LES IDÉES POLITIQUES D ARCHI LOQUE
le péan de Lesbos, chanté par lui au son de la flûte, est un emprunt qu'il avoue1, et qu'il paiera dans une large mesure, en fournissant à son tour aux chanteurs lesbiens une ample variété de mètres et de rythmes nouveaux. Dans la guerre qui met aux prises, au sujet d'une querelle entre Chalcis et Erétrie, presque toutes les villes de la Grèce continentale, insulaire et asiatique, il ne prend parti ni pour les unes ni pour les autres : il s'enthousiasme seulement à la pensée des nobles combats qui vont se livrer, des luttes chevaleresques où le glaive et la lance, non l'arc et la fronde, décideront de la victoire2. Comme poète enfin, il ne s'enferme pas dans des sujets d'origine ionienne ; il célèbre, en même temps que la Déméter de Paros, des héros doriens comme Héraclès ; ses hymnes reçoivent le plus favorable accueil à Olympie; il est après sa mort le favori d'Apollon Delphien. C'est que la poésie. d'Homère et d'Hésiode avait, dès le vme siècle, abaissé les barrières qui séparaient jadisles populations grecques : Archiloque est à cet égard, et malgré des différences profondes, le successeur des grands interprètes de la pensée hellénique.
Il n'a pas davantage pris parti entre des factions locales qui auraient, dit-on, dès cette époque, commencé à se déchaîner dans l'intérieur de chaque ville. Nous avons, dans un précédent chapitre, réfuté l'hypothèse qui faisait de lui un partisan actif de l'aristocratie, un Alcée, victime d'une faction contraire, et travaillant dans l'exil au retour des émigrés3. L'existence même de ces partis à Paros ne ressort pas le moins du monde,