‹ ArchiloqueChapitre 114 sur 258 · Hoin., Iliad., 23, v · texte numérisé non relu

Hoin., Iliad., 23, v

5. M. U. Bahntje (QuaesUones archilocheae. p. 4G) cite ce vers d'après une correction de Kaibel : toiç Okotai 6eïa irâvra... Aucune conjecture ne nous semble valoir, pour le sens, la leçon rîOsi. Dès lors, la forme 6îoiç est nécessaire.

générale, qu'il nous suffira maintenant d'exposer pour en montrer le point faible.

C'est M. Fickqui l'a formulée1: selon lui, les poètes ioniens du vne et du vie siècle, auteurs d'iambes, d'élégies et de poésies lyriques, se divisent en deux groupes, suivant qu'ils sont antérieurs à l'année 540 ou postérieurs à cette année. Pourquoi cela? parce que Fannée 540 marque la fin de l'indépendance ionienne en Asie mineure, la chute des cités grecques de la côte sous les coups d'Harpage, et que cette révolution politique entraîne un bouleversement singulier dans les lettres : avant 540, les poètes ioniens écrivent un dialecte purement local, sans aucun mélange de formes empruntées aux dialectes populaires ou aux œuvres littéraires des tribus voisines; après 540, ils renoncent, pour ainsi dire, à ce particularisme dialectal, et ce qu'ils introduisent, ce qu'ils adoptent dans leurs poésies, c'est le dialecte de l'épopée ionisée, c'est la langue bariolée issue de la transcription en ionien des anciens poèmes éoliens d'Homère. On voit tout de suite comment cette théorie s'accorde, dans la pensée de l'auteur, avec son système bien connu sur la rédaction des poèmes homériques; et, quoiqu'il cherche lui-même à rendre ces deux hypothèses indépendantes l'une de l'autre, il a beau faire : une préoccupation, une arrière-pensée le domine dans l'examen qu'il entreprend des faits propres à appuyer ou à infirmer sa théorie. Nous n'insisterons pas sur les raisons diverses qui nous font rejeter le

1. Fick (G.), Die Sprachform der altionischen und altattischen Lyrik [Beitràge zur Kunde der Indogermanischen Sprachen, t. XI, p. 242 et

suiv.. t. XIII, p. 173 et suiv., t. XIV, p. 252 et suiv.). — Fick (G.), Zur ionischen Mundart und Dichtersprache (Neue Jahrbùcher, lbi!)S, t. 1, p. 501 et suiv.).

choix, tout artificiel, de l'année 540 pour l'apparition du texte ionien d'Homère, ni sur l'inconsistance des classements chronologiques qui rangent, par exemple, Hipponax parmi les plus vieux Ioniens et Xénophane parmi les plus jeunes, comme si tous deux n'étaient pas vraiment contemporains. Nous nous bornerons à montrer, en ce qui touche Archiloque, l'insuffisance de la démonstration.

Si, de l'aveu de M. Fick, les formes en -;-.; et en-aiç apparaissent chez les Xéo-ioniens sous l'influence des poésies homériques, pourquoi cette influence n'auraitellc pas agi déjà sur la langue d' Archiloque? MM. Fick et 0. Hoffmann repoussent résolument cette hypothèse, et n'hésitent pas, nous l'avons vu, à corriger sur ce point la tradition des manuscrits; mais quelleraison donnentils de cette conjecture? Aucune, sinon que, d'une manière générale. Archiloque se tient plus près qu'Homère des formes purement ioniennes. Or cette vérité générale, nous ne voudrions pas nous-même la nier, et nous l'appuierons tout à l'heure d'exemples précis ; mais la question n'est pas là; ce qu'il s'agit de savoir, c'est si le poète ionien n'a pas pu, comme l'aède homérique, à coté des formes en -v.z\ et en -ijicn, utiliser les formes abrégées, qui souvent s'accommodaient seules à lamesure du vers. Ces formes, nous les trouvons dans son œuvre; nous voyons même qu'on ne peut les en faire disparaître sans violence : n'est-ce pas dès lors la théorie de M. Fick qui doit céder? Et n'est-il pas évident que l'épopée, en même temps qu'elle inspirait à Archiloque des vers entiers, lui a fourni de même quelques variantes dialectales ?

Nous avons cité déjà plusieurs exemples de cette liberté laissée au poète dans le choix de son dialecte

128 II. — LES POÉSIES d'àRCHILOQUE

et de sa métrique; mais nul phénomène n'est à cet égard plus caractéristique et plus probant que l'emploi du génitif en -oio. Certes le génitif en -su est le plus fréquent chez Archiloque, aussi bien dans les élégies1 que dans les iambes. les tétramètres ou les épodes2. Mais trois fois les manuscrits présentent une forme en -oio que personne n'a jamais songé à éliminer du texte de notre poète3. Seul, Ilermann, suivi en cela par Renner4, écrivait tbq Auovôsoj y.<fj:/-zz. au lieu de AuovJcr;'.' :hv:/r.zzh ; mais, ce qui lui semblait inacceptable dans la leçon donnée par Athénée 6, c'était, non la forme en -;'.;, mais l'élision de cette finale. Xi M. Fick ni M. 0. Hoffmann n"ont le même scrupule, et Bergk cite avec raison un vers d'Homère où l'élision semble nécessaire7. Comment donc expliquer la présence de ce génitif homérique dans un poète qui ne doit pas, selon MM. Fick et 0. Hoffmann, avoir emprunté rien au dialecte de l'épopée ? La question se résout ainsi, d'après M. Fick : le génitif en -oto, puisqu'il se rencontre dans Archiloque, appartient en réalité au vieux dialecte ionien lui-même ; c'est une ancienne forme locale, que le créateur de l'iambe n'a nullement prise à Homère. Cette conclusion, un peu suspecte déjà par le fait même qu'elle vient à point con-

1. ©avdrcou (Archil., fr. 6), BeiXoû (fr. 8), xet'vou (fr. 12).

2. "Ovoy (fr. 21), to3 T.o'/.-jyo-'jTO-j (fr. 25), [rr,).0TpÔ50\; (fr. 26), toiouto'J ï.-jto-j (fr. 42), àvÉjioy (fr. 43), jj.tr(3Ôvo-j (fr. 48). v^ero-j (fr. 53). ro5 Çooî (fr. 63). r/îo-j (fr. 74), o-jpavo-3 (fr. 88), téo-j (fr. 95). ovo-j (fr. 91). aî/.aixicjyov (fr. 110); Papyrus de Strasbourg, fr. I, v. 6 ôô6o-j : fr. II, v. 1 Yp<x<rov.

4. Renner dans les Stur/ien de G. Curtius, t. I. p. 206-208. — Voir ci-ilessus, p. 114, n. 1, le titre complet de cet écrit.

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