‹ Archéologie navaleChapitre 8 sur 10 · arbre drece^el pié devant · texte numérisé non relu

arbre drece^el pié devant

E un autre emf le calant

La barge fut moult bien rivée (clouée et calfatée)

Por deffendre de la rîmée (des fentes , voies d'eau; lza«.

rima?) Que il trespercironl les barges Se il rencontrent les éwages {V. Mém, n° 3.) Bien pourront lors estor attendre Et del dromont vers aus deffendre A tant y mettent les vassaux Si metent armes et cevaux £t d'autres armes i a tant Et bien ont garni le calant.

Sadoine i fait porter Mahon (Mahomet) Et Apolin et Baracton Sur le dromont droit au Coron Fait a cascun mètre un dragon Fait sont par grande senefiance De ij. jonceles la semblance L'une et blance comme cristal Et l'autre d'un vermeil cendal.

' Les six derniers vers qu'on vient de lire se trouvent modifiés ainsi dans le manuscrit de la bibliothèque royale, a° 1239 , fonds Saint-Germain :

Sur les pomeaux des mas en son Fait chascun porter .!■ dragon Fait sont par grant signiflance De deux princes les connoissances (blasons)

•ilKi AliCHÉOUWlIK NAVALE.

1,'iine et blance comme cristal Et l'autre d'un vermeil teiidal.

Ce n'est pas saus intention que j'ai transcrit oes virs dont il semble que les derniers n'aillent guère a mon sujet ; ou verra biiulùt quel parti j'en puis tirer. Quant a présent, ils me serviront à eonstater que le cbelande, le cbalnnl ou le calant, comme l'ont appelé nos Français du douziiimc siècle , était un naviiv , nne harge de l'espèce appelée dromon. Que les mots chalant et calant soient dérivés de cbelande , il n'est pas besoin de le démoiitRT, je pense. Le se ebangea naturellement en n dans la bouclie de gens qui, de femina, avaient fait une fàmmr. Si quelques-uns conservèrent l'/i en cbangeant le k grec en che , d'autres , gardiens de la prononciation gi-ccqne , et pour qu'on ne s'y trnmpiU i)oint , supprimèrent la consonne dont rndjt)nction au c avait donné au français un son inconrm des langues anciennes, et Us écrivaient catant, qui, à l'oredle, au moins, avait le mérite d'être plus étymologique. Cbaland a prévalu ; le mot défiguré est resté pour nonmier un navire qui ne se son- \ienl guère de sa noble origine, lîiilcau de rivière ou petite allège sur mei-, le cbalnnd n'a plus rien de commun avec le «■lieFande de Constantin Porphjrogénète , pas plus qu'avec le» sidandrics, ehelandes dégénérés, bâtiments ronds et |>ortecbevaun que Gènes fit construire en 1268 pour saint Ijiuis. Ix chalnud de la l^ire , et le elialand plat , presque carré , semblable a un bac à traille que nos vaisseaux de ligne emportèi-ent sur leurs flancs à l'expédition d'Alger, pour aider au débarquement des liommes, des ebevanv et du matériel, sont aussi étrangers aux chelmides, cbelandes-pampbiles et chelandes- Imissrers envoyés par l'empereur de Conslantiuople contre la Crète, en 949, que le chat et la chatte, ces modestes «aibotcurs du Nord , le sont à la Catta antique , eitée par Aulu-Gelle, au deuxième siècle, et au chat, galère de cent avirons au douzième.

U différence de longueur attribuée au dromon de Sadoinc par les deux versions du Roman de Blancbaiidiu , est fort curieuse ; l'un et Vautre copiste consucrenl une impossibilité; mais, il faut le dire , celui qui donne trente pieds mi chclandc. se trompe grossièremenl . i.'i ieenn du mannscrit n" 0987 doit

MKMOinE N" 4. 137

Olrc celle du |M>cte , non que je peose qu'en effet le drouuii) construit ptir ordre du roi put avoir 400 picdH; mais ces 400 |)icdH de longueur du navire s'accordent avec le nombre de che- \iiliers que Sadoine y veut embarquer :

Chargiez moi de vos chevaliers , Quatre mille des |diis legiers Si me faites foire un dromonl.

~ Volontiers, voir, li rois restioiit.

Le conteur est dans le merveilleux , et il se laisse aller avec plaisir à l'hyperbole qui doit amuser ses auditeurs. Le copiste <|ui écrivit :

Oe trente piez Tu le droraont,

ne comprit pas qu'il idtérait de la manière la plus fâcheuse un texte , reproduit peut-être de mémoire , et qu'il faisait un gi-ossier contre-«ens. Il ne savait pas ce que pouvait être un chalant à trois mâts , car la broche du front devant , celle qui est emmi (au milieu) du ehaiant, et ta tierce qui est faîte derrière, ce sout trois mâts, dont les deux derniers: l'un, près de la poupe, l'autre , près du milieu , sont debout ,. et le troisième est incliné sur l'avant , non pas tout à fait comme le beaupré actuel , mais comme le petit ludt qu'on voit sur le château d'avant des grosses nefs de la Tour penchée de Pisc, Que broche soit pour le

(Xefde la Toor pencdiée de Plae.) poète un sjnonyinc de mill, quand les trois ver» ne le fcmient pas bien comi^endre, la variante du manuscrit n° 6987, oii

4,'!S ARCHÉOLOGIE VAVAI.K.

nrl/re est subatitué à broche, nous le prouverait ciairemeat. |£ soin que prend le poète de dire qu'on dressa un troisième màt à l'arrière pour défendre fa gent de ce côté , prouve qu'au haut de cette tierce broche était un château ou une galiie. Le mât du milieu devait en porter un ; pent-ètrc môme aussi le màt penché d front devant. Dans les deux représentations de nefs de la iour de Pise que je citais à rinstaiit . ou voit, à l'extrémité des inàts qui s'inclinent snr la proue, de petits chÂtelets placés conune les hunes de beaupré étaient aiitrerois établies à la tète de ce bâton de l'avant (6ow-«pri(, angl. — spril, la flèche, le hâton saillant, la brodie). L'auteur du Roman de Blanchandln dit quelque part :

En mer trovasmes un drommit A brelesches et à chasteuu\ ,

c'est-à-dire ayant des châteaux sur les mùts, et des remparts de lK)is à créneaux, sur l'arrière, sur l'avant et autotu-, pour sa défense. Sadoine, qui a fait porter à l>oi'd du dromon les images de Mahomet, d'Apollon et de Baractoii , oixloime qu'on arbore aux sommets des raàts verticaux deux biinnières ayant la figure d'un dragon, l'une blanclie, l'autre de taffetas rouge. Ce sont les armes (les connaissances) de doux piniices. Le vers ;

Sur les ponieaux des ums en son ,

iuontre combien est ancienne )'ex[)ressi<iu : la pomme du màt. Kemarquons en passant que la variante :

Sur le dromon droit au Coron ,

— directement au couronnement du di-oiiion , — est beaucoup iiKÛns marine que la version : " en son (in SHvtmo) des mâts sur les pommeaux. "

Le dromont de 400 pieds du vieux rimeur français me rappelle la permaximam navem quant Ammondum appellant, k laquelle j'ai fait allusion au commencement de ce Mémoire, page ■3:i!l.

Mathieu Paris {Hist. major, paj;, l():t,i raconte t|iic le 8 juin

MËHOIIIE N** 4. î;i<)

1 19 1 , le roi Richard, faisant route de l'île de Chypre vers la c6te de Palestine, rencontra un navire d'une grandeur extraordinaire (permcujcimam) , de ceux que les Sarrasins appellent dromonde. 11 était fort richement chargé, et allait porter des secours aux infidèles qui tenaient Acre assiégé. Il avait pour sa défense le feu grégeois , plusieurs vases remplis de serpents , et quinze cents hommes armés. Richard donna ordre à ses galères dlnvestir de toutes parts ce bâtiment et de l'attaquer avec vigueur ; le navhre chercha à fuir ; mais bientôt le vent lui manqua, et il se trouva livré aux coups de ses nombreux adversaires. Alors , le roi , changeant de tactique , au lieu de lancer sur le dromonde ses navires à éperons , lui envoya des plongeurs qui , l'entourant sous l'eau et s'attachant à sa carène sans que le navire gigantesque pût se débarrasser de ces terribles ennemis , le percèrent en plusieurs endroits avec des tarières. Bientôt l'eau bouillonnante envahit la sentine, toute la carène, puis le pont , et le rempart crénelé {non tantum carina et sentina , sed et limbus ejus propugnaculatûs et area). Les Sarrasins, ayant perdu l'espoir de se sauver , demandèrent en grâce que les galères les recueillissent ; mais Richard défendit à ses gens de se montrer sensibles aux prières de ces païens ; il en laissa noyer treize cents, et n'en fit tirer vivants de la mer que deux cents. pour se faire des cautions au besoin^

Je trouve dans le Richardis régis iter hierosolymitanum de Galfrid Winesalf (chap. xlii) une autre version du même fait. Je dois la traduire parce qu'elle me fournira plusieurs détails utiles. « Le roi Richard regardait ce navire , et en admirait lu masse si grande , si large , si solidement construite , surmontée* de trois mâts très-élevés, un de ses flancs peint d'une couleui* verte , l'autre^ peint dune couleur jaune ; navire bien fourni de provisions de bouche, et si bien muni d'agrès de toutes sortes, qu'on ne lui en pouvait comparer aucun autre {Admirabatur magnitudinis amplitudinem firmissimâ solidatam compaginCt tri-bus malis altisstmis fastigiatam, et hinc filtro virido^ illinc crocen opertam laterum planitiem, circumquaque ita decenti coaptaiam apparatu quod nihil supra, omnique victualium copia referiam). \\ avait le feu grégeois dans un grand nombre de fioles (aftwndanier in phialis)^ et deux cents serpents très-dangereux, ins-

It

truments de mort préparés pour les chrétiens Le roi ordonna que Ton combattît aussitôt ce navire; et, à Finstant, partit une grêle de traits , à laquelle répondit tout de suite un vol de carreaux et de dards. Le maniement des rames s^étaiit affaibli abord du sarrasin, et le vent étant tombé, le bâtiment ne put plus marcher que lentement. . . Les soldats de nos galères, faisant de nécessité vertu {de necessitate fadetUes virtutem), se jetèrent à la mer, à Fenvi l'un de l'autre, et nageant sous Teau, allèrent droit aux gouvernails. Ils y attachèrent des cordes à l'aide desquelles ils essayèrent de faire dériver le navire et de l'arrêter dans sa marche; mais après bien des efforts inutiles, ils finirent par saisir des cordages dont ils se servirent pour

monter à bord Richard donna ordre à toutes ses galères

d'aller frapper la carène du navire sarrasin, avec leurs calcars, qui sont des éperons ferrés {calcaribttë^ id est rostris ferraiis). Elles obéirent , et s'étant retirées i)our prendre leur élan , elles forcèrent de rames en revenant, et attaquèrent avec fureur les flancs du colosse qui , ouvert et brisé par les chocs impétueux de ses nombreux assaillants, commença bientôt de couler bas. . . »

Des différentes circonstances de ces deux récits , nous pouvons tirer d'assez nombreuses inductions qui nous aideront à connaître , avec quelque certitude , un des navires célèbres du douzième siècle.

Le bâtiment que rencontre le roi Richard avec sa flotte de galères et de navires de charge est appelé dromonde par Matliieu Paris ; il n^est pas nommé par Winesalf . Celui-ci parle de rames que Mathieu Paris oublie de mentionner. Chez Paris , nous voyons le feu grégeois et les serpents comme chez le chroniqueur qui écrivit, dans une langue toujours élégante et poétique, le journal du voyage de Richard à Jérusalem. Mathieu Paris donne quinze cents hommes à l'équipage du dromonde, et, de ces quinze cents Sarrasins , il en noie treize cents pour n'en sauver que deux cents , ad cautelam. Godefroy AVinesalf n'entre pas dans ce détail, et nous laisse ignorer quel nombre d'hommes portait ce navire dont Richard admirait inagnitudinis amplitudinem. D'un seul mot, Mathieu PAris peint le dromonde sarrasin ; W'iuesalf est plus circonstancié : il nous montre ses murailles solidement construites de planches fortes et bien jointes ensemble;

ses trois mâts très-élevés s*élançant en pointes orgaeilleuses ; la peinture de ses deux bords, verte d'un côté, jaune de l'autre ; la bonne ordonnance de son gréement très-complet ; enfin, la masse énorme des approvisionnements qu'il portait à. Acre. Quant à 1 attaque du navii*e sarrasin, le chroniqueur et l'historien diffèrent beaucoup ; si tous deux lancent les plongeurs à la mer, Mathieu Paris les arme de tarières , Winesalf les munit seulement de cordes. Le dromonde coule, blessé mortellement par les tarières , dans le récit de Mathieu Paris ; il succombe au dhoc des galères de Richard, dans celui de Winesalf.

Et ici , il est évident que Galfrid a raison contre l'auteur de ÏHistoria major. Que le choc de vingt galères, enfonçant leurs éperons dans les flancs du dromonde immobile , ait amené cette catastrophe , il n'est rien de plus facile à comprendre , rien de plus croyable ; mais que les tarières des plongeurs aient percé si aisément la carène de ce navire qui nous est représenté firmissimâ solidatam compagine, c'est ce qu'on ne saurait admettre. II aurait fallu et de gros instruments et un temps assez long pour que des blessures faites au chêne épais qui recouvrait les côtés du dromonde l'ouvrissent comme un foret ouvre la douve d'un tonneau. Que de peine et combien de trous cela suppose ! Et puis les Sarrasins ne s'aperçurent donc pas que le navire faisait eau? ils ne virent donc pas la mer entrer par filets dans leur cale ? Ils avaient des embarcations , et ils ne les envoyèrent pas assommer les plongeurs? ils avaient des pompes , et ils ne s'en servirent pas? ils étaient avancés dans l'art de la navigation, et ils ne surent pas boucher les trous faits par le»

tarières?...

Je rejette tout à fait la version de Mathieu Paris pour m'attacher à celle de Winesalf. Là aussi je vois des plongeurs ; mais je conçois que ce qu'ils vont faire sous l'eau aux deux gouvernails de côté , pour les rendre inertes et laisser le navire sans évolutions possibles , sexécute pendant l'espace de temps qu'un plongeur restera sans respirer. Les célèbres urinatores de l'antiquité demeuraient fort longtemps sous l'eau, où ils entraient d'ordinaire la bouche pleine d'une gorgée d'huile qu ils rejetaient goutte à goutte ; quelques-uns , au rapport de Thucvdide liv. vu, allèrent scier une palissade que les Svracusains

142 AIICHKOl-fNilK hWALl:.

iivaicut pluiilef dans l'enti puur su i'oiivrïr(*); Arrieii, liv. ii, montre des plongeurs allant couper les cables des navires attachés à leurs ancres ; Lucain peint , en deux vers très expressifs, un plongeur emportant embrassé son ennemi an fond de la mer, r^ uovaut, et remontant, à peine essoufflé, à la surface dcK ondes-, Hérodote parle d'un certain Scylliu qui faisait près do quatre-vingts stades sous l'euu sans que personne le vit nager. Alais tous les urinatores n'avaient pas la faculté pi-odigieuse de ce Sic^onien, et il faudrait supposer que les plou^urs de l'armée de Itichnrd en eussent été doués pour )'o|)ératiun que raenute Mathieu l'àris. Mathieu PAris avait été mal informé des détails d'un fait que l'historiograjihe de Richard raconte comme un témoin ociilaii-e ; cela est hors de doute.

Le dromondc, — dromonde était pcut-ùtrc la prononciatimi sarrasiue du mot prec dromon, — le dromondc sarnisio était donc un navire de l'ancienue famille des dromons, un (tes ;;éant8 de l'espèce. Il avait deux rangs de raines, hien que (ïode-

(' ) Jusqu'à la l]n du moyen âge , les plongeurs furent beaucoup de re- [jutalion et raidirent de grands services. L'histoire a conserve le souvenir d'un fait qui prouve que , ilans ses slratagèmes , la guerre maritime avait conservé quelques-unes des traditions antiques. Il s'agit du siège de Malte fait par Muslaplia-Pa<ha, en lâC5. La Valette, le grand mattre de Matte, craignant une attaque que les Turcs projetaient contre la Sanglea , et qui lui fut dénoncée par le Grec T.ascaris , à qui il venait de sauver la vie, Gt établir une palissade, de la pointe de la Sanglea au Corradino. Le vizir Alustapba , ne pouvant aller avec des embarcations années affronter ce rempart , entre les joints duquel les soldats de la Valette faisaient Jouer les arbalètes et les arquebuses, donna ordre à sa brigade de plongeurs d'aller , la hache à la main , faire ce qun d'autres plongeurs avaient fait quelques siècles auparavant contre la palissade des Syracusain». Les Turcs se mirent à l'eau; mais ils n'arrivèrent point au retranchement planté dans ta mer sans être soudainement attaqués par des plongeurs maltais, les plus habiles des nageurs sous l'eau depuis l'antiquité. Un horrible combat s'engagea alors dans la mer, chacun des combattints se soutenant d'une main sur l'eau , et frappant de l'autre avec la hache ou l'épée, La lutte dura plusieurs minutes, au bout desquelles les Turcs turent rootrainta de prendre la fuite , ayant perdu la moitié d(% leurs, i^t laissant le diamp de bntiille aux Maltais , que, du haut des fortiHca lions , la Valette cl de Monte, r<iniiral des fialères de la Religion , virent rentrer dans le |)Dtt, emportant leurs blessés, ou aidant à n.iger ceux que les armu lurqmi n'avaient pas réduits a l'impossibilité de faire quelques mourenicnts.

MÉMOIRE N° 4. 'l'ilt

froy Winesalf n'en dise rien. Godefroy le peint immeose ; et , comme , ea parlant , au chapitre l\ , de trois dromons qu'il appelle seulement majores nave» , il dît qu'ils étaient plus grands que les galées, • leviores et ad quolibet aptanda agiliores ; » comme, au chapitre xxxiv, il établit que les galées avaieut deux étages, il ne peut y avoir, quant à la superposition de deux rangs de rames sur le dromon, aucun motif d'hésitation. De combien de rames se composait chaque rang?L'Iiis

toriographe du roi d'Angleterre a n^Ugé de nous le dire ^ mais il fait si grand , si lai^ le navire sarrasin , qu'on peist: aisément lui donner trente avirons de chaque bord , k chaque^ étage. En admettant un interscalme de plus de 4 pieds, — ^t, nous savons qu'aux galéasses l'intervalle entre deux avirons était plus grand que de 1°*- 29'* , ce qui était probablement. une tradition des anciennes grosses galères, et des grands. dromons leurs prédécesseurs , — le dromon à trente ramc»«. pouvait avoir de 155 à 160 pieds de longueur totale (51*"enviroii), 35 pieds (10"' 36°) de largeur à la maîtresse latte , enfin 16 ou 17 pieds (5~' 52°' à peu près) de hauteur, de lu quille au pont supérieur. Si à cette hauteur ou ajoute celle de la pavesade (l'orfo), celle des chdteaux que l'on ne peut guère supposer moindre de 5 ou 6 pieds (l"- 70"- environ), on concevra que, comparé à une galëe ordinaire, et même à uri dromon , plus grand que la golée , le dromonde sarrasin dut paraître considérable.

Winesalf, entre autres aiguës caractéristiques de la grandeur du navire turc, cite trois mâts très-élevés. Ces miits portaient probablement des châteaux à leurs sommets; celui du milieu était , probablement aussi , le centre autour duquel se dressait, pour le combat , une tour ou bretèche , comme, au milieu de la hauteur du catartion, les marins du neuvième siècic dressaient sur les plus grands dromons des lignea castra (Voir ci-dessus , pag. 245).

Avant d'en finir avec les bâtiments à rames du moyen Age , que leurs grandes dimensions ont recommandés à l'histoire , je (lois citer un ttxer et une galie : ïtuer au milieu du quiii/ièmc siècle, la galie de la fin du ti'eiziènie. 1^ chronique do don Pedro raconte que ce roi de ( jikUIIc, quand il alla combattre le

lil VltCHKOUJGtE ?iAV\I,F..

roi d'Ara^oii, jtrès diiicc, fit entrer dans la eompositîuii de Ka flotte UQC trë»-graiidc galère , qu'on appelait l'iu-ef. II l'avait prise sur les Maures, et s'en était sorvi , en 1342 , au siège d Al^:^!^». Les Maures avaient imposé des dimensions considérables , non-seulement à cette galère , mais encore à plusieurs autres, coiistmites dans le même temps, parce qu'ils les einpiovaieut au passage de nombreuses troupes, de 'Ceuta à Gibraltar et à Algésiras. Outre les hommes, chacune devait [Kirter sous éctmtiUe quarante chevaux. Sur l'uxel qui lui aplurtcnait , le roi l'edro avait fait construire trois cliiiteanx : on il la proue , un autre au milieu , le troisième à la poupe. La l'bronique a conservé les noms des chevaUers qui commanilaicnt C(>8 cbùteaitx : Garcia Alvarez de Tolède était chargé de la défense du premier; l'edro Lopez de Ajala se faisait obéir dans le second ; les soldats du dernier reconnaissaient pour leur 4-apitaine Arias Gonzalez de V:ildès. Deia cent quatre-vingts hommes, sans compter les rameurs et les matelots préposés à la manœuvre des voiles, étaient cndiarquét) surce navire. (Colec. deCron.delosRejesdeCastilla, Madrid, 1,779, 1. 1", p. 280). La galère, que sa construction rapprochait de l'huissier, et que, pour cette raison, dans la flotte castilhine, on appelait l'uicl ( Hsser {*}, tisserins ), avait donc dans sa cale une écurie

(*) Sur l'un des ftiuillels de Wltlas ralalan de 1375, manuscrit précieux que [lOisède la bibliothèque royale (déparlemeut des cartes géograpliiques) , se voit un navire faisant voile venl arrière, vers le cap Boyador. Le texte, qui se trouve jeté au milieu des configurations de cèXta et de pays, le nomme lixer. Que te dessinateur auquel nous devons l'atlas ait voulu consacrer par cette représentation navale le souveulr d'une première navigation faite au cap Boyador par une galère-huisiiier , c'est ce dont je doute. 1! eut probablement l'intenlion de noter seulement le fait de la découverte; et s'il nomma uarer le bâtiment qu'il dessina cinglant vers la c6te d'Afrique, c'est qu'eu Catalogne comme dans le midi de la France, au treizième et au quatorzième siècle, cette espèce de navire était d'un emploi fréquent. Au reste, l'uavr de notre art tsie estuneima^ assez grossière, fort mal en proportion avec quatre grosses têtes d'hommes <jui dépassent son plat-bord , et avec un bâton de pavillon plus haut et noa moins gros que son mdt.

On voit rependant, d la finesse des formes de l'avant, très joliment indii[uces , et à la rotondité de la proue, ait a'attai-lie un gouvemafl h la navaresque , que Vuxer en question est de la famille des tralères. On peut

MKMOIBE >" i. ^45

pour quarante chevauï, vingt de chaque bord. Cette écurie devait être longue d'environ 45 pieds ( I4-' 61" ) , en admet-

croire que la lisse du plat-bord, wpportée par des courbes eïlérieures qu i se moDtrent en perspective , est l'apostis porté par des baccalas. 11 n'y a ni tolets ni avirons. Le mfll, que l'auteur a oublié d'appuyer avec des liau bans, est planté en avant du milieu de la longueur totale du bâtiment, et s'incline vers la proue. La voile est carrée, enverguée à une anlenn*composée de deux parties , liées sur leurs grosses extrémités , comme le carro et la peTuta des aotennes des voiles latines. Un seul bras gouverne cette antenne ; c'est te bras de bâbord , composé d'une pentoire au bou t «le laquelle est une poulie pour un garant. La poupe de l'uxer n'a poir»t.

(l'j-crderallascatalan de I3'j — Bibl royale, dépaii des caries géc^aphiques.) de château ; elle porte seulement une petite galerie composée de batayoles et d'un liiareL — Capinany, parlant(pag.35, t. l" At &es Memorias histortcas) des vxeres , dit que celte espèce de bâtiment â rames, souvent mentionnée dans les chroniques du moyen' âge, était plus lourd que les galères grosses, et subtiles; il ajoute que, pour le combat, on les plaçait au centre de la ligne de bataille. Il est fâcheux qu'à l'appui de cette opinion,qui parait fort raisonnable d'ailleurs, il n'ait pas ciié quelques-uns des textes sur lesquels il a pu l'établir. — Dans une lettre de Philippe le Bel , adressée au sénéchal de Carcassonne (MS. de la bibliothèque royale, collection Doal, vol. 156. pag. »), on lit: - Mandamus vobis quatenus ' tradetis et deliberatis aut tradi et deliberari facietis carissimo consan- ■ guineo oostro Karolo Dei gratiâ régi Sicilise vel ejus mandate présentes « literas deferenti galeas, uœorto», bargas et vasa omnia quœ habetnus « Narbonae , in aquâ vel in lerrâ, cuni omnibus sarcifs, seu cordis , vetig , • munîtionibus, garnimentis, armaturis, armis, ballistris, cayrellis, et

« Bcutis, qua^ nomine nosiro reservantur in vestra .senrscallia (Anno

4iG

tant que chaque cheval n'y occupât qu une largenr de 27 pouces ( 0°- 72*^ ) , espace réglementaire à Marseille au treizième siècle, comme je le ferai remarquer dans mon Mémoire n® 7 , sur les Taisseaux ronds de saint Louis. Un dieval ayant besoin d'environ 8 pieds de longueur ( 2'"- bd'' ) dans son écurie , pour n'y être pas trop gêné; puis, le service nécessitant, en arrière des chevaux , un passage de 3 pieds et demi à peu près (1" 13"^), la largeur du stabulum devait être de 22 à 23 pieds (7"* 30'). Quant à la hauteur de l'écurie , il faut compter 6 pieds 9 pouces (2'"* 20** ). S'il s'agissait , avec ces données obligatoires , de construire un ponton , la chose serait assez simple ; mais une grande galère devant, avec les chevaux, porter beaucoup d'hommes, et, avec ces hommes, de nombreux harnais de guerre , c'est plus difficile. En avant et en arrière de l'écurie , qui devait nécessairement être placée au milieu de la longueur du navire , il faut établir des chambres pour l'avoine , le fourrage , les vivres des hommes , les voiles et le gréement , le logement du capitaine , etc. Ces compartiments intérieurs veulent au moins 80 pieds ( 25"* 98*" } , si l'on n'oublie pas que, pendant la courte traversée du détroit qui sépare Algésiras et Gibraltar, de Geuta, un coup de vent peut dérouter la galère , et qu'au heu d'une journée de navigation à la rame , elle peut être contrainte à une navigation à la voile de six à huit jours , soit que le temps contraire la pousse dans l'Océan, sur la côte occidentale de l'Afrique, ou, dans laMéditerranée , vers les Baléares ou la Sicile. Dans ce cas, il faut que la provision des vivres soit assez grande ; il faut d'assez vastes abris pour lei$ hommes ; du moins faut-il assez d'espace sur le pont pour que les Maures , enveloppés dans leurs manteaux , puissent trouver le repos et le sommeil. A une galère , dont le plancher d'écurie , élevé au-dessus de la quille de 48 a 54'* , a 7" 30'* de largeur, ce qui suppose 30 pieds d'ouverture (9"" 74^^) à la maîtresse latte ; à une galère dont la longueur totale peut être de i 40 pieds ( 45"'- 47*^ ) , — et je crois être loin de l'exagération, — il faut d'assez nombreuses rames. Sur les bancs des rameurs comment établir les trois châteaux dont le roi de CastiUe munit son uxer? Supposerai-je qu'un pont recouvre la vogue debout en bout, et que les rameurs nagent sous couverte?

CeU me parait tout à fait indispensable; car si Ion n'admet pas un plancher soUde, sur lequel s'élèveront de fortes construction&,

nécessitéesparrétablissementd'assez vastes enceintes, recouvertes d'épaisses murailles, que les pierres lancées avec les balistes , et les carreaux chassés par la corde puissante des grandes arbalètes ne doivent pas démanteler tout de suite , comment imaginer qu'entre les bancs on puisse placer les bases des châteaux? Les rameurs seront si gênés par ces poutres qu'ils ne pourront pas faire leur devoir. D'aiUeurs, les chàteaimat pour être de quelque importance , pour ressembler, par exerv>— pie , à ceux des chelandes placés par Pierre Candiano I" auix

portes des lagunes ( voir ci-dessus , page 247 ), doivent oecu

pep à peu près toute la lar^ur de la galère ; et , dans ce cas , que deviendront les rameurs? La vogue est donc sous cou-^ verte ; et l'on voit tout de suite à quelle hauteur est ce ponC: sur lequel s'élève toute la fortification : 2" 20^ de hauteur d'écurie ; O"- 50' de distance entre la quille et le plancher inférieurde cette écurie; 1" 50' au moins pour l'entre-pont des rameurs ; total : 4"" 20'-, ou 1 2 pieds 1 1 pouces. Les châteaux ncpeuvent guère avoir moins d'une dizaine de pieds d'élévatiom ( 3" 24°- ), Le haut des créneaux est donc supérieur à la quille; de 23 pieds à peu près ( 1" 49" ).

Ce croqnis, pour lequel je me suis appUqpië à me tenir plutôt au-dessous qu'au-dessus des mesures que je pouvais raisonnablement supposer, pourra faire comprendre ce que fut l'uxel mentionné par la chronique de don Pedro de Castille. Par cet huissier on pourra juger des usiaea-chêlanda de Constantin Porphjrogénète. Venons à la galie du treizième siècle.

- A notre main senestre , dit JoinviUe , arriva le' comte de Japhc, qui estoit cousin germain le comte de Monbeliart et du lignage de JoinviUe. Ce fut celi qui plus noblement ariva ; car sa galie ariva toute peinte dedans mer et dehors , à escussiatis de ses armes , lesqueles armes sont d'or , à une croiz de gueule pâtée : il avoit bien trois cenz n^eurs en sa galie , et à chascno de ses nageurs avoit une tat^ de ses armes , et à cbascune targe un peunoncel de ses armes batu à or. En dementieres que il veuoient, il sembloit que la gaUe volast, par les nageurs qui la contraignoient an\ avirons et sembloit que foudre chcist des

ceix , au bruit que les pennonciaux menoient , et que les nacaires , les tabours , les cors sarrazinois menoieut qui estoient en sa galie. Sitost comme la galie fu ferme au sablon si avant comme Ten li pot mener, et il et ses chevaillers saillirent de la galie moult bien armez... » Le bon sénéchal de Champagne ne fut-il pas un peu ébloui par son admiration pour un homme qui avait rhonneur d'être de son lignage , quand il vit trois cents nageurs en sa galie? Je le crois, pour moi. Gomment arranger ces trois cents rameurs? Étaient-ils dans deux étages superposés ? Joinville laurait dit assurément; mais nulle part ni lui, ni Ville-Hardouin — et Ville-Hardouin , tout près du temps où écrivait Winesalf, aurait pu mentionnerdesgaliesàdeuxétagesde rames, — ne citent des galères à deux rangs de rames superposées. À prendre Joinville au pied de la lettre , on devrait croire que sur chaque bande , la galie du comte de Japhe avait cent cinquante rameurs, un par banc; car , s'il y avait une targe par chaque rameur, il fallait nécessairement que chaque banc portât un seul homme. Or cela est impossible. Se peut-on figurer cent cinquante bancs, à quatre pieds Tun de lautre? une galère de six cents pieds de long, au moins!... Celui qui écrivit sous la dictée du steéchal se trompa certainement dans 1 indication de ce détail ; au lieu de : <« à cbascun de ses nageurs avoit une targe de ses armes , » il voulut mettre sans doute : « à cbascun banc de ses nageurs. » Mais combien y avait-il de bancs, et combien de rames et de rameurs sur chaque banc? Je n'ai trouvé qu'une combinaison qui satisfit au chiffre : trois cents , donné par Joinville; la voici : vingt-cinq bancs portant trois rames , et , sur ces trois rames , six hommes rangés ainsi : trois nageurs {*) à la rame dont la poignée était le plus rapprochée de la coursie ; deux nageurs à la seconde rame, moins lourde que la première ; un nageur à la troisième, à cette rame la plus courte que nous avons vue nommée par un document génois : terxollus (voir ci-dessus, la note de la p. 352) . Cet arrangement, qui serait

[*) Si, au commeDcement du seizième siècle, les galères à zenzile n*admettaient qu'un homgie par banc , nous avons vu qu'au douzième , quelques-unes d'entre elles, les gâtes , par exemple, que cite Guillaume deTyr, en recevaient deux par rame. J'autorise mon hypothèse de cet exemple historique.

MÉMoinE S" 4. 449

fort raisonnable , en admettant comme vrai le chiffre 300, offre des résultats de constniction qu'il faut exposer pour se fixer sur Tintelligence du secrétaire de Joinville , ou sur la fidélité des copistes qui ont reproduit le manuscrit. Six rameurs sur un banc, occupent une laideur d'environ douze pieds (3"* 89'), car je ne puis laisser au banc de cette grande zenzile à trois rames, ni si peu de longueur , ni si peu d'obliquité que je Tai fait pour la galère dont chaque banc devait recevoir seulement trois nageurs. Le banc doit s'allonger; son obliquité doit grandir. Au lieu de cinq pieds entre chaque banc, il en faut sept au moins (2"*' 27''') ; la galère, au lieu d'être large de vingt et un pieds , le sera par conséquent de vingt-six (8"* 44'). Vingt-cinq fois sept pieds, donnant pour l'emplacement des rames : cent soixante-quinze pieds (56"- 84*^) , on voit que la galère devra être grande d'au moins deux cent dix pieds (GS""* 21*^). — Ces chiffres sont rigoureux, et conune ils représentent des dimensions que je ne me crois point autorisé à admettre, je rejette le nombre trois cents, rapporté par les meilleures éditions de Joinville. Il y a certaine— ment erreur. Mais quel chiffre substituer à celui-là? Je n'ai aucun des éléments qui pourraient m'aider à me fixer à ce^ ^ard , et je laisse la question indécise.

Le brillant appareil dans lequel se présente le comte de Jaffa^ les pennonceaux de drap d'or à ses armes , faisant en l'air ua bruit 4ont les éclats ressemblaient à ceux de la foudre ; la fonni— dable harmonie de ses tambours , de ses timbales et de ses cors sarrasins, me reportent au détail que le poëte, auteur du Richardz régis iter^ donne (liv. ii, chap. xii) de l'arrivée de BichardCœur de Lion avec Philippe- Auguste à Messine : « Alors, quand ils furent plus près du port , on put voir les galères nageant en lignes {seriatim remigantes) , chargées partout et décorées d'armures qui différaient entre elles par la forme et la couleur ; d'innombrables pennonceaux s agitant en l'air, et des enseignes flottant aux fers des lances , rangées dans le plus bel ordre ; les éperons des galères remarquables par la variété de leurs peintures ; les écus , attachés aux proues , éblouissants par le scintillement des feux qu'ils jetaient autour d'eux ; les trompettes , qu'on appelle vulgairement trompes {quas trumpas vulgo dicunt) surprenant par l'éclat de leurs fanfares {intonationihus. Vous I. 29

■fî

ARCHEOLOGIE 5AVALE.

eussiez to la mer bouilloiiiier sous les coups de cette multitode de naTires à rames qui s aTançaient rapidement {ex mulUtudine advetUaniium remigantiumy »

= Après aToir travaillé à édaireir les difficultés relatÎTCs a la constmctiooi des grands navires à rames da moyen âge , je dois parler des bâtiments inférieurs aux galères et à ces ligna que les documents génois appellent ligna de teriû. J'ai donné (pag. 318) un passage de ÏArmata nav€Ue, où Pantero-Pantera dit ce qu'étaient, de son temps , les galiotes , brigantins, frégates , felouques et castaldelles ; si ce renseignement est précieux pour ce qui est du seizième siècle , il est insuffisant iK>ur le cadre de ce Mémoire. Il faut donc remonter plus haut , et voir ce que furent en d'autres temps les bâtiments que je Tiens de citer ; il faut aussi que je complète la Uste des bâtiments a rames , en y ajoutant les fustes et les saettes. Parlons d'abord d'un navire que Pantero-Pantera ne nonuna pas, sans doute parce qu'il manquait de renseignements à son égard. La ram^ berge était anglaise ; et comme elle entrait rarement dans la Méditerranée , le capitaine de la Sainte - Lucie ne l'avait probablement jamais vue. Un passage des Mémoires de Martin du Bellay, relatif aux combats livrés par l'amiral d'Annebaut à la flotte anglaise devant l'ile de Wight, en juillet 1545 , nous fait connaître la ramberge. « Il y a , dit Flûstorien , une espèce de navire particulière dont usoient nos ennemis , en forme plus longue que ronde ^ et plus étroite beaucoup que les galères , pour mieux se régir, et commander aux courantes, qui sont ordinaires en cette mer : à quoi les hommes sont si duits qu'avec ces vaisseaux ils contendent de vitesse avec lesgallères, etles nomment ramberges. Il s'en trouva quelques-unes à cette retraite , qui , d'une incroyable vélocité, suivoient nos gallères en poupe et les molestoient de leur artillerie très-instamment : de quoi elles ne pouvoient se deffendre n'ayans artillerie en poupe ; par quoi eust fallu qu'elles eussent retourné sur eux , et ce faisant , se fussent mises en évidente perdition ; car girant ( vûrant , tournant) pour les combattre , les ennemis avoient temps de les aborder à plaines voilles , et par ainsi les tresbucher . » Ces bâtiments , beaucoup plus étroits que les galères , rapides et manœuvrant avec tant de facilité, étaient pourvus de rames comme les ga-

MÉMOIRE n" 4. 451

1ères avec lesquelles elles ■ coutendoient de vitesse. ■ Cela ne saurait être douteux. Le récit de Martin du Bellay le fait assez comprendre; nous avons, à l'appui du texte de du Bellay, le nom de la randterge et l'induction que nous tirons des figures de ramberges qu'on voit dans une fort belle estampe , faite , connue l'Embarkation of king Henry VIII at Dover, pour la société des antiquaires de Londres , représentant : ■ The encampment of flu engliih forces near Portsmouth with the vieto of the english and frerwh fleeti at the commencement of the action bethween Ihemtmthe I9day ofjuly 1543. « Cette gravure , devenue trèsrare, fut exécutée d'après un tableau peint, à l'époque de l'action, sur le mur du château de Cowdry, comté de Susses; château brûlé il y a vingt ans environ. Elle est accompagnée d'un texte in-4° de vingt pages. Ce texte fait connaitre, sous le nom de pinnanee (que les Français, dit l'auteur, nommeut ramberge) , le bâtiment dont voici la forme passablement grossière , et que je présente plutôt comme une curiosité que comme

(Figure d'ooe ramberge, d'après la gravure de l'Bncaminaent oj the a^lith, etc.)

im renseignement certain. Je n'ai pas besoin d'avertir que l'arrière de la ramberge ne devait pas avoir la forme que lui donne le peintre maladroit qui reproduisit le combat de l'Ue de Wight, au château de Cowdry ; que l'antenne est appliquée à l'arrière quand elle devrait l'être à l'avant ; enfin, que la double

maisonnette , placée à la proue de la ramberge , à la place des rambates , est un détail de la vérité duquel il est permis de douter , bien qu on voie à la poupe des galéasses du seizième siècle une construction qui n'est pas sans analogie avec celle-là. Quant au mot ramberge > que l'auteur du texte en question attribue aux Français , ce que fait aussi John Ghamock , p. 117, ir volume de son History of marine architecture ( Londres , 1800-1802) , voyons ce qu'il en est. Dans une liste des vaisseaux, galères , pinasses , etc. , du roi d'Angleterre , à la tête de laquelle figure le célèbre navire de guerre appelé le Henry grâce à Dieu , — ce vaisseau , qui était du port de mille tonneaux , avait trois cent quarante-neuf soldats, trois cents bons matelots, cinquante gros canons , dix-neuf pièces de bronze et cent trois petites pièces en fer, — on trouve la nomenclature de onze rotcbarges , qui étaient alors à Portsmouth. Ces rovir-barges , ou barges à rames ( to roto-ramer) , sont-elles les mêmes navires que ceux dont parle Martin du Bellay? Gela n'est pas impossible. On voit , en effet , que ces barges étaient de vingt tonneaux ; qu'elles portaient de trente-sept à quarante soldats, et qu'une d'elles , le Fawcon in the fetherlocky avait trois pièces de cuivre et huit pièces de fer, ce qui leur suffisait bien pour molester les galères. Row aurait donc été traduit par les marins français, et la rou)-barge serait devenue la rames^barge. Remarquons cependant que , parmi les navires nouveaux proposés par le duc de Northumberland (sir Robert Dudley) , au commencement du dix-septième siècle , avec le galleon , la galizabra , la fregata, la galerata et le passa volante , tous navires de la famille des galères , modifications plus ou moins ingénieuses de ce qui était , figurait le ramiarjo. Dudley avait-il adopté le nom francisé, ou bien, la ramberge qu'il proposait n'était-elle pas, aussi bien que les ramberges de 1545 , quelque chose de plus grand , de plus fort que les vulgaires barges à rows de vingt tonneaux? Dans ce cas , ne pourrait-on pas voir dans le mot ramberge , les éléments : ram {to ram , to ramble , pousser en avant , roder) , et barge j barque. Un bâtiment rapide, léger, fait pour les explorations et les surprises , aurait fort bien été nonnné rambei^e. Je ne me prononce pas entre les deux étymologies ; la première me parait cependant plus probable que l'autre , quand je pense que

dans les textes anglais du seizième siècle nous ne lisons pas le mot ramberge , mais le mot rofjo^arge.

Au dix-septième siècle, larambergen*â:aitplus déjà le bâtiment * de guerre qui se mesurait avec les galères ; au dix-septième , c'était, selon le P . Fournier , « un vaisseau de cent vingt à deux cents tonneaux , allant à voiles et à rames , destiné pour le service et sûreté des grands navires, comme la patache. » Bandle Cotgrave, dans son « Dictionnarie of the french and english longues » (Londres, 1632), définit ainsi la ramberge : « A fashion of a « long ship or sea vessel narrower thau a galley, but swift, and '< easie to be governed. » Cette définition se rapporte à la rambei^e du seizième siècle , et non à celle que, en 1 643 , faisait connaître le P. Fournier. En 1639 , dans ses Explications des lermes de marine , dédiées à monseigneur rarchevèque de Bordeaux , Glairac disait : « Les grands vaisseaux sont : galions de « France, de Malte etd*Espagne, nao de Portugal : en France on « les nomme carraques ; naves de Venise , ramberges d*Angle- ^ terre , gatos ou galeaces, etc. » Cette phrase tendrait à faire croire que les ramberges avaient Fimportance des galéasses , des naves ou des galions ; mais Clairac se trompait , en admettant même qu'il ne fit pas allusion aux rovf-barges du siècle précédent , et qu'il voulût désigner les ramberges de cent vingt à deux cents tonneaux , dont parle Fauteur de V Hydrographie.

Quant à la pinasse, à laquelle Charnock compare la ramberge , c'était aussi un navire à rames et à voiles du genre des frégates de la Méditerranée. Aubin dit que c'était « un petit \ bâtiment de Biscaye, ayant la poupe carrée. Il est long, étroit

« et léger, ce qui le rend propre à la course Il porte trois

« mâts , et va à voiles et à rames. *> Il y avait au dix-septième siècle , sous le nom de pinasse , un bâtiment h(^andais à poupe Ccirrée , de 134 pieds de long , qui n'avait rien de commun avec celui qui nous a laissé la péniche. Péniche est Forthographe auriculaire française du mot pinasse , prononcé par les Anglais. Pinasse vint de Fespagnol pinaza , formé de pino , le pin , nom du bois dont fut faite d'abord la pinasse légère. L'italien avait pinaccia. Le vieux français disait pinache et pinasse. La chaloupe d'un vaisseau était souvent appelée la pinasse.

Venons maintenant aux galiotes. Pfous les trouvons , sous le

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iWlfl.

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ARCHEOLO&IE NAVALE.

nom de galions, chez Winesalf (chap. xxxiv, Richardi regts iter) ; elles avaient, à la fin du douzième siècle, un seul rang de rames , ce qui constituait leur infériorité par rapport aux galères ; elles étaient légères à la course , vives dans la manœuvre, et faciles à manier à cause de leur peu de longueur ; dles portaient le feu grégeois , moyen de destruction que leur rapidité et leurs autres q[ualités navales rendaient très-dangereux pour les nefs pesantes et les grosses galères qu'elles combattaient. La galiote , qu'Albert d'Aix appelle galeïde (liv. ix, ch. xxiii), qui est nommée : galeonus , galionus, galliotha et galeota (Annales de Gênes , 1 196, 1203 , 1242 , 1285) , est le même navire que Léon appelle galaia. On la trouve souvent nommée dans les documents historiques ; quelquefois elle parait avoir assez d'importance. Ainsi l'on voit Philippe de Valois et le vicomte de Narbonne, pour leur expédition en Palestine (1332), faire construire vingt galères, qui devaient être montées par deux cents hommes chacune , et quatre galions , que cent hommes devaient armer. (Preuves de l'Hist. gén. du Languedoc, t. IV, p. 167). En 1380, l'empereur Jean Paléologue entretenait à Galata une galère et deux galiotes ; la galère portait trois cents hommes , les galiotes en avaient chacune deux cents. ( Gapmany , 1. 1'', p. 46). Une galiote armée de deux cents hommes, c'est-à-dire, forte comme certaines galères , n'était pas un navire médiocre , car il pouvait être long de 1 20 à 1 25 pieds , avoir vingt-trois rames de chaque bord, quatre-vingt-douze rameurs et cent hommes d'armes , remplaçant les rameurs au besoin.

Le brigantin était inférieur à la galiote ; comme elle , il appartenait par sa construction , sa forme , son armement , sa voilure, à l'espèce : galère. Au seizième siècle, le brigantin bordant de 8 à 16 avirons par Bande, avait une couverte, et une seule voile. Au dix-septième, il était fait de même, bien qu'Aubin dise : « Le brigantin n'a point de couverte ou pont. » Sa couverte était un plancher au-dessus de la sentine , et ne ressemblait pas à celle de la galère sous laquelle étaient des chambres ; ce n'était pas moins une couverte , sur laquelle on établissait les bancs. De petites soutes occupaient l'emplacement des chambres et servaient de magasins pour les vivres et les munitions. « Tous les matelots y sont soldats , dit Aubin , et ca-

« chent leurs moasqaets chacun sous sa rame. » Cette organisation ingénieuse avait un double avantage : les mousquets étaient placés convenablement à l'abri de la pluie , et sans gêner dans le brigantin où l'espace était peu considérable ; ces mousquets , liés au girou ou genou de la rame qui était longue , faisaient un utile contre-poids à la partie extérieure de ce levier plus maniable. On ne voit la petite galiote prendre le nom. de brigantin que vers le quatorzième siècle. Paul de Paulo, cité par du Cange , voce : brigentinus , fait mention de brigantins en 1 39 1 . Froissard parle d'une « manière de vaisseaux courants , lesquels on nomme brigantins. » Une charte de 1472 porte i «... Capitaneo generali , et aliis quibusve patronis , vice-patro— nis ac nantis quarumvis navium , balaneriorum , galeatiarum , tiremium, biremium, brigantinorum, et aliorum. ..(*)»

(*) « Au capitaine général , à tous autres patrons , vice-patrons et ma« riniers de toutes nefs, balingers, grosses galères, galères à trois rames

par banc, galère à deux rames par banc, brigantins et autres » Cette

nomenclature de bâtiments , établie par rang de force et dMmportance , me présente les mots : triremis et biremis dans une acception que j'a i déjà eu Toccasion de fixer. Les birèmes d*un document de 1473 ne sau« raient être autre chose que des galères à zenziles à deux rames par banc ; les trirèmes, des zenziles à trois rames. Les galecUiœ sont les galères de l'espèce de celles que nous avons vues définies par Pierre-Martyr d*Aa* ghiari. Je dirai dans mon Mémoire sur les bâtiments ronds du moyen â^e (n** 6) ce qu'étaient Ies6a/aiier« ou baUngers. — Ce&i la première fois que je rencontre l'expression : vice-pairo, désignant les suppléants des patrons ou maîtres de navires. Quant au capitaine général , le chef, l'amiral des escadres de l'époque , plusieurs documents nous font connaître ce haut fonctionnaire, à qui Pantero-Pantera a consacré un long chapitre de son traité. (Cap. ii, tibro seconda). Le statut de Gazarie du 23 septembre 1340, ordonnait que les galères subtiles allant de conserve dans le Levant seraient placées sous l'autorité d'un capitaneus élu par la majorité des huit sages préposés à l'administration de la marine. Ce capitaine, ou chef d'escadre des galères, devait avoir deux serviteurs nobles (damoiseaux — danUceUos duos) , un cuisinier {unum choquum ) , deux trompettes , un joueur de nacaires (nacharatum). Outre cela, le capitaine devait embarquer avec lui quatre conseillers dont il ne devait jamais négliger de prendre les avis, sous peine de 200 livres génoises d'amende. A Gènes, ces con- ;

seillers étaient élus par les Huit de l'Office de Gazarie; à Péra, par l'Office j

de la marchandise de Tane ; à Trébisonde, par le conseil des Vingt-quatre de Trébisonde. Le capitaine était tenu d'aller avec les galères et de les }

ramener ; ses émoluments, sur lesquels il était obligé de payer l'écrivain I

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ARCHEOLOGIE HAVALE.

On n*est pas d*aooord sur roiigineda mot brigantin ; les uns^ et c'est ropinion de du Gange , adoptée par Capmany , pensent que les brigands de mer ou pirates s'étant servis les premiers de galiotes inférieures aux galiotes ordinaires, et par conséquent plus rapides, ces petits bâtiments furent désignés par un nom formé de celui que l'on donnait aux navigateurs qui les montaient ; d'autres croient que les premiers brigantins furent construits et mis à la mer par les gens de la Corogne {Portus^Brigantinus ). Je me rangerais plutôt à la première qu'à la seconde

de Tescadre (seriba), ses damoiseaux , ses trompettes , son cuisinier , ses trois musiciens , consistaient en 300 livres génoises pour un voyage. La solde de Técrivain était de 50 livres génoises^ sur lesquelles il était obligé de se vêtir d'un habillement pareil à celui du capitaine , tant pour la couleur que pour la qualité de Tétofife {de unâ veste ejusdem coUorU et vapris). C'étaient les patrons des galères que conduisait le capitaine qui payaient les émoluments de ce chef d*escadre. Chaque patron était obligé de porter, sur la bandi! de sa galère, — tous les monuments pdnts que j'ai vus montrent que c'était à tribord , — une bannière aux armes du capitaine général. Cet amiral , quand il était arrivé à Péra , expédiait les galères devant aller à la Tane , et leur donnait pour chef de division un capitaine élu, par lui et ses quatre conseillers, entre les meilleurs et les plus habiles patrons ou comités des galères. On donnait aussi quatre conseillers à ce capitaine pour la navigation dans la mer Norre. Le capitaine général et Técrivain, dont le pouvoir et Voffice avaient la durée du voyage, aller et retour , faisaient serment sur FÉvangile de se conduire loyalement et avec zèle, sous peine de 1,000 livres pour le capitaine, et de 100 livres pour Fécrivain. •— Ce qu'un statut ordonnait pour la navigation des galères du Levant, un autre statut, aussi de 1340, mais du 15 février, l'avait ordonné pour les galères de Flandre (manuscrit de VImposicio OfficU Gazariœ, p. 64, 65, 66 et 111; bibliothèque du dépôt de ta Marine). Le statut de 1441 , qui présente une rédaction nouvelle de tous les statuts antérieurs , donne , sur TofOce et les obligations du capitaine des galères , quelques détails tout à fait étrangers à la rédaction de 1340; il confirme tout ce qui avait été ordonné alors , mais il ajoute que le podestat envoyé à Péra par la république de Gènes, quand il prendra passage sur une galère allant en convoi avec d'autres galères , sera nécessairement capitaine général pendant le voyage. Le consul qui était envoyé de Péra à Caffa devait avoir le même privil^e pendant la navigation, que le podestat pendant le voyage de Gènes à Péra ; le consul quittant le consulat de Caffa devait être capitaine des galères avec lesquelles il revenait à Péra.

Le capitaneus est mentionné dans de très-anciens documents de Ve*

MEMOIRE n"" 4. 457

de ces opinions ; mais il me semble qu'on pourrait voir dans le bergantino ou brigantino un petit navire commerçant , actif , allant rapidement d'escale en escale porter ses marchandises, pour faire une concurrence utile aux grandes galères et surtout aux lourdes nefs ; navire industrieux , qu aurait nommé le vieux mot italien brigante , que Ton trouve encore dans le dictionnaire de Duez , avec la signification de : laborieux , industrieux , bon ouvrier. Cette étjmologie , que je ne saurais affirmer , n est pas moins probable que l'autre , à laquelle a prêté une grande

nise; par exemple, dans le chrysobole (la bulle d*or) donné, en février 1188, aux Vénitiens, par Fempereur Isaac F Ange, — bulle où nous voyons , entre autres choses , que chaque galère armée par les Vénitiens devait avoir cent quarante rameurs, ce qui constituait, d*après ce que Winesalf nous a appris des galères de son temps (la fin du douzième siècle) , des galères à deux étages de rameurs superposés ; le premier étage y celui d*en bas, ayant quarante-huit rameurs sur quarante-huit avirons, vingt-quatre de chaque côté; le second étage, celui d'en haut, en ayant quatre-vingt-douze sur quarante-six avirons , vingt-trois avirons de chaque bord , et deux hommes par rame. Nous voyons encore, par cette bulle, que Venise était tenue, à la première réquisition de l'empereur, de fournir de quarante à cent de ces galères, et cela dans Tespace de six mois. — Le chrysobole dit : « Stolus autem noster capUaneum vel capitaneos

« veneticos habere débet Notre flotte doit avoir un capitaine (amiral)

« ou des capitaines vénitiens... — Capitaneus, vel capitanei nostri stoli, et « comités et naucleri et prodenses et decem viri de unaquaque galearum « jurabunt, quod praocepto capitanei stoli majestatis obedient ad honorem « imperii eorum , et salutem nostri stoli sine fraude... » Ce passage nous fait connaître quels étaient les ofïiciers des galères du douzième siècle , à Venise et à Constantinople; Tamiral-capitaine commandait à tous; puis, sur chaque galère , il y avait un comité , capitaine du navire, des nochers ou pilotes , chargés de la route , des prodenses ou prouîers , ofliciers qui dirigeaient la manœuvre à la proue. Un décret du grand conseil , rendu le 2 février 1294, et cité par Marin, tome V, pag. 199, s'exprime ainsi : « Quod capitanei galearum approbentur ad unum ad unum, et qui ha- « buerit plures baUotas habendo majorem partem consiUi sit firmus. » Nous avons vu (p. 420 de ce Mém.) , à propos des bucentaures , que les divisions composées de deux bucentaures et d'une moindre galère, en 1336, étaient commandées par des surcomites(5tfpracom^i); ces comités, placés au-dessus des autres comités, n'étaient point des capitaines ou chefs d'escadre, mais seulement des chefs de petites divisions. A Gènes , ceux qui ramenaient de Flandre plusieurs ou même seulement deux galères, avaient le titre de capitaines (pag. 112 du manuscrit de Vimposicio).

ARCHEOLOGIE M AVALE.

autorité le : « Ita forte dicta , quod propria brigandorum sea

predatorum essçt » de da Gange.

Aujourd'hui le brigantin n'est plus un navire à rames ; c'est un petit brig portant, comme son supérieur en grandeur, deux mâts verticaux et un mât de beaupré ; et , sur ces bas mâts, des mâts de hune et des mâts de perroquet. Le brigantin , autrefois petit navire à une voile latine (voir p . 3 1 9 de ce Mém . ) , a aujourd'hui misaine, petit et grand huniers , perroquet , focs , et grande voUe ; cette voile n'est pas en verguée sur la grande vergue, mais sur une corne qui se hisse en arrière et à la tète du grand mât. EUe se borde à l'extrémité d'une bôme (*) ou gui ; comme elle est haute et large , placée ainsi qu'elle est , cette grande voile a beaucoup d'action sur le brigantin, pour le lof. Presque tous les bâtiments carrés ont adopté , en remplacement de l'ancien artimon à orse ou ourse , conmie on disait abusivement , uh artimon trapézoïde, et une voile de la même forme que la grand'voile du brigantin , appelée pour cela brigantine. Il n'y a pas de navire français auquel on donne le nom de brigantine ; brigantine est anglais , et brig est son abréviation ; M. Casimir Delavigne s'est donc trompé quand il a dit : ;

La brigantine

Tourne et s'incline , etc.

Gomme les vers de M. Delavigne sont de ceux dont un jour les glossateurs pourront s'autoriser , il était bon de relever cette erreur.

J'ai signalé, au commencement de ce Mémoire, la transformation qu'a subie la frégate , aujourd'hui grand et fort bâtiment de guerre à voiles carrées , portant de quarante-quatre à soixante canons ; au seizième siècle , petit navire latin , faiblement armé , et grand conune serait maintenant le grand canot d'un vaisseau à trois ponts. Je n'ai trouvé mention de frégate dans aucun document antérieur au seizième siècle ; à cette époque, au contraire, la frégate se rencontre partout , aussi bien dans les récits de Bau-

{*) L*ortbograpbe baume a pré?alu en français , mais elle est mauvaise. Le mot anglais que notre marine a adopté est 6oom, désignant une forte pièce de bois pour la mâture.

dooin , le yieU historien des chevaliers de Saint- J ean de J érusaleni , que dans la Chronique de don Juan d* Autriche, ÏArmata navale y de Pantero-Pantera , YHîstaria délia guerra di Cipro , de Paruta, la même histoire par G. P. Gontarini, et une foule de lois et ordonnances tant italiennes que portugaises , espagnoles et françaises. Du Gange parait n'avoir connu aucun texte tatin où le mot de frégate soit écrit, car son glossaire n*a point d'article : Fregaia. De ces circonstances , je suis en droit de conclure que ce fut au seizième siècle seulement que le bâtiment , inférieur au brigantin, mais lui ressemblant par la construction, par la voilure , par la mâture et par Tàrmement à rames , fut nommé frégate. Ge bâtiment était petit : il n'avait point de couverte , point d'apostis pour ses avirons qui étaient rangés sur le platbord , de six à douze à chaque bande ; il n'avait point de parois pour abriter les hommes , qui nageaient à découvert comme dans une embarcation ordinaire. Gette absence de pont et de pavesa-* de, quand toutes les prof essions commencèrent à emprunter aux langues anciennes leurs nomenclatures, dut faire nommer aphrac^ ta la galère minuscule , qui n'avait ni pont ni bastingages ( a privatif, etphrasso, munir). Les savants faisaient, pour les langues de métiers , ce qu'ils faisaient pour les langues nationales ; ils les enrichissaient de latin et de grec. Quand ils donnaient à la marine : cartaheu (de cata^artao ), habitacle {habitaculum ) , vergue (virgà) , carguer {corrugare , ou mieux carrkare ) , orin ( ora , oros ) , câble ( çalos ) , caler ( chalaà ) , clialoupe {calon) , estrope {strépho) , cabestan {capistrare)y fortunal ( fortuna) , bras et brasse (brocAmm), affaler {advalum), coq {coquus)j gambes (campé), muder une voile {mulare)^ mousson (mueson — mutaré)^ bitord ( bis-tortus)^ largue (vent) ( largm ) , cape ( être à la ), présenter la proue , la tète {caput ) au vent ; allège {aile-t?are), orienter, ou mieux aurienter ( oram ou auram'tenere)^ affourcher (à furcà ), scandaglio ( ital. ) , la corde de la soude ( scandere ) , caicet ( carchesium) , giron de la rame ( gyrare ) , et tant d'autres mots restés dans le vocabulaire maritime; quand ils nommaient : corvette , en souvenir de l'antique corbita, un bâtiment de charge, devenu ensuite bâtiment de guerre, en souvenir aussi des aphracla , que Gicéron mentionne dans ses Lettres à Atticus (liv. v et x) , et qu'il cite parmi les acluariœ,

parce qu'ils allaient rapidement à la rame , et parmi les nattes longœ, parce qu'ils appartenaient à la famille des galères, n'ont*' ils pas dû nommer aphractes , ou afractes , les plus petits bri-' gantins? Je nen doute pas. L'antiquité, laborieusement évoquée par ces hommes qui ont marqué de leurs ingénieux travaux l'époque qu'on a appelée la renaissance des lettres , se superposa partout au moyen âge pour effacer les traces de ce qu'on nomma , peut-être un peu vaniteusement , la barbarie ; elle étendit rapidement ses conquêtes , et finit par s'imposer tyranniquement, au risque même de parler aux gens de métiers une langue inintelligible pour eux. Afracte , incompris par les hommes de mer et mal prononcé , par conséquent , devint bientôt fracte , frecate et frégate, frigata, fergata.

Les documents des siècles antérieurs au seizième ne m'ont rien fourni touchant les castaldelles qui, suivant les termes du vocabulaire nautique de Pantero-Pantera , étaient de petits navires fins et rapides , que Ton faisait voguer avec cinq rames. Le nom : castaldella , auquel je ne trouve d'analogue que castaldus, signifiant , dans le latin des bas âges , l'intendant d'une maison de campagne , est d'une origine qui m'échappe. Au reste , je ne regrette que médiocrement de ne pouvoir éclaircir ce qui regarde des navires d'une si minime importance , et qu'on ne pouvait employer qae pour le batelage » puisqu'ils n'avaient que cinq rames , dont les nageurs voguaient debout , in piedi , dit Pantero-Pantera. Les felouques , dont le nom me parait venir du turc fulk ou fulotiga , n'ont pas une plus grande notoriété que les castaldelles, dans l'histoire navale du moyen âge. Elles allaient à la voile et à la rame ; à la voile , avec un seul mât et une seule antenne ; à la rame , avec six ou huit rameurs , dix au plus , en comptant l'une et l'autre bande. Elles étaient trèsvites. Aubin fait , à l'égard des felouques , une remarque oubliée par Pantero-Pantera , c'est que , munies de ferrures à l'étrave et à l'étambord, elles pouvaient porter leur gouvernail indifféremment à l'avant et à l'arrière, comme les chattes du Croisic, comme ces navires des Germains , dont j'ai parlé dans mon Mi^ moire sur les navires des Normands (n^'S) . Les felouques ont perdu leurs rames en grandissant , ainsi qu'avaient fait les frégates , les saëtties, les chelandes ; seulement les frégates se sont complé-

tement transformées , et les felouques ont gardé quelque chose de leur ancienne forme.

Les saëtties ont disparu , comme les chelandes ou zelandes , après avoir joué un grand rôle dans la marine des siècles intermédiaires , sous les noms variés : sagitta , sagittea , sagetia , <agittaria, scigittina, saittia, mettia (ital.), «offya (espag.),<agetia (catal.), sagitaire (français). Longtemps la saette, ousagette ou flèche, ainsi nommée de sa rapidité, fut un navire à rames. On la voit mentionnée dans le chapitre du Consulat de la mer , qui a rapport au comitre : « Celui , dit la loi , qui navigue seul « sur une galère ou saetya, sans être de conserve avec une nef ou « une escadre de prince, doit avoir le cinquième des prises quise- « ront faites, et tout l'équipage doit lui obéircomme faire se doit « à un comitre. » L^histoire de Pise cite plus d une fois les saëtties , et presque toujours comme des navires employés par les pirates ; ainsi on voit en 1 1 63 , les pirates : « pirati » armer le plus promptement possible : « X galeas ei XI saetlias {*). » Une autre fois , on voit des pirates : « Cum L galeis et XXXV sagitiis « atque aliis multis lignis» » (Muratori, t. vi, col. 180.) Dans une vieille charte rapportée par Jean Lucius , chap. x , liv. m de son Histoire de Dalmatie , il est question de pirates : « qui erant in « sagetia comitis de Sevenico. » Il était tout simple que les écumeurs de mer se servissent pour leurs expéditions de saëtties , qui étaient dune rapidité très-grande , ainsi que le démontre cette phrase de Geoffroy Malaterra, chap. ii, liv. iv : «Philippum « Georgii patron! cum velocissima sagetia versus Syracusam om- « nem rem exploratum mandant.» Le continuateur de Guillaume de Tyr , Hugues Plagon , nous fait connaître ce qu*au douzième

C) Le traducteur employé par M. Pardessus, après avoir traduit ie saittie du statut d*Ancône (p. 168 , t. V , Collection des lois maritimes) par ces mots trop vagues : « Navires ennemis, » traduit la sagetia des chapitres sur les armements en course (p. 397 et 398, même vol.) par le mot saique; c*est une grande erreur. Le salk n'était pas un bâtiment à rames, mais un lourd bâtiment à voiles , très-enbuché à la poupe, ayant un grand mât surmonté d*un haut mât de hune, un petit artimon et un mât de beaupré sur lequel aboutissait Tétai de hune. Sa grande voile ou pacfi avait une bonnette maillée. Le saîk était un bâtiment turc dont se servaient aussi les Grecs ; il était encore en usage dans la Méditerranée et la mer Noire au dix-huitième siècle; il a presque complètement disparu maintenant.

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siècle était la saêttie relativement à la galère : « Et un ot 15 ga- « lies et autres vessiaus menus , saities et gameles bien 50 , et « alerentà vêles et à navirons tant qu*ils vindrent à Escalonne. » Les saêtties étaient donc , comparativement aux galères , de menus vaisseaux; c'est aussi ce que fait comprendre une phrase d' Albertin Hussatus , dans son v^ livre de Gestis italicis : « Cum « barchis tectis, aliisque quas sagittarias VeneU appellant » On peut conclure de ces paroles que les sagittaires dont il s'agit n'avaient pas de couverte et qu'elles étaient analogues aux brigantins. Quant au nombre de rames qu'elles bordaient, voici un passage de Sallas Malaspina qui peut nous aider à le déterminer : « Non remansit in terra vir. .. exceptis quibusdam, quos « una sagittina 24 remorum ereptos ab hostium gladiis vivos « excepit. » Cette sagette avait vingt-quatre rames, douze de chaque côté ; elle était donc inférieure aux galéides ou galiotes , qui, par leur longueur, se rapprochaient assez des galères. H en était probablement des saêtties conune des autres navires ; toutes ne se ressemblaient pas ; les unes étaient plus grandes , armées de plus d'avirons , plus largement voilées que les autres ; s'il j avait des saêtties de douze bancs , il y en avait assurément de dix , de onze et peut-être même de neuf seulement , conune il pouvait y en avoir de treize , quatorze et quinze. Les saêtties, propres aux explorations le long des c6tes , dans les criques , dans les rivières , devaient être légères , tirant peu d'eau , longues de cinquante à soixante pieds environ , fines , construites en bois de sapin, d'aune ou de cèdre. Baudouin, roi de Jérusalem , alla en 11 00 à Joppé avec les Génois, et emmena avec lui deux saêtties , disent les Annales de Caffaro. C'était sans doute pour le service d'aviso qu'il avait pris ces petits bâtiments rameurs ; l'annaliste aurait'dit que les saêtties étaient grandes si, en effet, elles eussent été destinées à une fonction plus importante, comme navires de guerre. Le passage des annales de Caffaro serait intéressant pour nous , quand il ne servirait qu'à constater ce fait que les saêtties étaient en usage dans la Méditerranée avant les premières années du douzième siècle ; elles étaient donc au moins du onzième. Voyons ce qu'elles devinrent au seizième. Au seizième siècle , plus de rames pour la saêttie ; au lieu d'une voile unique, trois voiles hissées à trois mâts : trois voiles latines ;

à Tarbre du milieu , la maestra ; à Tarbre de Tayaut , le trinquet ;

à Tarbre de rarrière, la misaine. Si la saëttie est de la plus grande

espèce , elle porte des voiles carrées , trois à chacun des mâts

de Tavant et du milieu, et une misaine latine au mât de Tarrière.

La saëttie , qui était ouverte quand elle était dans les moyens

navires à rames , a maintenant un pont ; rapide , portant peu

d*honunes et point de lourds fardeaux , lorsqu'elle était barque

davis ou petit bâtiment d'embuscade et de course , elle peut

porter maintenant un chai^ement de six cents saintes ou rttbii

de blé. Si elle porte encore son nom de flèche , peut-être que,

comparée à la maone , au berton , à la marsilliane ou â lour-

que , elle le justifie assez ; mais qu'est-elle à côté du brigantin

ou de la frégate?

La frégate , dont je viens d'écrire encore une fois le nom , me rappelle un bâtiment ayant quelque chose de sa forme , mais plus lourd , et propre à porter des marchandises ; c'est le frégaton {fregaUme , grosse frégate) , qu'on appelait aussi barque , en lui appliquant un terme générique , donné à d'autres navires plus gros , ayant deux mâts. Le frégaton n'avait qu'un mât comme la frégate; il n'avait pas de couverte, et se servait, dans les virements de bord , de quelques rames longues et lourdes.

Je n'ai presque rien à dire du speronier, petite embarcation que distinguait une longue pointe ou éperon placée à son avant, et qui n'est pas tout à fait oubUée dans la mer de Naples et de Sicile. Les Maltais ont encore le speronare. Je ne sais rien de la construction du grottolino à qui l'on donna le nom italien de ronocrotale, comme plus tard on donna à un bâtiment léger celui du goéland (la goélette). L'esquif (du mot Scandinave skip) était un canot plus ou moins long , plus ou moins large , mais pointu des deux bouts , nagé par quatre , six , huit ou dix rameurs , suivant qu'il appartenait â une galiote , â une galère ordinaire ou à une grosse galère. Les gondoles , que les tableaux du Gentile BeUini , conservés à l'académie de Venise, nous montrent à i>eu près semblables à ce qu'elles sont aujourd'hui sur les canaux de la ville , devaient être moins longues et plus larges quand elles servaient d'embarcations aux nefs du treizième siècle, avec les barques de cantier ou chantier et les barques de paliscalme. Ces barques que j ai mentionnées , en les expliquant au-

• Il

rji •

AfiCHEOLOGIE NAVALE.

tant que je Tai pu , à l'aide des marchés passés en 1268 , entre les envoyés du roi de France et la commune de Gênes (voir Mémoire n"" 7) , étaient , pour les navires de l'époque , ce <^ sont les chaloupes et les canots pour nos bâtiments modernes. Dans sa nomenclature des plus petits navires à rames , Pantero- Pantera nomme , avec les grottolins , les gondoles et les esquifs, les calques , chaloupes des galères , dont le nom est arabe (kaïq) ; les peatti où piatti^ qui étaient plats , comme l'indiquent leurs noms , et qui s'appelaient peattoni quand ils devenaient grands (voir ci-dessus , p. 423) ; les bateaux , barquettes, et enfin les fisoleres. Ceux-ci , dont le nom peut sembler venir du grec physa , désignant un poisson à coquille du Nil , pourraient avoir été nommés ainsi à cause de leur ressemblance avec ce coquillage ; peut-être aussi pkyssa est la base de leur nom : alors on les aurait appelés pkyssolibe parce qu'ils transportaient le goudron , la poix , comme nos pigouîères {pkyssa — poix , /efres — chaudron). On voit aisément comment physsolèbe serait devenu physolère, et en italien fisolere. J'incline vers cette étymologie, qui me parait tout à fait dans le goût du seiâème siècle.

Les scorciapins sont fréquemment nommés dans les documents espagnols ; on en trouve une mention , page 359 , tome P' de l'Histpire de l'ordre de St. -Jean de Hierusalem. Baudouin, racontant les faits de la fatale journée que Gharle^-Quint eut devant Alger, en 1 541 , dit : « Il s'y perdit quinze galères , les soor- « ciapins des Espagnols , et les canons des batteries qui estoient « sur les barques prêts à mettre à terre , et toutes les frégates. • Ces scorciapins étaient des bâtiments courts (ptno , pin ou navire — scordato , raccourci) , qui servirent sans doute , à l'attaque d'Alger , pour le débarquement , avec les frégates et les barques plus fortes qui portaient l'artillerie.

Le mot carabw se lit dans plusieurs historiens du moyen âge qui ont écrit en latin , comme les mots cara6o5 etcarabion dans quelques-uns de ceux qui ont écrit en grec. Le carabus, qui , selon Sidoine Apollinaire , était une petite embarcation faite d'osiers tressés et liés, et recouverte de peaux graissées, avait peutêtre la forme arrondie du crabe {carabos en grec) , avec lequel huit rames , quatre de chaque côté , pouvaient compléter l'analogie. Ce liâtiment , d'abord petit , paraît avoir été d'une cer-

lAEMOIRË N° 4. 4G5

taitie gratideulr au dixième siècle , car on voit des capitaines de navires appelés protacarabi par Constantin Porphyrogénète. Si 1:68 navires n^avaient eu que Timportance de faibles barques, Tempereur aurait'^il désigné particulièrement ces premiers (prôtcH) du carabe? Au reste, voici une phrase du livre ii de Constantin , qui va nous éclairer sur cette question, mais sans la ré— soudre absolument : « Pro emendis pannis crassis , quo exinde « fièrent vêla novem , singula tricenarum ulnarum , in usum « novem carabiorum Russos vehentium, et alia vêla duo, de ce vicenis octonis ulnis , in usum Moneriorum seu Uniremiunâ « captivos vehentium, expansa sunt numismata 1154. » Les neuf carabes qpii portaient les Normands {*) avaient donc chacun, une voile de trente aunes de grosse toUe ; les unirèmes qui trans— portaient les captifs avaient des voiles de vingt-huit aunes de toile seulement.

La distinction que Técrivain impérial établit entre les monè— res ou unirèmes et les carabes, par la seule différence de deux, aunes de toile dans la voilure des premiers , nous apprend que si Tunirème était inférieure au carabe , ce ne pouvait être que de peu de chose. Or , ce nom de monère indique que ce navire était à un seul rang de rames; le carabe était donc aussi à ui^ rang de rames. Mais le monère lui-même qu'était-il? Relative-* ment aux dromons , pamphiles et autres variétés des na «rires à rames , qui avaient deux rangs superposés d*a virons, et dont il a été parlé plus haut, il était de l'importance d'une galère simple ou" d'une galiote , suivant qu'U avait vingt-cinq rames de chaque côté, ou un peu moins que cela. J. Scheffer , s'appuyant sur le texte des Tactiques de I^n, qui donne vingt-cinq avirons par bande, à chaque étage , aux dromons (diap. xix , S 8) , dit , p. 95 : a pentecontori minimum erat genus moneron. » Je crois qu'il se trompe et que les galaias moneres, du paragraphe 10 de Léon^ n'étaient pas nécessairement pentecontores , ou à cinquante ra-

(*) Russos. — « Gens qu«dam est sub aquilonîs parte constituta , quam « à qualitate corporis Graeci vocant Russos (blonds , roux) ; Jios verô à posi- « tione loci vocamus Nordmannos. Linguâ quippe Teutonum ^loraf-aquilo, « man autem mas seu vir dicitur ; unde et Nordmannos Aquilonares homi- « nés dicere possumus. » — Luitprand , lib. V, cap. vi , de Rébus impera*

torum.

mes. Léon les appelle seulement monères , et ne précise point le nombre de leurs avirons ; il dit qu'elles doivent être agiles , promptes, et propres au service d'espion et d aviso, ce qui m'autorise à les supposer moins longues que les dromons , c est-àdire n'ayant pas cent pieds {32"^' 48"^) de longueur pour le seul emplacement de leurs vingt-cinq bancs. Qu'il y eût des monères pentecontores , cela se peut ; mais que les monères fussent nécessairement à cinquante avirons , c'est ce que je ne crois pas. Les unirèmes dont parle Constantin Porphyrogénète étaient probablement des espèces de galiotes , et les carabes , d^ galères un peu plus grandes seulement que celles-ci, c'est-à-dire ayant une ou deux rames de plus de chaque côté (*). On conçoit que des navires de cette grandeur portassent des captifs et des troupes : on ne le concevrait pas , s ils étaient de ceux que décrit Sidoine Apollinaire. Je ne sais quel rapport il y eut entre le carabe antique et le carib du moyen âge. Le carib était arabe ; c était un canot, comme son nom le fait comprendre. Son nom veut dire : approchant ; j'en dois l'interprétation à M. Reinaud, de l'Académie des inscriptions, et de la bibliothèque du roi {**). Approcher

C) C'est certainement de bâtiments de cette espèce que veut parler l'historien de Jérusalem cité par du Cange (voce: Cababûs), quand il dit : « Anne 1123. Carabes insuper quamplurimos et nd?es onerarias. » Pourquoi aurait-il mentionné des barques sans importance à côté de navires de charge d'un certain tonnage P II n'y a aucun rapport, comme du Cange a paru le croire, entre ces carabes et celui que Joannes Brompton déûnit comme Isidore et Sidoine, dans cette phrase de sa chronique: « Carabum qui exduobus coriis et dimidio conûcitur, intrantes sine vélo et « ornamentis post septemdies in Cornubia (Cornouailles) appilcuerunt... » Voir au surplus, pour l'importance de, certains caroM, les observations que j*ai faites plus haut, pag. 411 , sur les vers de Laurenti de Vérone.

(**) M. Reinaud, dont la bienveillance pour moi ne s'est pas démentie pendant mes longues recherches au département des manuscrits de la bi- ]È)liothèque du roi , m'a fait connaître plusieurs mots arabes relatifs à la marine et aux navires du moyen âge. Outre le carib y il m'a nommé le chakhtoury qui était aussi une espèce d'embarcation ; le zourach et lebe^fy qui étaient de petites barques; le barcousy qui était une barque assez grande , dont le nom , étranger aux langues de TOrient , n'est point autre que le : barcane (italien) , désignant une grande barque , que Ton voit nommée quelquefois oschary dans les auteurs arabes. MUmaryé et kaHq sont encore des noms de canots, ou petites embarcations. L'Égrpte avait une espèce de navire appelée dsAe^ye (doré) ; c'était probablement un bâ-

MEMOIRE N*» 4. 4g-

de la côte, approcher ri'«*^

dune chaliui^^ moyen d^ T "'"'■^' ''^* "'^^ ^ ^«°<'«*>" la terre. communication entre le vaisseau et

La faste était une espèce de bâtiment à rames fort souvent citée par les auteurs de 1» «« a., , ' souvent

mais^uvée définie n^e^'^^r'T.V^' ', "^' ^'^^ "'«' j«- Lazare Baïf. Voici ce^eKl T^*^" ^"^ Annotationes de

. ....uthemioUœ^^t if"^^".î'^''««''««'ïit» ^''^^^

œ essent biremes quidem, sed ouœ a nimni «H « malum usque binia ,^mi= „ i ' ^ H"« « pappi ad

« afferentm- • ut K^ ' °*"'*' "^ P^**"™ "^«^ ta^tum

agerentur .ut hodie quoque videre est nonnullis earum ouas

. fustas Veneti v^t. » Q„e la conjecture de B^^^eXT-

miobes soit fondée ou non, ce nest pas ce quU mimpTrte d'eïï-

mmer ici ; dans le passase mip ïp vîpna Aa^ » *^ " . ™

*~»s«ge que je viens de rapporter, ce qui me

timent de taxe une sorte de yacht servant aux plaisirs des riches II me

harraka (Voir plus haut, page 131 -au mot harraha) oui srinn M. Reinaud. était une sorte de yacht quelquefois traS^m^^ Tbr^T pour la guerre. I^ sekoura était une espèce de bâtiment à rames su^ lequel je regrette de n avo.r pas à donner de détails circonstanciés, non plus que sur le dounitcA ou douny, et le neMoug, qui étaient des navires longs et rapides. Les maones, dont le nom figure bien souvent dans l'histoire des peuples maritimes du bassin de Ja Méditerranée avant d'être des bâtiments carrés (voir Mémoire n» 6) , étaient au rao' port de Thomas Hyde (notes au douzième chapitre du IggÂeret ore chot ohm d'Abraham Peritsof, cité plus haut), des galéasses turques dont chaque rame était maniée par cinq ou six hommes. Ces maûn ou mauné, comme écrit Hyde, étaient appelées par les Maures taridà ou simplement treda, nom que le savant anglais interprète ainsi • « Acta « compulsa et propulsata navis. » Les Maures n'avaient ni galéasses ni ea 1ères ; ils se servaient seulement de petits navires analogues aux bnv-fn tins, et appelés aJe/en, sattsi ou sulst. La galère proprement dite était nommée par les Maures ghordb (golabus et golajrus, en bas latine oW à-dire corbeau. A propos du ghorâb, Thomas Hyde dit : . Ouasi' ni«.4 « nigredine, rostro «tenso et velis remisque sicut alis volans salera . L'auteur arabe de I histoire de Beyruth appelle les galères tantôt du nnm • ghorâb, tantôt du nom : chany (pluriel : cAouany). Les Turcs aDDela^ni la galère kadirgha ,• quelquefois ils la désignaient par le trope cS^ tiré par les rames. Un autre trope qu'on trouve chez les auteurs arabw" et que m'a signalé M. Reinaud , c'est le mot kitAeh, signifiant Dronr*' ment : un morceau. Les Arabes désignaient par ce mot une portion H l'escadre, et par extension un navire, une voile. S^^ était le no générique du vaisseau; l'historien de Beyruth parie d'une divisioii j

.■ri : y

ARCHEOLOGIE II AVALE.

touche c'est la définition des fustes. Baïf , qui avait été à Venise et en avait observé les navires , nous fait connaître que les fustes vénitiennes étaient armées d avirons, distribués ainsi : un à chaque banc de lavant, de la proue au mât ; deux à chaque banc de Farrière, du màt à la poupe {*) . Ces fustes étaient donc à zenzile par derrière, et, par devant, à rames légères et uniques. On comprend bien quel pouvait être l'avantage d'une pareille organisation ; au lieu de quarante rames, en supposant la fuste à vingt bancs par bande, et le mât placé au onzième banc à partir de la poupe, le navire pouvait avoir soixante-deux avirons ; c'est-à-dire que, sans s'alourdir beaucoup , il gagnait un tiers en force d'impulsion. Léger , il était donc en même temps rapide à la course , et par là , très-apte au service d explorateur pour lequel il était fait,

s^fyné qui portent sept cents chevaux. C'étaient sans doute des huissiers, des chelandes, ou ce qu*au seizième siècle, les Italiens appelaient pa<<aeavaliy et les Turcs : palandrie (corruption de chelandrié). Les Arabes avaient une espèce de navire appelée secayl. Une réunion de deux ou plusieurs navires, joints ensemble et liés par un pont commun, fait de planches et de poutres superposées aux plats-bords de ces navires , était appelée maremme par les Arabes. (Voir Mémoire n» 6, au mot cogo,) Je n'ai rien à en dire de plus. Je parlerai ailleurs du saiq ^ du bayôfif du bortwi, du bcUiusa, du karamurscU et du carcoura» (Voir Mémoire n** 6.) Outre le nom générique sefynéj le vaisseau avait encore une désignation figurée; on disait markab, voulant dire : la chose sur laquelle on monte. Rekab était le mot par lequel on désignait l'équipage ; ce mot signifiait : qui monte le cheval, le chameau ou le navire. La mer était appelée : malihety signifiant : salé. Mollah^ c'était le marin , l'homme de l'eau salée. MaUahet^ c'était le trajet sur la mer , la navigation. Je n'ai pu me faire , malgré les soins de M. Reinaud et les indications de Thomas Hyde, une nomenclature navale un peu complète ; j'ai pu savoir seulement que la rame s'appelait, en arabe : méhdaf^ les mâts du navire : seoary^ la voile : chyra ou hyla. Le pluriel de kyla était hovJUm. Ahlaa signifiait : mettre à la voile. — J'oubliais de dire que certaines galères appartenant au Grand Seigneur étaient , comme le remarque le traducteur de Peritsol : « Acoommodato peculiari noroine Jocd/. » Il est assez extraordinaire que la vanité turque n'ait pas répugné à une dénomination pareille, et que le sultan de Constantinople ait nommé ses fières galères du nom de l'animât sanguinaire qui , s'il a de la finesse du renard, auquel il ressemble un peu, a une lâcheté qui ne le rend terrible qu'aux cadavres.

(*) Remarquons que c'est là seulement que Baîf fait allusion aux bâtiments à zenzile, mais sans les distinguer par aucune observation des navires à Ttn^ sealoccU.

comme le démontre eette phrase du Roteiro de dom Joam de Castro , dans la mer Noire (commencement du seizième siècle) : « Junto das portas do streito , me embarquei en huma fusta, e « entrei o canal. — Arrivé à l'entrée du détroit , je m'embarquai dans une fuste, et entrai dans le canal. » Les fustes , très-inférieures aux galères , mais supérieures aux frégates et aux brigantins, recevaient un armement de guerre ; ainsi dans ce même Roteiro on lit : « Ouvimos huum tiro. . . e disseran me , que o sinal « era feito de huma fusta que veinha atras. — Nous oubnes un coup de feu... et l'on me dit que c'était un signal fait par une fuste qui venait derrière nous. » L'art. 2 , chap. xvi du Guidon de la mer , nous enseigne que la fuste était au nombre des bâtiments de course, au seizième siècle , et que les Turcs en faisaient usage: « Seulement sera remarqué ce qui se pratique en ce pays « par ceux qui entreprennent lointain voyage , comme en la « coste d'Italie y Gonstantinople, Alexandrie ou autres tels « voyages en la mer Méditerranée et Atlantique , pour la crainte « qu'ils ont des galères, fustes et frégates de l'armée du Turc ou <« corsaire , lesquels font trafic de la vente des chrétiens qu'ils « ravissent , tant par mer que par terre... » Bien que les fustes fussent tout à fait contemporaines de Pantero-Pantera , ce capitaine des galères oublia de les mentionner dans la nomenclature détaillée qu'il donna, chap. iv , livre i*% de son Armata navale ; il les cita seulement après les galiotes et avant les brigantins , pages 56 et 360.

Le Consulat de la mer est le plus ancien document où j'aie trouvé le mot fusta , signifiant une espèce de navire classé entre les galères et les sagetties. Au treizième siècle, la fuste était donc connue et figurait déjà parmi les bâtiments de guerre à rames et à voiles , d'une certaine importance. Le nom ftuta était, au reste , une modification du nom générique /ti5to, bois. Fusto^ f ust, était le mot vulgaire de la langue romane , ainsi que rindique ce verset d'une traduction du premier psaume de David, traduction du douzième siècle (MS. de labiblioth. royale, n*" 1 152 bis , supplément français) : « Et iert ensement com fus! <« tresplanter de juste le ruisals des ewes , lequel sun fruit dur- « rat en sun tems — et il sera comme l'arbre planté au bord « d'un ruisseau qui donnera son fruit en son temps. » FuslOy

' 'Ui-

dans quelques documents , était synonyme de legno , pris dans son sens général de : navire ; on lit dans un ordre du grand conseil de Venise (2 juillet 1468) : « Ghe hanno mercantia sopra « nave e navili e ogni altro f usto , si per essi f usti intravenuto el « naufragio over captura de li ditti navili. . . — Ceux qui ont des « marchandises sur des nefs, navires ou autres bois quelconques, « si , par la faute de cesdits bois est survenu le naufrage ou la '< capture desdits navires, etc... » On voit qu'ici le fusto n'a rien de commun avec la fusta , espèce de petite galère inférieure à lagaliote (*).

=Plusieurs passages de ce Mémoire ont fait connaître certaines prescriptions des lois et décrets du moyen âge, relatives aux équipages et à l'armement en guerre des bâtiments à rames ; à ces notions , j'ajouterai les renseignements suivants , qui se rapportent aux galères armées pour les escadres du roi en Catalogne , pendant le quatorzième siècle. Le chapitre xxxi de l'ordonnance sur « las armadas navales » (1354) porte : « Il est ordonné que toute galère , armée dans les domaines du seigneur roi , doit avoir un patron avec une troupe de soldats {terç pour tercio signifiant régiment , de companyons) , pour que la poupe soit trèsbien gardée en cas de combat , et que la galère soit redoutable. Elle aura un comité et un sous-comite ; huit nochers , dont un sera écrivain ; trente arbalétriers , huit prouïers , six conillers {cruillers. Gapmany a traduit ce mot catalan par le mot castillan curulleros; curulla c'était la conille, et curullera^ l'homme dont le poste était à la conille. Voir Oudin) , six espaliers ou soldats derespale(aliers , dit le catalan ; Gapmany a remplacé aliei^s par l'équivalent espagnol alieros^ que M. Pardessus traduit p. 449 , tome v de sa Gollection par ces mots : « Six soldats de défense des bas-bords. » Sur une galère , il n'y avait ni hautsbords , ni bas-bords; il y avait une espale dont les rameurs et les soldats étaient appelés en castillan : espalleres ou espalderes. On voit quel rapport il y a entre aliers et esp^alleres) ; six rameurs de l'espale {spatlers^ en espagnol spalderos ou espaldero8 , le même qn espalleres et espalderes ; les espaliers condui-

(*) Dans son poëine sur la bataille de Lépante, Johan Pujol racontant que Canaleti prit cinqfustes pour exécuter une manœuvre rapide, dit, strophe lxxi , dans son idiome catalan : « Sinch fustes pren. »

saient la vogue et nageaient aux bancs de Tespale , trois sur chaque banc) ; cent cinquante-six rameurs(cenombre cent cinquantesix nous reporte à Fannement à zenzile dont j'ai parlé ailleurs dans ce Mémoire. Les galères dont il s'agit ici étaient à trois rames pai' banc ; le chiffre cent cinquante-six , aussi bien que le nombre six desespaliers, me le prouvent. Elles avaient vingt-sept bancs par bande. Cent cinquante-six , divisés par trois , donnent en effet cinquante-deux ; à ces cinquante-deux bancs , si Ton ajoute les deux bancs des espaliers , on a pour total cinquante-quatre, qui font bien vingt-sept pour chaque côté) ; quatre cents lances, mille dards, cinq mille viretons, trente romanioles (probablementdes haches appelées manarollesdanslestatutgénoisde 1 44 1); six faucilles emmanchées pour couper les cordages {roneoles — voir Mémoire n^ 6 , au mot ronœni) ; dix haches (destrals) ; six dagues enunanchées {dalls ; voir Oudin, qui rappelle qu'en français , à la fin du moyen âge , cette espèce d'arme s'appelait langue de bœuf)\ cent cuirasses garnies. » — Cet armement des galères n'était pas invariable ; s'il était obligatoire pour celles qui devaient courir la mer seules ou par petites divisions , il pouvait se modifier à la volonté de l'amiral ou de son lieutenant général (capitan) , quand les galères naviguaient en armées.

Voici maintenant des documents inédits relatifs aux équipages des galères espagnoles et génoises au seizième siècle. Dans les archives du palais d'Oria , qui me furent ouvertes avec beaucoup d'obligeance , en février 1 835 , par M. Carlo Morfino , je trouvai quelques registres manuscrits , contenant les listes des galères conunandées par Marcelo d'Oria. Il résulte de ces listes que le nombre des mariniers, compagnons et prouiers (jproëles^ jeunes gens élevés pour la timonerie et les autres offices de la galère , mais qui , jusqu'à ce que leur éducation fût .faite, servaient à la* proue et manœuvraient le trinquet), était toujours de trente et un à trente-deux. Les o/]|îcîa{es étaient : « le capitano^ un comité, un sotocomite » un escrivano » un algoasil , un barvero (barbier , chirurgien) , un consejeto (conseiller) , un remolar (qui avait la charge des rames) , un bombardero, un varrilero (barillier) , un calafatOj un mettre d'axa (msdtre de hache ^ charpentier); sur quelques-unes était un medico.

Voici conuncnt était composé, en juin 1573, d'après un des

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ARCHEOLOGIE r^AYALE.

registresdont je viens de parler, Téquipage de la galère amirale que Jean-André d'Oria montait dans Fescadre du roi d'Espagne :

Offidales : Vernado Trischero , capitano ; Pedro de Troyelo , comité ; Pelegro Navone , eonsejeto ; Gesaro Sagustio , eserivano ; Domenico Delacunio , barbero ; Gasparino Geafingna j soto*co* mite;BernardoTrol)aldo, remolar; Mane Genosio, maestro d*axa ; Pantalino Bei , algoasil ; Agustino Testa , ealafato ; Andréa Del- |)egio , bombardero ; Yicencio Lodo , barrilero ; Bénédicte Fiorite , f errero (forgeron) ; Julio Garesi ; Victorio , capellan (chapelain) ; Juan Oderigo ; Batista Estela : Delva ; Paxas Ghorço ; Batista Forte.

Jente de casa de Juan Andréa ( les nobles suivant J. André , ce qu'on appelait les domestiques ) ; Francisco Grimaldi ; Juan Pedro Biearde ; Julian d'Oria ; Elionido dt Yiceosa ; Gafûo lion d'Oria ; Bernardine de Yiacbi ; Julio Beyantisso ; Bernardine Baquedano; Sipone Spinokt; Jacome Antonio Mortellio; Joseppe Gantaloro ; Alonso Pagan ; Juan Francisco de la Gnaglia ; Juan Andréa Deseva : Selvio Bomano ; Oracio da Gamairagne ; Gipione Gonte ; Pétri de Ochiva; Juliano de Yantisso; Andréa Gandorino ; Natale di Garpe ; Juanin de Orison.

Marineras : Francisco Yentura , Miguelle Pegollo , Alexandrino Pine , Juaixa de la Golla , Lorendo Pissano , GuiUerme *Boeto, Eptarde Senarega, Petro Yigliano, Dechapori, F* Axduyno, Juliano Baliestro, F° Bostino, Joseph Gadûmasteri,

Juane Pregione , Batista Bruastero , Loreneie Oderigo

( J'interromps cette nomenclature sans intérêt , en avertissant que le nombre des marins était de quarante-quatre ).

Companos (suivent seize noms).

Proëles (quatre de ces prouïers étaient sur la eapitane sans office spécial ; quatre autres étaient comme mousses du calfat , du remolar, du chirurgien et du bombardier ; c'étaient) : Battista Gato , calafatino ; Mapin Yrocha , remolarote ; Damiande Lua , baberote ; Jiacomo Yono , bombardier.

^ Remeros , entre forcados , esclaves y buenas veUas (benevoglie) : dezientos y echenta.

De ce nombre de rameurs : deux cent quatre-vingts , nous pouvons conclure que la eapitane de Jean- André d'Oria était une galère à la bastardelle , de vingt-six rame& par bande , dont

M£MOIRE Tf* 4. 473

les seize premières , du joug de proue en descendant à la poupe, étaient nagées par cinq hommes , et les dix dernières par six rameurs. Ce résultat est en tout conforme à ce que prescrit Pantero-Pantera (pag. 148 de YÀrmata navale) , quand , parlant des galères bâtardes , il dit : « Sarebbe se non bene armarle « almeno con sei huomini al remo, dalla spalla alla mezania, « et dalla mezania alla prora con cinque. »

Il n'est pas sans intérêt de rapprocher des documents qu'on vient de lire , et surtout de ce dernier, une ordonnance rendue par le roi de France Henri II, le 15 mars 1538, sur le fait de Tarmement des galères. En voici le texte , emprunté au recueil de Fontanon , t. IV, p. 665 :

« Le corps de leurs gallères prest et suffisant pour faire

voyages, auec leurs arbres, anthènes, et pallamente (rames ezM exercice et de rechange), auec leurs voiles bastarde^ bourde (voir plus loin, pag. 476), trieu (tréou, tref, voir Mémoire n® 3), triquet (trinquet), sarties^ à sçauoir 4 gumenes, 2 jw— tnenettes, un cap plain (câble de poste) , et toute autre menue sartie nécessaire , et ainsi qu'il est aecoustumé aux gallères , d'un anehre et de trois roissons (rissons, sans doute ; de rizz€P ou riccio , hérisson, à cause des quatre pattes , armées de fers de flèches , propres à cette espèce d'ancre ou fort grappin) , une tende et un tendellet d'erbage {herbaggio, ital. , sorte de camelot ; voir plus haut, p. 307), une tende de canevas et un ten-dellet de artomue (je n'ai trouvé aucun renseignement sur cette étoffe). Tout ce que dessus bon et suffisant pour nauiger et faire voyages.

« Seront tenus lesdits capitaines d'entretenir en tout tems sur chacune desdites gallères le nombre de 1-50 forçats...

« Sur chacune (galère) y aura ordinairement les munitions qui s'ensuyvent :

« Pouldre , quinze quintaux ; boulets de canon , 50 ; boulets de moyenne, 100 ; lances de feu, 6 ; pingnattes (pignates, pots à feu) , 50 ; 24 harquebuzes garnies de pouldre et de plomb , 24 arbalestres garnies de traits , 1 2 picques , 1 2 pertuisanes ou hallebardes , 50 morions , 50 espées , 24 rondelles ou tarques (larges , boucliers) , 20 escailles (cuirasses) (*).

(*) Ce détail fera très-bien comprendre le passage suivant de M. Glo.

ARCHEOLOGIE PiAVALE.

« Lesdits capitaines seront tenas entretenir dedans le port sur cbacune desdites gallères le nombre des officiers et gens dt cap (chefs d'un service) , lesquels seront aussi payez ainsi qu'il

sensuit : patron, par mois aura 121iures; comité, 101iu.;soabs-

Pietro Contarini (p. 48 verso de son Historia délie cose successcj etc. Venîtia, 1745), relatif aux préparatifs que firent les galères chrétiennes quelques heures avant la bataille de Lépante (1571), quand elles eurent aperçu la (lotte turque à la pointe de Missolonghi : « Allbora i nostri « Christian! ailegri cominciarono a nettar le couerte, leuar le sbarre » (préparer les retranchements intérieurs qui se faisaient un peu en arrière des rambates et vers les rames de Tespale, avec des barres mises en travers, supports d'une espèce de bastingue composée de vieux cordages, de toiles, de matelas, etc., faite pour amortir l'effet de Tartillerie et des mitrailles que lançaient les canons avec les lanterne di legnami dont parle Cataneo dans ses Essamini de' bombardieri, p. 13(in-4^Brescia, 1567). «Spazzar « le puppe » (enlever les tendelets de dessus les garides. (Voir la poupe de la galère d*Othon d'après Dominique Tintoret , p. 325 de ce Mém.) « Dis- •(tendendo Tarmes) daoffessa come da difesa sopra le corsie et altri luoghi «bisogneuoli, et tutti con Tarmi pertinenti a loro si armarono, chi con ar- «chibugi, alabarde, niazze ferrate, piche, spade et spadoni : » (l'épéeàdeux mains dont, au rapport de Noël Conti , le vieux Antonio Canale se servit si merveilleusement pendant la bataille, faisant un large abatis de Turcs devant lui , sautant de galère en galère pour arriver jusqu'à une des capitanes de Venise que les musulmans avaient enlevée, et reprenant, tout seul, cette galère de fanal, sur un ennemi que le courage et la force prodigieuse de cet admirablevieillard mettaient en fuite). « Compartiti tutti tra le sbarre, « balestriere, puppa, proua, et a meza galea con buonissima ordinanza , « essendoui per ogni galea huomini da spada ducento, e nelle galeecapitane, «et di fanô, seconde li gradi, doue trecento , doue quattrocento : hebbero « dipoi i bombardier i caricati tutti li pezzi di balle armate con catene » (boulets enchaînés) , « quadrelli » (morceaux de fer ou de plomb carrés) t « scaglie » (cailloux , silex , pierres tranchantes et par écailles) , « et baln lini di piombo, con Tapparecchio de* fuochi artificiati di pignatte » (pots à feu. Voir pag. 9 de ce volume), a trombe » (fusées. Voir Cataneo, pag. 25) , « et altri (simili strumenti; il tutto con mirabil' ordine alli suo « luoghi... posero gli archibugi da posta sopra lepauesade » (sur des^ fourchettes ou chevalets comme on le voit à la proue d'une des galères de Callot), « et canoladi da pupa carichi ; fîirono sferrati nelle galee li schiaui «christiani condannati al remo » (les forçats), « et quelli tutti armati «di corrazine, spade et targbe si come gli altri indifferentemente. . . . « Et cosi marchiando verso l'inimico, per ristorar et iuigorir le forzedel » corpo , fù in un subito posto sopra le corsie da pupa et a proua pane, <vino, formaglio et ogn'altro, che in cosi presto apparecchio si potè « hauere. »

comité , 6 liu. ; algouzin f*^ 7 1;„ . „^, u 1 . , ..

/» 1- . , \ J'f ^ uu. • soubs-algouzin, 4Iiu. : reacpî-

vain , 6 hu. ; major (maiordo*« J / i- . ' ,' 1 i\ oM« . Lo;Jf ^ ,7^*^^^nie) , 4 liu. ; le maistre d'ache , 6 Im. 1 5 sols ; maistre callef at a 1:.. 1 te . « . ^ .. y ^

Ka^îiio. A IÎ11 1 «; o ™^' ^ ""• 15 8- ; remoUart, 6Uu. 15 s. ; bardlar 6 U«^15 «• ; maistre bombardier, 9 lia. ; le barbier 91iu.;lebarberot,6hu. 1 5 s. ; les gens de garde qui sont su! jets a faire la garde , quatre nauchers, chacun par mois 4 liu. 10 s. ; SIX prouhiers , chacun par mois 60 sols ; en nombre desquels seront compris les mousses de maistre d ache , et maistre caUefat, et maistre remouUar ; 8 compagnons, à 72 sols par chacun par mois (eu 1 400 , quand Charles VI fit son règlement sur le.fait de 1 amirauté, il u y avait que quatre compagnons de quartier ; il n y en a pas davantage en 1 5 1 7, quand François V revisa ce règlement) ; un allier à 4 Uu. par mois (voir plus haut ,

C) Sur les galères portugaises du quatorzième siècle, il y avait trois alcades qui paraissent avoir eu des fonctions analogues à celles de Targousin. On Ht dans des lettres patentes de Richard II, roi d'Angleterre, rapportées par Rymer, à la date de 1386 : « Inveniet et mittet Domino « Régi AnglisB praedicto decem galcas, ipsius Domini nostri Domini Régis « Portugal ia3 sumptibus et expensis, bene arraatas , videlicet de uno Pa- •» trono , tribus Alcaldibus , sex Arraizis , duobus Carpentarils , octo vel « decem Marinariis , triginta Balastariis, centum et quater viginti Remi- « gibus , et duobus Sutaneis , in qualibet galearum praedictarum. » Il est ptobable que, des trois alcades de cette nomenclature, l'un était argousin et les deux autres sous-argousins. Quant aux arraiziSy c'étaient des offîciers chargés de mettre tout en ordre dans la galère , et d'y maintenir cet ordre, cet arroiy sans lequel le combat comme la navigation eût été impossible. L.'un était sans doute comité, l'autre sous -comité, le troisième majordome , le quatrième maître des machines de guerre ou artilleur, le cinquième écrivain , le sixième sous-écrivain. Timx sutanei Utminent la liste de l'équipage de ces galères portugaises ; ce document est le seul où j'ai vu nommer des suianei. Quelle fonction remplissaient à bord ces hommes dont le nom latin et portugais {sutaneusy sotano) veut dire : inférieur? Inférieurs , à qui ? Était-ce des mousses, des serviteurs.? leur' nombre fait rejeter cette supposition; était-ce deux prêtres, deux hommes portant la soxxXîint {sutama)} partout les prêtres embarqués sont appelés capelanL Reste une hypothèse, et c'est celle à laquelle je m'arrête. En espagnol et en portugais , sota (ce qui est, en français sous le nom général de 50w/^, —chambre , compartiment, petit magasin sous le pont , sotto — ) , c'est la sentine , la cale. Le sotano n'était-il pas Thomme de la soute, le calier ? j'en suis convaincu. Il y avait donc deux mariniers chargés de l'arrangement des magasins sous couverte, outre les six arraizi d'en haut.

47C ABCHioLouii; savalk.

pag. 470) ; un mousse d'algouzin , à 00 sols par mois , sans

comprendre les capitaines, ni les gentilshommes et seruiteui's

domestiques de leurs maisons {\es jenle de casa , du document

précédent).

■ Et quand il sera fait entendre auxdits capitaines qu'ils se trouveront prests en leurs gallêres pour sortir et faire voyages , ils seront tenus d'avoir, outre ce qu'ils tiennent au port durant ledit voyage, le nombre de geus de cap comme s'en suit. A sçauotr: un pilote, qui amra par mois 15 liu.; 2 conseillers, qui auront chacun par mois 6 liu. 16 sols; un bombardier, 7 lin.; son ayde, eeptante-deux sols tournois ; 8 nanchcrs , qui auront chacun par mois 4 liu. 10s. ; 10 soldats, qui auront chacun par mois 4 liu. 1 0 s. — Tous et cliaeiins iesdits gens de bone veuille (bonne volonté, c'est-à-dire , libres , et non forçats ou esclaves turcs), seront payés de leur dicte solde dans la gallère sur laquelle ils feront service , en la pré.«ence du commissaire et controoUeur de la marine à chacune monstre (revue) qui se fera...

" Les officiers seront aimes d'espees , rondelles ou tarqnes , auec escailles ou jacque de maille ou cahasset (couvre-chef eu fer ; le même mot que C(^mssellus , couvercle) . Les mariniers cl compagnons, d'espée, rondelle ou tarque ou cabasset. Les

soldats auec leurs armes accoutumées Tout ce que dessus

seront tenus faire leedits capitaines moyennant l'estat de 400 escus par mois pour chacune gallère subtile , et cinq cens escus jpoor diacune gallère à quatre rangs (c'est-à-dire, ayant quatre hommes par aviron. La sulitile à 25 Imncs n'avait que trois nageurs par rame , ainsi que l'indique le nonilire 160 qui figure au second par^raphe de k'ordonnanccà propos des forçats) (*). »

(•) Girolamo Cataneo, dans ses Examens des bombardiers que j'ai cités, p. 474, donne ainsi l'armement en artillerie d'une grosse galère : * Sachez qu*OD meta la proue un canon de âO; a cliacun de ses cdtés. deux coulevrines , dont une dans la direction de Varganello ( le bossoir ) ; sur les cAtés de la proue, deux fauconneaux de 3, un monté sur des fourchettes ; et, sur le petit mur qui sépare la vogue de la palmette, un passe-volant de 16 porté par les fourchettes qui sont dans la coursie. A la pogge {poz-a. l'endroit où passait la poggia de l'antenne maltresse }, un piemer court de 30, de chaque bord , ou deux canons de 30. Dans la galerie de poupu (ftisanfinociapojipe), un faucon de G; au fougon (cuisine \ un sacre de 13 sur fourchettes; surla poupe, un sacre de ta, sur alTiU sans roues (ne/

MEMOIftE N*" 4. 477

=11 n est pas facile de dire quelle fat la voilure da dromon, du pamphile,de Thuissier, du chelande et des autres navires àra*» mes , antérieurement au treizième siècle. Que le bâtiment à cent rames en deux ordres superposés ait eu plus d*une voile , c*est ce dont on ne saurait douter ; une seule voile n'aurait pas suffi à un navire aussi grand , aussi lourd , à moins qu'on ne suppose qu'elle fût très-haute et très-large, et ces vastes dimensions l'auraient rendue trop dangereuse. Nous avons vu ( pag. 439 } le dromon, combattu par la flotte de Richard d'Angleterre, avoir trois mâts et trois voiles ; ce nombre de voUes ne m'étonne pas ; il était déjà bien ancien au douzième siècle. Ne lisons-nous pas, en effet, dans Pline (liv. ix, préface) : « Quamvis amplitudine « antemnarum singulœ arbores suf ficiant , super cas tamen addi « velorum alla vêla, prœtereaque alia in proris, alla in pup- « pibus pandi. » Les grands navires à rames du moyen âge por-^ taient^ils , au-dessus de leur plus grande voile , une autre voile plus petite , comme nos bâtiments carrés , au-dessus des basses voiles , portent des huniers? Si rien ne me porte à le croire ,

suo letto, dans son lit) ; enfin auxcarnals» (à Tendroitoù étaient accrochées les poulies basses de ce palan), deux aspics de là {aspidi) « pour saluer, et pour le combat au besoin, » p. 18 verso. Voici Tarmement que Cataneo donne aux galères subtiles ! « A la proue, dans la coursie, une pièce de 50, ou une coulevrine; à cbacun des côtés de cette grosse pièce, un aspic de 13 , avec des fauconneaux de 3 ; au flanc de la proue, de chaque côté, un fauconneau de 3 sur fourchettes, accompagné de quelques mousquets. Au fougon et au Barcarizzo » (l'endroit où était l'esquif)) « deux bombardes de fer, de celles qu'on met sur les remparts. A la poupe, près des échelles, deux fauconneaux de 3, un par chaque côté, sur fourchettes ; sur la poupe, quatre arquebuses de poste par chaque côté sur des fourchettes de fer î on peut mettre encore sur la poupe un faucon de 6, mais il n'y aurait pas de mal à le disposer dans une coursie ad hoc sur le paillot » (une des chambres, V. p. 289; Cataneo l'appelle pa^gfior) « afin de le pouvoir cacher au milieu de la galère. Sur la coursie, un fauconneau de 3, sur fourchettes, et tournant. Cette espèce de galère n'admet pas d'autre genre d'armes à feu, sauf quelques mousquets, qui peuvent être utiles, » p. 19. Ce détail fait connaître combien était solide la construction des galères vénitiennes qui résistaient au service d'une artillerie de si gros calibre. Giambattista Colombina, dans son InstrutUme del bombardiero (Yicenza, 1611), dit, p. 13 : « Pour armer une galère subtile , on veut pour l'ordinaire 13 pièces d'artillerie, à savoir : un canon de 50 ou une coulevrine de 30 , un faucon de 6, trois faucons de 3, deux pierriers de 14, et six pierriers de 13. »

j'avoue que je n ai aucune raison pour le nier ; je ne me rappelle pas un texte qui m autorise à émettre sur cette question une opinion formelle. Dans les nomenclatures que je connais , si je vois les noms de plus de trois voiles , je suis porté à croire que celles qui sont en plus des trois , qui me paraissent souvent nécessaires au navire , sont des voiles de rechange. Dans le Mémoire n^ 5 , on verra que la galère de Bomanie , qui , au quatorzième siècle, n'avait que deux mâts , avait quatre voiles, trois latines et une carrée ; cette dernière et une des latines étaient nécessairement des voiles de rechange on de gros temps. Ce qui arrivait au quatorzième siècle était, j*en suis convaincu, une tradition des siècles antérieurs. Le Mémoire auquel je renvoie donnera , sur la voilure et le gréement des galères, quelques notions précises et détaillées , qui auront lavantage immense de ne rien devoir à Imgéniosité d'hypothèses plus ou moins bien fondées , et qui , tirées d'un traité spécial sur la fabbriea di galère , ont tonte l'autorité d'une chose officielle. Au seizième siècle , les galères italiennes avaient , au dire de Pantero- Pantera , très-bien placé pour le savoir : « deux voiles , la mae»- « tra et le trinquetto. La maestra est de quatre sortes , — (je « traduis littéralement); — chacune desquelles s'emploie selon « le temps qu'il fait. Une seule de ces quatre variétés est « carrée , et se nomme le trevo ( tref. Voir Mémoire n"* 3 ) ; les « autres sont latines, et se nomment bastardo, borda^ tna- « rabutto. Il n'y a qu'une seule voile de trinquet, et, au be- « soin , on eu diminue la surface d'un tiers , ce qui s'appelle : « Far il terzarolo , et ce qui se pratique en remontant vers ' « l'antenne , où l'on y attache avec des cordes passées dans n la voile elle-même (et qu'on appelait matafkmi , voir sur ce « nom le Mémoire n® 5 ) , le tiers supérieur du trinquet. La « maestra se réduit aussi quelquefois au tiers. » Cette expression : Faire le terzarolo explique très-bien le nom de la voile nommée, avant le seizième siècle, le terzarolo {*). Cette

(*) L'ordonnance dcTrani, de 1063, fait connattre que Te terzarol était une voile inférieure aux grandes, que Ton hissait pour le mauvais temps :

« Propone che qualunqua patrone andasse con una fortuna (tempête)

a ad vêla, et la sua vêla se guastasse, se sia suo tutto el damno. Ma se ello « andasse ad vêla et dicesse alli roarinari : « Calamo (abaissons , amenons,

voUe était appelée ainsi parce qu elle avait une surface plus petite d*ua tiers environ que la voile majeure. En prenant un ris dans le trinquet , on faisait de la voile un véritable terzarol {*). Au commencement du dix-septième siècle, J . Hobier , que j *ai cité bien souvent dans ce Mémoire, s'exprimait ainsi au sujet des voiles de la galère provençale : « Pour les voiles, elles sont toutes n latines,... réservé celle qui s appelle le tréou, qui est carrée , « et du genre de celles qui s appellent qiuiires , qui sont pour << aller doucement ; la bourde, pour un temps médiocre; le « marabout y pour la tempeste^ et la bastarde, la plus grande de « toutes , pour recueillir le plus de vent lorsqu'il y en a le « moins sur mer. Outre les susdites , qui servent pour larbrc « de maistre, il y a celle du trinquet, et s'en met quelquefois , « mais très-rarement , une qui s'appelle mezanin , avec un ar- « bre entre l'arbre de maistre et la pouppe , pour aller plus « vite. » Le Manuscrit n^ 662 du dépôt de la Marine nous apprend qu'il y avait , sous Louis XIY : grand marabout , maraboutin,' misaine, tréou, voilette, grand trinquet, petit trinquet, trinquetin et polacron.

La description que Vinesalf fait du dromon gigantesque des Sarrasins nous apprend que ce navire était peint en vert d'un côté et en jaune de l'autre. (Y. p. 439 de ce Mém.) La peinture fut de tout temps appliquée aux navires , comme ornement ou comme moyen de conservation. On sait qu'aux temps antiques les corsaires , pour que leurs myoparons fussent moins visibles , les peignaient d'une couleur azurée, dont ils teignaient aussi leurs voiles et leurs gréements. Il est permis d'affirmer que la décoration , peinte ou figurée à Textérieur des galères du moyen âge , suivit la mode qui chargeait de sculptures , de peintures vives , de brillantes dorures les édifices civils et religieux. Au seizième

« calons la voile) « che io voglio mettere le terzarolo ; » et H mercatanti et «li marinari li desse questo , che non calasse, ma che tenesse dure, et « dicta vêla se perdesse; in cio sia tenuta de gire et andare ad varea. »

{*) On prenait des ris dans toutes les voiles , et , par extension , cette opération s^appelait : far il terzarolo. Ainsi, Pantero-Pantera (chap. v, liv. Il) dit : « Quando il vento venisse crescendo, ô soffiase â rafiche « (souffle capricieusement, par rafales) faceia il terzarolo alFistesso ma- « rabuto... •

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siède , les galères étaient généralement peintes en ronge ; près* que toutes celles dont j*ai vu les représentations dans les miniatures on les tableaux de cette époque, sont revêtues de robes éclatantes , auxquelles le noir venait quelquefois mêler sa teinte grave. Dans le tableau de Dominique Tintoret (salle du Conseil , palais ducal, à Venise), qui représente Tassant donné à Gonstantinople par Dandolo , j'ai remarqué une grosse galère peinte en vert clair ; c'est la seule , je crois , qui ait pris cette couleur, analogue à celle dont faisaient usage les pirates grecs et ciliciens, dans l'antiquité. Si le luxe des propriétaires et des ca^ pitaines de galères ornait de magnifiques décorations et de riches peintures leurs navires, parés pour les combats conmie pour une fête {*) ; si les « escussiaus des armes » étaient peints

(*} Vander Hamen , dans sa chronique de don Juan d'Austria , fait une description fort détaillée des allégories, devises^ figures, emblèmes , etc., dont était surchargée la poupe de la galère du généralissime de lia ligue. Ce morceau curieux , qui donne Tidée du faste des princes et des grands seigneurs quand ils montaient sur les vaisseaux et les galères, est trop long pour que je le rapporte ici. Je renvoie à Touvrage de Vander Hamen , qui n'est pas très-rare. Les Turcs , au seizième siècle , n*étaient pas en arrière des chrétiens pour le luxe de leurs navires ; Fernam Mendes Pinto, dans le septième chapitre de ses Peregrmaçoeni y pag. 9, édition de Lisboa , 1678 , donnée par Antoine Craesbeeck de Mello (bibliothèque du roi, 0—1317), parle ainsi de la rencontre que le navire de Jorge Fernandez Taborda fit de cinq galères turques : « Cinco gales rouyto. grandes, co sens bastardos quarteados de vente et roxo (quadrillés ou écartelés de vert et de rouge , peut-être aussi seulement rayés de ces deux couleurs alternatives) et niUytas bandeiras por cima dos toldos (audessus des tendelets) et nos calceses dos mastros (et aux'calcets des mâts) estendartesmuyto compriëos (très-longs) que quasi tocavao corn as pootas na agoa (avec leurs pointes ; les étendards turcs étaient, en effet, coupés comme les flammes des galères françaises de la même époque , en guidons à longues pointes. On voit , dans la salle d'armes de l'arsenal de Venise, l'étendard d'Ali-Pacha, pris à Lépante , le 7 octobre 1571 ; il est taillé en guidon, d'une médiocre longueur ; il est d'étoffe rouge , orné de figures et de caractères jaunes. Si je m'en souviens bien , outre l'invocation a Dieu et à son prophète, cet étendard a deux cimeterres croisés. M. Casoni, dans son Gtàda per Varsenale di Fenezia y 1829 , ne parle pas de ces sabres , ce qui me fait craindre que ma mémoire ne m'abuse en ce moment). » Page 7 , Pinto parle de galiotes turques qui avaient : « Vellas qoarteadas de cores (écartelées de différentes couleurs) et bandeiras de varias oedas (cap. y). »

MEMOIRi: IN" 4. 431

« dedans mer et dehors , » ainsi que le dit Joinville parlant de la galie du comte de Jaffa , aux jours de deuil les galères se couvraient de noir. Voici à cet ^ard un très-curieux passage emprunté au Dietari trienni , journal catalan ( encore inédit ) , écrit à Barcelone , sans Fiuipression des événements qu'il raconte. Ce passage m* est connu par la commuxiication que mon obligeant et savant ami M. Joseph Tastu m'a faite d'une copie qu'il a rapportée du document original, resté en manuscrit aux archives d'Aragon. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de donner une traduction de ce texte assez facile à comprendre :

« 1525. Dilluns (lundi) a xviiu de juny. En aquest dia entre les sis e set ores après mig jorn arribaren en la platja de la présent ciutat de Barchna ( Barcelone ) lo molt lU. S' don Charles de la Noy vis Bey de Napols e capitâ gênerai del victorios exercit del Emperador y Bey N" S**' y en sa companya lo molt magnifich et valeros capitâ alarcon ab xxi galères de lesquels las XV eren de sa Mag*. molt armades y ornades, e les sis eren del Bey de França ab loa palaments ( rames ) banderes (bannières ou pavillons) e tendais (tendelets et tentes) n^res en senyal de dol y tristicia , per quant los dits s" capitans portaven presa la persona del Bey de França en la galera capitana, que fou près en la batalla de Lombardia per lo Imp"' exercit del Emperador N" S" sagons atras en Jornada de vi de *març es fêta mencio. E les dîtes sis galeras franceses axi senyaladas de llur dolor fosen acuUides de gracia en senyal de acompanyar la persona del dit B^y presoner. E axi totes les dites xxi g|ileres molt b^ Irregladas (en ordre) seguint la capitana a gran Irihunfo prengueren terra^ e moites déliés posaren scales en terra ( poussèrent la planche , ou pont , à terre. — Voir Mémoire , n° 6), e priDcipalment (d'abord) la difa capitana en que eren los dits capitans e la persona del dit Bey presoner posa la popa al cap del pont de fusta (pont de bois) que los magnifichs consellers de la dita ciutat havian fet fer per que desembarcat per aqueU lo dit Bey de França. »

Cet exemple n'est pas le seul que je pourrais citer d'un deuil

porté par des galères. Longtemps , au dix-septième siècle , on

vit dans les eaux de Livourne la capitane des chevaliers de Saint-

Etienne porter autour de sa poupe une large raie noire , témoi-

ARCHEOLOGIE SAVAI-E.

gnaged'nn regret que le temps n'avuit pas adouci, emblèiiK' du deuil que l'ordre gardait pour l<i perle (luil avait faite dans un combat, d'ailleurs glorieux, mntre les Turcs, de sa galère capitane. Ce demi-deuil de la capitane avait succédé à un deuil [dus complet ; avant la simple raie noire qui attristait les magnifiques ornements de la poupe , cette poupe tout entière était peinte en noir. L'ordre avait fait serment de n'effacer la bande lugubre que le jour où il aurait pris une capitane au Turc. Je ne sais ce qu'il advint de ce semieut solennel.

Il est assez connu que la taeliqiii^ navale du moyen âge rangeait en demi-lune les bâtiments à rames, au moment du combat. L'ordre demi-circulaire était une tradition de l'antiquité dont on retrouve la trace dam le deuxième livre de Thucj'dide. Au seizième siècle, on voit les flottes de galères venir suc les cbamps de bataille dans cet ordre, bientôt rompu par le combat. Les armées navales, composées de bâtiments ù rames, étaient à cette époque divisées en (jualre escadres : le corps de bataille, la corne droite, la corne pauche , et le corps de réserve, secours ou arrière-garde. C'était ainsi qu'était partagt-e l'armée de la ligue catholique , en 1 57 1 , à la bataille de Lépante (Voir Pantero-Pantera : Arinata navale, pag- 358; Vander Hamen : Z>on Juan d'Àmiria; Gio-Pietro C!bntarini : Historia délie .coae tucceste dal principio detla gaerra, etc.; Brantôme, Vie de-don Juan d'Autriche).

Avant le «nnbat, quand les galères mettaient, comme on disait , les armes en couvertes , c'est-à-dire , faisaient ce qu'on appelle sur les vaisseaux ; le braiite-bas de romlm, un des soins qu'on n'avait garde de n^liger, c'était de faire des espèces de retranchements en "travers des navires, à la proue, à l'arbrt' maistre et la mczzanie, retranchements appelés basiiom sur les galères de France , au dix-septième siècle ( Voir Puntero , pag. 374, et le manuscrit de Barras de la Penne]. Cette opération , que Contarini désigne par les mots : lemr sbarrt (lever les barres, voir ci-dessus, p. 474), s-exécutait de la façon que je vais dire. En même temps qu'(m garnissait les rambates et les pavesadesde toiles doubles, entre lesquelles on mettait des baUes de laine, si l'on en atait, de vieux cordages, les tentes d'erbage , les matelas , les capotes do la cliiourme , enfin

MÉMOIRE is** 4. 438

tout ce qui pouvait contribuei^à amortir l'effet des projectiles ennemis , on faisait les retraq^hem^ts dont les traverses en bois consistaient en (Quelques rames attachées ensemble et fixées par des amarrages aux filarets des pavesades ; rames sur lesquelles on jetait de vieilles toiles et toutes les garnitures qui n'étaient pas employées aux pavesades et aux rambates. Ces traverse 9 ainsi que les appelle Fauteur de VÀrmata navale , étaient composées à peu près .comme nos anciens bastingages, faits de filets remplis des effets de couchage et des sacs des matelots.

Les galères employées aux sièges des villes fortes ne présentaient point leur travers aux remparts armés d'artillerie. Elles combattaient l'éperon au mur, et tiraient tout le parti possible de leurs coursiers et de leurs pièces moyennes. Quelquefois on s'en servit comme de base pour des batteries flottantes, quand on n'avait pas de nefs armées. C'est ainsi qu'en usa don Garcia de Toledo à la prise d'Affrica. « Et fut celuy , dit Brantôme , « qui s'advisa de faire la bataille de mer et de désarmer deux « galères et les lier et joindre ensemble avec force câbles et'aix « dessus bien applanis , là où il fit mettre quatre canons en « batterie qui furent en partie cause du gain de la bataille. » Ainsi que je l'ai dit ci-dessus, page 13, j'ai trouvé dans les peintures du garde-meu'ble de la casa d'Oria à Gènes, une représentation très-curieuse de l'attaque de Coron , en 1533, par la flotte combinée espagnole , génoise, papale et maltaise, • sous les ordres du gran^ André d'Oria. On y voit les naves ou vaisseaux ronds, qui étaient au nombre de trente-cinq , combattant sous voiles la partie droite des fortifications, pendant que les j^ères combattent la gauche dans l'ordre que voici : Elles sont sur trois rangs doubles, c'est-à-dire que, divisées par groupes de douze, chacun 'dexes groupes (et il n'y en a que trois apparents, bien que d'Oria eût quarante-huit galères; mais le peintre n'a pas commis que cette erreur) a un rang de six galères, derrière lequel^ est un second rang de six autres galères attachées poupe à poupe par deux gomènes , qui laissent entre les deux rangs un passage pour les embarcations. Les galères du premier rang ont leurs avirons dehors , et , bien que placées obliquement par rapport aux forts qu'elles combattent, elles

ARCHi:OI.OC1R TlAVAl.f.

fodt feu de l'artillerie de leurs Wiinliules. I.ii disposition des galères etdesnaves, comafËlepsinlre l'indique, est évidemment impossible.

Il es} facile de concevoir que les {galères durent être placées, l'éperon à la fortification , de maiiif'rc k lui présenter un front demi-circulaire composé de vingt-quatre galères ; ce qui ne se eonçoit pas également bien , c'est In raison qui décida l'amiral génois à mettre à la remorque, poupe à poupe . des galères qui ne devaient pas faire feu et qui , u' agissant point à l'aviron , n'étaient pas même là pour contribuer à un état de stagnation qu'on dût vouloir imposer aux ^alfi-es pendant l'attaque, et qu'on obtint par une nage lai^e contre le ^ent et les courants. Si je puis reprendre le peintre d'avoir mis en ordre profond ses six gittupes de galères, au Iie|i de les avoir établis on ordre de bataille , je l'excuse cependant ; la perspective qu'il savait pei^, le gênait, et il faisait gauchement ce qu'il ne pouvait faire mieux. Dois-je croire qu'il imagina l'arrangement de poupe à poupe dont la cause échappe à ma sagacité que rien d'analogue ne vient aider? Non; on n'inveulc pas de» choses pareilles , on ne les invente pas surtout quand on peint dans le palais d'Oria, a quelques années (fe distance du fait que l'on représente, et pour Jean-André d'Oria, ou pour son héritier, marin, comme tous ses aieux . C'est probablement ma faute si je n'ai pas compris l'artiste.

fl» DU PREMIKIt VOI.llMf:.

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