LES PEINTURES SATIRIQUES DANS HOMÈRE
hideux de l'armée; il était louche et boiteux; ses épaules rentrantes se rejoignaient sur sa poitrine ; et sur sa tête, terminée en pointe, errait un duvet clairsemé1 ». Voilà une peinture que n'aurait pas désavouée Archiloque.
La scène qui met aux prises Ulysse avec le mendiant Iros se distingue de même entre tous les épisodes qui remplissent les derniers livres de Y Odyssée'2 ; elle n'est proprement ni pathétique ni touchante ; on dirait plutôt que le poète s'est complu dans la description plaisante, ironique et réaliste, d'un type peu commun, d'un mendiant fanfaron, bien digne parasite des prétendants qui dévorent la fortune d'Ulysse. Ce caractère satirique de la scène apparaît dès les premiers mots : « A ce moment survint un mendiant; bien connu de tout le peuple, et réputé par la ville pour son insatiable gloutonnerie; jamais il ne cessait de manger et de boire ; de force, de vigueur, point ; mais sa taille élevée lui donnait grand air 3. » A la vue d'Llyssecouvert de haillons, Iros intime à l'intrus l'ordre de déguerpir au plus tôt; il pourrait, dit-il, le prendre par les pieds et le jeter dehors ; mais il ne veut pas se commettre avec un tel adversaire4. Cependant Ulysse lui répond sur le ton de la plus parfaite douceur, et termine par une menace aussi ferme que spirituelle. Alors lemendiant s'emporte : « Grands dieux! voilà un gueux qui a la langue bien pendue ! Il ressemble à une vieille ratatinée ! Si je le prends, je l'accommoderai mal avec mes deux poings, et je lui ferai