Archil., fr
'Ev Sopl [lèv fAO'. (xâ^a [lEiiaYftévi), èv Sopi 3' otvoç 'Lrpaptxrfç, rctvcd 5'èv 8opi xexXt(ievoç.
L'interprétation traditionnelle de ce distique («A la pointe de la lance les bonnes galettes bien pétries, etc.. »), s'appuie sur un rapprochement curieux avec le scolie d'Hybrias, cité par Athénée, XV, p. 695 f. Mais l'interprétation de Synésios, que nous adoptons ci-dessus, se justifie par le sens du second hémistiche du pentamètre, icfvu S'èv Sopl xexXt|iivoc Cet hémistiche convient seulement à une description de la vie d'Archiloque sous les armes.
LA VIE PP.lYtïU D ARCI1IL0QLE 199
comme une vive peinture des conditions d'une existence guerrière'. « A ma lance est suspendu mon pain de i'arine d'orge; ta ma lance, mon vin d'Ismaros. et je bois appuyé sur ma lance! « De retour à Paros, Archiloque se mêle sans doute à des réunions où l'on boit et où l'on mange'2, il parle des festins et des réjouissances qu'il recherche1. Mais à ces réjouissances répugne toute gloutonnerie: « C'est ton ventre qui t'a fait perdre la raison4 », dit-il à un ancien ami. Et ailleurs il rapproche dans le même souvenir « les iambes et les festins » que le chagrin ou l'amour lui a fait oublier"'.
La simplicité de ses goûts nous semble enlin s'exprimer dans un couplet célèbre, qui révèle un esprit détaché des grandeurs humaines. Cependant, l'interprétation de ce morceau a donné lieu récemment à une intéressante hypothèse, qui en modifierait sensiblement le sens. « Je me soucie peu de Gygèset de ses trésors ; la jalousie n'a pas touché mon cœur; je n'envie point la toute-puissance des dieux; je ne souhaite pas un grand empire : loin, bien loin de mes regards est toute cette grandeur 6. » Cette profession de foi, Aristote nous apprend que le poète la mettait dans la bouche du charpentier Charon,mais que c'était là de sa part un artificede langage, et qu'elle exprimait bien, en fait, ses propres sentiments7. Sur ce point, le témoignage d'Aristote ne donne prise à aucun doute: mais la question est de savoir quelle est au fond la pensée du poète, et s'il
1. Synes, Epist. CXXX {EfAslolographi f/raeci, éd. Hercher, coll. Didot, p. "1").
•2. Arehil.. fr. 78.