpaccio ont besoin d'être expliqués; ainsi, au-dessus des écubiers où passent les câbles, il y a, de chaque côté de la rodde ou étrave, un écusson sur lequel sont peintes des armoiries, celles peut-être du patron de la nef, ou bien celles de la ville où le bâtiment avait été'armé. Ces écussons se retrouvent sur le vaisseau de Mantegna. Entre les écubiers et les jas des ancrfs sont deux espèces de manettes, appliquées sur les joues du navire; elles servaient aux amarres de quai , et à de faux haubans qui sont très-visibles dans la peinture de Mantegua. — C*est par erreur que dans le Rapport au ministre on a imprimé Montagna pour Mantegna.

ABCHEOLOGie nWALR.

dont l'arête est coupée par le raàt de trinquet, qui s'implaute au trayers de la maison. A la poupe même de la galère , au-dessus de la timonerie , est une constmction assez élevëe , espèce de pyramide quadrangulaire tronquée , àdeux étages, couronnée par un autre tronçon de pyramide dont la base supérieure n'est point parallèle à l'autre, et incline singulièrement à l'avant du navire. C'est le Ic^ement du capitaine.

Les exemples que je viens de citer ne sont pas les seuls que je me rappelle. L'œuvre gravé de F. Huiis en abonde; la galère de don Juan , dans la représentation de la bataille de Lépanle , citée ci-dessus (note de la pa^. 400} , a aussi un cbAteau d'avant à toit aigu , comme celle de Sienne. Void qui n'est pas moins important :

Dans une visite que je fis , le 2 février 1 835 , au palais d'Oria , à Gènes, H. Carlo Horfino, intendant du prince Pamphîti d'Oria, me fit voir le garde-meoble , salle souterraine où les curieux ne sont point admis, et qui renfernif quelques vieux témoignages du luxe de la magnifique maistJii tmtie par le glorieux André. Cette pièce est garnie de banUs ariuoiros appliquées contre le mur, armoires dont les porUs sont couvertes, à l'intérieur, de peintures a la détrempe, extcuU'es sur papier, si ma mémoire est fidèle. C'était ces peinturt'K que >l. Morfino m'avait engagé à examiner. Elles sont curieuM-s , cl retracent des faits nuritimes importants : la prise de Coron , en 1633 , pnr exemple; la bataille de Lépante, et d'autres cnnibats également

célèbres. J*aarai à citer la prise de Coron, quand je parlerai de la tactique adoptée par les galères du moyen âge; je m'arrête à la représentation des galéasses qui figurent dans le tableau de Lépante.

Si la galéasse de Crescentio est sans tonture , celles de la maison d'Oria sont tonturées à l'excès ; si la poupe de la galéasse gravée dans la iVau^ médit, ne présente pas l'apparence de pavesade, de canons, de moyens de défense, les galéasses peintes ne manquen't d'aucun de ces accessoires nécessaires ; ici peut-être il y a excès , quand là il y a oubli. Le peintre n a pas été beaucoup plus fidèle que le graveur, mais il a vu d'un œil plus intelligent des navires dont il a grandi la masse , en donnant , toutefois , à son exagération , ce que dans les arts on appelle le caractère. On peut le blâmer de n'avoir pas été scrupuleusement exact , mais il a été outré avec sentiment. Il a fait, pour donner la vie et le mouvement aux grands navires à rames qui attaquèrent les premiers à Lépante , sous les ordres de Francesco Dudo , ce que ses contemporains faisaient alors pour donner la force , la grâce et l'expression aux figures humaines qu'ils mettaient en action : il a maniéré la forme , courbé outre mesure les lignes des ceintes et des parapets, et surchargé les poupes des galéasses, afin d'en faire de véritables forteresses à la rame. Il était de son temps , — car ces peintures , qui n'ont pas de date , et qui se cachent maintenant dans des armoires oti on les a collées pour ne pas les perdre , furent certainement exécutées au commencement du dix-septième siècle, quand les premiers imitateurs de Michel- Ange eurent mis en faveur ce style contourné dont le Bernin devint le type extrême ; — d'ailleurs , il n'était pas obligé à la précision ; il faisait au bout du pinceau , avec toute la liberté de l'improvisation et toute la facilité de touche qui distinguait les grands brosseurs de l'école génoise , une décoration pour une fête , sans doute ; et le lendemain , cette œuvre de circonstance ne l'occupa plus. Il recherchait chaudement l'effet ; il jetait sur le papier quelques épisodes intéressants pour les familles dont les pères avaient été à Lépante avec le prince Jean André d'Oria; et s'il voulait que ses galères , nefs ou galéasses eussent l'air vivement engagées , il ne tenait pas plus à donner bien scrupuleusement à toutes leurs parties la rigueur de leurs formes par-

406 ARCHhX)tOClE NAVALE.

ticuliëres , qu'il ne tenait à étudier avec soin les bras, les jambes et les tètes des Turcs, représentés fuyant sur le rivage des Cursolaires. Et mal^ ses exagératioDS, le peintre de Gènes vaut beaucoup mieux que le froid graveur de Borne. Ses galéasses , pour ne pas sortir de notre snjet, ne sont pas exactes, sans doute ; mais , sous le masque infidèle qui cacbe leur véritable pbjsifluomie, je puis retrouver toutes les parties constitutives du navire de 172 pieds de longueur totale, de 22 pieds { de lai^, ayant un château de proue, long(*} de 15 jneds 9 pouces, haut de 11 pieds environ, et un château de poupe,, long de 18 pieds 9 pouces , haut de 12 pieds à peu près. Je rabaisse beaucoup par la pensée cette montagne de l'arrière que cobronne la maisonnette au toit aigu ; je diminue cette longueur qui , de lespale au timon , chez le peintre décorateur , prend pitu d'an tiers de la lot^ueur totale ; j'ouvre , dans la hante poresade qui surmonte le contovale à l'arrière des rames , quatre sabords seulement , puisque la galéasse n'avait que huit bouches à feu à la poupe ; j'ouvre au contraire , au parapet , sur le flanc , autant d'embrasures qu'il j avait de rames , et je les {dace entre chaque banc de rameurs , ce que le peintre n'a pas fait très-régulièrement , quoique sa batterie de pierriers soit assez bien Indiquée ; je mets enfin quelques sacres ou moyennes de plus au château de l'avant , qu'il a fait en bastion serai-circulaire , comme le graveur de Crescentio. Une chose reoLarqnable , non indiquée dans les galéasses citées plus haut , c'est un rempart , une sorte de hrétèche ouverte-, que le peintre a mise en dedans de la pavesade de poupe , et qui parait placée en arrière du recul des bouches à feu , faisant comme un chemin de ronde autour de la maisonnette , point culminant du château. Cette enceinte intérieure se retrouve sur la poupe des six galéasses de la maison d'Oria , toujours établie de la même manière ; elle parait être un abri pour des arquebusiers , bien que dans sa muraille de bois ne soient pus tracées les meurtrières, que le décorateur a bien pu négl^r. Cette seconde fortification , — qui semble plus gè-

(') Le mât de trinquet est implanté sur ce château ; il porte une votte Carrée, enverguée sur une antenne faite de deux pièces liées ensemble. L'antenne a des bras et des l>a]aiiciiies comme la vergue de trinquet de I» salére a trois rames par banc de F. Huiiii , citée p. 3&3.

MÉMOIRE m" 4. 407

uante qu avantageuse, sur un château dont la largeur pouvait être de 24 pieds environ (7 " 79 ") , en supposant une assez grande saillie aux œuvres extérieures qui supportaient la pavesade : les consoles et les nMSserets , ainsi que les nommaient les charpentiers de Marseille (Hobier , pag. 31);— cette seconde fortification admise , voici quel devait être le plan du château d'arrière de la galéasse :

Le château dominait remplacement occupé par la cbiourme, d'environ la hauteur de la pavesade élevée sur Tapostis ; il était euceint d'une muraille de bois, parapet ou pavesade, à la— quelle il faut bien donner 6 pouces d'épaisseur (0"- 16" ). Cette muraille , que le peintre u a point dressée sur le couron— nement de la galéasse, et qui sans doute était remplacée eu cet endroit par une galerie à jour, à hauteur d*appui, laissant aux timoniers la liberté dont ils avaient besoin , devait être haute d'environ 5 pieds 3 pouces ( !"• 70*'') pour couvrir les artilleurs. Une porte, ouverte sur Tespale, servait aux communications du château avec la galéasse : le peintre ne Ta pas oubhée. En arrière de la muraille dont je viens de parler , régnait un chemin, qu'il faut supposer d'environ 5 pieds de lai^e ( 1" 62*- ) pour la manœuvre et le recul des pièces , aussi bien que pour le mouvement des hommes qui avaient besoin de se transporter , pendant le combat , du château d'arrière à tel point du navire vivement attaqué, ou d'un point quelconque, de la galéasse, dans la fortification de la poupe. A cette limite des 5 pieds s'élevait une seconde enceinte , dont le sol intérieur devait être jAus haut que celui du chemin ; 1 pied et | ( 0" 48" ) pouvaient être la quantité de cette élévation , qui donnait aux arquebusiers placés derrière la seconde muraille, la possibilité de tirer par-dessus la tête des bombardiers. Cette muraille, épaisse aussi de ( O"' 16*), devait donc avoir extérieurement , c'est-àdire , du côté du chemin , 6 pieds 9 pouces de haut ( 2" 19" ) , et seulement 5 pieds 3 pouces (1" 70" ) en dedans. La coursive , qui devait régner entre la seconde enceinte et la maison , on ne peut guère lui donner moins de 2 pieds ( 0" 64'' ) pour la manœuvre de l'arquebuse ou du mousquet. Il reste donc , pour la largeur de la maisonnette , 8 pieds ( 2"" 59' ) , en y comprenant les épaisseurs des deux murs latéraux : i pied

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( 0" 32" ), à 0*" 16' l'un. La figure de cette petite habitation , qui pouvait dominer la seconde enceinte , comme celle-ci dominait la première , ce qui élevait son plan de 3 pieds (0" 97*" ) au-dessus du plan de la batterie, devait être une pyramide irrégulière, ayant pour base non pas un rectangle, — parce que la face de la maisonnette regardant Tavant était plus large que celle du couronnement, la poupe étant plus étroite derrière qu'à Tespale , -^ mais un trapèze , dont la plus grande des bases était de 7 pieds ( 2"** 27*"* ) , la plus petite, de 5 pieds ( 1 " 62*"- ) , et le côté , — la longueur totale du château d'arrière étant de 18 pieds 9 pouces, ainsi que nous l'avons vu plus haut, page 406 , — et le côté, de 9 pieds 9 pouces ( 3°** 16*' ). Sur cette base s'élevait une logette , aux murailles de 5 pieds 3 pouces , mais dont le faitage était de 6 pieds 3 pouces au moins au-dessus du sol. Ainsi , le point le plus élevé du château de poupe, si mes suppositions peuvent être admises , comme je le crois , était d'environ 1 4 pieds 6 pouces ( 4*" 7 T' ) au-dessus des apostis. Sans doute le poids que suppose ce château était assez considérable , car il fallait que la fortification fût solidement établie pour l'office auquel elle était destinée , et pour présenter une suffisante résistance au vent. Elle devait être aussi un assez grand obstacle dans la navigation ; cependant , si l'on pense à la longueur totale du navire et au peu d'importance relative qu'avait une construction lai^e de 24 pieds , longue de 1 8 et haute de 14 (en adoptant même , ce qui n'était pas, un solide de ces dimensions), on ne s'étonnera pas que les constructeurs de galéasses fissent à la poupe l'accastillage , dont le peintre de Gènes exagéra les grandeurs , mais dont il conserva les formes, assez bien pour qu'en les faisant rentrer dans les données que m'indiquait la raison , j'aie pu restituer le château comme je viens de l'essayer. On s'en étonnera moins encore, si l'on connaît un peu l'architecture na\ale du seizième siècle , et si l'on sait de quel fardage étaient surchargées les poupes des vaisseaux ronds de cette époque. ( Voir à ce sujet l'œuvre de Callot , la figure du Greai^Henry , et d'autres pièces gravées qui sont dans les portefeuilles : Ma^ rine, Id — 56, et dans les Vol. in-folio, le — 5, le — 6 , cabinet des estampes, Bibl. roy. ; voir aussi l'embarquement du roi

MÉMOIRB !«'' 4. 4(K>

Henri Vill à Doq\tcs; les tableaux de Vittore Carpaocio, et le Vaisseau du Diable, par Giorgione, qui sont à Venise; V Invention de la croix , gravure de Liénard , d*après Giorgione , enfin , dans ces Mémoires^ les n** 6 et 7).

La maisonnette , le tannum cohopertum , ce réduit dont j*ai donné approximativement la forme et les dimensions d après toutes les figures que je connais , et auquel je ne saiirais assigner son nom véritable , que je n ai trouvé nulle part , était une cbambre de conseil ou l'habitation d'un officier, du pilote, par exemple. Le capitaine qui pouvait avoir le gavon au-dessous du diàteau d'arrière j ne lui aurait pas préféré Tétroite cellule qui surmontait la poupe. Quelques fenêtres sur les faces, audessus de la seconde enceinte , étaient ouvertes à la défense , comme les meurtrières et les sabords des deux autres parties de la fortification. Un petit nombre d'hommes seulement devaient combattre sous ce toit , déserté quand venait l'abordage , car, s'il pouvait couvrir des arquebusiers tant que le combat avait lieu a distance, il ne pouvait être qu'un asile dangereux si l'ennemi pénétrait dans le château de la galéasse.

Les trèsHrares galéasses que l'on construisit au commencement du dixHseptième siècle perdirent le lourd accastillage de poupe qu'elles avaient eu au seizième. On voit dans l'œuvre dessiné de J . Jouve (Bib. du roi , fonds des belles reliures) une galéasse dont la poupe a encore de grands rapports avec celles des galéasses de la maison d'Oria; c'est tout naturel. En 1679, Jouve n avait pas sous les yeux de galéasses modernes, car, depuis soixante ans environ , il n'existait plus guère de b&timents de cette espèce que dans les salles de modèles des arsenaux ; il copia donc d'anciens dessins et donna la figure d'une galéasse à peu près contemporaine de celles de l'Invincible Armada. Venise fit, je crois, la dernière galéasse , et je puis offrir au lecteur la figure de ce dernier des navires d'une famille entièrement éteinte. Son modèle en relief existe à Venise ; M. l'amiral Panluci, directeur général de la marine autrichienne , a bien voulu m'en faire exécuter un dessin sur l'échelle d'une ligne pour pied ; ce dessin était trop grand pour que je le donnasse en fac-similé; je l'ai réduit au tiers , et c'est cette réduction à un tiers de ligne pour pied qu'on va trouver, page 410, avec les mesures vénitiennes.

Ix» grandies guli^rcs iii'imt coiiduit il m'œoupiT de lu quiii- ([uérème de Fauslo, et celle-oi dfs piik'nsses ; il l'iuit iimintcnniit

que , du seizième siècle , je rétrograde au ouzième et au douzième, pour examiner ce que pouvait être une espèce de grande galère appelée cate ou gaie, et mentionnée par Guillaume deTyr, Albert d'Aix, Laurent de Vérone, l'anonyme de Bar, et Hugues Plagon. C'est fort succinctement que les auteurs parlent du chat {gatus, catus)] Laurent de Vérone, dans son poème: de Bello balearicOf le fait entrer dans une nomenclature de navires , mais n'accompagne son nom d'aucune épithète qui puisse nous le faire connaître :

Gatti , dromones, carabi, celeresque galeœ, Barcœ, currabii, lintres, grandesque sagittas, Et plures alis variantes, nomina naves...

Voilà les gâtes avant les dromons, les esquifs, les galères rapides ; est-ce une raison pour croire qu'en effet ces navires étaient plus considérables que les dromons et que les saëttes qualifiées de grandes ? Laurenti n'était pas tenu à une rigoureuse exactitude ; il n'écrivait pas une liste analogue à ceUes que l'on rencontre dans les lois maritimes des différents peuples {Capitulaire nautique de Venise ^ 1 255; Statuts de Gazarie, 1 3 1 6 à 1 44 1 ; Ordonnance de Barcelone, 1 3 1 5j ; listes établissant , en proportion de la grandeur des navires qui y sont inscrits , les droits d'ancrage ou les cautions que chacun d'eux était obligé de payer; il pouvait user de sa liberté de poëte et ne céder qu'aux exigences du mètre et de la quantité : il fit mieux. Conformément à l'ordre de bataille prescrit par la tactique de l'époque , devant les galères il fit marcher, graves et lourds , les gâtes et les dromons chargés de leurs longs spondées ; puis il fit venir les galères , et avec elles les carabi, rangés à dessein dans la série des dactyles , mètre coureur, par le redoublement duquel il voulait peindre la vélocité des bâtiments qu'il nommait. S'il avait pu faire son vers autrement; si les deux brèves de carcUfi lui avaient permis de placer ce mot à la fin du second hémistiche ; si galeœ avait pu se trouver au premier repos du vers , certainement il aurait nommé la galère avant de plus petits navires à rames ; mais il se pliait aux lois d'une impérieuse nécessité. Plus libre, au commencement de son vers qu'à la fin , pouvant à son aise remuer les syllabes longues qu'il devait

412 ARCHÉOLOf^ 1 1: :<iAVALr.

mettre en œuvre, s'il a mis dromones iiprès gatli, Laurent eut un motif qu'on peut aisément deviner, je croLs. Le poète fait un pas avec les gâtes , et il s'arrête , comme si les gâtes trop pesants avaient peiné à marchor ; U suit les dronioos , pesants aussi , mais qui ont un élan plus durable que celui des gâtes ; enfin il court avec les carabes et les galères. Daus la pensée du poëte de Vérone , les gâtes sont donc plus grands , plus forts , moins rapides que les dromons , les grosses galères du temps ; il veut bien le faire comprendre ù sou lecteur. Ai-je tort de prêter une telle intention à Laurent! ? Serais-je , par malheur, plus ingénieux que je ne voudrais l'être? j'espère que non. Voici.uD passage de Guillaume de Tyr {Gesla Dei per Francos, p. 828, t. ï") qui vient à l'appui de mon interprétation ; il se rapporte à un événement de l'an 1121 ; - Eodem tempore, " audità regni orientalis uecessitatc, dux Venetiie, dominas Mi- " chaèlis, unà cum majoribus ejusdeni provinciœ , eomposità « classe eum quadraginta galeis , gatis ^iginti octo , . quatuor " majoribus ad deveheuda onera aptatis navil)U9 , iter in Syriam " arripinut. »

L'archevêque de Tyr nomme ici It-s gatca après les galère»; mai» le nombre 20 comparé au nombre 40 qui est celui des galères, nous éclairerait sur la qualité des navires auxquels il s'applique , quand bien même l'historien ne prendrait pas le soin de dire un peu plus bas , ce qu'étaient les chats : » Erant sanè in - eâdem classe quœdam naves rostratai quas gatos vocaut , galeis "majore^, habentes sii^ulc remos centenos quibus sioguUs " duo erant rémiges necessarii. Eriint autem et quatuor naves n majores , nt prediximus, ad deportanda onera , machinas ,

• arma et victni necessaria, depntata;. Has cuin gatis priores > ordinant , eâ intentione , ut si ah liostibus forte de remoto " conspicerentur, non pntaretiir hostium exercilus, sed merca-

• torum naves. Galeœ verà snhsfqiiebantur ; " — voilà l'ordre de marche et de bataille dont jt' parlais tout à l'heure à propos des vers de Laurent! — « sic ergo urdinato esei-citu , versus lit- « tora proficiscuntur. »

Ceci est clair. Les gâtes ou chats étaient des navires à rames, armés de l'éperon, plus grands que les galères, ayant cent rames uagée» chacune par deux bomines. Ils marchèrent , daus le cas

dont il s'agit , avec les quatre grands bâtiments de chaîne , en avant des galères; ils étaient assez hauts et gros, afin que les ennemis les prissent pour des navires commerçants, pour de grosses galères chargées de marchandises, ainsi que les nefs avec lesquelles ils étaient en ligne. Quel ordre tenaient les rames sur le plat-bord du gâte ? Étaient-eUes trois par chaque banc , deux seulement , ou bien une par banc , mais dans deux étages superposés, comme celles des dromons du neuvième siècle ? Cette dernière hypothèse ne me parait pas admissible. Si le chat avait eu deux ponts, Tun sur Vautre, et sur ces ponts des bancs de rameurs , Guillaume de Tyr n'aurait pas manqué de nous l'apprendre. Il entre dans tous les détails qui peuvent concourir à la définition claire des gâtes , opposés aux galères ; et si, après avoir parlé du nombre de rames , il dit seulement que chaque rame avait besoin de deux rameurs , c'est que l'ordre des rames dans les deux navires était le même, et que l'aviron du chat différait de celui de la galère subtile ordinaire, seulement par sa taille et sa grosseur. C'eût été une circonstance trop remarquable que celle de la superposition de deux étages , pour que Guillaume, ordinairement si exact, eût oublié de la mentionner. Le chat était donc armé de deux ou trois rames par banc. L'ordre à trois rames avec deux rameurs par aviron doit être repoussé aussi bien que Tordre à deux étages. Si l'on se reporte, en effet, à ce que j'ai établi pour Tarrangement à zenzile, à trois rames par banc, on verra que la longueur du banc pour six rameurs aurait dû être double à peu près de ce qu elle était pour trois, et que cette augmentation dans la largeur en aurait nécessité une telle dans la longueur totale du navire, que le chat aurait dû être long de 240 à 250 pieds. Sans élargir le navire déplus de 1 pied, on peut très-bien placer quatre rameurs sur le banc de la zenzile à deux rames , leur laissant toute la liberté nécessaire pour manier , les premiers, un aviron de 25 pieds, les autres, un aviron de 20 pieds. Le gâte ayant deux cents rameurs pouvait donc avoir vingt-cinq bancs de chaque côté et à peu près 1 40 pieds de longueur totale ; et ces conditions s'accordent très-bien avec le : galets majores de Guillaume de Tyr ; comparatif que n aurait pas employé l'historien s'il avait voulu daigner un navire presque une fois long comme les galères

ARCHUOI.or.lF

subtiles. Hugues Plagon, qui, au Ireizicnie si™!e, trnduisit fînillaunie de Tyr en frauciiis et le continua , rend ainsi le pissage du chap. XXII que je viens d'expliquer : ■■ Eu celle uavirc - (flotte), si comme je vous ;ii dit avoit nefs, que l'on claime " chas, qui ont bec de^'niit iiinsi comme galies ; mais elles sont " greigneurs, et chascunc à tk-n\ gouvernaux et cent naageurs. « 11 y a ici un détail que Ton ne trouve poiut dans l'iiistoire da douzième siècle : " Cbasciine à deux gouvernaux. " Hugues Plagon ne l'ajouta probahlement pas légèrement ; il connaissait les chats , et voulut rendri' plus précise la dérinition de Guillaume, qui ne lui paraissait |)ns complète. Ces deux gouvernaib étaient disposés en aviron il de côté, comme ceux de la nef de Marseille, qui ramena le roi.au dire de Joinville; on les maniait à laide d'un manche ou helm (voir Mémoires n" 1 , 2, 3, et 7). La phrase de Hugues Plagon \Leiit a l'appui de ce que je disais tout ù l'heure relativement à la possibilité d'inie superposition d'étages pour les rames. Quand nous voyous le continuateur de Guillaume prendre la peine de relever un ouhli de l'auteur qu'il traduisait, et restituer au gâte ses deux » gouvernaux " , un des signes caractéristiques qui le distiiiL^iiaii'iit de la galère , munie d'un seul gouvernail, pouvons-nous supposer <pi'il eût oublié le double étage des rames , si le cbat avait présenté cette particularité de constructioD , bien autrement importante que l'autre?

Pourquoi une espèce de nu vire fut-elle nommée Chat, etparqui fnt-il nommé ainsi? Je n'en sais rien. Les documents du moyeu Age l'appelant catus et garnis ou gains, latinisation de cat , mot du Aord, et de gatto, mot catalan signifiant that , il est difficile dédire à quelle nation navigante le chat et la chatte, — cartt y avait aussikcada, — durent leur singulière dénomination. On ne voit pas quel rapport de forme il pouvait y avob- entre une grande galère et un quailmiKHlc de la race (eth; aussi, probablement, ce fut à une cause, tout à fait étrangère à sa forme, que le navire aux deux cents nuiicurs dut son nom. Est-ce une tète de chat , peinte en époui antnil sous l'éperon ou sur la face antérieure du chAleau d'avant, comme nue tète de scie était peinte à la proue de la prhte antique, qui nomma le premier navire de cette espèce? C'est possible^ mais voici une autre supposition que celle-U me suggère et qui me parait atiasi

MÉMOIRE n"* 4. 415

vraisemblable. Gattus ou cattus était une dénomination vulgaire que les gens de mer donnaient dans certains pays aux grandes galères, comme en d'autres pays ils les appelaient dromons; on lit en effet, livre ii, chap. 27, d'Albert d*Aix (Albertus aquensis) : « In galeidis, in biremibus, in triremibus, • dictis vulgariter cattis » turritis et bello compositis, etc. — Dans des galiotes, dans des galères subtiles, dans de grosses galères appelées vulgairement chats , munies de tours et armées enguerre. » — Voyons donc ce que c'est que gattus. Ce nest pas autre chose qu'une traduction romane du mot grec gale , signifiant chat. Quel bâtiment était appelé galaia par les Grecs des bas Ages , au rapport de l'empereur Léon? « C'était, dit l'auteur des Tactiques (art. 10 de la Naumachia) , c'était un petit dromon fait pour la course , ayant un seul rang de rames , agile , rapide , que l'on employait à veiller autour de la flotte et à toutes les autres expéditions qui voulaient de la célérité. » Ce navire qui, leste, l'œil toujours ouvert, rusé, subtile, traître, faisait sentinelle , allait à la découverte, s'appliquait à surprendre l'ennemi et à tomber à l'improviste sur le marchand sans défiance , n avait-il pas quelque chose du chat , et n'étaitce pas avec raison que les Grecs l'avaient pu doter d'un nom où gale entrait comme radical? Celui-là, ils l'appelaient chat, comme ils appelaient dronwn (coureur) un autre navire plus grand, mais rapide aussi malgré sa taille ; comme ils nommaient chelande ou tortue un troisième navire très -grand, bien défendu et lentement emporté par ses rames (^). Que les galères aient pris leur nom d'un casque placé au sommet de leur proue, lequel casque— galea — avait sur sa visière ou son cimier l'image d'un chat furieux , ou bien encore était garni d'une peau de chat, tant qu'on n'en donnera pas des preuves meilleures que celles dont on a appuyé cette opinion , il me sera permis d'en douter et de tenir pour bonne mon hypothèse. Là galaia grecque fut appelée par les Vénitiens et les autres Latins gala , gatta, gattus , cattus , et par les hommes du Nord cat , cela me parait très- vraisemblable. Seulement le Chat ne fut d'abord qu une petite galère ; mais la galère grandit et garda son nom que nousre-

(*) TVous retrouverons plus bas les zelandes ou chelandes.

416 AHCHÉOL0GI£ N'AVALF,.

trouvons au donzième siècle doani' à lu guli^rc ù cent rames et à deux cents rameurs. Même chose ost aiTivce à la frégate ; je l'ai dit et le répète ; esquif au quiii/.ième sitrle , elle est aujourd'hui un hAtiment de guerre porlniit de quaraiite-quatre à soixante honches à feu eu une seule hitttcrie 1

Carlo Antonio Marin, en parlant <I<'S navires à 80 et 100 rames dont l'armement fut ordonné par décret du sénat , 1 2 mars 1334 (voir p. 355 de ce Mémoire), dit ({ue les (lénois se servaient aussi de grands legni de cette espèce : « col uome di celea, quai - halena tra gli allri pesci » (t. V, p, -208). Je m'arrêterai peu h ces baleines génoises dont il n'esl fnit mention que dans un seul des documents qui ont passé sous mes yeux , et que leur importance n'a point recommaiiilée)^ , chose assez extraordinaire, aux rédacteurs des nombreux statuts de (iazarie. Agostino Giustiniano, parlant dans ses Aimali ( iu-4'*, Geaoa, M. D. XXX. Vil) , de l'escadre de '2ô ^'■'^■'^ armées û Gènes en 1267, sous le commandement de I.uchctte de Grimaldi, s'exprime en ces termes sur un des laits de la navigation de cet amiral ; * £ nauigando l'armata verso Soria piglio due gallere, « e una cetea di Venetiani. • Les hiileiiies étaient-elle^ bien une espèce particulière de navire? il n'y a ^uère moyen d'en douter . Ne devaient-elles pas leur nom à leurs l'ornics un peu renHées par l'avant , à leurs masses volumineuses ? je le croirais volontiers. Il y avait des celée comme il y a\ iiit des chats et des buccntaures. Ces Haleines n'étaient pas , à proprement parler, des galères , mais probablement des liijna à rames , d'un fort tonnage. Quoi qu'il en soit, la cetea, avec ses nombreux avirons, était une de ces grandes galère» ii JX'tuÀk dout j'ai déterminé les proportions ; sans doute elle n'avail pas les '200 rumeurs de« gâtes cités par Guillaume de Tyr, car Marin qui s'émerveille des smisurali battimenli auxquels il su[)|iose 80 ou 100 hommes âv chiourme , n'aurait pas oublié de citer le texte d'un document où il aurait trouvé une indication si propro à augmenter u surprise.

Le Chat était un de ces navires à rames dont l'équipage , aux termes d'une loi vénitienne, devait i>tre ducenlorum hominum; le Bucentaurc était-il des galères ilurmiorum comme l'ont avancé quelques étymologistes? Si je u'ai aucune raison ik>ui'

Taffirmer, j avoue qu*il me serait difficile de le nier formellement. Sans doute bticentoro peut très-bien avoir été fait par corruption de dt^centorum. On a très-bien pu dire d'abord : la galea ducentorum, puis par abréviation : la ducentorutn, puis la ducentor, la bmentor, et enfin î( bucentoro^ ou bucintoro, comme on le trouve souvent écrit au seizième siècle ; mais rien ne le prouve. Quand il y avait des chats ducentorum, comment aurait-on nommé une autre espèce de galère : des deux cents?. . Baïf avait vu le Bucentaure pendant l'ambassade qu'il remplissait à Venise au nom de François I^, et , bien que ce savant français fût très-attentif à noter les rapports existant entre les navires vénitiens qu'il pouvait obsener et ceux des anciens dont il cherchait à comprendre la construction , dans son : de Renavali, il se contenta de le comparer : « regum ^ypti navibus « thalamegis. » De l'étymologie du mot bucentaure, des dimensions de cette ^ère ducale , de son origine , pas un mot. Ambassadeur d'une grande puissance auprès de la république de Venise, Laasare Balf pouvait avoir aisément connaissance de ces vieux documents conservés aux archives secrètes du sénat, de ces lois anciennes \ de ces décrets des dixième , onzième et douzième siècles dont je n'ai , malheureusement , pu obtenir la communication pendant ma mission à Venise ; il est bien fâcheux qu'il n'ait pas profité des facilités que lui donnait sa position officielle pour édaircir le mystère qui , de son temps même , entourait l'existence de la navU aurea , ainsi que , en latin , tous les poètes inspirés par quelque grande fête nationale nommaient le Bucentaure.

La planche, assez bien faite, que Antonio Maria Luchini plaça à la tète de son petit traité, en 1 12 pages in-l 2, intitulé : « La « Nuovaregia su' VacquenelBucintoro— y enitia, 1729, » nous apprend que le thalamague du doge et du sénat de Venise était , au dix-huitième siècle , une haute et lourde galère, couverte de bout en bout, pontée, ornée plutôt qu'armée de deux éperons, l'un, plus long, au-dessus dun autre plus court, et mue sur les eaux de la lagune par 46 rames— 23 de chaque bord {*) — sortant

(*) Dans les représentations du Bucentaure, et je dois dire que je n*en connais aucune antérieure à la dernière moitié du seizième sfècle, te nombre des rames varie de vingt et une à vingt-quatre. Ce dernier nom-

4tS AR/;HK0T.0GIE ?i\VALE.

de larges sabords de n^ , <^'t t'hiblieH Bur une preœiute an lien de l'être sur un apostîs. Lucliiui dit que ce navire avait 100 pieds véoitieiis de long , cl '21 p'icàs de hi'ge sur le pont. La palmette de proue prenait 12 p. ^en avant des avirons, et la même longueur restait «n iirriêie du I" avirou de la poupe; il restait donc 75 p. 5 vénitiens ou 80 p. 9 po. français {'IQ"" 30^) pour les rames ; ce qoi domiiât à peu près 3 p. 10 po. f I "• 24') d'intervalle , 2 pouces de niolus que dans les galères ordinaires. Chaque aviron était manii- |iar ([uatre hommes , nageant debout sous la couverte, au-dessus de laquelle étaient établis les sièges de la seigneurie. On voit , d'après ces données qui ne peuvent être infidèles, que ce naviro , réputé si gi-and , et qui en effrt n'était que très-haut sur I tctu , tant par l'élévatiou de sa vogue : 1 0 pieds environ , que par celle des œuvres mortes : 1 5 pieds , était moins long qu'une ^nlère subtile du treizième siècle, car il n'avait que 100 pieds M'ultieus (10!) p. 2 po. français) quand la galère de Syrie et de Itouinnio en avait au moius 112. I) était par conséquent très-inférieur, non-seulement aux cnpitanes et aux patronnes des différentes nations , aux di\-septième et diihuitième siècles, mais à toutes les siditiles et Mtardes. Fait seulement pour quelques ^'i-andes solemiités au.\quelles le doge et le sénat prenaient piirt , on n'avait pas dû s'appliquer à lui donner les qualités qui reiidiiient marcheuses et faciles aux évolutions les plus grosses f;alères. On avait dû songer à le bieo asseoir sur l'eau, à donner une hase solide aux constructions

bre se fait remarquer seulement dans Vaurea navis , vulgo Bnehitoro, gravé par J.-B. Brustolon, d';iprès Antonio Canal (département des es- UmpfS, bibliothèque royale. - VoliiniE : Venise, Q. c— 4). Le nombre vingt et une se trouve aux fiuccntaure.i des deux planches suivantes : ■ ProspetJTa et apparato nelki pîazza di San-Marco, col aobilissimo e grau vascello Bvcintoro nd quule la serenissima dogaressa Morosiiu Grimant fu condotta dalla illustrjâslma si^noria , dal suo nel durai p:i|azzo — 1597, 4* maggio: per (ji:ii'oiiio Franco (département des estampes, bibliothèqueroyale.— Portefeuille: J/anVif, Id■SG).>II^1aravigliosoBuctDlo^o (même portefeuille). > On ne peut compter les rames du fiucentaure dont l'avant seulement est ik-&siné dans une fort belle pièce représentant la cérémonie du Bucentaure, en ihH ; gravure en bois dans le strie flamand, signée i-A., el attribuée à Jost Amnion (vo>ume ; t'enite, Q.

hautes qui devaient former, au-dessus de la chiourme , deux grandes salles , et , à la poupe , le cabinet éminent où était le siège du doge ; aussi favait-on fait plus large , relativement à sa longueur, que tout autre bâtiment à rames ; aussi lui avaiton donné des fonds plats.

Le premier bucentaure ne fut sans doute point un navire construit à dessein pour une regià. En 11 77, quand le pape Alexandre III, avec les premiers du peuple, aUaau Lido attendre Sébastien Ziani ramenant Othon , et revenant vainqueur après la bataille de Gapo Salvore(^), ce fut probablement une grande galère qui le porta au-clevant du doge , heureux d'avoir humilié Forgueil de Frédéric Barberousse. Pavoisée de riches tentures , éclatante de couleurs nouvellement ravivées peut-être , portant sur sa poupe un trône , et au sommet de son mât la grande bannière pontificale , cette galère fut parée comme il convenait au navire qui devait recevoir le chef de l'église triomphante : rien n'est moins douteux ; mais comment admettre qu'on eût construit un b&timent de parade pour la circonstance? Alexandre avait pu compter sur la vaillante épée qu'au moment du départ de la flotte il avait remise au doge , après l'avoir bénite ; mais le Dieu des batailles ne pouvait-il pas tromper l'espoir de son vicaire , pour ajouter une épreuve nouvelle aux épreuves qu'il avait déjà subies? Venise n'avait donc pas dû faire des préparatifs qui auraient retourné à sa confusion , si le vieux Ziani avait été vaincu. La construction d'un navire pour une pompe religieuse et nationale, destinée à célébrer la victoire qu'aurait remportée Frédéric, l'aurait rendue la fable de l'Allemagne, et surtout de Pise et de Gènes dont les galères avaient été mises sous les ordres d'Othon ; elle ne dut donc pas l'ordonner. Qu'en mémoire de ce grand événement , Venise , perpétuant la cérémonie de l'al-

(*) Dans la grande salle du palais ducal, deux beaux tableaux rappellent la lutte de Venise contre ^empereur Frédéric. L'un , de Francesco Bassano , représente le doge recevant Tépée des mains du pape , et allant s'embarquer sur sa galère, à la Piazzetta; l'autre, de Dominîco Tinto* reto, le fils de Jacopo, représente Ziani faisant prisonnier Othon. La scène principale se passe sur la capitane du fils de Barberousse , au milieu d'une mêlée de galères dont le mouvement est admirable. J'ai déjà parlé de ce dernier tableau , pag. 395 de ce Mémoire.

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liance de la mer avec le doge , ait ordonné qu'un bâtiment de parade serait construit et gardé religieusement dans son arsenal, ne devant servir qu à cette funziont et à quelques autres fêtes populaires , c est un fait certain ; que l'intention ait été , sinon de reproduire absolument la galère d'Alexandre III, du moins de la rappeler le plus possible , c'est ce qui me semble bien positif. Sans cela aurait-on fait un bâtiment à rames, quand il eût été tout simple de construire un vaste ponton orné, que des f ustes et des brigantins auraient traîné à la remorque jusqu'au Lido? Tout en défigurant la galère par le haut , en supprimant sa mâture , en l'élargissant, en la couvrant d'un pont sous lequel devait être la chiourme, on lui conserva ses rames, son éperon , et je pense aussi un nom , qui rappelait de quelle espèce , dans la famille des galères , était le navire pontifical de 1 177.

Car le Bucentaure ne fut point un navire unique , ainsi que l'ont cm tous les auteurs qui ont parlé de cette royale galère ; il j avait des bucentaures comme il y avait des chelandes , des gattes , des pamphiles. Bucentaure était le nom d'une variété dans les grandes galères , ainsi que le prouve un décret du 30 décembre 1337, cité page 45 du sixième volume de sa Storia, par Marin, qui n'en tire aucune conséquence : « Quod in Ghristi nomine « armentur per conunune sex galeœ quarum quatuor sint de « mensuris bucentariorum , et aliœ duœ de minori mensura, « quibus presidere debeant duo supracomiti. — Qu'au nom du « Christ la commune (de Venise) arme six galères , dont quatre « soient de la grandeur des bucentaures et les deux autres moins « grandes ; que deux capitaines commandent les six galères. »

Le but de cet armement était de poursuivre et de combattre les pirates génois qui infestaient l'Adriatique, et, sans l'aven de la commune de Gènes , capturaient les navires sous la bannière de Saint-Marc. Un certain Francesco de' Marini , capitaine de neuf galères et d'une nef, avait surtout affronté les Vénitiens et leur avait pris six galères mal défendues par Tomaso Viaro. Cet échec peu honorable , joint au malheur que , l'année précédente, le commerce de Venise avait eu de voir deux de ses grosses galères , revenant de Flandre , pillées par les gens de Monaco , décida le sénat , non-seulement à augmenter le nombre des arbalétriers que portaient les galères allant en Flandre , mais en-

core à anner un plus grand nombre de galères pour les stations de l'Adriatique. Afin de s opposer à des ennemis qu*on devait travailler à écraser, -- car ces bannis qui affectaient les couleurs de Saint-George et que Gènes désavouait, vaincus un jour, réunissaient de nouveau leurs forces et recommençaient leurs déprédations, — il fallait des navires grands et bien armés. A ce que Venise entretenait déjà de galères grosses, et subtiles, on ajouta donc deux petites divisions , composées chacune de deux bucentaures et d'une galère inférieure à celles-là. La petite galère servait d'éclaireur et d'aviso aux deux grandes qui attaquaient les pirates. Venise espérait tirer un avantage signalé delà présence de ces petites divisions sur certains points de son littoral ; mais pour qu'il en fût ainsi , pour que trois galères , une de la grandeur des subtiles qui faisaient les navigations du Levant, et deux autres plus considérables , présentassent une certaine force d'attaque ou de résistance aux navires à rames des bannis qui marchaient ordinairement quatre ou six ensemble, comme l'attestent Gio Vioenzo Pinelli et Giustiniani , il fallait que les bucentaures fussent des bâtiments de la plus grande espèce entre les galères. Il y avait donc des bucentaures {*) ; le texte du décret est précis. Si le sénat avait voulu parler de galères grandes conune le Bucentaure, il aurait dit : « ib tn^nsuris Bucentarii , » et non : « bucentariarum » ; et puis, si le Bucentaure avait été un navire d'exception , un simple navire de parade fait pour flotter seulement, de la Piazetta à quelque point de la lagune, pour porter le doge au Udo, ou la dogaresse au palais ducal, pour aller chercher Catherine Cornaro, revenant de Chypre (1477)(**),ou pour

{*) Je pourrais citer encore , pour prouver que les bucentaures étaient une variété dans la famille : gcUéres , et que le Bucentoro n*avait été , à rorigîne de la fête de l'Assomption, qu'un individu de cette branche, h^ titre du chapitre x des Statuta veneta : « De zoîa habenda a dominio et ttno Bucentauro. » Marin Griniani, qui, en 1596, réunissait en corps de lois tout ce qui était traditionnellement obligatoire pour les doges , rappela que le domaine public devait fournir au duc un bucentaure et le bonnet ducal (jsoia). Il dit uno bucentauro, parce que, autrefois, il y avait eu plusieurs navires de ce nom ; il ne dit pas una zoia (un joyau), parce qu'il n'y eut jamais qu'une couronne ducale. Il écrivait, ne l'oublions pas « Pro bono regimine et conservatione status doininii Venetiarum. »

C**) Un tableau attribué à Carletto et Gabriele, le fils et le neveu de Pau l

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promener le duo d'Anjou (Henri III) {*) , le sénat aurait-il fait eonstruire des galères sur son patron , quand il voulait armer les b&timents les plus propres à une guerre contre des corsaires forts, légers et rapides?

Les bucentaures étaient de grandes galères ; et c'est un bucentaure que monta Alexandre III , quand il alla remercier Ziani de sa victoire ; je ne fais aucun doute de cela : aussi suis-je complètement de Topinion de Filippo Gamerario qui affirme (chapitre 27 , 11* centurie de ses œuvres) que le bucentaure est traditionnel à Venise depuis 1177. En vain Zanetti^p. 44 de ses Origine di alcune arti appresso i Veneziani, dit-il que Gamerario aurait été bien embarrassé de répondre si on lui avait demandé sur quelle bonne raison il fondait son assertion ; je crois que Filippo dit vrai. Le Bucentaure , — je ne dis pas les bucentaures, — était une tradition de la fin du douzième siècle : celui que voyait Zanetti en 1 758 , ne ressemblait pas sans doute à la galère d'Alexandre III , mais il la rappelait , comme je Tai établi, par ses rames , son éperon et le nom qu'on lui avait conservé. Filippo Gamerario n appuie pas de bons arguments la vraisemblance de son assertion , et c'est un tort que Zanetti aurait été admis à lui reprocher si, pour démontrer positivement l'erreur de Gamerario , il avait prouvé avec quelque apparence d'autorité que le Bucentaure remontait au temps de la glorieuse expédition en Dalmatie de Pietro Orseolo II (996).

Orseolo , revenant de la Dalmatie qu'il avait soumise , fut reçu par le peuple vénitien avec des acclamations de joie et

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Véronèse , représente la reine de Chypre , Catherine Cornaro , arrivant à Venise, et reçue par A, Barberigo. La jeune reine descend du Bucentaure , qui était allé la prendre à l'entrée de la lagune. Ce tableau est à Paris, dans une salle de Tancien couvent des Petits-Pères, aujourd'hui mairie du troisième arrondissement. Il est très-dégradé , et cependant , sous sa misère, on reconnaît la brillante école dea^Vérooèse.

{*) Dans la salle voisine du cabinet des doges, au palais de Saint-Marc, à Venise, est un curieux tableau représentant le roi de Pologne, futur roi de France , quittant le Bucintaro après la cérémonie du mariage de la mer. La galerie du Louvre possède une petite esquisse de ce tableau , que la direction des Musées attribue à Tintoret, et qu'à Venise j*ai entendu donner à Francesco Bassano avec beaucoup plus d^apparenoe de raison.

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MÉMOIRE N" 4. i'2:\

de reconnaissance ; on Ini fit de grandes fêtes , on le ramena triomphalement à Venise; peut-être oma-t-on sa galère de fleurs et de banderoles ; peut-être consacra-t-on par des solennités anniversaires le souvenir du service éminent que le doge avait rendu à la patrie ; mais Dandolo , pas plus que Sargonino , ne parlent d'un bucentaure et n'autorisent la supposition de Zanetti.

Le plus ancien doaunent où j'aie trouvé le nom de bucentaure,— et celui-là, je le dois à Zanetti, — est une loi du 12 mars 1293, que Fauteur érudit de l'Origine des arts chez les Vénitiens , dit tenir de la meilleure source. Voyons - en les termes :

« Quod aliquis qui babebit Marias non audeat cum suo plato « transite columpnas quse sunt supra canale per médium ec- « desiae Sancti-Marci , nisi prius Dominus dux intraverit Bu^ « eerUorum , sub pena xx soldorum grossorum. » — Défense à toute personne ayant des Maries (*) de dépasser avec son

(*) Pour comprendre le sens de cette ordonnance de police, il faut savoir que chaque année, au mois de février, Venise célébrait une de sts plus anciennes fêtes, appelée la fête des Mqries, Des regattes, ou courses sur Teau [riga^ en vénitien, signiGait : ligne ; les embarcations se mettaient in riga pour partir ensemble , et voler au but où elles devaient arriver) ; des regattes avaient lieu ce jour-là ; le doge , monté sur le Bucentaure , y présidait , et décernait la couronne au vainqueur. Un poète du quatorzième siècle, Da Pace de Forli, a peint en ces quatre vers une regatte de deux barques :

Permagnoque pares geminœ timc sequore puppes '

Percummt, positum praevia miuras habet, (Jt solet in cnrsu fieri certamen equorum

Cum long! cursus praemia victor habet.

lA8 plats àont parle la loi de 1293 , dans plusieurs documents, sont nommés plaii; dans beaucoup d*autres, piatti, peatiy et quand ils étaient plus grands : peaUmi. C'étaient des barques légères , plates , et pouvant polder un assez grand nombre de rameurs. Au quatorzième siècle , ainsi que le démontre une loi du 14 septembre 1815, le plat armé pour une regatte avait cinquante hommes : « Quod patron! Arsenatûs debeant fa- « cere prepararî duos platos cum quinquaginta hominibus pro quolibet , « aptos ad Regattam. » Ces cinquante hommes étaient probablement répartis sur quarante-huit rames Itères , vingt-quatre de chaque bord ; le patron était au gouvernail , et à la proue se tenait un joueur de trompette, excitant par la puissance du rhythme Tardeur de Téquipage. Le plat

42 i ARCHÉOLOGIE NAVALE.

plat les colonnes qui sont sur le canal , par le travers de Téglise Saint-Marc , avant que le doge soit entré dans le bucentaure, sous peine de 22 sous des gros.

Yoilà , en 1 293 , dans une fête publique , le doge montant le Bucentaure, qu'il vient de prendre vis-à-vis de Téglise ducale de Saint-Marc. La loi ne dit pas que ce soit un fait nouveau ; loin de là , elle conserve Tancienneté de Tusage , et pourvoit à ce qu'aucune des embarcations qui doivent prendre part à la solennité nautique, ne vienne gêner la manœuvre du Bncentaure ou passer irrespectueusement devant lui. Sans doute de graves accidents étaient arrivés quelques années auparavant et s étaient renouvelés ; on avait averti les gondoliers de ne pas s exposer au danger d'être chavirés ou de voir leurs plats écrasés par le Bucentaure ; et , comme il arrivait d'ordinaire , ces avis réitérés n'avaient pas été écoutés ; il faUut faire une loi dont la sanction pénale fût assez forte pour effrayer les contrevenants ; et cette loi est parvenue jusqu'à nous , malheureusement sans son préambule , qui , je le crois , aurait justifié ma supposition.

devait avoir à peu près 90 pieds de longueur.— Da Pace, dans son poème, que Zaoetti a fait connaître , et que Fiainminio Cornaro a publié dans ses renete Chiese, parle ainsi du Bucentaure :

Pulcrior io portu domino fabricata, Bucentaur

Nomine puppis adest, robore texUi levi; Apta Duci sedes auro velatur et oatro

Unde sedens populum cemat ubique saom.

Zanetti , qui emprunta à un manuscrit de la bibliothèque de Saiot-Marc le poème de Da Pace, sur les Maries, au lieu de Bucentaur , abréviation nécessaire à la mesure du vers , mit : Bucentaurum. Le nomine puppû adest y constatant que sur Tarrière de la galère ducale se lisait le root : BucentorOj semblerait favorable à Topinion des critiques, dont le thème serait de soutenir que /è ^uc^toure était le nom, propre à ce seul navire. Mais qu*opposer aux quatre galères de mensurU Imcentariorum^ de la loi de 1337 ? Le mot : Buçen(orOy écrit sur la poupe du navire ducal, justement au quatorzième siècle , à cette même époque ou le sénat faisait armer des bucentaures contre les bannis*pirates de Gènes , est pour moi une preuve nouvelle de ce que j*ai avancé , que Venise perpétuait une tradition ancienne; le bucentaure du doge pouvait n'être plus une galère de bucentarioriisj mais elle était par excellence : U BucentorOy parce qu'elle avait commencé par être un buçentaurus.

MEMOIRB N*" 4. 425

A Tétymologie : ducentorum hominum on en a opposé une autre , qui a généralement prévalu. Le père J. L. de la Gerda , dans ses Cammentarii in F. jEneidos ( Lyon, 1612 , in-folio), à propos du vers : Centauro invehitur magna , etc. , s'exprime ainsi : « Gehtauro magïta. — Monet, me annuente, Erythreus, « vim grœcam expressam esse a poeta, epitheto illo magna ^ « nam Grsci intentiva particnla : bu uterentur , dicerentque « BUKJENTAUBOS , ad cuius linguffi imitationem Veneti ducariam « suam , aut senatoriam navim pictam et auro profulgentem « appellant bucentauro , quasi bucentaurum. » La remarque d'Erythrée , à laquelle le P. de la Gerda prêtait l'appui de son autorité, fut approuvée par le P. Fournier ( Hydrographie ) , par Furetière ( Dictionnaire) , et par beaucoup d'autres savants. Boberto Yalturio , dans son de Re militari , dédié à Sigismond Pandolfe Malatesta , duc de Rimini ( Venise , 1472, et MS. de la bibliot royale, n® 7236), s'appuie de l'autorité de Yarron {de Re rustica) pour faire prévalou* cette opinion, que le bucentaure était une espèce de navire fait pour porter des hommes grands et puissants , et fabriqué à la ressemblance de bœufs très-grands qui étaient en Italie : « Fabricatum a magni- « tudine enim boum qui in Italia erant. » Il ajoute que l'image d'un centaure était le « signum navis, » et que, connue le navire était grand , on avait ajouté au mot centaure la syUabe 6ti, parce que : « Praeposita bac voce bu magnum semper nun- « daretur : inde dici bulimiam^ id est, magnam famem , et bu- « pedas grandes pueros , et uvam bubammiam , et alla bis si- « milia. » Yalturio combat l'opinion de ceux qui voudraient écrire bucentorium et non bucentaurum , et qui se fonderaient sur ce que bucentaure viendrait de « a buccis centum. »

Les bucentaures étaient, dans l'hypothèse de Yalturio, de la Gerda et des autres, des navires à la proue desquels se voyait, peinte ou sculptée , la figure d'un centaure. Il n'y a rien , dans cette étymologie , qui répugne à la raison ; et l'on peut d'autant plus l'admettre , que Ton voit la plupart des navires du moyen âge avoir des noms empruntés à une langue que la puissante marine de Byzance portait alors sur tous les points commerciaux et politiques de la Méditerranée {*).

(*) On pourrait multiplier les conjectures sur Tétymologie du mot bu-

AIlCHfOUKill: AAVAL]

CMande était un de cos iioiuk. Clickiide ust-il un synonyme (le dromon, ou bleu est-il foimé de chelys? Ugutius est pour la première opinion; Zanrtti sniitient la secoade. ~ Celendria vel » celaïuirûi dicitur na\is(]uif citocurrit, vel\tlociter in ydro. • Voilà ce quecroit Ugutius, cité par du Gange ; voici ce qu'avance Zuietti : « Jenedoutep.'LS({iu'lt;motga/an(Jreouc/ieIatideDesoit dérivé du grec cbetys { ti>rttie ), et que ces navirea aient dû leur uoin à l'espèce de ressetnhinnce que leur donnait avec la tortue le pont qui les couvrait , comme on peut l'induire d'un passage de l'orphyrogénète (*). Les Latins, de cbelande tirent cbelatittrie et niitondria, par une altération de nom peu sensible; les nôtres — les Vénitiens — en firent zaiandrta et galandria. Dans une de U08 anciennes lois ( I '2G:t ), on lit : •< Quod de toto eo quod • e/ij/Iandrielucratse eraut, solvantur sold. m pro libra. > Et voyez conune une étymologie eo éciab-e une autre! Hous, Vénitiens , nous sommes Itis seuLi en Italie qui appelions gayiandre les tortues. La tortue , en grec , ceat chelys ; les navire» furent appelés ehêlandie , des tortues ; aujourd'hui nous appelons les tortues gagiaitdre. « Ce qu'il y a d'ingénieux dans cette opinion de Zanetti est assez sédul^^ant , et j'avoue que je préfère cette étymolc^e à lautre. Quand les Grecs avaient nommé dromon un grand navire à riunes , à cause de sa rapidité , pour- ((uoi auraient-ils nominé un autre navire ehelande pour la niéineruson?EtpuiB, qn ont de commun cr/es el chelys? Uogot imagina une mauvaise orttiogrupiie du mot que l'on trouva écrit : chelandium, cbelaïulriiim, chelindrus , salandra, salattdria, galandria, et même achelaïuîria, pour expliquer le nom d'un navire qui rembariassiiit. Il connaissait le celox, le eeloliutn , le cet» , navires agites , rapides , faciles à manier, comme

centaure; on pourrait le dtinander s'il n'est pas une contraction de buecinator, — te joueur de trompette, — à cause d'une figure de triton jouant du buccin, qui aurait été placée sur son taille-mer; ou bien si, à cause de la richesse de sa décoration extérieure, cette grande espèce da galère ne s'était pas appelée ; (w/iso cinto d'oro, — ventre à la ceinture d'or — qui, par contraction , aurait fait bu-cinloro.

(*) J'ai vainement cherché le passage du cérémonial de la cour de Byitauce auquel Zanetti veut faire allusion. Constantin Porphyrogénète na donne, sur la construction des chelajides, aucun deliiil particulier.

le cheval de selle — le celis grec — auquel on le comparait; et , par une modification d'orthographe , qui paraissait toute simple , il arriva à ranger les chelandes parmi les celoces. Son hypothèse me parait inadmissible ; mais , du moins , elle n est pas absurde comme celle de Guibertus, qui dit, avec une assurance très-plaisante : « Salandrse autem naves dicuntur, àsaliendo vocatae. » Que sont « des navires qui sautent ? » Gomment des navires peuvent-ils sauter ? Guibert ne se fit pas cette question toute simple.

Ditmar, liv. m, pag. 33, nous apprend ce que, de son temps, c est-à-dire , au dixième siècle , était la selandre : « C'est un navire d'une longueur extraordinaire et d'une merveilleuse rapi- ' dite (mirœ longitudinis et celeritatis), ayant de chaque côté deux rangs de rames (duos tenens remorum ordines), et cent cinquante matelots. » Gela ressemble beaucoup à certains dromons dont parle l'auteur des Tactiques , art. x de la Naumachie. L'empereur Léon ne nomme point les chelandes quand il nonune les pamphiles et les galères avec les dromons ; mais lorsqu'il reconmiande alii dromone$ , plus grands que ceux auxquels il a attribué cent honunes de chiourme , il est permis de croire qu'il fait allusion aux chelandes, si fort en usage à cette époque. Gonstantin Porphyrogénète nous apprend qu'il y avait dans les chelandes des variétés importantes. L'énumération qu'il fait (pag. 382 , liv. ii) des forces employées à l'expédition contre la Grète , en 949 , porte: « La flotte royale consistait en cent cinquante huissiers {usiis) , parmi lesquels étaient six pamphiles et deux autres nouvellement armés. Gent chelandes, faits à l'instar des huissiers (ad usiarutn instar facta). » — Ailleurs Gonstantin dit : « Le stratège de Samos était envoyé en Grète avec six chelandes-pamphiles, dont chacun portait ((rakeftaf) cent cinquante hommes , et six chelandes-huissiers ( chelandiS" t^siacis sex) , dans chacun desquels étaient cent huit hommes. Jean et Ascenta emmenaient en Afrique trois chelandes et quatre dromons , ayant chacun deux cent vingt hommes. » Plus bas on lit : « Six chelandes-huissiers avec cent dix hommes. » Dans un autre endroit on trouve cette phrase : - « Il y avait en tout quarante chelandes et vingt dromons ; et comme chaque dromon avait ses deux huissiers {quum singuli bitias haberml suas

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tisiai) y il y avait quarante huissiers... On laissait pour la garde de la ville , à la disposition du commandant de la mer iEgatieune , six chelandes-pamphiles , dont chacun avait cent vingt hommes, et quatre chelandes-huissiers, portant diacun cent huit hommes. »

Il est impossible , sur ces vagues indications , de préciser la forme et Tarmement des chelandes-pamphiles et des chelandeshuissiers ; tâchons cependant de nous éclairer à cet égard. Nous avons vu que les pamphiles étaient de grands bâtiments à rames, différant des galères anciennes par quelques détails d'architecture , quelques décorations extérieures , quelques dispositions d'accastillage , quelques emménagements intérieurs , qui nous échappent ; peut-être aussi par des modifications dans la mâture, la voilure et le gréement. Nous savons, par le passage de Ditmar , que les chelandes étaient fort longs, très^rapides, et qu'ils portaient leurs rames conune les dromons définis par l'art. 8 de la Naumachie , eu deux étages superposés ; nous savons que ces simples chelandes avaient cent cinquante matelots: cinquante aux rames d'en baç , sans doute , un à chaque rame , les rames étant au nombre de vingt-cinq tribord et bâbord ; cent aux rames d'en haut , deux par rame. On peut assez facilement se figurer un navire procédant de deux autres qui avaient tant d'analogie entre eux, marcheurs l'un et l'autre, munis l'un et l'autre d'avirons sur deux étages, portant l'éperon à la proue, et, à leur mât, des châteaux armés pour l'attaque et la défense ; on peut dire que le chelande-pamphile était, parmi les bâtiments à rames , ce qu'aujourd'hui la corvette de charge est parmi les bâtiments carrés, ce qu'au dix-septième siècle la flûte était à la frégate. Chaque siècle a vu de ces constructions où l'on chercha à réunir les avantages de deux variétés d'une même espèce , ou de deux espèces différentes; ainsi, chez les anciens furent ces phasèles-triérétiques dont Appien raconte qu'Octavia fit présent à son frère , navires qui ofti*aient le mélange de la forme des bâtiments de charge et des vaisseaux longs (voir Mémoire n** 8) ; ainsi furent , au seizième siècle , les galions et galioncini , nefs allongées comme les galéasses ; ainsi aujourd'hui sont nos brigsgoëlettes, nos petites corvettes à mâtereaux, et surtout uos grands vaisseaux de cent canons en deux batteries, qui réunis^

sent à la légèreté des aucieus vaisseaux de quatre-vingts à deux ponts, Tarmement formidable des vaisseaux à trois batteries. Le chelande-huissier dut ayoir plus que le chelande-pamphile des rapports avec les phasèles-triérétiques et nos corvettes de charge ; c*était , en elFfet , un navire portant des troupes et des cheyaux , mais un navire à rames qui gardait quelque chose du chelande; quoi? je ne saurais le dire. Si nous connaissions bien les huissiers {usiœ , ussaria , usserius , usser, huisserius) , peutêtre parviendrions-nous à composer un navire qui, ayant deux rangs de rames , satisferait aux conditions de rapidité qui le faisaient chelande , c est-à-dire enfant de la famille : Dromon , et aux conditions de largeur, de profondeur, qui le faisaient porteeheyaux. Mais des huissiers du dixième siècle , que savons-nous de positif ? Sayons-nous quelque chose de plus sur les hippagoges dont parlent Thucydide , Tite-Live , Polybe , Démosthène et Diodore, et que Festus définit ainsi, sans ajouter rien qui paisse les faire mieux comiaitre : « Hippagines naves, quibus « equi yehuntur, quas Grœci Ippagogas dicunt? » Ayons-nous quelques détails circonstanciés sur les huissiers des treizième et quatorzième siècles? Voyons. Quant à ces derniers , nous tenons de Joinville qu au-dessous de la flottaison et à Tarrière , s'ouvrait un huis, porte par laquelle on embarquait les cheyaux dans la cale du navire {*) , et que , l'embarquement fait , on calfatait cette porte , qui se trouvait dans l'eau quand l'huissier était complètement chargé. Dans mon Mémoire sur les vaisseaux ronds de saint Louis {p? 7) , tous les nayires que j'ai restitués étaient des porte-cheyaux ; mais étaient-ils de construction spéciale pour ce service? Mon : c'étaient des nefs et des selandres dont les cales assez larges avaient pu être disposées pour l'embarquement des destriers ; ce n'étaient pas des huissiers proprement dits. S'ils eussent été huissiers, les marchai passés à Gènes l'auraient dit certainement ; Gènes aurait écrit dans ses traités avec Guillaume de Mora, Poilvilain et Henri de Champ Repoussé, ce que le doge de Venise fit écrire dans son traité avec Ville-Hardouin : « Mous ferons vissiers à passer 4,500 chevaux et

{*) On lit dans Ville-Hardouin : « A donc commencent li marinier à « ouvrir les portes des vissiers et giter les ponz fors; et on commence les « chevaux à traire. » Pag. 59.

130 ABCHl:i)I.OCIE NAVAI.R.

- 9,000 écuycrs, et es néa '1,500 chevaliers et 25,000 serjans à « pié. ■ J'ai montré caiiiiiicnt, dans le fond d'une de»; nefs louées par la communeaiivenvnvésde Louis IX, od pouvait plaeercinquantechevaux(v(iirM<^inoire, n" 7) ; je suis assez, disposé à croire qu'au temps de Constautiu Porphvrc^éuète, Inseatîne des huissiers et chelaniUs-lmissiers devait être emraénagée à peu près de la même manière ; mais je crois aussi que les chetandes-huissiers étant bcatiocup plus longs que ces nefs du treizième siècle, devenui's «'curies, ces navires pouvaient hien n'avoir pas de chevaux au milieu de leurs cales , et n'en devaient pas It^er dans lew segments de la proue et de la poupe. Avec les données de mou hypothèse , il serait assez facile de dire combien d'huissiers Vc'uise prejMni pour les quatre mille rînq cents chevaux et les deux écuvers affectés au service de chaque cheval. On aurait pour contrùte du calcid qu'on aurait fait, ce passage que je traduis de Godefroi , moine de Saintl'antaléon : ■ Il fit construire (1224) cinquante navires appelés « huissiers, assez grand»; ixiur suffire au transport , non-seule- ' meut de deux mille clicvaliers a\ec leurs destriers et tous • leurs armes ethamois, mais encore de mille autres combattants « pourvus de leurs armes. > Les liuissiers dont parle le moine (iodefroi ne devaient pas être bien grands, comparativement du moins aux vaisseaux fauissien< qui portaient une partie de l'armée de saint Louis; et je \ais réduire tout de suite à sa juste valeur l'enflure de ces pa i'<ih's du narrateur : - Quarum magni- « tudine tantœ capacitatis erat , ut , etc. >• , en disant que chacun ue devait transporter, outre son équipage, que quarante chevaux et quatre-vingts hoiiuucs.

Ce qui constitue la dili'éreuce entre les huissiers de 1224, les hippa^oges et les chclaudes-buissiers , c'est que ceux-ci , rangés par leur armement et leur coustruction parmi les bâtiments à rames , étaient de la famille des vaisseaux longs , tandis qne les autres appartenaient aux vaisseaux ronds et n'allaient qu'à la voile. On peut \oir, pour les selandres du treizième siècle, la fin du Mémoire que je citais tout a l'heure; quant aux hippagoges , voici une [ihruse de Uiodore qui établît clairement ce que je viens d'avancer : " On fil suivre les navires portant les soldats, et les bippagines traînés à la it'niorqiio par tes

bâtiments à rames. (Liv. xx.) » Polybe , dans son premier livre, dit quelque chose d'analogue : « On prépara les hippagines et « on leur assigna un poste parmi les navires de la troisième « division de la flotte , après leur avoir donné des remorques. » Si les chelandes^huissiers pouvaient se passer de remorques parce qu'ils étaient navires à rames comme chelandes, les huissiers avec lesquels ils avaient un rapport de conformation (la largeur de la cale probablement et l'emménagement de récurie), étaient-ils dans des conditions aussi favorables au dixième siècle? Constantin Porphyrc^énète ne fait aucune allusion aux rames des huissiers ; il ne mentionne pas leurs équipages, ce qu'il a soin de faire quand il parle des dromons , des pamphiles, des chelandes , des chelandes-pamphiles et des chelandes-h^uissiers. Il montre deux huissiers , navires de charge , suivant chaque dromon , à l'expédition de la Crète, tandis que les chelandes qui portent hommes et chevaux n ont point avec eux de ces navires, pour ainsi dire complémentaires : tout cela me porte à croire que les huissiers étaient des vaisseaux ronds , au temps 4e Constantio comme au temps de Démosthène et de Tite-Live , comme au treizième siècle et au seizième {*). Au seizième siècle , les palandries des Turcs, — qui méconnaîtrait dans ce nom les galandries vénitiennes , les anciennes chelandes? — étaient des navires-écuries naviguant seulement à la voile. Quand l'huissier survivait en çUes , pourquoi gardaient-elles le nom du chelandehuissier? M'est-ce pas parce que l'huissier avait gardé la forme du chelande porte-chevaux en perdant seulement ses rames ? L'article 1 3 de la Naumachie de lempereur Léon contient une phrase qui pourrait peut-être m'ètre opposée et sur laquelle il faut tout de suite que je m'explique. Parlant des armes dont il importe de munir les bâtiments de charge et les hippagoges , il4it qu'il leur faut des arcs, des flèches , des javelots et tout ce quPpeut les transformer au besoin en navires combattants. Il veut qu'on leur donne des mangonneaux et d'autres armes de la même espèce, de peur que, faute de ces moyens de défense,

(*) Au quinzième siècle, les Catalans eurent une sorte de bâtiment portechevaux appelé Tafwrea, Ce navire ne m*est connu que par les mentions de Capmany (pag. 89 et 90, tom. II! des Memorias) et par cette définition d*Antonius Nebrissensis : « Tafurea para passar les cavallos. »

ARCHEOLOGIE TTAVALE.

les soldats n'aient beaucoup à soulFfrir des attaques de lennemi. Il ajoute : « Outre les soldats et les rameurs du rang d en haut, tous ceux qui sont avec un centurion et les autres , du premier au dernier, doivent être armés. » Superiares rémiges se rapporte-t-il donc à hippagoges ? non , pas plus qu*à nattes onerarias. C'est évidemment aux dromons dont il vient d'être question que se rapportent : « les rameurs d'en haut. » En effet Léon , après avoir prescrit Tarmement des soldats qui sont sur les hippagoges et les bâtiments de charge , vient à l'armement des soldats de la flotte en général , et des rameurs d'en haut et d'en bas; et s'il ne sépare pas ce qui a trait aux hommes des navires porte-chevaux, de ce qui regarde les rameurs des galères, c'est que dans les hippagoges il y avait des bâtiments à rames comme les cbelandes. L'hippagoge, dans cet article <, ne signifie pas seulement huissier dans l'étroite acception du mot , entendu comme l'entendaient Diodore et Polybe , mais encore tous les navires portant des chevaux , parmi lesquels étaient ceux que Constantin Porphyrogénète appelait : usiacon chelandia. Je ne crois pas qu'il soit possible de me contester cela ; si l'on voulait absolument voir dans les prescriptions de l'empereur une chose spéciale aux rameurs des huissiers , où trouverait-on , dans la Naumachie , un détail des armes nécessaires aux soldats et aux rameurs des dromons , pamphiles et galères? L'article 13 seulement contient tout ce qui a rapport aux casques, cuirasses, cuissards, brassards , boucliers , longues lances, etc.

Résumons-nous sur le Chelande. C'était une grande galère, variété de l'espèce, forte, agile, qui devait son nom à la tortue, peut-être parce que son château , élevé , arrondi , et prolongé vers la poupe jusqu'au mât , donnait à sa proue l'air d'une tortue défendue par sa carapace. Le chelande avait deux rangs de rames, l'un immédiatement au-dessus de l'autre; à ch^[ue étage, cinquante rames; cinquante rameurs au rang le plus rapproché de la mer, et cent au rang supérieur. I^es rames que. faisaient mouvoir les nageurs d'en bas, placées très-près de l'eau, devaient être légères et longues de 12 à 15 pieds; celles d'en haut , qui avaient cinq pieds environ d'élévation de vogue au-dessus des autres, maniées par deux hommes vigou-

reu\ {strenuos robustosque et alacres^ dit Fart. 19 de la Naumachie) , pouvaient avoir 25 pieds de long. Pour les longueur, largeur et hauteur, le chelande, plus grand que le dromoii ordinaire, pouvait être long de 150 pieds, haut de 15, large de 24. — Quand le chelande mêlait sa forme à celle d'un autre navire, quand il devenait chelande-pamphile, par exemple, son armement variait suivant sa grandeur ; quelquefois il avait 1 50 nageurs et 1 00 rames ; quelquefois il n'avait que 1 20 nageurs, ce qui suppose 80 rames : 40 en haut, 40 en bas, et deux liommes à celles de Tétage élevé. Lorsque le chelande • mariait ses formes allongées aux formes arrondies de l'huissier, il avait 108 ou 110 hommes de chiourme, c'est-à-dire, 18 rames de chaque côté, en bas et en haut , ou 1 8 rames en haut et 19 en bas. Les chelandes et les dromons que Jean et Ascenta menèrent en Afrique , au rapport du fils de Léon le Philosophe, étaient égaux en armement et probablement en grandeur ; îIh avaient 220 hommes, et entraient tout à fait dans les prévisions de l'art. 9 de la Naumachie. Ces 220 hommes pouvaient être ainsi répartis : 1 50 aux rames , et 70 de réserve pour remplacer tes hommes fatigués, ou seulement destinés au combat. Les dromons dont il est question ici étaient bien inférieurs à ceux dont Constantin Porphyrogénète décrit l'armement, liv. ii, chap. 44 , et que j'ai cités au commencement de ce Blémoire, page 243. Ceux-là portaient 300 hommes , 230 desquels étaient effectivement rameurs, mais soldats an besoin^ et 90 combattants non rameurs. 230 hommes de chiourme , si nous avons égard aux prescriptions de la Tactique (article 9), supposent un navire à 39 rames de chaque bord au rang inférieur, à 38 rames au rang supérieur. Ce nombre n'est pas impossible à admettre , si l'on se rappelle que l'empereur Léon a dit , art. 8, qufi chaque rang de rames , dans les dromons ordinaires , devait avoir « ad minimum juga vigintiquinque. » Cependant 39 avirons , ayant 4 pieds d interscalme , devant occuper une longueur de 156 pieds, il faudrait admettre un navire d'une longueur totale de 175 pieds environ, de 30 pieds à peu près de largeur in bocha^ de 15 pieds de hauteur, sans compter les châteaux. J'ai peur que cela ne soit bien grand pour ces dromons que Constantin ne présente pas conune des navires d'ex-

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ception , et je pense qu'il faut disposer aiuHï les 230 rameurs : 112, à 2 par rame, sur 56 rames (28 de chaque bord) au rang supérieur, et au rang d'en bas ; 0 pour le service du siphon et des ancres. 28 rames oecupant à peu i)rès 1 1 2 pieds d'espace, kl dromon aurait eu, dans cette supposition, de 130 à 132 pieds de longueur totale; ce qui nio semlile admissible.

Le dromon ordinaire de Léon , celui qui avait au moins vingtcinq bancs, cent rames et ceut rameurs (art. 7 et 8 de la Nauniacbie), devait avoir de 120 à 122 pieds, de la poupe à la pfoue, 14 ou 15 de banteur jusqu'aux cbâteaux, 21 on 22 l)ied8 de largeur au milieu, à la Iiauleur de la première couverte : mesures qui ont de grands rapports avec celles de ta birème imaginée par Picheroni délia Mirnndola.

Au ueuvième siècle , Dromon était le nom générique de la famille des navires à rames, armés pour la guerre, comme Galère le fui aux quatorzième et quinzième. Les variétés du dromon étaient le Cbelande, le Pampliile, ?e Cheiande-Pampliile, le Chelande-Huissier, enfin io Dromon à un seul rang ih rames, le plus petit des dromoiis : la Galée. Les variétés de la galère n'étaient pas moins nombreuses : la Galère subtile qui correspond au dromon ordiiiairi' , mais qui a perdu un rang de rames ; la «rosse Galère , le Chat , le Biieentaure , le Lignum de teriis, la Galéasse qui est le géant de l'e-spèce, la Galiote (jiii est à la galéasse ce que la gulée des neuvième et dixième siècles est au grand dromoo ou au chelande. Dromon étant une dénomination générique, je vois un vieux poète, — autorité i-écusable , dlra-t-on ; autorité que j'ai le droit d'invoquer quand il s'agit de navires, répondrai-je , car j'ai trouvé les vieux [joëtes, peintres de tableaux maritimes, souvent très-fidèles >laD9 leurs descriptions et leur» détails nautiques ('}, — je vois uii vieux poëte appliquer cette dénomination à un dielande , gui <:liez lui prend le nomde chalant. L'auteur du Rotnnn de Blatiihandin s'exprime ainsi :

« Lors fait les cbarjienliirrs maiidi^r Pour celé barge a

[') Voir : Mémoire tur Ui poHeM fiançait des douzième et treizième iiécles [d° 3),

HÉMOIRE N" 4. 4%3

De trente piez fu le dromoot Li mas en lu droit contremont, Une broche ot el front devant Et une autre emmi le chalant La tierce fo faite derrit^re Pour défendre la gent d arrière.

Le manuscrit n" 6987 (bibl. du roi) me donne cette variantie qui est une înterprétatioa d'une version plus ancienne :

Lors fait les carpentiers mander

Pour celé barge compasser.

Quatre cens pies ot li dromont

Li raast furent droit contremont

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