Hom., Otf
5. Croiset (Alfred et Maurice), Histoire de la littérature grecque, t. I. 2e édition, p. 354.
d'autre part, décrit par Homère comme un personnage odieux et ridicule, il donne lieu lui-même à une peinture satirique de L'effet le plus heureux. Dès qu'il parait dans le camp, c'est pour lancer contre les rois l'outrage et la raillerie : sa parole emportée, sans mesure et sans frein (ic\j.t-poz-rtçv), s'attaque à tous avec la môme impudence; il ne ménage pas plus Achille qu'Agamemnon; que dis-je? IL fait honte à tous les Grecs d'obéir à de pareils chefs : « Créatures faibles et lâches, leur crie-t-il, femmes achéennes, qui ne méritez plus le nom d'Achéens2! » Quand il dépeint l'avidité d'Agamemnon, sa haine éclate en accents ironiques : « Fautil encore qu'un Troyen t'apporte d'ilion ses trésors pour racheter son fils, que moi seul ou quelque autre guerrier aurons amené prisonnier en ces lieux3? » Et avec quelle malice il ajoute : «Ou bien te faut-il encore une jeune captive, pour te livrer aux plaisirs de l'amour J ? » Mais cet orateur habile, ce bavard insolent, trouve son maître dans Ulysse; il tremble et courbe l'échiné, dès que le roi d'Ithaque lève sur lui son sceptre aux clous d'or; il crie, il pleure, et, tandis qu'une tumeur sanglante marque sur son front le coup qu'il a reçu, il se retire piteusement, « avec des regards stupides"' ». La foule applaudit et rit. C'est que le poète a pris soin de rendre grotesque cet ennemi des rois : en vain la lâcheté de Thersite se dissimule sous des paroles pompeuses; son aspect ignoble trahit la dépravation de son âme. « C'était l'homme le plus