‹ ArchiloqueChapitre 173 sur 258 · Archil.. fr · texte numérisé non relu

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tuelle, il dépeint cette île sous des couleurs sombres; il n'y trouve ni le charme ni la beauté des contrées aimables qu'arrose le Siris1. Mais il tient à elle par toutes les fibres de son cœur. « C'est sur Thasos que je pleure, dit-il, ce n'est pas sur les maux des Magnètes2. » Ce dernier trait caractérise assez bien la nature de son patriotisme: ce qui se passe au loin, fût-ce aux dépens des Grecs, ne le touche guère; de Gygès, du maître puissant de l'Asie aux riches troupeaux3, il ne se soucie pas tant que des affaires de son île ; le nom de IlavéXXYjveç se rencontre dans ses vers4, comme chez Hésiode5 ; mais tout sentiment de solidarité entre les peuples de môme race, par opposition aux barbares Cimmériens ou autres, lui est étranger. Parmi les Grecs mêmes, a-t-il le patriotisme de sa tribu? Et l'ionisme, dont sa langue est si fort imprégnée, dont son caractère même a gardé une empreinte si vive, se traduit-il dans son esprit par un antagonisme conscient à l'égard des autres tribus grecques? Une allusion rapide aux lois de la Crète semble bien trahir une admiration ironique0; et comment ces vénérables monuments de l'antique législation dorienne auraient-ils touché l'Ionien jaloux de son indépendance, rebelle, nous l'avons vu, aux règles austères de Sparte? Mais aucune défiance du même genre ne paraît à l'égard des autres Grecs d'Asie, de ces Eoliens de Lesbos, par exemple, qui avaient eu dès cette époque l'honneur de répandre en Grèce de brillantes innovations musicales:

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