L ÉCLIPSE MENTIONNÉE PAR ARCH1LOQLE
entendu parler à Paros, en 657, d'une éclipse totale, visible dans l'ile de Rhodes? 11 serait absurde de prétendre qu'un phénomène aussi rare n'avait eu aucun retentissement dans le monde grec de l'Archipel, et cette possibilité seule ébranle, ou plutôt ruine tout le système qui s'appuie sur cette base fragile. En vain ajoute-t-on que Plutarque fait allusion à des «lamentations» d'Archiloque sur une éclipse1. Rien ne prouve que ce témoignage de Plutarque se rapporte à une pièce différente de celle que nous possédons ; l'hémistiche Kuypbv l' ?~/J)' ï-' àvOcioTtrjr ;é:ç, dans cette pièce, justifie suffisamment l'expression de Plutarque. Il n'y a donc rien b changer aux conclusions strictes que l'on est en droit de tirer de tout le morceau. Ces conclusions ne comportent en aucune façon la découverte d'une date indiscutable dans la vie d'Archiloque.
9 3. — L ALLUSION D ARCHILOQUE AU ROI DE LYDIE GYGES. — CRITIQUE DU TEXTE D'HÉRODOTE I, 12. — RÉSUMÉ DES DONNÉES CHRONOLOGIQUES RELATIVES AU REGNE DE GYGES.
Un second point de repère nous est fourni par le nom du roi de Lydie Gygès dans un fragment d'une authenticité également certaine : o:J [j.c. -y. riiyeo) tou -z/.'r/zjzzj [jâ'kz'.'2. Mais, ici encore, il faut prendre garde : ce n'est pas ce vers lui-même qui a servi de base aux calculs des historiens modernes sur la chronologie
J. Plut., De facie in orbe lunae, 19.
2. Arehil., fr. 25. Voici le texte de ce fragment, d'après l'édition de
Bergk :
( >U [AOL 7X r-j-;'S(0 TO'J lZo\v%p\>GOV U.Ù.il.
oùïï1 SÙ.É ~hi u.î ÇïjXoç, oû8' 7.-;xio[j.x'. 6eûv EpY«3 u.i'yjjy^ Z' oûx IpÉw tupavvt'Soç' àiEoîtpoBsv yap êcmv àf0aX(x<5v ï\s.Sy*.
d'Archiloque ; c'est une phrase d'Hérodote que voici : dnuexTsivaç a'jtbv (KavcauXsa) sV/î v.ai ttjv *(uvciï%,7. 7y'- XW ^<z?iXi}{yjv r>;^ç. t:j xa: Xpyi'kzyzz z llxp'.z:. v.x-.'j. tcv autov -/piv;v 7svi;xEvcç. èv ;.â;j,6(o TpijASTpw iz£;j.vr(70r( '. L'interprétation de ce passage a donné lieu à une méprise, qui se perpétue encore dans de bons livres. Aussi nous paraitil nécessaire de signaler et d'expliquer cette tradition erronée, avant d'examiner la valeur exacte et l'authenticité du texte lui-même.
L'allusion au trimètre iambique d'Àrchiloque se trouve à la fin de l'amusant récit que fait Hérodote de l'avènement de Gygès. A cette place, la mention du poète de Paros ressemble un peu à l'indication d'une source où le chroniqueur aurait puisé, etc'est ainsi que l'a entendue M. Radet2: « Hérodote, dit-il, cite ses auteurs : il nomme Archiloque. L'usage qu'il a fait, soit des iambes du Parien, soit des autres poésies lyriques contemporaines, explique le tour brillant et romanesque de sa narration. » M. Maspero attribue de même à Archiloque la légende suivant laquelle « le
dernier des Héraclides voulut à toute force faire
admirer à Gygès la beauté nue de sa femme3. » Et cette interprétation est déjà celle d'un métricien latin du 111e siècle de notre ère, Juba : cet érudit. voulant prouver que l'iambe se scande par dipodies,vt non par pieds, invoque le témoignage d'Hérodote, la locution èv lajiiw -p'.[j.i-.pi.<), et s'exprime ainsi sur ce passage : « Iambum /nnis scandi idem (Herodotus) ait, cum de Archilocho