Cf. ci-dessus, p
4. Ileraclit., i'r. 17, dans l'édition de Diels, Die Fragmente der Yorsokratiker, Berlin, 1903, p. 69.
mettre le texte de notre poète en parfait accord avec le témoignage unanime des plus vieilles inscriptions ioniennes des Cyclades. En effet, depuis les publications de Bechtel1, c'est un fait avéré, que l'existence, non pas prédominante, mais unique, des formes en r.z- dans les inscriptions ioniennes des îles, et M. de Wilamowitz en a conclu que le dialecte d'Archiloque devait offrir la môme particularité2. A cette conclusion nous paraissent s'opposer pourtant plusieurs considérations : c'est d'abord que les inscriptions ioniennes du continent asiatique (inscriptions de ladodécapole ionienne), auvie et au ve siècle, présentent, elles aussi, la forme -;- \ alors que sans aucun doute la forme v.z- était en usage à la même époque dans le dialecte des poètes et des prosateurs de cette région : il n'y a donc pas nécessairement accord entre la langue de l'épigraphie et celle des textes littéraires. Ensuite on peut se demander si l'hypothèse que nous avons fondée sur la citation d'Heraclite vaut contre le témoignage des Eclogae physicae de Stobée ; car, après tout, ce texte, qui donne la forme cxoiyjv, indépendamment du vers cité par Prodicos dans YEryxias, dérive de la même source, l'édition alexandrine, que toutes les autres citations d'Archiloque, et a, ce semble, la même valeur. Enfin, le fragment II du papyrus de Strasbourg, découvert en 1899, nous montre la forme •/.« parfaitement lisible
1. Bechtel, Die ïnschriften des ionischen Dialektes, dans les Abhandlungen der Kon.Gesellscliaf't der Wissenschafienzu Gottingen, t. XXXII (1885) et t. XXXIV (1887).
2. Wilamowitz-Môllendorff (U. von), Homer. Untersuch., p. 318. — Cf. 0. Hoffmann, Der ionisc/ie Dialeki, p. -216.
3. Le recueil des inscriptions ioniennes de 0. Hoffmann (Der iotiische Dialekt, p. 4-82) présente les formes suivantes : ôtiôvo'., à Téos (n° 106), ÔTCbîov à Iasos (n° 131), iroy à Zéléa (n° 139), o7cou, à Halicarnasse (nu 173). On remarquera l'esprit doux dans ôttôto: ôttoiov, oitou.
clans une épode d'Archiloquc '. Faudra-t-il aussi rejeter ce témoignage, pour donner au texte de notre poète une homogénéité dialectale dont il a pu ne pas se soucier? Quand MM. Fick et 0. Hoffmann, après Schneidewin, rétablissent partout la forme •/.:-, ils partent de ce principe, considéré comme un axiome, qu'Archiloque n'a subi aucune influence littéraire, qu'il a parlé la langue de son pays et de son temps. Mais qui nous dit que cette langue elle-même n'a pas subi, précisément au temps d'Àrchiloque, une sorte de mélange, et que, à côté de la forme ko- attestée par les inscriptions, la forme xc- ne s'est pas fait sentir jusque dans les Cyclades, avant de dominer définitivement dans les villes de la Grèce asiatique? Et, si cette particularité dialectale n'a laissé que quelques traces dans le dialecte de notre poète, qui sait si sa fidélité à la forme %o- n'a pas été déterminée moins encore par les habitudes populaires de sa patrie, que par le souvenir encore vivant, et toujours présent, de l'épopée, où la forme -:était seule connue ?
Une solution analogue nous parait convenir à un autre problème, qui tient de près au précédent. Archiloque a-t-il, comme les poètes et prosateurs ioniens du vie et du ve siècle, maintenu la consonne forte devant les voyelles qui, dans les autres dialectes, étaient précédées d'une aspiration? Autrement dit, a-t-il observé cet usage que les grammairiens grecs ont appelé la 'IfUMQiz des Ioniens? Et serait-ce là un signe caractéris-
1. Papyrus de Strasbourg, II, v. (>: où]8a|Jwi xw <r' etSe {Sitsung&ber. Preuss. Akadem., 1899, p. 851 et suiv.). — Il est vrai que Ton pourrait voir dans cette forme une preuve à l'appui de l'attribution à Ilipporax. Mais d'autres raisons nous semblent plus fortes en faveur d'Archiloque. Cf. Am. Hauvette, les Nouveaux Frar/menfs d'Archiloque, dans la Renie des Eludes grecques, t. XIV (1901), p. 71 et suivantes.
tique de sa rupture avec les traditions épiques? Je ne sache pas qu'aucun savant ait voulu supprimer les traces nombreuses que l'esprit rude a laissées dans les fragments d'Archiloquchoi-^O'a^j.zTÎEv1. piXtaô'éTaîpwv2, ih j'j.wv3. ;!>•/.£{)' ;;j.w: ', ù<p r,;:v^r '. sç, ' r-.y-'. ''. zçeXxe', èçÉ-or/s. xaÔYjfAai9. xaôaipsî10, sç'épxbiç11. Schneidewin est le seul qui, dans cette voie, ait corrigé ït!.[j.tpt; en iz(;j.£c:r12. Les autres savants reconnaissent au contraire que ces traces manifestes d'aspiration correspondent chez Àrchiloque à la langue ionienne des Cyclades, telle que nous la font connaître les inscriptions archaïques de Naxos, de Céos, d'Amorgos, de Délos, de Paros, de Thasos et de Siphnos ,3. La psilosis, en revanche, apparaît et domine dans les documents épigraphiquesdela même époque en Asie Mineure et dans les villes de la Dodécapole ionienne. La question est donc plutôt de savoir si, d'une façon absolue, et avec une constante rigueur, le poète de Paros n'a pas plutôt conservé partout l'aspiration. C'est l'opinion de MM. Fick et 0. Hoffmann, et même de M. 0. Crusius. Et, de fait, la forme =9' ifjjjiipYjv, au fr. 70, a pour elle les manuscrits de Stobée, tandis que la variante s-' r/j.ipr^, adoptée par Bergk, repose seulement sur le texte de Diogène